Mbour – Espace Cedeao : L’«Ecogeb», un baromètre pour guider les politiques d’égalité de genre

Le Centre de la Cedeao pour le développement du genre (Ccdg) a ouvert à Saly (Mbour), un Atelier régional de trois jours axé sur la validation scientifique de l’Ecowas gender barometer (Ecogeb). Conçu en partenariat avec le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres), cet outil novateur, fort de 823 indicateurs, ambitionne de briser «l’invisibilité statistique» des femmes et d’orienter efficacement les politiques publiques d’égalité en Afrique de l’Ouest.

Le Centre de la Cedeao pour le développement du genre (Ccdg) a ouvert un Atelier régional de trois jours à Saly pour dessiner l’avenir des politiques d’égalité en Afrique de l’Ouest. Réunissant statisticiens, chercheurs et décideurs, cette rencontre est dédiée à la validation scientifique du guide méthodologique de l’Ecowas gender barometer (Ecogeb). Conçu en partenariat avec le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres) et soutenu par la Fondation Ford, cet outil novateur entend combler le déficit de données statistiques fiables pour corriger efficacement les disparités entre les sexes dans la région.

Malgré les engagements politiques formels, l’intégration du genre dans les projets de la Commission de la Cedeao est restée jusqu’ici fragmentée, faute d’une institutionnalisation forte et de preuves scientifiques. L’Ecogeb vient précisément rompre avec cette approche empirique pour s’aligner sur la «vision 2050» de la Cedeao, qui prône une communauté de destin inclusive.

Pour la Dre Odile Ndoumbé Faye, chargée de programme genre et Société civile au Ccdg, cet outil arrive à point nommé pour orienter l’allocation des ressources régionales : «pendant très longtemps, nous avons voulu influencer les politiques au niveau des Etats membres sans pour autant pouvoir les adosser sur des évidences scientifiques permettant de montrer les gaps. Désormais, on n’a plus l’intention d’homogénéiser les programmes dans les Etats, mais de pouvoir, au cas par cas, connaître exactement le besoin de chaque pays et savoir là où il faut mettre le curseur pour avancer», a-t-elle précisé.

Des réalités contrastées selon les pays

Les premières analyses issues de l’outil mettent déjà en exergue des réalités contrastées selon les secteurs et les géographies. Si des progrès notables sont enregistrés dans l’accès des filles à l’éducation de base, des décrochages majeurs subsistent aux niveaux supérieurs. La fracture est encore plus flagrante en matière de représentation politique. La Dre Odile Ndoumbé Faye cite des exemples précis : alors que le Sénégal affiche un taux de 43% de femmes dans les instances de décision grâce à ses lois sur la parité, le Nigeria culmine à moins de 20% de participation politique féminine. De même, sur le terrain des violences basées sur le genre (mariages d’enfants, mutilations génitales), la courbe demeure préoccupante. L’Ecogeb permettra ainsi de cibler chirurgicalement ces problématiques.

823 indicateurs pour briser «l’invisibilité statistique» desfemmes

Le développement technique de ce baromètre a nécessité un travail de titan de la part du Cres, sous la coordination de la Dre Fatou Cissé. Il s’agit d’une base de données exhaustive de 823 indicateurs englobant les 15 pays de la Cedeao sur une période de 23 ans, harmonisant les données des instituts nationaux de la statistique et d’organisations internationales comme l’Oit ou la Banque mondiale.

Le Pr Abdoulaye Diagne, directeur du Cres, souligne que l’objectif dépasse le simple classement protocolaire : «Ce chantier, c’est celui de la mesure des inégalités de genre dans l’espace Cedeao. Non pas pour produire un classement de plus, mais pour donner aux femmes et aux hommes qui gouvernent, qui planifient, qui militent et qui décident dans cette région un outil de navigation fondé sur des faits rigoureux.»

Le Pr Diagne a également pointé du doigt un défi politique majeur mis en lumière par l’étude : le manque criant de données dans certaines zones. «Dans plusieurs pays de notre région, les femmes restent statistiquement invisibles dans des domaines qui déterminent pourtant leur vie quotidienne. Cette invisibilité-là n’est pas un détail technique, elle constitue en soi une inégalité», a-t-il martelé.

L’enjeu de cet atelier de trois jours est de soumettre la méthodologie de l’Ecogeb à l’examen critique des experts nationaux afin qu’ils s’approprient l’outil. Car, comme l’ont rappelé les organisateurs, un baromètre qui n’est pas adopté par les statisticiens de terrain ne pourra pas influencer durablement les politiques publi­ques. A terme, l’Ecogeb sera pleinement intégré dans le dispositif officiel de collecte de données statistiques de la Cedeao, dotant l’Afrique de l’Ouest d’un indice d’égalité standardisé, à l’instar des outils de mesure internationaux.