Réforme – Amélioration du service public de la Justice : Le Sénégal accélère sa révolution numérique

Le ministère de la Justice a procédé au lancement officiel des plateformes e-Justice et Jokkoo Ak Yoon, deux outils destinés à accélérer la transformation numérique du service public judiciaire. Représentant le ministre de la Justice, Garde des sceaux, Me Moussa Sarr, le directeur de Cabinet Samba Kane a insisté sur la nécessité de mettre la technologie au service d’une Justice plus moderne, plus accessible et plus proche des citoyens. La représentante-résidente du système des Nations unies au Sénégal, Catherine Phuong, a salué une avancée majeure dans l’accès au droit et à la justice.

Samba Kane est très pratique : «Passer de la vision à l’action.» Représentant le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, retenu par d’autres obligations, le directeur de Cabinet du garde des Sceaux a placé le lancement des plateformes e-Justice et Jokkoo Ak Yoon dans le cadre plus large de la transformation de l’Etat. Pour lui, il ne s’agit pas simplement de mettre en service deux outils informatiques, mais d’engager une nouvelle étape dans la modernisation du service public judiciaire. «Cette cérémonie ne constitue pas le simple lancement de deux plateformes informatiques. Elle marque une étape dans la transformation du service public de la Justice», a-t-il déclaré, rappelant que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a fait de la modernisation de l’Administration et de la souveraineté numérique des priorités de son action.

Samba Kane a notamment évoqué la Journée du dialogue national consacrée à la réforme et à la modernisation de la Justice, ainsi que la Vision Sénégal 2050 et le New deal numérique lancé en février 2025. Cette stratégie, a-t-il rappelé, repose sur quatre axes : la souveraineté numérique, la digitalisation des services, le développement de l’économie numérique et le leadership africain. C’est dans cette dynamique que le ministère de la Justice entend déployer e-Justice. La plateforme constitue, selon le directeur de Cabinet, «le socle métier de la transformation numérique» des juridictions.

Elle doit accompagner progressivement la dématérialisation des chaînes judiciaires pénale, civile, commerciale et sociale.

L’objectif est de permettre aux magistrats, greffiers et autres acteurs judiciaires de disposer d’un environnement numérique adapté à leurs besoins, avec une meilleure gestion des procédures, une circulation plus fluide de l’information, davantage de traçabilité et une sécurisation renforcée des données judiciaires.

Mais Samba Kane a également insisté sur un impératif : la sécurité. «La confidentialité, l’intégrité et la sécurité des données judiciaires ne sont pas négociables», a-t-il martelé, estimant que la transformation numérique doit nécessairement aller de pair avec le renforcement des infrastructures et de la cybersécurité. Autre point important de son intervention : le numérique ne doit pas éloigner davantage le citoyen de la Justice. «Le numérique n’est pas une fin en soi. Il est l’instrument d’une Justice qui se met enfin à la portée de ceux qu’elle sert», a-t-il souligné.

C’est précisément cette logique de rapprochement qui sous-tend la plateforme Jokkoo Ak Yoon. A travers cet outil, le ministère veut créer un lien plus simple entre l’administration judiciaire et les citoyens, en facilitant notamment l’accès à l’information et les interactions avec les services de Justice.

Catherine Phuong : «Une transformation profonde des relations entre citoyens et institutions»

La représentante-résidente du système des Nations unies au Sénégal, Catherine Phuong, a salué le lancement des deux plateformes, qu’elle considère comme une étape importante dans la modernisation de la Justice sénégalaise. Elle a rappelé que l’accès à la Justice constitue un droit pour tous et que, dans de nombreux pays, les citoyens dénoncent encore une justice jugée trop souvent «opaque, lente et inaccessible».

Pour Catherine Phuong, la transformation numérique ne se résume toutefois pas à une évolution technologique. Elle constitue «une transformation profonde des relations entre les citoyens et les institutions publiques». Lorsqu’elle est correctement conçue, la digitalisation peut, selon elle, réduire les distances, simplifier les procédures, améliorer la transparence et accélérer les délais de traitement. Les plateformes e-Justice et Jokkoo Ak Yoon doivent ainsi permettre aux citoyens, aux professionnels du Droit et aux acteurs judiciaires d’accéder plus facilement à l’information juridique, de suivre certaines procédures à distance et d’interagir plus efficacement avec l’institution judiciaire.

La représentante des Nations unies a également mis en avant l’accompagnement du système onusien dans cette réforme. Le Pnud, l’Union internationale des télécommunications (Utt), Onu-Femmes et l’Unops ont contribué, chacun dans son domaine, à la mise en œuvre du programme conjoint d’appui à l’opérationnalisation d’e-Justice. Pour Catherine Phuong, l’enjeu dépasse les infrastructures et les outils numériques. «Derrière chaque innovation technologique, il y a des hommes et des femmes dont la vie peut être améliorée», a-t-elle relevé, citant notamment les femmes vulnérables, les jeunes entrepreneurs, les justiciables et les personnels judiciaires.

Le défi est désormais celui de l’appropriation. La réussite de cette transformation dépendra de la capacité des acteurs à maîtriser les nouveaux outils, mais aussi de la poursuite du renforcement des capacités, de la cybersécurité et de l’extension progressive des plateformes à l’ensemble du territoire national. Pour les Nations unies, cette réforme numérique constitue ainsi un levier pour renforcer l’Etat de Droit et rapprocher davantage la Justice des citoyens.