Le Mali, une Nation, une histoire: « deviens ce que tu es » Charte du Mandé  charte de Kurukan-Fuga -Mr Daffe Seydou Madani

J’ai rencontré Mr DAFFE lors du 75 ème anniversaire de la commémoration de la déclaration des droits de L’Homme- la charte du Mandé –  à la Mairie de Vitry sur Seine 94-Ile de France .

Le RTMF (Rassemblement pour le travail, la mixité et la famille) en collaboration avec la Mairie de Vitry avait organisé un évènement de haute facture culturelle. La preuve plusieurs nationalités étaient présentes pour s’imprégner de cette charte qui indique, combien ; le patrimoine culturel africain a su donner une place importe à l’Homme et tout est dit dans son premier accord « toute vie est une vie »

Un rappel, la redite ou répétition est une pédagogie »

« À l’occasion du 75e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen par l’Assemblée générale des Nations unies, la municipalité vous invite à une rencontre autour de la charte du Mandé, une des plus anciennes références concernant les droits fondamentaux.

« Les chasseurs déclarent :

Toute vie est une vie.
Il est vrai qu’une vie apparait à l’existence avant une autre vie.
Mais une vie n’est pas plus « ancienne », plus respectable qu’une autre vie.
De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie. » PBC

Il y a plus de 800 ans, à l’issue d’une période de chaos marquée par les conflits et l’esclavage, les chasseurs du Mandé se réunissent et posent un certain nombre de grands principes pour réorganiser la société.

“C’est le serment des chasseurs de 1212, composé de sept articles, explique Seydou Daffé, historien. Il stipule notamment que plus personne ne doit mourir de l’esclavage ou de faim. Pour les chasseurs, c’est la déclaration de l’abolition de l’esclavage, de la libération de l’Homme.”

Par Mali Demain

Notre compatriote Daffé Seydou Madani, basé à Paris, suivant de très près l’évolution de la situation, nous a envoyé ce texte qui montre comment la Nation malienne a vu le jour. Qui étaient les valeurs qui l’a caractérisent. Un vrai chef d’œuvre. A lire. (Première partie).

La perdrix chantait à tue-tête chaque matin sur cette terre envahit par les hautes herbes :

« Soubalé, Soubalé

Souba ni mansaya

Qui a jamais vu une chèvre mordre un chien au Manden.

Souba ni mansaya. »

La perdrix continuait son chant :

«  Manden, Manden, les Hommes du Manden sont finis.

Je n’entends plus que des pas, je ne vois plus d’hommes.

Soubalé, Soubalé.

Souba ni mansaya.

Souba tu portes à l’intérieur de toi

des habits de lumière (Daoula Tiguiya)

Mais Souba tu ne le sais pas.

Souba ce que les vieux du Manden disaient autrefois, reste encore une vérité.

Souba l’enfance est une ignorance aussi profonde que la nuit noire. »

Ce matin là Souba ne sait pas pourquoi il avait suivit le vieux Sangoye dans la brousse. Il avait beaucoup d’affection et d’admiration pour ce vieux qui portait une grosse bosse sur son dos. Malgré sa très grande curiosité, quelque chose avait toujours retenu Souba pour demander au vieux Sangoye pourquoi il portait cette énorme bosse sur le dos.

Après que la perdrix eu finit de chanter sa chanson le vieux Sangoye se retourna et dit à Souba qui le suivait pas a pas dans les hautes herbes : « Souba tu as entendu la parole de la perdrix ? Le jour où tu comprendras le chant des oiseaux tu deviendras ce que tu es. »

Après de très agréables vacances passées chez ses grands-parents Souba était retourné en ville. Il avait sept ans et allait à l’école. Il avait auparavant beaucoup de choses à l’école. Il savait lire et écrire et s’initiait désormais à l’informatique. Souba faisait beaucoup de sport, allait au cinéma et organisait des fêtes avec sa bande.

Souba aimait la moto et la vitesse

Quand il était petit, il découpait des images de motos pour les coller sur les murs de sa chambre.

Quand il eut seize ans, il demanda à son père de lui payer une moto

Son père accepta

Mais avant de lui donner la clef de la moto, son père lui dit :

« Souba fait attention à la moto, généralement quand on tombe d’une moto ça fait très très mal. »

Comme le disent les gens du village, la parole du père et rentré par une oreille et est sortie aussitôt de l’autre. Souba était surtout heureux et fou de joie d’avoir eut enfin sa moto à laquelle il avait rêvé depuis des années

Et puis un jour arriva ce qui devait arriver… LA CHUTE

La chute

Souba se réveilla à l’hôpital après son évanouissement. Papa et maman étaient là

Son père dit à Souba : « Pourquoi tu n’écoute jamais ce qu’on te dit ? »

A Souba de répondre : « Je ne sais vraiment pas papa. »

Après cet accident Souba avait changé. Il connut pour la première fois de sa vie la peur. L’envie de remonter sur sa moto et la peur de chuter.

Des années s’étaient écoulées depuis les dernières vacances au village. Il avait maintenant vingt et un ans.

Chose bizarre la parole du vieux Sangoye avait poussé dans sa tête comme une haute herbe au milieu de ses innombrables pensées.

« Le jour où tu comprendras le chant des oiseaux, tu deviendras ce que tu es », lui avait dit le vieux Sangoye un matin.

Souba méconnaissable

Rien n’allait plus comme d’habitude pour Souba. Il n’aimait plus ce qu’il aimait auparavant. En classe comme avec sa bande, il était très souvent dissipé, comme absent. Il ne voyait pas ce qui se passait autour de lui ; n’entendait pas ce qui se disait autour de lui. Ses notes à l’école devenaient catastrophiques. Sa bande ne lui procurait aucune joie. Souba restait des heures entières seul et tentait de comprendre le sens de la parole du vieux Sangoye.

Souba ne mangeait plus beaucoup et commençait à maigrir de façon inquiétante.

Son comportement devenait bizarre. Enfin il était devenu méconnaissable pour son entourage.

Puis vint un beau jour, il décida de dire ceci à son père :

« Papa je veux retourner au village pour revoir le vieux Sangoye. »

Son père ne parût pas surpris par cette demande de son fils. Il lui répondit tout simplement :

« Apprêtes tes bagages ; tu iras demain au village »

Le matin, quand Souba et le vieux Sangoye se retrouvèrent à Pama Domirila, ils avaient tous les deux changés de leurs cotés. Quand Souba se présenta à l’entrée de la case avant même qu’il n’eût prononcé un mot, le vieux Sangoye lui dit :

« Approche mon petit, vient t’asseoir près de moi. » Souba avait remarqué que le vieux Sangoye avait encore plus vieillit. Il était devenu aveugle ; ses cheveux étaient tout blancs. Il ne sortait plus beaucoup de sa case. Ses jambes ne pouvaient plus le porter assez loin. Souba s’est installé sagement auprès du vieux Sangoye sur la natte posée à même le sol au milieu de la case. Après les salutations d’usage le vieux Sangoye promena sa main droite sur la tête de Souba puis lui dit :

« Je vois que tu as grandi »

Après il fit appeler son petit-fils Toumani qui vint avec sa kora.

Toumani commença à jouer avec sa kora sur le morceau « Banni ». Le vieux Sangoye resta pensif et silencieux pendant un moment puis dit :

« C’était la première fois de ma vie qu’un enfant me suivait jusqu’à cet endroit – ce fut la raison pour laquelle je t’aie dit ce matin là, la seule parole qui vaille pour le Manden. Je savais que tu allais revenir pour la suite. »

Toumani continuait à jouer de plus belle sur sa kora. Le vieux Sangoye poursuivait :

« L’air que tu entends là est le début de la parole des Manden. Banni veut dire refuse d’être ce que tu n’es pas. »

Le vieux Sangoye ajouta ensuite :

« Nous sommes assis là sur une terre, la même terre sur laquelle deux amis avaient l’habitude de causer. L’un s’appelait Kaladjoula Sangoye et l’autre Manden Souba. Il y a de cela des centaines de pluies. Entre eux, il y avait toujours cette même kora. Cet instrument, ce véhicule qui permettait à leurs pensées de voyager et de traverser les âges.

Kaladjoula Sangoye et Manden Souba étaient de très grands chasseurs réputés…

Kaladjoula Sangoye et Manden Souba étaient de très grands chasseurs réputés pour leur bravoure. Au cours d’une partie de chasse Manden Souba trouva un instrument qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il le donna en cadeau à Kaladjoula Sangoye qui apprit très vite à dompter cet instrument sauvage, à le maîtriser et à savoir s’en servir. Cet instrument est fait de vingt et une cordes représentant chacune les 21 paroles que l’homme possède à l’intérieur de lui. Chaque parole constitue un âge et chaque âge correspond à un rythme. La kora ne peut être entendu que par les hommes mûrs. La maturité est le sommet de la connaissance de la douleur de la séparation. Il n’y a pas de changement possible sans maturité. La kora est cet instrument qui accompagne le changement. Elle guide dans l’obscurité de la nuit. C’est la kora qui aide à sauter d’une case de la parole à une autre. C’est ainsi que l’homme sort de sa nuit pour réaliser ses actes en plein jour.

Chez nous au Manden on ne fait pas n’importe quoi ; On ne dit pas n’importe quoi.

Chez nous au Manden on ne fait pas n’importe quoi ; On ne dit pas n’importe quoi. Il y a une manière de dire les choses, une manière de faire les choses ; Chaque chose ne peut se faire qu’en sont temps ; le temps lui-même n’est qu’un instant. Le rythme de la kora – Korassen – exprime cela par chaque note.

La parole du Manden est quelque chose de très sérieuse, et il faut savoir la manier avec beaucoup de précautions, d’attention.

C’est avec la kora que Kaladjoula Sangoye fit de son ami un Simbo ; un chasseur achevé, un maître chasseur et c’est ainsi que Kaladjoula Sangoye, grâce à l’exercice habille de son art est devenu un maître  de la parole du Manden. Au Manden c’est la parole qui possède le pouvoir de faire et défaire les hommes. Elle constitue une vraie puissance pour les hommes qui savent la manier et pour ceux qui savent l’entendre.

De l’amitié de Kaladjoula Sangoye et de Manden Souba est née de très grandes choses qui sont liées au nom du royaume qu’ils habitaient, le Manden.

Avant les deux amis, il n’y avait pas d’empereur du Mandé, il n’y avait pas de griot. Dieu a fait le monde par pair. Sans le lien entre les pairs rien n’est possible sur cette terre. »

Mandé kuma mange les ombres qui ne connaissent pas les secrets de la parole 

Le vieux Sangoye s’arrêta de parler un moment, bu une gorgée d’eau et se mit un morceau de kola dans la bouche puis continua :

« La parole du Manden ; Mandé kuma mange les ombres qui ne connaissent pas les secrets de la parole ; c’est Kaladjoula Sangoye qui as apprit à son ami Manden tous les secrets de la parole. C’est aussi que Simbon apprit à transformer les paroles en actes. »

TOUMANI arrêta le jeu de sa kora avec le dernier mot du vieux Sangoye et commença un morceau :

« SOUNDJATA FASSA »

Le vieux Sangoye resta un moment silencieux, puis tout d’un coup fit éclater un chant de sa voix rauque, sourde, puissante : « Tounya lè, ah tounyalè (c’est vrai, oui c’est vrai)

Manden bangou soumayara (la terre du Mandé s’est assoupie)

Il était annoncé le fils du lion et de la buffle.

Il était attendu le fils du lion et de la buffle.

Il a été annoncé quarante ans avant par les devins de Dagadiala ;

Il a été attendu quarante sept ans par les gens du Manden à Niani ; (la misère noire)

Soundjata fut le plus grand bienfaiteur du Manden.

Quel est donc le prince d’aujourd’hui qui va vouloir égaler et dépasser Soundjata pour faire encore le bonheur et la prospérité du Manden ? »

Cette brutale et soudaine irruption du chant du vieux Sangoye s’abattit sur le jeune homme et le foudroya comme un arbre. Souba eût un long frisson qui lui traversa tout le corps ; tandis que le vieux Sangoye continuait son chant : « Niàna, Niàana Simbo ani tawaleya.

Ké mandi deliman ani deliman gnàna. Kéma Souba.

Il descendait des trios Souba du Manden.

DIARASSOUBA, MAGASSOUBA, DANSOUBA.

L’ancêtre fondateur SOMA-DJOBI DAFFE MAGASSOUBA »

Ce qui a été dit de tes ancêtres ; c’est ce que je te répète Souba.

La vie n’est qu’une répétition éternelle.

La vie est infinie ; tu ne peux faire que ton temps.

« Tounyalé, ah tounyalé Souba.

Tu descends de SOGOSSOGO SIMBO et de SIMBO TALABA.

Djacouma la kabala simbo

De KANOU SIMBO, De KANOUGNOGON SIMBO.

De KABALAN SIMBO, De LAWALY SIMBO.

De BATABALY SIMBO, De MASSALOU SIKOMOU DANNA.

De KOUBA MAGANA, De KOUTOUBA MAGANA.

De MABOURAMA KONATÉ, SIKOMOU DANNA.

Rien n’a changé depuis que la Terre est Terre ; ce sont les hommes qui ont changés 

Après cette déclamation du nom des ancêtres de Soundjata et de leurs devises ; le vieux Sangoye plia ses deux jambes la droite sur la gauche et pris appui sur son coude. Avec ses yeux d’aveugles qui irradiait la lumière, et semblait vouloir soulever le toit de la case pour le déposer sur terre, afin de capter une étoile perdu dans le ciel.

C’était l’occasion pour Toumani de commencer le morceau « Kelèfaba » (ce qui éteint le feu) ou la deuxième parole du Manden.

Le vieux Sangoye après quelques moments revint dans sa position initiale. Ses yeux étaient devenus rouges comme des braises incandescentes puis s’adressa de nouveau à Souba :

« Rien n’a changé depuis que la Terre est Terre ; ce sont les hommes qui ont changés ; Ainsi le monde est devenu plus confus.

Personne ne sait plus ce qu’il dit ; personne ne sait plus ce qu’il fait.

Les chemins se sont égarés.

Si Manden Souba est devenu Djata c’est parce que son ami aimait à lui rappeler les hauts faits de ses ancêtres liés à son nom.

Kêta. Kêta. (Soulève ton nom à la hauteur de celle de tes ancêtres ; prend ton héritage.)

C’est ainsi que SOUNDJATA s’est forgé ses propres ailes.

Quand il est arrivé à réaliser les graines de paroles qui était en lui, à réaliser sa parole, les griots du Manden lui fient porter le nom Kêta.

Il s’est fait un nom propre dans le clan des Konaté.

Porter et supporter un nom conduit à un savoir être

On ne peut pas devenir ce que l’on est quand on ne sait pas que l’on possède un nom et en même temps que l’on est possédé par un nom. (Dambé Tiguiya)

Porter et supporter un nom conduit à un savoir être, c’est-à-dire à adopter un comportement.

On ne peut pas devenir ce que l’on est si on n’écoute pas ce qui est dans le nom.

On ne peut pas devenir ce que l’on est si on ne se maîtrise pas.

On ne peut pas devenir ce que l’on est si on ne connait pas ses limites.

Savoir être, c’est savoir porter et supporter un nom.

Mais avant il faut savoir, connaitre les graines qui sont dans la calebasse que l’on porte sur la tête.

C’est ce savoir que nous les griots du Manden possédons. C’est pourquoi nous pouvons faire et défaire les réputations.

C’est nous qui indiquons à chacun sa place et ses limites afin que la paix et la cohésion sociale puisse être maintenu. Nous tenons cette fonction de Soundjata.

La parole du Manden est comme un éléphant que l’on mange morceau par morceau.

La parole du Manden est amère comme le jus du caïcedrat.

C’est le prix de la sagesse, celle qui transforme la parole en acte. La seule vraie sagesse.

C’est nous autres griots du Manden qui pouvons alléger ou alourdir le fardeau du nom que chacun porte sur la tête.

C’est le poids du fardeau qui bouche les oreilles et rend sourd.

Prendre le temps d’écouter, de comprendre conduit au savoir entendre.

Les hommes du Manden sont finis parce qu’ils ne prennent plus le temps d’écouter, d’entendre.

C’est en écoutant Kaladjoula Sangoye que Soundjata a été le premier aigle à pouvoir soulever l’éléphant.

Le premier aigle à pouvoir sortir le caïman du puits.

C’est en écoutant Kaladjoula Sangoye que Soundjata a été le premier Mandenka à sortir du lac de Bankanmen – Le lac de la surdité des hommes.

On ne peut pas changer d’état d’être, de comportement, avant de mûrir.

La parole du Manden est comme une couveuse qui fait grandir les poussins.

Soundjata s’est donné le temps d’écouter ; tout le temps d’écouter les paroles de Kaladjoula Sangoye. Pendant ce temps les mauvaises langues s’en allèrent dire partout que Soundjata est devenu un maudit. Il pourrissait.

Kaladjoula Sangoye dit à son ami de supporter l’insupportable. Il devait pouvoir prendre le mot dit de son ami pour bien dire.

Soundjata a été le premier Mandenka à entendre « Saisis bien ton nom, tiens le fermement et soulève le jusqu’au ciel ».

Transformer sa parole en actes

C’est ainsi qu’il a pu transformer sa parole en actes. Pour saluer cet acte les griots du Manden dirent :

« Souba yé kalata Manden ; Sébaya kadi »

« Souba a pris la flèche de son être ; heureux l’homme qui peut faire cela. »

Souba, Soubaya, Sebaya sont liés. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

SOUBA est le nom et son contenu ; l’identité d’un homme.

Cette identité est donnée pour être déployé, décliné dans les actes d’un homme dans son comportement. C’est dans ces actes et son comportement que l’on peut voir l’identité d’une personne. Pas ailleurs.

Pouvoir réaliser sa parole ou ne pas pouvoir la réaliser défini la frontière entre l’homme libre et l’esclave.

Soubaya c’est ce pouvoir de sortir de la nuit de l’ignorance.

Sebaya c’est pouvoir faire, pouvoir connaitre avant le sens caché de la parole afin de la réaliser.

Ces trois pierres constituent les assises d’un homme, son sous-bassement ce qui lui permet de bien faire. Avant rien n’est possible. C’est ainsi que l’on appela Soundjata, SOUBA DJATA « le lion qui à su tenir sa parole ».

Pour nous autres griots du Manden rien ne peut se faire avant d’accéder à l’os de la parole, les racines du nom, la souche du nom.

La souche du nom constitue le socle de la possibilité de changement. Les trois moment de la dialectique de la métamorphose que Soundjata a pu inscrire : DIARASOUBA, MAGASSOUBA, DANSOUBA.

Nous autres griots du Manden, sont devenus comme des oiseaux

Nous autres griots du Manden, sont devenus comme des oiseaux qui errent de branche en branche ; nous n’avons plus d’arbres sur lesquels nous poser afin de dire toute notre parole. Soundjata après avoir réalisé sa parole au Manden pleura à Lonbanni et dit aux griots que le jour ou il va mourir les griots seront des orphelins. Le chœur des griots lui répondit qu’il fera tout pour faire surgir un autre lion de la nuit.

Sur ce dernier mot le vieux Sangoye se coucha sur sa bosse. Les notes de la kora de Toumani devinrent plus étincelantes. Elle semblaient cracher du feu sur le « SOUNDJATA FASSA » tandis qu’il entonnait à voix basse :« Soubalé, Soubalé

Souba ni Mansaya

Qui a jamais vu une chèvre mordre un chien au Manden ?

Souba ni Mansaya. »

Le vieux Sangoye restait étendu, les deux jeunes gens voyaient sa bosse disparaître en même temps que son souffle.

Souba semblait perplexe ne comprenant rien à ce qui se passait. Toumani était plus calme , plus serein. Il dit à son nouveau ami : «  Ne t’inquiète pas grand-père m’avait prévenu, il attendait ce jour pour vider sa bosse. Il avait la certitude et le conviction que le seul tort d’un homme sur cette terre était d’ignorer et de refuser d’emprunter le chemin de ses ancêtres. Grand-père n’était sur terre que pour jouer son devoir me disait très souvent. Il a tenu sa promesse, comme tu le vois. C’est cela qui était essentiel pour lui. »

Souba était comme abruti, et ne savais plus quoi faire. Il avait appris beaucoup de choses pour son âge, mais là ? Il pouvait imaginer beaucoup de choses mais çà ? Après un long silence Toumani avait dit à Souba :

« Je garderai tout cela en mémoire si un jour tu oubliais … c’est un monde qui finit là devant tes yeux et c’est un autre qui doit commencer. Ainsi va la vie. Tout est une question de parole et de rythme. C’est ce que tu viens de voir et d’écouter. Le monde est donné d’abord comme parole, comme spectacle. Grand-père était un merveilleux scénariste mais je ne savais pas qu’il était aussi un talentueux acteur. »

Ailleurs un autre grand-père avait dit :

« Wo es were sol ich werden » Là où c’était, je dois advenir. Mais où ? Et comment ?

L’accident de Souba n’avait laissé qu’un gros trou noir, comme un cratère fumant.

Il ne restait plus à Souba que cette volonté de savoir, de comprendre et de re-faire.

Il était devenu prudent, méfiant et avait acquis l’habitude de se méfier même de sa propre parole comme de son ombre ; à cette place là gigotait une moto cabossée complètement déglinguée.

Aidé par son fantastique sens de l’observation, il avait tout retenu du spectacle que lui avait offert le vieux Sangoye et son petit-fils.

Souba avait surtout retenu les attitudes, le calme et la sérénité des personnages.

Ils étaient assis sur quelque chose de solide. Tout dans leurs attitudes exprimaient une joie calme, une beauté et une transcendance. Souba avait eu sur le moment cette intuition que pour rien au monde le vieux Sangoye et son petit-fils n’étaient disposés à échanger leurs places pour un autre. Ils se sentaient bien là où ils étaient, comme ils étaient. Ils se sentaient bien dans leurs peaux, ils ne le disaient pas. Cela ce voyait à l’œil nu. Ils s’assumaient tout simplement mais de façon pleine et entière.  C’était un état d’être.

Il y avait aussi ce savoir faire qui découlait naturellement de leur savoir être.

Le vieux Sangoye et son petit-fils savaient deviner, anticiper et s’adapter

Le vieux Sangoye et son petit-fils savaient deviner, anticiper et s’adapter aux désirs informulés de l’autre. Ils étaient ce qu’ils étaient. Ils acceptaient aussi que l’autre soit comme il est.

Ils savaient enchaîner, improviser, ouvrir sur l’imprévisible. Souba s’est dit que cette intelligence humaine, vivante, ne pouvait s’acquérir qu’au contact de la vie et de ceux qui savent avec certitude. C’est à ce niveau que ce situe leurs lieux d’apprentissage. Ils avaient commencé par le commencement. Là ou l’expérience devient un enseignement définitivement acquis ou chaque leçon devenait une connaissance, une sagesse irréversible ; là où on avance pas à pas muni d’une boussole dans la fragilité de la vie pour éviter toute chute dramatique. Les piliers de cette école, Souba pouvait désormais les deviner, mieux encore il venait de les touchés du doigt.

Kaladjoula Sangoye était en faite, un marchant de flèches, de sens et de signification. La kora symbolisait l’instrument de l’unification de l’homme.

Le temps passait sans que Souba ne s’en rende compte. Il était dans un  autre calcul. Il était dans ce temps du vide nécessaire pour évacuer afin d’accéder à la pleine possession de son être. Ce temps durait. Mais qu’est-ce que ce temps pouvait représenter à l’échelle du Temps, de l’éternité ? Il acceptait une vérité d’évidence. Il avait apprit que le sujet qu’il représentait jusque là n’était qu’un sujet inversé d’où sa subversion et son besoin de se bricoler une âme de pacotille pour le soustraire à la peur de la mort.

Et puis un matin Souba se leva pour faire une clairière dans les hautes herbes. Ce que les Mandeka appellent Toubaka. Sur cette terre ferme, cernée par la jungle il avait inscrit des choses, il avait désormais des certitudes. Il apprit aussi à être calme, serein, déterminé et tranquille.

25 Décembre 2007 ; Au 40eme étage d’un immeuble du quartier des affaires de Nafoulé (La mère de toutes les paroles) il était minuit. Souba contempla par la baie vitrée les lumières de la ville rendue encore plus magnifiques par la fête de Noël. Il savait que de ce point solide d’où il contemplait la ville, il l’avait construit de ses propres mains ; rien que par son travail, sa sueur et son inspiration. Il ne pouvait pas s’en laisser compter par le dernier venu. Il eut une pensée pour tous les gens qu’il avait aimé. Il retourna sur son ordinateur pour chercher le site de Toumani Diabaté sur le net. Il prit tout son temps pour lire le commentaire de Toumani sur son dernier opus « Boulevard de L’ Indépendance ». Il a raison s’est il dit. Il prit sur son bureau une enveloppe et en tira le volume de Toumani « Koulandjan ». Il ferma son bureau à double tour appela l’ascenseur qui le déposa dans le hall. Il fit un sourire au gardien de l’immeuble qui regardait une émission de variété à la télévision. Il connaissait sa situation. Il était lui aussi passé par là pour réaliser sa parole. Il descendit pas à pas les marches de l’escalier, une marche après l’autre. Il traversa la galerie marchande assourdit par le bruit et l’agitation pour retrouver sa place dans sa Mercedes Coupé 700 chevaux maîtrisés en un. Il s’installa confortablement à sa place et mit en marche sa radio K7 avec « Koulandjan ». Il mit ensuite le GPS en route ; La nouvelle boussole des chemins. La nuit était noire et froide à l’extérieur. Il était seul et heureux. Tout d’un coup le son de la kora crépita, le mitrailla et envahi de toute sa chaleur le cockpit du bolide. Un éclair déchira le ciel de ses pensées. Il eu une émotion qu’il n’avait pas ressentit depuis un certain jour … Il se laissa bercer quelque instants avant d’allumer les phares de sa voiture. Mais avant il voyait loin, très loin devant lui. Il fit un sourire. Il savait qu’il avait réaliser sa finalité ultime, régné sur son cerveau son seul véritable territoire. Il avait calé l’aiguille du cadrant sur la lettre A. La première lettre de l’alphabet humain. L’amour de l’être. Il appela son père.

«– Papa c’est moi Aliou, je viens pour le dîner. Je t’amène le dernier CD de Toumani Diabaté « Koulandjan»

– Qu’est ce qu’il te dit, l’oiseau penché au dessus du fleuve ?

– Que je ne suis pas fait pour boire l’eau du lac. L’eau de la haine.

– Comment l’oiseau sait-il cela ?

– C’est sans doute la kora qui lui dit tout cela.

– Alors écoute et ne regarde plus jamais derrière toi. Suis ton chemin désormais puisque tu le connais.

– Papa tu m’étonnes, ouvres les yeux, Toubaka.

– Je t’attends.

– J’arrive. »

Aliou avait serpenté les chemins du Jura pour aller cueillir des fleurs au sommet de la montagne. Il coupa des épilobes, des gentianes jaunes, des digitales. Il en fit un bouquet.

Entre temps le père était sortit dans le jardin et se laissa aller à ses pensées. Il se disait :

« Il est tellement loin et si près ce jour du 27 août, quand Djaly Koyan l’appela pour lui annoncer la nouvelle … »

Entre temps beaucoup d’eau  avait coulé dans le Djaliba.

Ensuite lui vint cette pensée de Heidegger : « Ce qu’il y a de plus ancien parmi les choses les plus anciennes nous suivent dans notre pensée et pourtant viennent à notre rencontre. »

Avant de poursuivre le cours de ses pensées il fut interrompu par les phares de la voiture de son fils qui rentrait dans le parc.

Aliou sortit de sa voiture et sauta au cou de son père. Il tendit ensuite les fleurs. Le père les prirent dans sa main droite. Il tendit l’autre main à Aliou qui y plongea sa main droite.

Il faisait froid, très froid cette nuit ; mais au point de contact entre les deux mains il faisait chaud, très chaud.

Aliou dévisagea son père et lui dit simplement « Merci papa ».

Le père répondit avec un sourire. Il connaissait tous les obstacles que le fils avait franchit pour arriver jusqu’à lui.

Entre la voiture et la porte du chalet, le père replongea dans ses pensées : « Souba, l’aube, l’aurore. Souba est l’enfant du réveil. » Lui avait dit le Koma, l’instrument de devination des Manden depuis Fakoly. Tout comme Boloba qui lit les augures du ciel sur la terre avait prédit l’avenir du Manden au Mandenmasa. Il avait dessiné les 8 cases en jetant les 21 pierres blanches. Après les 3 coups du Tabalé, Diakouma Dôga avait surssuré à l’oreille du souverain : « Kéra masa kéra, kéra sama kéra ». La première case des Manden était ouverte.

Le père comprit cette nuit par ou était passé son fils. Il avait déchiffré dans l’ombre pour trouver le code secret de sa destinée ; La flèche de son être. Il était passé par la science de la tradition pour faire la jonction entre le passé le présent et le futur. Il avait trouvé le ressort invisible qui le projetait dans le nouvel ordre numérique. Ils entrèrent dans le salon ; les deux hommes se mirent dans deux fauteuils qui se faisait face. Ils restèrent ainsi pendant un très long moment sans rien se dire. Tout était si clair, si évident. Que pouvait signifiait en ce moment les mots ? La fausse monnaie du langage, le mensonge.

Deux miroirs parallèles dans le silence se contentaient de se contempler. Leurs seules présences suffisaient. Il s’agit d’être pleinement.

Aliou rompa un moment le silence et dit à son père : « Papa je te sens en forme ».

Le père répondit « Je me suis toujours dit qu’avec le temps on rajeunissait ».

Aliou fit un sourire. Le père ajouta «  Tes enfants dorment, ils sont épuisés. Ils n’ont pas arrêter de poser des questions toute la journée. »

Après avoir dîné et causé de tout et de rien, les deux hommes se séparèrent en se souhaitant bonne nuit.

Aliou monta dans sa chambre ; le père retourna dans le jardin pour retrouver le cours de ses pensées.

Cette nuit il avait besoin comme toit de toute l’immensité du ciel étoilé, tant il était heureux. Dans cette nuit d’hiver, dans cette pâle blancheur livide, le froid et le noir couvraient le père comme un manteau de satin.

Note après note, il jouait sur les cordes de sa pensée, ses fibres intérieures.

Dégustant chaque mot avec un plaisir infini.

Le dernier mot de son initiateur à la culture occidentale François Warin avait été « Deviens ce que tu es , le monde n’est respirable que dans sa diversité”.

« Etre à l’origine de l’être » Lui avait enseigné son maître Georges Balandier en 1984.

Comme un éclair toute la signification de ces affirmations énigmatiques, singulières et universelles s’imposaient à lui.

Il pouvait ce soir mesurer le chemin des maîtres à l’aune de sa propre expérience.

« Ouvre les yeux papa » lui avait dit son fils. Comment pouvait il le faire avant ? Lui qui s’était mit sans jamais se poser de question à cette place de la transmission, de la folie de la mort et de l’anéantissement.

C’est à cette place aussi que s’arrêtait la limite du possible. Aller au-delà c’est faire de la pure fiction. S’inscrire dans le non être, le néant. Comme l’avait annoncé Clark dans sa deuxième loi sur la science fiction : « La seule manière de définir les limites du possible c’est d’aller au-delà. »

Cette nuit il retournait aux limites du possible grâce à son fils et sentait une profonde joie, une grande fierté dans cette réconciliation avec lui-même. Il assumait ce qui avait été l’au-delà de cette opération périlleuse. Il s’est dit : « Aliou si tu est un prince, je le suis moi aussi, et un peu plus ». Notre destin n’est il pas de créer notre destin ?

Il lâcha ensuite sa pensée, elle s’échappa comme un cheval libre dans la forêt; Passant d’un souvenir à un autre. Une brise légère et glacée frôlât sa poitrine. Il sentit le contact de l’aigle en or de la chaîne qu’il portait avec sa chair. Il eu un frisson.

Elle lui avait dit cette nuit là : « Je serait ton aigle si tu le désir réellement ».

Il venait d’être massacré, sa main droite avait été déchiquetée et son enceinte, sa protection intérieure avait été fracassée. Son nom avait été violemment agressé et tout son être suintait son sang.

Les vautours noircissaient déjà son ciel à la recherche d’une nourriture facile.

Bakoro Mama Djeliya avait pour demeure, le lit du fleuve; Elle avait : « viens je t’attendais. N’aies pas peur je te protègerais. » Il avait plongé sans réfléchir et vint s’asseoir sur un canapé qui faisait face à un aquarium. La divine Djeliya dit à Simbo « Je sais ce qui t’arrive ; c’est comme cela que sa ce passe depuis que le monde est monde ; tu n’y peut rien. Il y a suffisamment de place ici pour que tu puisses rester le temps qu’il faut. Je te garderai ici jusqu’à ce que tu guérisses entièrement. Je ne te demande rien en compensation. J’ai ici tout ce qu’il faut pour vivre jusqu’à la fin des temps. Ce que je te demande c’est d’ouvrir suffisamment les oreilles pour écouter mon histoire. Si tu étais suffisamment instruit de ta propre histoire tu n’en serai pas la aujourd’hui. Essayes de comprendre tout d’abord l’alliance de l’aigle et du cheval. Cela n’est sûrement dans aucun livre. Tu n’avais aucune chance de rencontrer cette vérité.

Ecoute et regarde-moi bien. J’appartiens à la lignée des GOPESSY du Wagadou, au Farima Dougousso du Sosso, des Seguêshi babi du Manden. Je suis la descendante d’une lignée directe de l’aigle qui a été chercher le Secret absolu, le Secret de l’éternité auprès du Soleil. L’Aigle en est revenu mortellement blessé, mais il su guérir et le prix de son aventure fût le « Dôkala ». Le Secret de la Source de la connaissance. Voila le Secret du soleil. C’est gratuit. Parce que ce qui t’arrive ne peut arriver qu’aux gens qui veulent faire le bonheur de toute l’humanité. Tu as raison et en même temps tort. Il y a que limite a la volonté individuelle. Chez nous le consensus a présidé à toute les actions collectives. Il ne faut pas faire de confusion. C’est ce fait qu’a réussit Soundjatà a Kouroukanfouga.

L’action individuelle est différente de l’action collective. On peut se faire confiance de façon absolue, mais si les autres ne vous font pas confiance pour mener l’action collective mieux vaut renoncer.

Ce que tu es ne dépend pas de toi. Il est lié à l’essence de ton être. « Bokolo ». Le nom en tant que tel ne reflète que l’ombre de cette essence éternelle. C’est mon père qui ma appris à lire dans l’ombre du « Bokolo ». Nous les Kouyaté de Niagassola nous ne pouvons pas nous tromper dans notre science. C’est avec précision que nous pouvons couper les gens de leur fausse ombre, de leur faux nom pour les relier a ce qui est permanent chez eux. L’os, ou  la connaissance de l’os ont toujours appartenu aux Kouyaté. Rassure toi, l’os qui a castré l’hyène et abaissé son arrière-train ne peut être inquiété par les chiens. L’arme des faibles à toujours été le mensonge, les ragots, les rumeurs, la diffamation. Ouvre bien les yeux et regarde.

Je comprends que tu ne puisses pas comprendre cela. Je comprends que tu puisse en souffrir terriblement. Nous nos parents nous enseignent très tôt à distinguer les hommes par leur comportement. C’est à partir de là que nous accédons à leur origine. Les hommes sont différents. Il n’est pas donné à tout le monde de porter à hauteur de dignité le nom qu’il peut porter.

La calomnie est et a toujours été l’arme du crime parfait. Elle tue sans laisser de traces, c’est cette connaissance qui a fait du lit du fleuve ma demeure. De façon éternelle, l’eau a toujours su venir à bout du feu. La seule arme qui existe pour faire face aux bruits et aux rumeurs assourdissantes du monde est contenue dans Mafoulé.

Ce qui t’arrive est nécessaire pour accéder à la vérité des choses. Pour trouver ton chemin tu étais obligé de passer par là. Ne t’en fais pas quelque soit la tournure des évènements la vérité finie toujours par triompher. Il ne te reste plus qu’à être toi-même un point c’est sur tout. Découvre ton chemin … »

Après ces précieux conseils Djeliya prit la main ensanglantée de Simbo et la posa sur la kora. Elle lui apprit aux fil des jours tous les secrets de la Kora et du Balafon du Sosso.

De jour en jour, l’état de Simbo s’améliorait. Un matin il dit a Nakaniba «  Je vais devoir te quitter. Mes blessures commencent à cicatriser, je vais continuer le reste du traitement sur l’autre rive de l’océan. Je vais voir Marirosie »

Nakaniba ne dit rien. Elle se leva et fit rouler le canapé sur une bonne distance. A la place du canapé était caché une sortie, elle souleva la grande porte de la trappe et dit à Simbo «  Tu ne pouvais jamais imaginer qu’il pouvait exister sous le lit du fleuve un chemin qui puisses conduire à la terre ferme. Ajoutes cela à tes connaissances. »

Avant d’entamer sa marche vers la terre ferme Simbo prit le temps de dire au revoir à la guérisseuse. Elle répondit «  Je ne m’inquiètes pas pour toi, chaque fois que tu penseras à moi je viendrais te rejoindre pour te dire ces vieilles choses du Manden. »

L’océan l’a rejeté sur l’autre rive. Et se réveilla nu au beau milieu d’animaux marin. Il inversa le sens du nu. Cela lui donna le un. Simbo tendit la main jusqu’à un coquillage. Il se leva fit face à l’est, expira très fort dans le coquillage et le posa fermement sur son oreille droite. Il entendait les voix mêlées de Coumba Gawlo Seck et de Baaba Maal. « Yo Malé … le fils de Seydou Madany Oumar Foutanké est parti. Torodo ngari Djama taara accompagné de la troupe de griots. »

L’histoire racontait qu’il avait entendu ce matin de 1854 la voix de Djaly Moussa Diabaté et avait surgit de sa prière et de sa méditation pour prendre et offrir la ville de Tamba au griot. Février 1864, il prit la main de ses enfants Hady et Macky pour disparaître dans les falaises de Bandiagara.

Tara. Taara. Simbo venait de tomber sur une révélation. La révélation du mystère du degré le plus achevé de l’élévation humaine. Le sens et la signification du sourire du Bouddha – le dieu de la compassion – c’est ce que  Oumar avait réalisé. Simbo avait marché pendant des heures sur le sable et puis au loin apparut une ville … Il s’arrêta puis dit machinalement « On Diarama Baba. On Diarama Coumba » C’était la première fois qu’il s’entendait parler sa langue maternelle.

Le père de Aliou sortit de sa rêverie et regarda tout droit devant lui. Il ne pouvait rien distinguer avec netteté dans cette nuit noire. Une pensée s’imposa à son esprit. « Tout progrès réel est progrès en Amour » écrivait Manfred Clynes. Ce progrès ne pouvait qu’indiquer que le sommet du Bouddhisme – Zen -.

Le père d’Aliou savait avec certitude que cette vérité il la  connaissait de tout ce temps mais pour la réaliser il avait besoin de l’oublier. C’est son fils qui lui rappela cette nuit. On ne peut avancer sur les chemins de l’élévation que branchée sur les lumières de l’amour. Mais à quoi bon se rappeler ces vérités qui deviennent des fardeaux une fois qu’on les a dites. « L’enseigne ment toujours » disait Jacques Lacan. Chaque fois que nous ne pouvons pas inscrire nos vérités dans notre comportement et nos gestes les plus simples.

Il continua à contempler la nature qui s’offrait à lui. Il s’émerveilla devant l’ordre et l’harmonie du monde. Une brise glacée vint lui frôler le cou. « Elle disait vrai » se dit-il. Entendre, voir et faire restait pour Nakaniba les seules règles précises, inéluctables,  immuables du monde. Quand vous avez compris vous avez certainement tort. Il fallait marcher et entrer dans la compréhension de cette vérité pour toucher du doigt le cœur du cœur, le cœur du phénomène humain. L’imitation est l’essence de l’art de vivre, le chemin absolu de la connaissance. Spontanément il avait lâché « oui à l’appel de la vie et au rappel de la mort ». Il lui a semblé un instant toucher l’absolu.

Tout se ramenait finalement à cette éthique du dire. C’est-à-dire à la parole et à son aboutissement c’est-à-dire à sa mise en acte. Autrement l’on se situe dans le vide, dans le brassage du vide où le délire ce qui revient à la même chose.

Inscrire dans un acte une parole ou écrire la parole. Le fossé est immense entre le vrai et la répétition vaine.

« Deviens ce que tu es » écrivait Nietzsche. Les germes et les graines de la destiné son déjà la dans l’origine mais la réalisation du destin ne peut se faire que dans le mélange des graines, dans l’exigence et la rigueur d’une parole d’avec les actes. C’est après que l’on pourra retrouver les siennes. Se perdre pour se retrouver … vaste programme.

Le père d’Aliou après cette dernière réflexion se sentit comme libéré, dégagé d’un lourd fardeau, la terre peut être légère pour ceux qui peuvent la portée. Il monta dans sa chambre avec cette légèreté de la brise glacée. Le zéro, le un, le trois. Le vide, l’homme, sa parole et la réalisation de sa parole. Le compte traditionnel était solide.

RECONSTRUIRE L’AFRIQUE A PARTIR DE L’ESPRIT D’UNE CIVILISATION

  1. Abou D. TRAORE  un avis

Quelles precieuses informations couvrant la genese meme de la vie et du comportement humain. C’est ce qui nous manque de nos jours. Les parents n’ont plus de temps pour leurs progenitures dans un monde domine par la course effrene derriere le gain, l’enfant n’appartient plus a tous, et les grands parents n’ont plus la chance de raconter des contes et a apprendre l’histoire a leurs petits enfants. La generation actuelle est totalement deboussolee alors que comme l’ on dit chez nous:” Dji don so don yere don de gnongon te.”( Il est bon de savoir nager, il est bon savoir monter a cheval; mais rien ne vaut la connaissance de soit meme.” Ne dit-on pas aussi que:”Ni y gninana y djoudjon ko, y lamban ko be y konola fili.” (Si tu oublies ton origine, tu seras confus de ta destination.) Les gens ont vendu leur ame au diable. Le gout du gain mal acquis et a tout prix nous controle.
Memes les depositaires de la tradition(les griots du Manden)ne nous guident plus sur le droit chemin comme avant. On chante le Djadjo a n’importe qui. Nous nous eloignons de jour en jour de notre riche culture et de nos traditions. Merci a Mr Daffe Seydou Madani pour ce rappel.