JE SUIS DÉSOLÉ( mangui diéguelou au Sénégal, pays de la fausse téranga) PAR IBRAHIMA NOUREDINE DIAGNE- Ibrahima Nour Eddine DIAGNE

«C’est un manque de respect total que l’on retrouve partout. Il y a au Sénégal, une telle banalisation, qui fait glisser le pays, dans un désordre qui sera difficile à corriger. C’est comme la formule mal saine, « ici on est au Sénégal », ça veut dire quoi, un pays sans loi, ni morale. Non, on nous a transmis des règles de comportements, et notre religion nous exige aussi, une démarche vis-à-vis des autres et de soi-même.

Cet article traduit un excès, et la formule d’excuse est brandie n’importe comment sans conscience d’ailleurs. On te casse ta voiture, tu demandes pardon, alors que tu as fait preuve d’inconséquence. N’est-ce pas aussi le fait que la notion des assurances et quasi absente dans ce pays où la corruption rend factice cette chose. Si on inculquait la loi de casseur payeur, vous verriez que certains feront bien attention. Et quand vous demandez à ce qu’on vous dédommage, vous voyez la meute se lever pour appuyer le pardon et je me rappelle, un jeune franco-sénégalais demandait  aux médiateurs de payer à la place de l’auteur et il voit tout le monde se dérober…P B C

Lorsque je marche et qu’en trébuchant je m’agrippe sur une personne pour ne pas tomber, je peux lui dire je suis désolé car je lui ai involontairement et inconsciemment porté préjudice. Si elle est énervée ou même m’accable de propos désobligeants, je dois me confondre en excuses et ne pas faire émerger mon orgueil. Lorsqu’on a tort, on s’excuse et on se tait.

Maintenant si je marche avec mon téléphone en main, ma concentration sur les nuages, avec des gesticulations faisant douter de ma santé mentale et que je renverse l’étale d’un marchand, lui dire simplement je suis désolé est inacceptable.

En plus des excuses, je lui dois des réparations et je dois me faire la promesse à moi même de ne plus verser dans des formes d’inconscience qui portent préjudice à autrui.

Dans mon pays, les jeunes et les adultes ont de plus en plus tendance à observer des comportements qui intègrent des risques pour les autres et pensent qu’un simple « je suis désolé » suffit à corriger toutes les offenses.

Pire, ils se permettent même de qualifier d’incidents mineurs, l’offense qu’ils viennent de vous dispenser comme si leur conception du raisonnable devait s’imposer à vous. Comment peut-on avoir l’indécence de porter préjudice à une personne et de décider qu’il s’agit d’une offense mineure ?

Hier soir, à l’aéroport de Dakar, un agent de la société Teranga s’est permis de déposer sur le bac où il m’a demandé de mettre mon ordinateur, ma montre et mon téléphone pour le passage au scanner, des bottes d’ouvriers remplies de poussière et de boue sèche.  Je dis bien poser sur le bas des mes effets personnels des chaussures qui appartiennent à autrui.

Alors j’ai piqué ma première crise de colère de l’année en lui disant comment pouvait  t-il se permettre de m’imposer un tel outrage ?

j’ai eu pour seule réponse, je suis désolé ( ma ngui djeguelou) pendant qu’il continuait son travail sans même me regarder.  Cela a poussé mon énervement à son paroxisme. je me suis quand même contenu. j’ai acheté un chiffon et un gel hydro-alcoolique pour m’assurer de la désinfection des ces outils de mon quotidien.

Si l’expression « je suis désolé » est en train de devenir une religion au Sénégal, alors la seule chose qui sera émergente, ça sera le  désordre.

PAR IBRAHIMA NOUREDINE DIAGNE