Publication du rapport Forvis Mazars : le gouvernement sénégalais choisit la carte de la sincérité budgétaire

En publiant un bulletin statistique d’une précision inédite sur la période 2019-2024, le gouvernement sénégalais choisit la carte de la sincérité budgétaire. Porté par un audit indépendant, cet inventaire rigoureux révèle un taux d’endettement réel du secteur public de 128, 6% du Pib, ouvrant la voie à une nouvelle ère de gouvernance financière. Selon le Mefp, les chiffres présentés dans le bulletin reflètent les résultats des travaux de réconciliation des données menés avec les créanciers et partenaires financiers, avec l’appui du cabinet de renommée internationale Forvis Mazars. 

Dans un souci de vérité des comptes et de bonne gouvernance, les autorités sénégalaises ont publié hier un état des lieux exhaustif et fiabilisé de l’endettement public. Cet inventaire «rigoureux», audité par un cabinet international indépendant, révèle une trajectoire de la dette publique qui atteint désormais 128, 6% du Pib en 2024. La publication du Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024 marque un tournant décisif dans la gestion financière de la République du Sénégal. Faisant suite à un rapport de l’Inspection générale des finances (Igf) en 2024 et à un audit de la Cour des comptes rendu public le 12 février 2025, le gouvernement a choisi d’aller au bout de sa démarche de sincérité budgétaire.

Pour ce faire, un exercice complet de fiabilisation et de réconciliation de l’ensemble de la dette du secteur public (administration centrale et secteur parapublic) a été confié au cabinet international Forvis Mazars, dont la publication est réclamée depuis plusieurs mois. Les conclusions issues de ce travail d’inventaire approfondi révèlent l’ampleur de l’encours de la dette du secteur public, lequel s’est fortement accéléré entre 2019 et 2024 : l’encours global du secteur public est passé de 11 219 milliards F Cfa en 2019 à 25 583 milliards F à la fin de l’exercice 2024. Le ratio d’endettement par rapport au Pib a grimpé de 81, 8% en 2019 à 128, 6% en 2024. Il faut noter que ces chiffres n’intègrent pas encore le rebasage du Pib (actuellement en cours de finalisation).

La dette de l’administration centrale (23 667 milliards F Cfa en 2024) reste majoritairement externe. Par exemple, la dette extérieure s’établit à 16 894 milliards F Cfa (71% du total), principalement libellée en euros (46%) et en dollars américains (17%). Les bailleurs multilatéraux (dont la Banque mondiale et le Fmi) en détiennent 40%. Alors que la dette domestique contractée en F Cfa se chiffre à 6773 milliards F Cfa (29% du total), soutenue en grande partie par des obligations du Trésor.

L’analyse de la maturité et des taux d’intérêt montre que la dette extérieure bénéficie d’une maturité résiduelle moyenne de 8, 7 ans avec un taux d’intérêt effectif de 3, 4%. A l’inverse, la dette domestique s’avère plus chère et plus courte, avec un taux effectif de 5, 3% et une maturité moyenne de 3, 6 ans.

Le secteur parapublic sous la loupe

La clarification du périmètre d’endettement des entités parapubliques (hors dettes rétrocédées) met en lumière des situations contrastées d’exposition : le Groupe Petrosen concentre la part la plus importante avec un encours de 660, 2 milliards F Cfa en 2024 (essentiellement de la dette extérieure), la Sogepa enregistre un encours de 299 milliards F Cfa (exclusivement domestique), la Senelec affiche un encours de 227, 6 milliards F Cfa, en baisse notable par rapport aux 341, 7 milliards de 2020. Alors que l’Aibd et le Fonds d’entretien routier autonome (Fera) affichent respectivement des dettes de 188, 7 milliards F Cfa et 170, 9 milliards F Cfa.

L’analyse des flux de remboursement historiques et prévisionnels montre que l’Etat sénégalais fait face à des échéances financières cruciales : le service de la dette de l’administration centrale (hors dette bancaire locale) a plus que triplé en cinq ans, passant d’une charge totale de 808 milliards F Cfa en 2019 (536 milliards de principal, 272 milliards d’intérêts) à 2751 milliards F Cfa en 2024 (1893 milliards de principal, 858 milliards d’intérêts). Selon la logique budgétaire d’engagement (incluant la nouvelle dette envisagée), le pic de remboursement sera atteint dès 2026, avec un service global estimé à 5498 milliards F (4307 milliards en principal et 1191 milliards d’intérêts). La charge devrait ensuite amorcer une lente décrue pour s’établir à 2966 milliards F Cfa d’ici 2030. Avec ce travail minutieux de mise à plat, le gouvernement sénégalais choisit d’affronter ses réalités économiques avec rigueur. Les réformes structurelles à venir et le rebasage annoncé du Pib seront déterminants pour redéfinir la viabilité de la dette et rassurer les partenaires financiers du pays