FSF: Derrière les tentatives de dédouanement de l’instance fédérale, se cache une profonde crise de gouvernance

Après la douloureuse élimination du Sénégal en 16es de finale de la Coupe du monde, l’heure des comptes a sonné. Derrière les tentatives de dédouanement de l’instance fédérale, se cache une profonde crise de gouvernance. Analyse d’un statu quo institutionnel qui n’a que trop duré.

Sur le terrain, la sentence est tombée : une élimination précoce et sans gloire dès les seizièmes de finale du Mondial 2026. Pourtant, dans les coulisses, le président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf) s’active pour sauver les meubles. En tentant de blanchir à la hâte les membres de son Comité exécutif, la tête pensante de l’instance cherche à diluer les responsabilités. Mais le vernis craque. Le mal qui ronge le football sénégalais est structurel, et la Fédération doit aujourd’hui assumer ses responsabilités et identifier précisément les causes de cet échec cuisant.

Pour comprendre les dysfonctionnements actuels, il faut remonter à la genèse des réformes administratives de la Fsf. La nomination de Abdoulaye Saydou Sow au poste de Secrétaire général, en parfaite conformité avec les nouveaux statuts rédigés par la Fédération elle-même, aurait dû provoquer une levée de boucliers immédiate de la part de la tutelle. Historiquement, le ministère des Sports a toujours veillé à doter les grandes fédérations sportives d’un haut cadre de l’administration. Ce n’était pas une coquetterie bureaucratique, mais une nécessité démocratique : garantir un équilibre des pouvoirs face à des comités exécutifs parfois trop puissants. En laissant la Fsf s’approprier totalement cette fonction clé, l’Etat a abandonné un levier de contrôle essentiel. Dans la hiérarchie des normes d’un Etat de Droit, un arrêté ministériel primera toujours sur les statuts internes d’une association, fût-elle la toute-puissante Fédéra­tion de football.

Un simple arrêté pour lever le doute

Le débat stérile qui a entouré cette nomination à l’époque n’avait pourtant pas lieu d’être. Dans un Etat de Droit digne de ce nom, le doute du ministère des Sports était d’une simplicité enfantine à dissiper la primauté de la loi et la hiérarchie des normes : un simple arrêté du ministre pour nommer un Secrétaire général de son choix se serait imposé de facto à la Fédération, les statuts d’une Fédération sportive, aussi modernes soient-ils, ne peuvent en aucun cas outrepasser une décision réglementaire de l’autorité de tutelle. En choisissant le silence ou l’inaction, le ministère a capitulé devant l’instance fédérale, ouvrant la voie à une gestion en vase clos dont on mesure aujourd’hui les limites sportives et logistiques.

Pour se défendre de toute intrusion étatique, la Fsf brandit systématiquement l’épouvantail des sanctions de la Fifa et le principe de l’autonomie administrative. Un argumentaire non seulement désespéré, mais profondément impertinent. Peut-on décemment opposer la «non-ingérence» à un Etat souverain qui finance à coups de milliards de francs Cfa la préparation des Lions, le salaire du staff, les primes et les infrastructures de toutes les grandes campagnes internationales ? Qui finance commande, ou du moins, supervise.

Lorsque l’argent public irrigue une association sur toutes ses questions stratégiques, l’exigence de comptes et d’équilibre des pouvoirs n’est pas une ingérence : c’est un devoir de transparence envers le Peuple sénégalais. Si le football sénégalais veut rebondir après le traumatisme de 2026, la reconstruction ne passera pas seulement par le changement de sélectionneur ou le renouvellement de l’effectif. Elle devra commencer par une reprise en main institutionnelle de l’Etat, armé de ses seuls textes de loi.