Alors que le limogeage de Pape Thiaw fait grand bruit, le président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), Abdoulaye Fall, a brisé le silence. Entre exigences financières jugées démesurées et rupture de communication lors de la campagne américaine, le patron du football national rejette la responsabilité du blocage contractuel sur le technicien. Explications.
Accusée d’avoir laissé Pape Thiaw sans contrat durant près de la moitié de son mandat, la Fsf contre-attaque. Par la voix de son président Abdoulaye Fall, l’instance fédérale pointe du doigt les exigences contractuelles et le comportement du sélectionneur démis de ses fonctions après le fiasco américain lors du Mondial. Admettant à demi-mot des «failles organisationnelles, techniques et sportives», le président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf) a assumé l’échec de la campagne américaine des Lions de la Téranga. En conférence de presse hier, Abdoulaye Fall a fait face à ses responsabilités : «Dans ce genre de situation, le président est responsable, même si la responsabilité est surtout collective. Dans les jours à venir, vous allez voir des changements dans l’environnement de l’équipe et un projet de charte va être validé. Les responsabilités individuelles vont être situées», a-t-il déclaré. En attendant ces réformes, Pape Bouna Thiaw a déjà fait les frais de cette réorganisation en perdant son poste de sélectionneur national. Limogé, le technicien n’aura finalement signé son contrat qu’à la veille du match contre la Norvège.
L’indexation du salaire sur le taux de la Bceao en question
A la question de savoir pourquoi le sélectionneur est resté cinq mois sans contrat, le président de la Fsf pointe, sans détour, la responsabilité de Pape Thiaw. «J’ai saisi Pape Thiaw à la fin du sacre. Il a été un frère, mais j’ai constaté un changement chez lui après ce titre. Je l’ai relancé le 25 janvier pour lui demander de me faire une proposition de contrat. Il ne m’a répondu que le 8 mars», a détaillé Abdoulaye Fall.
Selon le patron de la Fsf, certaines exigences du coach posaient un réel problème de forme : «Des dispositions bloquaient, notamment l’indexation de son salaire sur les taux de la Bceao. Je lui ai alors conseillé d’en parler avec la ministre des Sports, avec qui il entretient de bons rapports.
La tutelle m’a ensuite instruit de lui proposer le même contrat que celui de Aliou Cissé. Ce que j’ai fait», précise-t-il, affirmant avoir joint le courrier du ministère et le contrat de Cissé à sa proposition. Pour rappel, Aliou Cissé bénéficiait d’un salaire mensuel de 20 millions de F Cfa, assorti d’une prime exceptionnelle de 10 millions étalée sur toute la durée de son contrat.
Rupture de dialogue à la Coupe du monde
Les divergences ne se sont pas arrêtées là. Le président de la Fsf regrette l’influence de l’entourage du technicien sur les négociations : «A un moment donné, j’ai senti que Pape Thiaw écoutait d’autres personnes. Il a exigé d’être payé de l’intégralité du montant restant du contrat, quel que soit le motif de la rupture. Ce que j’ai refusé. De plus, il n’était pas d’accord avec les objectifs sportifs assignés, et cela a fini par impacter l’équipe.»
Cette tension contractuelle a profondément détérioré les relations de travail, au point d’isoler le président de la Fsf durant le Mondial : «A la Coupe du monde, j’étais privé d’informations. Je découvrais la feuille de match comme tout le monde, alors que nous avions l’habitude d’échanger en permanence», a déploré Abdoulaye Fall.
Pour préserver la sérénité du groupe, la Fsf avait fini par céder aux dernières exigences de Pape Thiaw, qui demandait un accompagnement financier supplémentaire en plus de son salaire et de sa prime exceptionnelle. «C’est à quelques heures du match contre la Norvège que j’ai finalement signé son contrat, uniquement pour préserver la paix», a révélé le président de l’instance, tout en précisant que la fédération était désormais disposée à verser huit mois de salaire à Pape Thiaw en guise d’indemnités de départ.

