Déclarations d’importation de sucre : ÇA NE CSS PAS !

Le ministère du Commerce invoque le besoin d’assurer un approvisionnement continu du marché en sucre, à l’approche de fêtes religieuses musulmanes. Le producteur national rétorque qu’il a un stock suffisant pour des besoins jusqu’en août, et se demande ce qui pousse les autorités à privilégier les importateurs au détriment de la production nationale.

Le ministère de l’Industrie et du commerce a publié hier un communiqué annonçant qu’il va, à partir de demain 15 juillet, ouvrir le marché national aux importations de sucre. Le ministère dirigé par M. Serigne Guèye Diop invoque, pour justifier cette décision, le fait qu’«à la date du 13 juillet 2026, le stock de sucre de la Css a fortement baissé». Ce à quoi s’ajoute, selon toujours le communiqué du ministère, le fait que «les mois d’août, de septembre, d’octobre et de novembre sont traditionnellement couverts par des importations pour compléter la production locale». Donc par conséquent, l’Etat chercherait, avec ces autorisations d’importation, à «éviter toute pénurie et couvrir pleinement les besoins des populations durant les prochaines fêtes religieuses (Magal et Ga­mou». Il s’agirait aussi de «sécuriser l’approvisionnement et garantir la continuité de la distribution pour l’ensemble des consommateurs», assurent les services de M. Diop.

Le communiqué conclut en affirmant la disponibilité du ministère «pour tout échange technique avec la Css et les partenaires… afin de garantir la sécurité alimentaire du pays». Une déclaration qui ne rencontre pas l’agrément de la compagnie.

M. Louis Lamotte, conseiller du Groupe Mimran, propriétaire de la Compagnie sucrière sénégalaise, rue dans les brancards. Il a commencé par affrimer que «la Css a clairement notifié au ministère  qu’il y avait 50 000 tonnes encore disponibles sur sa production cette année. Et que, de toute façon, on ne pouvait pas ouvrir des importations avant fin août,  même en tenant compte des besoins du stock de sécurité». Pour lui, l’actuel ministre du Commerce fait «pire que ceux qui étaient là avant» en termes de distribution des Dipa. Il en donne pour preuve, les manifestations des producteurs de riz, dernièrement. Et rappelant : «Il y a trois mois, c’était au tour des producteurs d’oignon de protester.» Cela illustre, selon son constat, la manie de privilégier les importations au détriment de la production locale.

Le constat en est, pour M. Lamotte, que «ces pratiques sont en train de tuer toutes les velléités de production locale.  Alors qu’on se prévaut de mettre en avant les besoins de sécurité alimentaire,  pour ne pas dire de souveraineté alimentaire, et que l’Etat s’investit corps et âme pour faciliter la pro­duction, et que derrière, à la faveur d’un bout de papier,  un ministre annule tous les efforts de production, on est en droit de se poser la question de savoir si vraiment ce ministre-là travaille dans le sens des intérêts du Sénégal,  ou dans le sens des intérêts de lobbies ou d’importateurs,  qui malheureusement ne sont même plus des Sénégalais maintenant, la plupart étant des importateurs extérieurs».

Quoi qu’il en soit, cette distribution de Dipa va avoir pour conséquence, déclare le collaborateur de Mimran, de «plonger la Css dans une mévente de sa propre production». A la question de savoir s’il y a eu concertation entre le producteur de sucre et les autorités, Lamotte répondra qu’elle est permanente. «La Css est très transparente avec l’Etat, avec le ministère du Commerce.  Elle informe de tout, puisque nous savons que nous sommes un acteur principal dans cette filière,  et que nous devons conjuguer avec l’Etat de sorte que le marché puisse être à tout moment approvisionné et sans tension.  On le fait depuis 50 ans, on continue plus d’une fois. Mais il faut tirer la sonnette d’alarme, puisque les pratiques au niveau de ce ministère commencent à inquiéter beaucoup d’acteurs et de producteurs.» Il déplore le fait que «la prolifération des Dipa ne réponde à aucun besoin du marché».