C’est un véritable séisme qui secoue le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Le Directeur général, le Pr Abdoul Aziz Diouf, ainsi que quatre de ses plus proches directeurs, ont présenté leur démission collective. En cause, des «désaccords profonds» avec le ministre Boubacar Camara sur des projets hautement stratégiques d’un montant global de près de 130 milliards de F.
La Direction générale de l’Enseignement supérieur (Dges) traverse une crise sans précédent. Cinq de ses plus hauts responsables ont officialisé leur démission collective. Il s’agit du Directeur général de l’Enseignement supérieur, le Pr Abdoul Aziz Diouf, du directeur de l’Enseignement supérieur public, le Pr Babou Diène, de la directrice du Financement des établissements d’enseignement supérieur, la Pre Mame Penda Ba, du directeur des Etudes et de la coopération, le Pr El Hadji Omar Thiam, et du Directeur des Affaires académiques et Juridiques, le Pr El Hadji Samba Ndiaye.
A l’origine de ce départ groupé : des «désaccords profonds» avec l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Boubacar Camara, concernant les orientations politiques du sous-secteur. Les tensions tournent notamment autour du projet d’envergure «Espoir-Jeunes» (123 milliards de F), du programme «un étudiant, un ordinateur» (6 milliards de F Cfa par an), ainsi que des projets de décrets portant sur les bourses et les amicales d’étudiants.
Au centre de la rupture figure le projet «Espoir-Jeunes», conçu pour offrir une alternative professionnelle d’excellence face à un système généraliste jugé à bout de souffle. Les démissionnaires déplorent que cette ambition stratégique soit aujourd’hui «minorée par de nouveaux choix».
Pourtant, ce programme de 123 milliards de F Cfa englobe des infrastructures d’envergure : la construction décisive de huit Isep à Bignona, Kédougou, Kolda, Koungheul, Louga, Richard-Toll, Sédhiou et Tambacounda, l’extension de l’Isep de Diamniadio et la création de huit crèches au bénéfice des établissements universitaires ; le financement des Contrats de performance (Cdp), seule source structurée d’investissement des universités pour la transition numérique, la qualité des formations et l’insertion des diplômés ; le financement de la recherche à impact (3 milliards de F pour 50 projets lancés en 2026), le déploiement de bibliothèques numériques et le renforcement de la Cineri. Selon les désormais ex-directeurs, ces chantiers concrets se retrouvent aujourd’hui «mis en péril par des orientations nouvelles qui en contredisent la lettre et l’esprit».
Le programme «un étudiant, un ordinateur» suscite également de vifs désaccords. Les signataires rappellent qu’après près d’une décennie de fonctionnement en dehors des règles de la commande publique, ce programme s’orientait enfin vers une gestion transparente et souveraine. Le projet prévoyait la mise en place d’unités d’assemblage d’ordinateurs directement au sein des universités afin de garantir une autonomie technologique nationale. Une vision qui semble désormais compromise.
Les cinq professeurs rappellent que leur engagement au sein de la Dges était guidé par la volonté d’ancrer l’université sénégalaise dans une «temporalité décoloniale» et pleinement souveraine. Ils laissent derrière eux un important héritage normatif et stratégique, matérialisé par le récent rapport de l’Agenda national de Transformation de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (AntesrI) -fort de 75 recommandations- ainsi que 34 projets de textes réglementaires (lois, décrets et arrêtés) élaborés avant l’arrivée du ministre actuel.
En quittant leurs fonctions, les professeurs Abdoul Aziz Diouf, Babou Diène, Mame Penda Ba, El Hadji Omar Thiam et El Hadji Samba Ndiaye ont tenu à exprimer leur profonde gratitude au personnel dévoué de la Dges, à l’administration du ministère, à l’ensemble de la communauté universitaire ainsi qu’à leurs partenaires externes. Reste à savoir comment la tutelle compte réagir pour pallier ce vide administratif brutal.

