LE CHOC DU RÉEL ET LE CRASH-TEST INSTITUTIONNEL

Le Sénégal traverse une mutation politique et économique sans précédent, marquant la fin des illusions de la politique-spectacle. En passant de l’ère des grands chantiers sous Macky Sall au face-à-face institutionnel inédit entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le pays subit un véritable crash-test de son modèle démocratique et économique.

Du béton de Macky Sall au mur de la vie chère

Pendant douze ans, le régime de Macky Sall a misé sur une politique de grands travaux : autoroutes, TER, BRT et infrastructures à Diamniadio. Toutefois, ce modèle a souvent souffert d’un déficit de compétence et de gouvernance, où le mérite a parfois été sacrifié au profit du clientélisme. Ce volontarisme infrastructurel n’ayant pas suffi à améliorer durablement les conditions de vie des Sénégalais, une rupture de confiance s’est progressivement installée entre les élites et les populations, confrontées à l’urgence sociale.

Aujourd’hui, c’est sur le terrain du coût de la vie que les discours se heurtent à la réalité. L’inflation sur les produits de première nécessité — riz, huile, électricité — étouffe les ménages. Le paradoxe est désormais évident : l’agitation médiatique ne construit pas une économie. On ne nourrit pas un peuple avec des slogans, ni avec des postures. Les promesses de rupture se heurtent brutalement aux contraintes de trésorerie, à la dette et à la rigueur budgétaire.

Le crash-test institutionnel et la raison d’État

Cette confrontation avec la réalité économique s’est accompagnée d’une clarification politique majeure. Le limogeage historique d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye, à travers le décret du 22 mai 2026, a fait voler en éclats le mythe du pouvoir partagé. Face aux tensions institutionnelles et aux dérives partisanes, le chef de l’État a réaffirmé la primauté de la Constitution et des institutions sur les logiques de clan et de parti.

Le Sénégal entre ainsi dans une phase de gravité politique où le droit, la discipline budgétaire et la responsabilité publique reprennent le dessus sur les émotions et les effets de tribune. L’heure n’est plus aux postures théâtrales pendant que les foyers peinent à faire face à la vie chère.

Le développement d’une nation n’est ni un slogan ni une mise en scène permanente. Il exige de la compétence, de la stabilité, des sacrifices politiques et une gouvernance fondée sur la seule raison d’État.

Boubacar Ndiaye, membre du parti ACT