
Des frontières et des hommes qui se déplacent –
La Mauvaise réputation : essai sur les frontières africaines-ROUSSY Caroline
11,50€
Arbitraires, absurdes, héritées de la colonisation : les frontières africaines ont mauvaise réputation. On les imagine tracées au hasard à Berlin en 1885, geste diplomatique cynique responsable de la division des empires, royaumes et familles. Et s’il s’agissait là de l’un des clichés les plus tenaces de l’histoire africaine ?
À partir d’une enquête sur la frontière sénégalo-gambienne, l’autrice montre que ces frontières ne sont ni de pures inventions coloniales ni un héritage simplement subi. Œuvres à plusieurs mains, elles ont aussi été façonnées par les pratiques des acteurs africains. Les populations ont ainsi développé des échanges, des alliances et des tactiques de contournement, faisant des frontières un espace vivant et créatif. Les crises actuelles et l’insécurité tiennent moins à leur nature qu’à l’absence de politiques frontalières.
Un essai lumineux pour restituer aux frontières africaines leur profondeur historique et leur complexité ‒ tant leur disparition annoncée relève encore de la fiction.
Caroline Roussy, historienne de l’Afrique contemporaine et directrice de recherche à l’IRIS, dirige le programme Afrique/s. Elle a conduit des missions sur les enjeux frontaliers pour des organisations internationales et des institutions françaises. Elle a consacré son doctorat à La construction de la frontière sénégalo-gambienne : territoires, territorialités, identités (1850-1989). En 2014, elle a cofondé avec Dominique Malaquais le festival d’art contemporain Africa Acts.
Des frontières et des hommes qui se déplacent –
La Mauvaise réputation : essai sur les frontières africaines-ROUSSY Caroline
Voici un ouvrage qui va secouer les idées reçues. La question des frontières en Afrique.
Qui a décidé du tracé et où cela s’est-il passé. Que des idées reçues, des constructions comme dans les cabinets de curiosités et les africains ont gobé ces errements.
Caroline ROUSSI dans une enquête érudite, elle a fait des allers retours dans les bibliothèques prestigieuses, oui tout argument doit être étayé, c’est ce qu’elle fait.
Elle nous invite à lire entre les lignes et ne pas avaler la moelle et l’os. Ses formules interrogent ; les poteaux ne font pas une frontière, et il faut penser autrement la question des frontières.
Caroline nous introduit dans la pensée de Micher FOUCHER qui nous apprend et on le sait que Frontière et mobilité sociale sont à corréler. Les frontières ne freinent pas les mobilités et les allers et venues dans ces limites. Il est vrai de dire que ces frontières si artificielles qu’elles sont, si violentes qu’elles puissent être, ont divisé des empires et des familles etc. Carole ROUSSI nous dit sans ambages qu’il s’agit bien au regard des faits, une brutalité de l’entreprise coloniale.
Notre autrice nous introduit dans un travail de déconstruction pour comprendre autrement les discours dominants.
Il faut avouer que la question des frontières est une mascarade et l’autrice nous dit une chose forte à savoir : « La où on dénonce des tracés, il faudrait plutôt interroger les absences ».
Ce travail colossal est le fruit d’expériences vécues et de terrain.
Une Méthodologie pragmatique comme on peut le lire plus haut.
La question des frontières est une mythologie qu’il faut comprendre et dépasser.
Le mythe de Berlin est à frapper au marteau de Nietzsche pour dire ce qui s’est vraiment passé et où et pendant combien de temps.
Les grands absents, ces grands enfants –(PBC) ce sont les africains tout a été manigancé en leur absence et en leur nom. L’histoire nous enseigne que ce n’est pas à Berlin que le partage de l’Afrique a été totalement exécuté et l’artiste Draner nous montre l’absurdité du geste de division du continent comme un gâteau.
Très peu ose aborder ce pan de l’histoire falsifiée et Mme ROUSSY de nous dire « plus la connaissance s’affine, moins elle semble accessible »
Encore un mythe qui tombe : les frontières en Afrique ne sont pas qu’un découpage arbitraire des empires coloniaux du 19e siècle, elles sont aussi le résultat des interactions, des ruses ou des négociations des Africains eux-mêmes à travers l’histoire et jusqu’à aujourd’hui. La preuve par le terrain, au-delà des crises, des terroristes ou de la faillite des Etats.
On lit ici et là et j’y souscris.
– « Un essai iconoclaste sur le grand mythe du découpage de l’Afrique à l’époque coloniale selon des frontières arbitraires ».
– « Une analyse historique des interactions, ruses et négociations des Africains lors de la conférence de Berlin de 1885 et les années suivantes
– « Un travail corroboré par des études de terrains à la frontière sénégalo-gambienne ou aux frontières sahéliennes (Mali, Burkina, Niger…).
– « Un ouvrage signé par une spécialiste du sujet, chercheuse à l’IRIS et responsable de programmes notamment sur les frontières au Sahel et leur porosité aux terroristes ».
– « Le troisième titre de la collection emblématique Pépites Jaunes dirigée par Elgas ».
Cet ouvrage brise des idées reçues et tente de rétablir des vérités ou de lever des équivoques tout en incitant à la réflexion sur les frontières et les mobilités. Des anecdotes des allégories qui démontrent la porosité des frontières tracées, des lignes alors que le sol la terre exprime des réalités. C’est ce que je nomme l’allégorie du Papier et du sable.
L’administratif ne rompt pas la réalité des terrains. Ce sont les citoyens qui font aussi les frontières et les lieux de commerces. Réfléchir sur les frontières amène à penser les relations humaines.
Une frontière peut avoir un intérêt quand il y a conflit, on peut se réfugier ailleurs en franchissant des lignes.
Le Sénégal et la Gambie sont deux pays ou les populations se ressemblent et s’assemblent au-delà des frontières administratives.
Mme ROUSSI de dire ; c’est quand elle est entrée dans le pays la Gambie qu’elle s’est rendue compte qu’elle venait de franchir une limite une frontière.
La conférence de Berlin n’est pas le lieu décisif et l’unique lieu de réunion pour partager l’Afrique en gâteau sans les citoyens du continent.
Un ouvrage dense qui va révolutionner la pensée falsifiée sur les faits coloniaux et le mythe de Berlin.
Un ouvrage que j’ai eu un plaisir immense à feuilleter et lire, stylo à la main. Il nous invite à revoir les idées reçues pour mieux repenser les réalités africaines et la géopolitique internationale.
On n’en a pas fini avec les questions des cartes et frontières, pour des raisons évidentes d’enjeux de pouvoir et de domination ou d’inversion des vérités en faveur de…. On nous dit que la terre n’est pas plate mais ronde et ça veut beaucoup dire et suscite des interrogations jusqu’à l’ONU. L’Afrique se réveille et se dit.
Je dirai qu’aujourd’hui cet ouvrage ne peut être omis il doit figurer dans les bibliographies, les bibliothèques sérieuses.
Merci aux éditions Riveneuve et Elgas pour cet essai
Pape B CISSOKO Ichrono.info

