Cinq ans après le scandale Pegasus, une nouvelle enquête publiée le 16 juillet 2026 par le consortium Forbidden Stories relance l’affaire en révélant que la France avait envisagé d’acquérir le logiciel espion israélien au moment même où des ministres auraient été ciblés. Alors que le Premier ministre français Sébastien Lecornu était en visite officielle au Maroc, pays mis en cause dès 2021 pour l’utilisation présumée de Pegasus contre plusieurs personnalités françaises et marocaines, ces publications « posent la question de la franchise de la discussion entre la France et le Maroc », affirme Laurent Richard, journaliste et fondateur de Forbidden Stories.
De nouvelles révélations relancent l’affaire Pegasus : une enquête de Forbidden Stories affirme en effet que le Maroc a eu recours de manière systématique à ce logiciel espion pour surveiller des opposants, des journalistes et des voix critiques, dans le pays, mais aussi à l’extérieur du royaume, notamment parmi des politiques français.
« Des notes de la DGSE estiment que le Maroc utilise Pegasus depuis 2017 »
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu, en visite à Rabat, a lui aussi été visé par ce logiciel espion, souligne Laurent Richard, journaliste et fondateur de Forbidden Stories. « Le Premier ministre lui-même avait été infecté par Pegasus. D’autres ministres l’ont été également, sept ministres en tout, affirme-t-il au micro de Welly Diallo. Le portable d’Emmanuel Macron se trouve également dans la liste des cibles potentielles. Donc, c’est une affaire d’État extrêmement sérieuse. On a obtenu également des notes de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) qui estiment que le Maroc utilise Pegasus depuis 2017 ».
Il poursuit, au sujet des relations franco-marocaines : « C’est vraiment une affaire d’État extrêmement importante. Et puis après, cela pose la question de la franchise de la discussion entre la France et le Maroc. Là-dessus, par contre, on a interrogé et on a envoyé des questions au Premier ministre comme au président de la République. Mais on n’a pas eu de réponse pour savoir si le sujet de Pegasus avait été évoqué lors du déplacement (au Maroc), pour savoir si la France avait obtenu des garanties de la part du Maroc de ne plus jamais être espionnée. À ces questions-là, on n’a eu aucune réponse de la part du gouvernement français. »
« Le Maroc a suivi un grand nombre de journalistes »
Le témoignage précieux d’un ancien agent des renseignements marocains recueilli par les journalistes d’investigation vient par ailleurs confirmer l’usage intérieur du programme, malgré les dénégations persistantes de Rabat. « L’ampleur est massive, assure encore Laurent Richard. Pendant le mouvement du Rif [mouvement contestataire dans le nord du Maroc ayant eu lieu d’octobre 2016 à août 2017, NDLR], ils ont espionné un grand nombre de personnes. Ils ont fait en sorte que des téléphones qui étaient vendus dans des boutiques soient auparavant livrés déjà préinfectés ».
Il explique : « Pegasus est un des logiciels espions les plus sophistiqués que l’on connaisse qui existe sur le marché. Il est extrêmement intrusif et permet de prendre le contrôle de votre caméra, de votre micro, de tous vos messages, y compris ceux que vous pouvez échanger sur des messageries chiffrées comme Signal ou WhatsApp. Donc, une fois que vous êtes infecté par le logiciel espion Pegasus, vous êtes totalement piégé. Le Maroc, dans sa stratégie de surveillance extrêmement élaborée, a suivi un grand nombre de journalistes, a espionné Omar Radi [journaliste d’investigation marocain, NDLR]. »
D’après ce consortium, plusieurs administrations françaises auraient en outre étudié entre 2019 et 2020 l’acquisition du logiciel Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group. Le projet aurait toutefois été abandonné à la fin de 2020 après un arbitrage de l’Élysée, selon l’enquête de Forbidden Stories. D’après plusieurs témoignages recueillis par le consortium, Emmanuel Macron aurait invoqué des motifs de souveraineté technologique et le risque réputationnel.

