L’affaire de la diva Maciré Sylla relance un débat connu en Afrique de l’Ouest : celui des artistes qui, après une longue carrière, se retrouvent sans argent. Saran Cissoko, consultante en direction artistique et spécialiste des droits d’auteur, Pdg de Kumbati, explique la cause.
Quand un artiste connu depuis des décennies se retrouve en difficulté, une question se pose selon Saran Cissoko : sait-on vraiment ce que ses chansons ont rapporté, et qui a touché cet argent ? Pour elle, ce problème ne touche pas que les artistes âgés. Les jeunes qui font beaucoup de vues et de concerts complets touchent eux aussi, souvent, très peu de ce que leur musique rapporte réellement.
Un artiste peut gagner de l’argent de plusieurs façons : droits d’auteur, droits voisins, ventes de musique, licences. Selon Saran Cissoko, un artiste ne peut pas s’occuper seul de tout cela. C’est le travail des sociétés de gestion collective de suivre l’utilisation des chansons, de collecter l’argent et de le reverser aux artistes. Elle rappelle que l’Ompi (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) insiste sur ce point.
Des paiements qui s’arrêtent sans explication
Retrouver d’anciens contrats et paiements est souvent très difficile, explique la consultante : adresses qui ne fonctionnent plus, contrats perdus, entreprises qui ont changé de nom. Elle parle de distributeurs qui arrêtent d’envoyer les relevés de compte, de paiements interrompus à cause de «problèmes techniques» jamais réglés, ou d’interlocuteurs qu’on ne peut plus joindre.
Elle évoque aussi les contrats eux-mêmes, parfois écrits de façon compliquée, que l’artiste ne comprend vraiment que des années après les avoir signés, surtout quand il a signé seul, en début de carrière. «Il est bien plus ardu de recouvrer des revenus après plusieurs années que d’en assurer le suivi rigoureux dès le départ», dit-elle, en évoquant son travail actuel sur les catalogues de plusieurs artistes africains connus.
Des sommes importantes en jeu
Selon Saran Cissoko, producteurs, distributeurs et éditeurs ne sont pas des ennemis des artistes, mais ils doivent pouvoir dire clairement qui exploite une chanson, pendant combien de temps, dans quels pays et pour quel argent. L’Ompi aide déjà plusieurs institutions africaines à créer des solutions pour régler les désaccords entre artistes et producteurs.
D’après Saran Cissoko, le Rapport des collectes mondiales 2025 de la Cisac indique que 13, 97 milliards d’euros ont été reversés aux créateurs dans le monde en 2024 dont 90 millions d’euros en Afrique, soit une hausse de 14, 2%.
Pour Saran Cissoko, les artistes et leurs managers ont aussi leur part de responsabilité : un contrat signé puis oublié, une chanson mise en ligne sans les bonnes informations, un manager remplacé sans transmission des accès, des relevés jamais réclamés. Selon elle, l’aide et la solidarité sont utiles dans l’urgence, mais elles ne remplacent pas une vraie protection juridique et financière. Elle conclut : s’informer sur ses droits en se faisant accompagné par des professionnels compétents n’est plus une option.

