Saisie en référé-liberté par plusieurs figures majeures de l’opposition regroupées au sein du Front pour la défense de la République (Fdr) -dont Khalifa Sall, Modou Diagne Fada, Oumar Sarr, Samba Sy et Abdou Mbow-, la Chambre administrative de la Cour suprême a rejeté leur requête visant à contraindre le gouvernement à démarrer en urgence les préparatifs des élections municipales et départementales. Jugeant qu’il n’y a pas d’«urgence caractérisée», le juge des référés donne gain de cause à l’État et laisse à l’Exécutif toute la latitude pour fixer la date du scrutin.
Le bras de fer judiciaire opposant l’opposition politique au gouvernement sénégalais au sujet du calendrier des prochaines élections locales vient de connaître son premier dénouement au sommet de l’Etat. Dans une ordonnance n°37 rendue publique ce lundi 31 août 2026 lors de l’audience publique de vacations, le juge des référés de la Chambre administrative de la Cour suprême, El Hadji Abdou Aziz Seck, a rejeté la requête introduite dix jours plus tôt par les leaders du Front pour la défense de la République (Fdr).
Le 21 août 2026, un collectif de chefs de parti et de responsables politiques de premier plan -comprenant Modou Diagne Fada (président du parti Ldr/Yessal et coordonnateur du Fdr), Khalifa Ababacar Sall (Secrétaire général de Taxawu Senegaal), Samba Sy (Secrétaire général du Pit), Oumar Sarr (président du Pld/And Suqali) et Abdou Mbow (député Apr), tous représentés par Me El Hadji Amadou Sall- avait déposé un recours en référé-liberté.
Leur objectif était de faire constater la «carence» du ministre chargé des Elections et de la Commission électorale nationale autonome (Cena). Les requérants rappelaient que les conseillers municipaux et départementaux en fonction avaient été élus le 23 janvier 2022 pour un mandat de cinq ans. Selon leur interprétation des articles L.236 et L.269 du Code électoral, le renouvellement des conseils locaux devait impérativement intervenir au plus tard le dimanche 17 janvier 2027.
L’opposition dénonçait ainsi un retard jugé critique : l’absence de fixation de la caution électorale (qui aurait dû intervenir au moins 150 jours avant le scrutin, soit le 20 août 2026), l’absence de décret pour la révision des listes électorales et le mutisme de la Cena. Pour Me Sall et ses clients, cette inertie portait une «atteinte grave et manifestement illégale au droit de suffrage et au principe d’égalité devant le scrutin».
Le juge écarte l’urgence et donne raison à l’Etat
Dans sa réplique transmise le 28 août, l’Etat du Sénégal, défendu par l’Agent judiciaire de l’Etat (Aje), soulevait l’incompétence du juge et l’irrecevabilité d’une démarche jugée prématurée, affirmant que le président de la République conservait toute la latitude pour prendre son décret d’ici la fin de l’année 2026. Bien que le juge des référés ait réaffirmé sa compétence pour contrôler l’inaction de l’administration, il a tranché en faveur de l’Etat sur le fond, suivant ainsi les conclusions du Premier Avocat général, Oumar Dièye. La Cour a estimé que la condition essentielle du référé-liberté -à savoir l’urgence caractérisée- n’était pas remplie.
Pour motiver sa décision, le magistrat a rappelé que si le Code électoral fixe en principe la durée des mandats à cinq ans, il prévoit également (articles L.236 et L.269 alinéa 3) la possibilité de déroger à la règle des 30 jours précédant la fin du mandat lorsque les circonstances l’exigent, à condition que le scrutin se tienne au cours de la cinquième année. De plus, la loi n’impose aucun délai strict au chef de l’Etat pour publier le décret fixant la date de la convocation du corps électoral. «Le fait que le décret fixant la date des élections municipales et départementales n’ait pas encore été pris ne compromet pas, en l’état actuel du droit et des faits, l’organisation de celles-ci», conclut l’ordonnance de la Cour suprême.
Quel impact sur le paysage politique ?
En déboutant les leaders du Fdr, la haute juridiction offre une bouffée d’air frais au pouvoir central. Cette décision neutralise la tentative de l’opposition de judiciariser le calendrier électoral et redonne à l’Exécutif la haute main sur le timing des opérations préparatoires. L’opposition, de son côté, devra attendre la prise officielle des décrets présidentiels fixant la révision du fichier électoral et la date définitive du scrutin.

