Alors que le Procureur général près la Cour suprême sollicite la révision de la condamnation définitive de Ousmane Sonko pour diffamation, le camp de Mame Mbaye Niang contre-attaque avec virulence. Dans un mémoire en défense déposé le 5 février 2026, ses avocats dénoncent une «manipulation procédurale» visant à réhabiliter le Premier ministre sur la base d’un rapport de l’Igf qu’ils qualifient de «faux document fabriqué pour les besoins de la cause». Entre accusations de violation du secret d’Etat et dépôt d’une plainte pour association de malfaiteurs contre plusieurs membres du gouvernement, la bataille pour la «vérité judiciaire» se déporte désormais sur le terrain de la validité des preuves administratives post-procès.
Alors que le Procureur général sollicite la révision de la condamnation définitive de M. Ousmane Sonko pour diffamation, les avocats de Mame Mbaye Niang contre-attaquent. Ils invoquent l’irrecevabilité d’un rapport de l’Igf qu’ils qualifient de «fabriqué pour les besoins de la cause» et dénoncent une tentative de compromettre la sécurité juridique au sommet de l’Etat.
L’origine de cette confrontation remonte au 22 novembre 2022. Lors d’un point de presse, Ousmane Sonko, alors figure de l’opposition, accuse publiquement Mame Mbaye Niang, ministre du Tourisme à l’époque, d’avoir été «épinglé» par un rapport de l’Inspection générale d’Etat (Ige). Ces accusations portaient sur des malversations présumées dans la gestion du Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac), notamment l’émission d’un ordre de service avant la signature du contrat.
Mame Mbaye Niang, niant ces affirmations, porte plainte pour diffamation. Au fil de la procédure, Ousmane Sonko reconnaît un lapsus, précisant qu’il visait l’Inspection générale des finances (Igf) et non l’Ige. Le 30 mars 2023, le Tribunal de première instance condamne M. Sonko à deux mois de prison avec sursis. Cette peine est alourdie en appel, le 8 mai 2023, à six mois de prison avec sursis et 200 millions de F Cfa de dommages et intérêts. La condamnation devient définitive après le rejet du pourvoi en cassation par la Cour suprême le 4 janvier 2024.
Le rapport de la discorde
Le dossier rebondit le 6 janvier 2026 avec une requête en révision introduite par le Procureur général. Cette demande s’appuie sur la «découverte» d’un rapport de l’Igf (n°02-18), validé seulement le 5 juillet 2024 par l’actuel ministre des Finances. Pour la défense de Mame Mbaye Niang, ce document ne peut constituer une «pièce nouvelle» au sens de la loi. Elle argumente : le document était connu, car «Ousmane Sonko citait déjà des liens internet vers ce contenu dès 2022». Son authenticité contestée : les avocats soutiennent que le rapport initial de 2018 était provisoire et n’avait jamais été validé par les autorités de l’époque, et une plainte a été déposée contre le Premier ministre Ousmane Sonko, le ministre des Finances Cheikh Diba et la ministre de la Justice Yassine Fall, pour faux, usage de faux et association de malfaiteurs.
Vers un bras de fer à la Cour suprême
Dans leur mémoire en défense, les avocats de l’ex-ministre de la Jeunesse demandent à la Cour suprême de déclarer la requête irrecevable. Ils estiment que la révision d’une décision pénale définitive ne peut se fonder sur un document administratif «validé six ans après les faits» par une autorité partisane.
La défense conclut que les constatations du rapport concernant Mame Mbaye Niang sont erronées, affirmant que le marché a été conclu le 28 mai 2015, bien avant l’ordre de service du 24 mars 2016. La Haute juridiction devra désormais trancher si ce rapport de l’Igf suffit à faire naître un «doute sérieux» sur la culpabilité désormais historique de Ousmane Sonko dans cette affaire, qui l’a empêché de devenir candidat à la Présidentielle de 2024. Cette situation a poussé sa majorité parlementaire à enclencher des réformes du Code électoral pour minimiser tout risque politique pour son leader en vue de l’échéance de 2029.

