Accès à l’eau : Bénéfique guerre de forages à Ndoyène

Dans une communauté où l’accès à l’eau potable a constitué une grande hantise, le projet d’installation d’un nouveau forage pour soulager les populations de leurs besoins en eau semble inquiéter certains. Il faut dire que depuis plus d’un an, un autre forage, de dimension bien modeste, alimente la communauté. Et ses promoteurs redoutent l’arrivée de la concurrence qui risque, selon eux, d’étouffer leur petit ouvrage. Néanmoins, la majorité des habitants semblent impatients de voir le nouvel ouvrage sortir de terre.

La commune de Ndoyène, dans le département de Ké­bémer, sur la route de Darou Mousty, ne meurt pas de soif, mais ici, on ne gaspille pas l’eau. M. Boye, habitant de la localité, estime qu’environ la moitié de la population a quitté la commune faute d’accéder facilement à cette ressource vitale. Selon les chiffres officiels, la localité compterait actuellement 7500 habitants. S’il y avait de l’eau, elle en aurait eu le double, selon les populations.

Une bonne partie de l’eau actuellement consommée, viendrait de la localité de Ndieng Diaw, à quelques kilomètres de là. Il n’empêche que plusieurs habitants déclarent rester des mois sans que l’eau ne sorte de leurs robinets ou des fontaines. Ce qui fait les affaires des charretiers qui passent de maison en maison avec des bidons pour alimenter les ménages. De plus, l’eau de Ndieng Diaw n’est pas exempte de chlore.

A l’initiative du directeur de l’école du village, Alioune Guèye, un forage a vu le jour, non loin de l’école et du poste de santé. Avec l’appui et l’expertise d’Atlas Copco, le forage, inauguré en novembre 2025, était au départ censé couvrir les besoins des potaches de l’école élémentaire et du personnel enseignant. Mais au vu des besoins, une bonne partie du village s’approvisionne grâce à cet ouvrage. D’autant plus la qualité et le goût en sont de loin meilleurs.

M. Niasse, le responsable du forage, explique que tous les villageois «se sont appropriés cet ouvrage. Le seul reproche qu’ils lui portent est son dimensionnement assez modeste». En effet, la citerne au-dessus du château d’eau ne dépasse pas mille litres, ce qui couvre à peine les besoins en eau de quelques ménages. D’ailleurs, le forage n’étant pas connecté au réseau de distribution d’eau du village, les usagers sont obligés de se rendre sur les lieux pour s’approvisionner. L’autre contrainte est que le forage, bien qu’ayant des panneaux solaires pour s’alimenter, ne peut fonctionner qu’en plein jour. Les panneaux solaires n’ont pas de batteries, et ne peuvent donc pas emmagasiner de l’énergie pour fonctionner à la tombée de la nuit ou en cas de pluie par exemple.

Ces contraintes seraient-elles à la base du projet d’installation d’un autre forage non loin de ce dernier ? On sait que l’Ong Hunger Project Sénégal, à l’initiative notamment du maire de la commune, a déjà lancé des consultations pour implanter un autre forage, plus puissant et mieux équipé, censé pouvoir alimenter toute la communauté. Une initiative à saluer, mais qui ne semble pas rencontrer l’heur des promoteurs du petit forage communautaire de l’école élémentaire. Ces derniers craindraient, dit-on, que le nouveau forage en vienne à étouffer leur projet qui, selon M. Niasse, le gérant, est appelé à se développer avec le temps.

Quoi qu’il en soit, les habitants de la commune ne voient pas de conflit dans l’implantation des deux installations d’adduction d’eau. Ils font remarquer que le manque d’eau a pendant longtemps été un gros frein au développement de leur localité. Et pour eux, une abondance de cette ressource ne pourrait être préjudiciable à la population. Malheureusement. Aussi bien le maire de la Commune que le directeur de l’école, personne n’a daigné répondre à nos multiples appels téléphoniques.