Dette intérieure et emprunts dans l’Umoa : L’ÉTAT PRIS DANS L’ÉTAU

Le Premier ministre a usé de sa voix la plus suave pour indiquer que l’apurement des créances des entreprises nationales était l’une de ses plus fortes priorités. Pourtant, un regard sur ses engagements envers sa principale source de financement montre que le Sénégal ne peut se permettre de sauter ses échéances de remboursement qui, pour une bonne partie, arrivent à terme dans ce 4ème trimestre. Cela ne laissera pas de grande part à la dette intérieure.

Lors de sa Déclaration de politique générale (Dpg), le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô s’est longuement étendu sur la dette du pays. Une partie de cette dette a été estimée par lui à «1956 milliards F Cfa à fin mars 2025 (pour 5425 dossiers réguliers et dossiers irréguliers à fin décembre 2024), une question centrale pour débloquer le pays et les entreprises dont des milliers de Tpe-Pme-Pmi». Le chef du gouvernement indique que cette forte créance est l’une des justifications du Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptds). Il a expliqué, avec des trémolos dans la voix, que «les entreprises nationales sont parmi les principales créancières de l’Etat (…) Un plan d’apurement a été élaboré, faisant appel à diverses modalités : paiements en numéraires, affacturage, titrisation, compensation fiscale, rééchelonnements». Une manière de faire croire à tous qu’il en faisait l’une de ses priorités. En voulant laisser penser que le redressement de ces entreprises était une priorité face aux engagements extérieurs du pays. Ce qui n’est pas conforme à la réalité. Privé de l’accès aux marchés financiers internationaux, le pays a pourtant dû fortement recourir au marché financier sous-régional. Et depuis les déclarations sur les «déclarations erronées» sur les finances publiques, le marché de l’Umoa est devenu sa bouée de sauvetage. Mais pour garder sa capacité d’endettement, le pays doit prouver régulièrement sa capacité à respecter ses échéances.

Ainsi, entre janvier et juillet 2026, le Sénégal a réalisé 61 opérations, à savoir 22 émissions de Bons assimilables du Trésor (Bat), à maturité très courte et à des taux d’intérêt pouvant atteindre 7, 9% pour un an, et des Obligations assimilables au Trésor (Oat), à maturité un peu plus longue (de 3 à 5 ans). Pour cette période, ces opérations ont déjà totalisé 1699 milliards de Cfa dont 920 milliards en Bat. Il faut noter que le Trésor a, pour ce montant, déjà remboursé 1091 milliards en capital et 181 milliards de Cfa en intérêt. Ce qui prouve, comme on l’a toujours dit dans ces colonnes, qu’une partie importante des émissions du Sénégal sert à refinancer la dette et à maintenir le train de vie de l’Etat.

Un tableau récapitulatif des opérations du Sénégal sur le marché de l’Uemoa montre que depuis 2024, le Sénégal est devenu quasiment le plus important émetteur de bons et titres. Et ce que Alhaminou Lô n’a pas eu besoin de crier sur les toits, est que la majorité des obligations émises en 2024 et 2025 arrivent à maturité de manière successive jusqu’en début de l’année prochaine. Il suffit de consulter le site de Umoa Titres pour s’en rendre compte.

A côté de ces émissions, il y a aussi les nombreux Appels publics à l’épargne (Ape) lancés par le gouvernement et certaines sociétés parapubliques. Le gouvernement, de son côté, viserait à lever 2400 milliards de fonds pour cette année. Il avait déjà annoncé son ambition de lancer, avant la fin de l’année, 3 Appels publics à l’épargne, qui devraient rapporter un minimum de 200 milliards chacun. Cela, en plus d’un Sukuk. Il faut rappeler qu’entre février et mars, un Ape avait permis à l’Etat de récolter 304, 1 milliards, sur les 200 milliards qu’il projetait.

Même si l’onction du Fonds monétaire international devrait donner au Sénégal plus de marge pour diversifier ses partenaires, les entreprises nationales, qui courent après leurs créances depuis des années, ne cesseront pour autant pas de prier pour ne pas être les dindons de la farce financière des pouvoirs publics. Personne n’oublie à ce jour que ce sont les contorsions de ce régime qui ont plongé le secteur privé national dans la difficile situation dans laquelle elle se trouve. Et même si l’Etat commence à parler d’éponger les créances, il lui reste aussi à assainir l’environnement des affaires du pays.