Acte 4 et pôles-territoires : Le chef de l’Etat organise une rencontre nationale décisive

Le chef de l’Etat a ouvert, ce jeudi 2 juillet 2026, une rencontre nationale décisive au Cicad. Devant les élus locaux, il a tracé les contours d’une refondation territoriale ambitieuse, tout en levant les inquiétudes sur le rôle des nouveaux pôles-territoires, appelés à devenir de véritables moteurs économiques.

Une nouvelle ère s’ouvre pour la décentralisation au Sénégal. En présence du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô et du ministre de l’Urbanisme, des collectivités territoriales et de l’aménagement des territoires, Moussa Bala Fofana, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a présidé la rencontre nationale axée sur «Le Consensus des territoires autour des réformes des pôles-territoires et de l’Acte IV de la décentralisation». Face aux exécutifs territoriaux, le chef de l’Etat s’est voulu rassurant mais ferme sur sa vision : le développement du pays ne se décrétera plus depuis la capitale. «La transformation que nous appelons de nos vœux ne se décrète pas depuis Dakar. Elle se construit avec vous, dans votre terroir», a-t-il martelé.

«Les pôles-territoires ne sont pas une structure administrative de plus»

La principale attente de cette rencontre résidait dans la clarification du rôle des futurs pôles-territoires. Le Président Faye a tenu à dissiper immédiatement les craintes d’un empilement bureaucratique ou d’une perte de pouvoir pour les maires et présidents de Conseil départemental. «Les pôles-territoires […] ne constituent pas un nouvel échelon de collectivité et ne suppriment aucun ordre existant. Ils les articulent et les renforcent. Ils n’empiètent pas sur vos compétences, ils interviennent là où l’action isolée atteint ses limites et où la mutualisation devient nécessité», a-t-il précisé.

L’objectif affiché est d’en faire des instruments de coordination et de planification intégrée pour porter des investissements structurants que les communes ne pourraient assumer seules.

Quatre orientations pour corriger les failles de l’Acte III

Tout en saluant les avancées des réformes précédentes, Bassirou Diomaye Faye a posé un diagnostic lucide sur les limites actuelles : fragmentation des compétences, manque de ressources et sentiment d’éloignement de l’Etat chez les citoyens. Pour y remédier, l’Acte IV s’articulera autour de quatre orientations majeures : rendre l’action publique plus lisible et rapprocher la décision du citoyen ; valoriser les initiatives locales et mesurer rigoureusement les résultats ; renforcer durablement les capacités financières, humaines et techniques des collectivités et promouvoir l’intercommunalité et la bonne gouvernance locale.

Le volet économique de cette réforme s’annonce historique. Actuellement, la région de Dakar concentre à elle seule 46% des richesses du pays. Le ministre de tutelle, Moussa Bala Fofana, a dévoilé un objectif macroéconomique majeur : doubler la contribution financière des régions hors-Dakar dans les 10 à 15 prochaines années. Le pays sera ainsi structuré en huit pôles-territoires dotés chacun d’une spécialisation claire (le Nord et le Sud comme greniers agricoles, le Centre pour l’écotourisme et les agropoles, ou encore Diourbel-Louga pour l’industrie et le tourisme religieux). Selon le ministre, cette dynamique collective par l’intercommunalité devrait grandement participer à faire passer le Pib national de son niveau actuel de 18 620 milliards de francs Cfa à 70 000 milliards de francs Cfa.

Pour administrer ces espaces de production, un établissement public sera créé. Il formalisera sa relation avec l’Etat via un contrat-plan annuel, l’Etat conservant son rôle régalien d’impulsion et d’orientation. Cette réforme est le fruit d’un long processus inclusif ayant mobilisé près de 3000 acteurs (élus, secteur privé, Société civile) à travers 15 axes de réformes condensés en 8 innovations majeures. Moussa Bala Fofana s’est réjoui d’un «consensus des territoires pour le développement» désormais stabilisé. Le président de la République a assuré que les propositions formulées par les acteurs locaux retenaient toute son attention et a promis l’enclenchement imminent de la phase opérationnelle dès la validation finale des textes législatifs.