Le Sénégal a besoin d’un redressement, personne ne peut sérieusement le contester. Le pays a besoin de restaurer ses marges, de reprendre le contrôle de sa dette, de mieux collecter l’impôt et de réduire sa vulnérabilité. Mais redresser n’est pas maquiller. Redresser n’est pas surpromettre. Redresser n’est pas présenter comme acquises des ressources encore incertaines, ni laisser croire que l’endettement recule simplement parce qu’il devient moins visible dans l’architecture politique du budget.
Ce budget apparaît ainsi comme un document de volontarisme, voire de démonstration. Il veut prouver que le cap est tenu, que la souveraineté revient, que l’État maîtrise la situation. Mais un budget ne vaut pas par son souffle politique ; il vaut par sa capacité à être exécuté sans mensonge comptable, sans surcharge fiscale destructrice et sans retour discret à des formes d’endettement que le discours officiel prétend dépasser. C’est pourquoi il faut lire la loi de finances 2026 avec lucidité. Elle ne manque pas d’ambition. Elle manque surtout de garanties suffisantes sur la qualité, la solidité et la transparence des ressources annoncées.
En définitive, le risque est simple : derrière le langage du redressement et de la souveraineté, le pays pourrait se retrouver face à une réalité moins glorieuse, celle d’un budget bâti sur des hypothèses tendues, des recettes incertaines et des emprunts dissimulés dans la présentation générale des comptes. Et lorsqu’un budget cherche davantage à rassurer qu’à révéler, il finit souvent par produire l’effet inverse : il fragilise encore plus la confiance qu’il prétend restaurer.
Ibrahima Thiam, Président du parti ACT

