Deux ans de Diomaye môy Sonko : Les défis de 2026 : entre réformes et stabilité

Deux ans après l’alternance de mars 2024, le Sénégal navigue entre une volonté de rupture systémique et les réalités complexes de l’exercice du pouvoir. Si le duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko tente de maintenir le cap du «Projet», les premiers signes d’une dualité au sommet de l’Exécutif interrogent sur la pérennité d’un modèle de gouvernance inédit. Le pays regarde désormais vers l’horizon 2027 avec une question : le duo arrivera-t-il soudé aux prochaines échéances, ou le «Projet» devra-t-il choisir son visage définitif ? Entre succès économiques ciblés et impatience sociale, analyse d’un anniversaire charnière pour la Nation sénégalaise.

Deux ans jour pour jour après l’élection historique du 24 mars 2024, le Sénégal dresse le bilan de l’an II de l’ère Bassirou Diomaye Faye. Si le pays a entamé une transformation profonde sous la bannière du «Jub, Jubël, Jubënti», l’anniversaire est marqué par une météo politique incertaine et des tensions inédites entre le Palais et la Primature. Le gouvernement de Ousmane Sonko a placé ces 24 derniers mois sous le signe du redressement. Fidèle à la vision «Sénégal 2050», l’Exécutif affiche des résultats concrets : une production céréalière dépassant les 2, 5 millions de tonnes et la relance de la Sonacos après deux ans d’arrêt. Une baisse progressive des prix des denrées de première nécessité, bien que l’inflation reste un défi pour de nombreux ménages. Sous l’impulsion du Premier ministre, le gouvernement a opéré un virage vers le protectionnisme stratégique. L’objectif : sortir de la dépendance aux importations et aussi la renégociation des contrats. Le comité de revue des contrats miniers et pétroliers a rendu ses premières conclusions. Bien que prudent, l’Etat a réussi à augmenter sa part de revenus sur certains gisements gaziers, renforçant ainsi les caisses du Trésor.

Toutefois, l’opposition, emmenée par des figures comme Khalifa Sall et TAS, dénonce une «gestion par l’annonce», et pointe du doigt la lenteur des réformes structurelles face à l’immense attente de la jeunesse. C’est le sujet qui alimente tous les débats dans les «grands-places» de Dakar : la solidité du duo Diomaye-Sonko. Longtemps présenté comme un bloc monolithique, l’attelage exécutif montre des signes de friction depuis plusieurs mois. Le Président Bassirou Diomaye Faye semble affirmer davantage son autorité présidentielle, notamment à travers le lancement récent de sa propre coalition, «Diomaye Président», perçu par certains militants de Pastef comme une volonté de s’émanciper de la tutelle morale de Ousmane Sonko. De son côté, le Premier ministre reste le gardien de la «ligne dure» du parti, n’hésitant pas à critiquer publiquement certains membres de l’entourage présidentiel. «Le Sénégal ne peut pas se payer le luxe d’une guerre à la tête de l’Etat», alertent de nombreux analystes, alors que le pays doit faire face à des enjeux sécuritaires régionaux et à une crise universitaire persistante.

La tectonique des plaques : Diomaye vs Sonko ?

Le «secret de Polichinelle» qui agite les chancelleries : la répartition réelle du pouvoir. Président arbitre ? Bassirou Diomaye Faye s’est révélé être un diplomate fin, réintégrant le Sénégal au centre des décisions de la Cedeao et apaisant les relations avec les partenaires occidentaux. Son style, plus feutré, contraste avec celui de son mentor. Et le Premier ministre idéologue ? Ousmane Sonko reste le moteur politique du régime. Sa popularité auprès de la base de Pastef demeure intacte, mais son implication directe dans les dossiers régaliens crée parfois des télescopages de communication avec le Palais. «Nous assistons à une transition d’un régime hyper-présidentiel vers un régime bicéphale de fait. La question est de savoir si la Constitution sénégalaise peut supporter deux capitaines dans un même bateau à long terme», explique un politologue de l’Ucad. Malgré les efforts de réduction du coût de la vie, la «demande sociale» reste explosive.

Les défis de 2026 : entre réformes et stabilité

L’année 2026 s’annonce charnière. Le chef de l’Etat a annoncé la transmission prochaine à l’Assemblée nationale de projets de révision de la Constitution. Parallèlement, le front social reste en surchauffe, notamment dans les universités où les réformes peinent à stabiliser le climat scolaire. Alors que le pays bascule dans la seconde moitié du mandat, la question reste entière : le «Projet» pourra-t-il survivre à une éventuelle fragmentation de son noyau dirigeant ? La réponse des Sénégalais, elle, se fera attendre jusqu’aux prochaines échéances locales de 2027.