Dette : pour une restructuration rapide face au risque d’austérité

Dans une note d’analyse publiée par le Finance for Development Lab, les économistes Abdoulaye Ndiaye et Martin Kessler décortiquent le dilemme cornélien qui pèse sur Dakar. Avec une dette estimée à 132% du PIB, le Sénégal doit choisir entre un remboursement forcé aux conséquences sociales lourdes et une restructuration complexe mais nécessaire.

Faut-il rembourser à tout prix ou négocier un défaut partiel ? C’est la question centrale posée par le nouveau rapport d’Abdoulaye Ndiaye et Martin Kessler, alors que la dette publique sénégalaise atteint des sommets. Selon les auteurs, l’équation de la « soutenabilité » dépend désormais autant des choix futurs du gouvernement que de la volonté des créanciers internationaux.​

Le rapport qualifie la stratégie du remboursement intégral de « double pari » risqué. D’une part, elle exigerait une « consolidation budgétaire massive en un temps record », transformant l’économie en un « marathon au rythme d’un sprint ». L’objectif serait de passer d’un déficit primaire de 9% à un surplus de 2%, une performance que « seulement quelques pays ont pu faire » par le passé, souvent aidés par des revenus pétroliers exceptionnels.​

D’autre part, cette option suppose de trouver des prêteurs prêts à injecter « 15 000 milliards de Francs CFA » pour couvrir les échéances de 2026 à 2028. Or, le FMI est contraint par ses règles de ne prêter que si la dette est jugée soutenable, ce qui est « peu probable » selon l’analyse du rapport. Quant aux financements alternatifs, venus par exemple des pays du Golfe ou des banques régionales, ils ne sont pas sans danger. « Il serait illusoire de croire que ces soutiens sont gratuits », avertissent les auteurs, évoquant le risque de privatisations douloureuses ou de fragilisation du secteur bancaire local.​

Face à ces périls, Ndiaye et Kessler explorent la voie de la restructuration via le « Cadre Commun » du G20. Si cette procédure reste complexe, les auteurs appellent la communauté internationale, et notamment la Chine et la France qui détiennent « environ 70% de la dette bilatérale », à accélérer le processus pour en faire un « test de collaboration » réussi.​

Bien que négocier avec les créanciers privés implique un défaut temporaire, le rapport souligne que « la réémergence après un défaut est possible », surtout si la dette en Francs CFA est épargnée pour protéger la zone UEMOA. La conclusion des économistes est sans appel : « En l’absence de fournitures de liquidités importantes et peu chères, rembourser serait plus dangereux et coûteux ». Pour eux, « mieux vaut négocier tôt pour réduire l’impact sur les exportations et la croissance ».

SenePlus