Alors que les vagues de départs clandestins continuent de marquer l’actualité, une table ronde pluridisciplinaire s’est tenue pour disséquer les racines du mal. Entre pressions familiales, failles structurelles et solutions de financement, experts et autorités s’accordent : la réponse à l’émigration ne sera pas sécuritaire, mais passera par une refonte profonde de l’offre d’avenir faite à la jeunesse sénégalaise.
Face à l’exode continu des jeunes Sénégalais vers l’Europe, une rencontre stratégique a récemment réuni représentants de l’Etat, experts, Forces de sécurité, journalistes et étudiants. L’objectif : analyser les causes profondes de l’émigration irrégulière pour esquisser des solutions durables. Le séminaire organisé hier par la Commission internationale des droits de l’Homme – Fonds de secours (Ihrc-Rft) sous le thème : «Jeunesse, migration et opportunités locales : rester et bâtir des avenirs résilients», a rappelé une vérité fondamentale : freiner l’émigration ne peut se limiter à la seule répression. Pour les experts présents, il est impératif de promouvoir une migration sûre et encadrée, tout en créant un environnement favorable à l’épanouissement local. La lutte doit être coordonnée sur les fronts social, économique et éducatif, en intégrant une dimension souvent oubliée : le poids des attentes familiales.
Des failles structurelles au cœur du départ
Pour Dr Djiby Diallo, criminologue, le départ n’est pas un simple choix individuel, mais le symptôme de défaillances systémiques. «Nos jeunes cherchent ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici, malgré un potentiel économique immense», a-t-il martelé. Sous-emploi, gouvernance perfectible, système éducatif en décalage et répartition inégale des richesses constituent, selon lui, le terreau de l’exil. Dr Diallo a également pointé du doigt un facteur psychologique crucial : la pression sociale. «Certains parents, dans l’espoir d’une réussite rapide, poussent leurs enfants vers des risques mortels. Cette quête de reconnaissance alimente le désir de partir.» Sa solution ? Une réponse globale incluant le réinvestissement des zones rurales, la réforme de l’enseignement et une décongestion des pôles urbains.
Sécurité et accompagnement : un équilibre fragile
Le Commandant Yorro Guèye, représentant des Forces de sécurité, a détaillé les opérations de surveillance tout en nuançant l’approche purement policière : «Il ne s’agit pas seulement de verrouiller les frontières, mais de faire en sorte que nos jeunes se sentent assez soutenus pour envisager un avenir au Sénégal.» Enfin, la question cruciale du financement a été abordée par le Fongip. Si la digitalisation des demandes de projets sans garantie est une avancée notable, le débat a mis en lumière des zones d’ombre : lenteurs administratives et dossiers égarés restent des obstacles majeurs qui découragent les entrepreneurs en herbe.

