Loi de finances rectificative : la majorité dit non

Par le vote d’une «question préalable» soulevée par le député Amadou Bâ, la Représentation nationale a rejeté le projet de Loi de finances rectificative (Lfr) 2026 avant même la discussion générale, qui aurait permis sans doute de situer les vrais enjeux et de vider publiquement les points de contradiction. Un bras de fer politique majeur s’est engagé dans l’Hémicycle entre l’opposition et le gouvernement, qui s’accusent mutuellement de «fuir le débat» et de manœuvres dilatoires. Si on a connu un congrès sans débat, on a vécu un rejet de la Lfr sans débat. 

Coup de théâtre à l’Assemblée nationale : les députés ont voté à une large majorité la question préalable déposée par le député Amadou Bâ de Pastef contre le projet de Loi de finances rectificative (Lfr) pour l’année 2026. Sur 132 votants (pour 165 inscrits), 109 députés ont voté pour, 20 contre et 3 se sont abstenus. Avec 82, 58% des suffrages exprimés en faveur de la motion, le verdict est sans appel.

En vertu de l’article 83 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, ce vote entraîne l’arrêt immédiat de la procédure : le projet de texte soumis par le gouvernement est officiellement rejeté sans qu’aucune discussion générale sur le fond n’ait pu avoir lieu.

Défaut de sincérité budgétaire contre «fuite du débat»

Pour justifier le recours à cette procédure couperet, Amadou Bâ a mis en cause la «sincérité budgétaire» du document soumis par l’Exécutif. Le parlementaire a notamment émis de sérieux doutes sur la vraisemblance du déficit public affiché à 7, 6% du Pib, ainsi que sur la capacité de l’Etat à exécuter 644 milliards de F Cfa d’investissements sur ressources extérieures d’ici la fin de l’année. Tout en affirmant ne pas contester la nécessité d’un accord avec le Fonds monétaire international (Fmi), l’élu a estimé que les chiffres présentés ne reflétaient pas la réalité économique. Une charge vivement contestée par le ministre de l’Economie, des finances et du Plan, Cheikh Diba. Prenant la parole dans l’Hémicycle, le ministre a rejeté en bloc les arguments de la majorité Pastef, qualifiant la sincérité budgétaire de «simple prétexte». Selon lui, le véritable point de divergence réside dans le Plan de redressement économique et social (Pres). Lançant une vive réplique aux députés de la majorité parlementaire, Cheikh Diba les a accusés d’utiliser l’article 83 pour «fuir le débat» et éviter d’aborder de front le plan de redressement présenté par le gouvernement.

La vive réaction du Groupe Takku Wallu Senegaal

Ce rejet brutal a provoqué une forte indignation dans les rangs de l’opposition au sein de l’Hémicycle. Me Aïssata Tall Sall, présidente du Groupe parlementaire Takku Wallu Senegaal, a fermement dénoncé ce qu’elle considère comme un bâillonnement de la minorité. «Pastef a clairement fui le débat : le président a engagé le débat et s’est fondé sur un article du Règlement intérieur pour empêcher qu’on s’exprime. Mais l’opinion nous entendra ; notre voix s’élèvera et nous dirons ce que nous pensons», a-t-elle martelé à la sortie de la séance.

Jugeant les arguments de la majorité «complètement tirés par les cheveux», l’avocate et parlementaire a annoncé que son groupe ne comptait pas en rester là et prévoyait une sortie publique prochaine pour démonter point par point la position des partisans du rejet.

Ce blocage institutionnel marque une nouvelle étape dans le bras de fer entre le Pouvoir exécutif et la majorité parlementaire autour de la gestion des finances publiques et du cap économique du pays.