Dossier Farba Ngom : La réplique de l’Etat

Le milieu carcéral sénégalais est secoué par un séisme judiciaire sans précédent. Lors d’un point de presse solennel tenu ce mardi 13 janvier 2026, la ministre de la Justice a dévoilé les conclusions d’une enquête de plusieurs semaines visant Farba Ngom. Entre réseaux de communication internationaux, échanges de documents confidentiels et mœurs légères, les détails révélés dressent le portrait d’une détention sous haute influence, mettant à mal l’étanchéité des murs de la prison et l’éthique de certains auxiliaires de justice si les faits annoncés s’avèrent. Cette sortie, effectuée au lendemain du refus de la libération provisoire du député-maire des Agnam, soulève des interrogations.

Une «Administration parallèle» depuis le Pavillon spécial, tente de faire croire la Garde des sceaux. Ce qui devait être une période de retrait pour Farba Ngom, sous mandat de dépôt pour des malversations financières massives, s’est transformée en un véritable centre d’opérations clandestin. Selon la Garde des sceaux, les investigations menées depuis plusieurs semaines ont permis de mettre au jour un système de communication sophistiqué.

Le 29 décembre 2025, une fouille de «routine » au Pavillon spécial a permis de saisir deux téléphones portables «introduits frauduleusement». Loin d’être de simples outils de contact familial, ces appareils auraient servi de terminaux pour une «activité soutenue et constante», balayant d’un revers de main les arguments de la défense sur l’état de santé précaire du détenu.

Une toile d’influence : diplomatie, finance et médias

L’exploitation des données téléphoniques révèle une portée internationale vertigineuse. Farba Ngom ne se contentait pas de subir sa détention ; il gérait ses affaires et son influence à travers cinq pays : le Maroc, le Mali, l’Autriche, le Bangladesh et les Etats-Unis. Au-delà de la «logistique financière et du suivi de chantiers de construction», l’enquête met en lumière une imbrication inquiétante avec les sphères de pouvoir : plus de 460 interactions avec des responsables politiques dont certains bénéficiant de libertés provisoires. Elle évoque un réseau de relais médiatiques comprenant une patronne de presse (275 interactions), un directeur de publication (158 échanges) et des journalistes en ligne. Mme Fall assure qu’il y a sur la liste, 16 avocats identifiés dans les registres d’appels dont trois anciens ministres. L’un d’eux aurait cumulé 259 minutes de communication avec le détenu.

Fuites judiciaires et dérives morales

Le dossier prend une tournure plus sombre avec la découverte de documents judiciaires confidentiels sur les téléphones. Farba Ngom aurait reçu et diffusé des pièces concernant un co-détenu, compromettant potentiellement d’autres instructions en cours. Mais le choc est également venu du contenu multimédia : la ministre a fustigé le partage de contenus à caractère pornographique, impliquant, selon ses dires, l’un des avocats du prévenu. Pour elle, ces faits soulèvent une question déontologique majeure au sein du barreau.

La réplique de l’Etat : vers des sanctions exemplaires

Face à ce qu’elle qualifie de faits «particulièrement graves», la ministre de la Justice a annoncé une triple offensive pénale, ordinale et administrative. La ministre de la Justice annonce l’ouverture d’enquêtes pour des qualifications multiples allant de la fraude à la violation du secret de l’instruction, la saisine officielle du Bâtonnier de l’Ordre des avocats pour statuer sur les manquements déontologiques des conseils cités et un renforcement de la sécurité carcérale pour mettre fin à la porosité des établissements pénitentiaires.

L’Etat du Sénégal, par la voix de sa ministre, réaffirme sa politique de «tolérance zéro». Pour rappel, les enjeux financiers initiaux de l’incarcération de Farba Ngom sont colossaux : deux procédures distinctes portant sur des détournements présumés de 31, 8 milliards et 91, 6 milliards de francs Cfa. «Il est de mon devoir d’informer l’opinion lorsque l’intégrité de la justice est menacée», a martelé la Garde des sceaux, signifiant que le statut social ou politique ne saurait plus servir de bouclier contre la rigueur de la loi.