Une agence de notation vient une fois de plus de baisser la note souveraine du pays, nous maintenant au fameux quatrième sous-sol que le premier chef du Gouvernement de Diomaye nous avait promis. Une situation qui tombe au cours de la visite du Fmi à Dakar, alors que l’agence Standard & Poor’s se tient en embuscade, et que le coût de la vie ne baisse pas.
Une fois de plus, l’agence Moody’s vient de frapper le Sénégal. Mais cette fois-ci, le coup est d’autant plus fort qu’il tombe au moment où une mission du Fonds monétaire international (Fmi) se trouve à Dakar pour négocier la reprise de la coopération avec le pays. L’intérêt de cette reprise tant souhaitée était justement, entre autres, d’éviter de se retrouver dans une situation telle que cette nouvelle baisse vient de nous replonger. Voilà que la note qui, il y a un peu plus d’un an, était de B1 avant de se retrouver à Caa2, toujours avec une perspective négative. Le communiqué de Moody’s du vendredi a souligné que la baisse de la note porte sur «les notes à long terme de l’Etat du Sénégal -à savoir les notes d’émetteur en devises et en monnaie locale, ainsi que la note de la dette senior non garantie en devises- de Caa1 à Caa2, tout en maintenant une perspective négative. Les notes d’émetteur à court terme ont été confirmées au niveau «Not Prime» (Np).»
L’agence explique sa dégradation par la conviction que «la dégradation de la notation à Caa2 reflète notre conviction que la hausse des pressions de refinancement, la détérioration de la soutenabilité de la dette et les perspectives limitées de réduction de celle-ci ont accru le risque de défaut de paiement, que ce soit par le biais de tensions de liquidité prolongées ou d’un traitement de la dette impliquant des créanciers du secteur privé pour les atténuer».
Conséquences des déclarations des premiers ministres
Moody’s confirme évidemment que le défaut de programme avec le Fmi est l’une des causes de la situation actuelle. On se retrouve une fois de plus avec les conséquences de la situation dans laquelle les gouvernements du Président Bassirou Diomaye Faye, dirigés notamment par ses deux Premiers ministres, dont le premier, Ousmane Sonko, est celui qui avait mis à jour la fameuse «dette cachée», dont la gestion nous a amenés au marasme économique qui nous conduit à cette détresse sociale. Le second, Al Aminou Mohamed Lô, à l’époque Secrétaire général du gouvernement, avait enfoncé le clou en affirmant au cours d’une émission télévisée, que son rôle de Directeur national de la Banque centrale ne lui avait pas permis de voir ladite dette, car le régime précédent «nous a tous dribblés»…
Alors que lors de la passation des services avec le régime du Président Macky Sall en avril 2024, le pays se gargarisait d’avoir les caisses du Trésor remplies, au point que le Fmi ne comprenait pas le besoin pour le nouveau régime de lever plus de 250 milliards de Cfa en eurobonds, déclarant que le pays avait suffisamment d’argent.
Effet d’un défaut de programme avec le Fonds
Tout cela a changé une fois les «révélations» fracassantes du Premier ministre Ousmane Sonko, le pays se retrouvant coincé en un face-à-face avec le marché obligataire de l’Umoa, qui lui ouvre encore ses comptes pour des emprunts à court terme et à des taux élevés. Le communiqué de Moody’s prophétise : «L’absence prolongée d’un programme du Fmi a accru la dépendance aux financements des marchés régionaux pour couvrir des besoins de financement représentant environ 25% du Pib, augmentant ainsi le risque de refinancement et les coûts d’intérêt, et aggravant les pressions budgétaires dans un contexte de subventions élevées aux carburants. Nous prévoyons que même un ajustement budgétaire soutenu ne permettra pas plus que de stabiliser la dette publique autour de 100% du Pib jusqu’en 2028, les coûts d’intérêt demeurant importants.»
Une manière de nous faire comprendre que la levée des subventions sur les coûts de l’énergie, ou même d’autres subventions qui pourraient intervenir dans les jours à venir, ne pourrait pas permettre d’améliorer la situation économique à ce jour, ou même permettre d’accéder à des financements concessionnels. Le départ de Ousmane Sonko de la Primature n’a pratiquement rien changé de la direction de l’économie du pays car, en réalité, les sherpas économiques du pays sont toujours en place, à savoir le Premier ministre Lô et le ministre de l’Economie, des finances et du plan Diba.
Sombres perspectives
Plus grave encore, la situation politique, avec un gouvernement de cohabitation entre une majorité parlementaire en porte-à-faux avec les objectifs du gouvernement, ne présage pas de lendemains meilleurs, et même pire, comme le craint l’agence de notation : «Les perspectives négatives reflètent les risques de dégradation. La faible soutenabilité de la dette, le ralentissement de la croissance, les tensions politiques, le risque de paralysie institutionnelle, les pressions sociales et les risques sécuritaires régionaux limitent l’ajustement budgétaire. Un ajustement plus faible que prévu actuellement intensifierait davantage les tensions de liquidité et compromettrait la soutenabilité de la dette. Bien qu’un programme du Fmi faciliterait l’accès à des financements concessionnels et soutiendrait l’assainissement budgétaire, tout retard supplémentaire augmenterait la probabilité que le rétablissement de la viabilité de la dette nécessite en fin de compte une restructuration globale de celle-ci.»
Le Sénégal ne pourrait que prier pour que la mission du Fmi qui est actuellement au Sénégal, ait une attitude compatissante en parcourant le communique de Moody’s et facilite la reprise rapide de la coopération qui nous ouvrira la porte des marchés financiers et des partenaires bilatéraux qui hésitent. Et cela, avant que d’autres agences, comme Standard & Poor’s, ne suivent la voie de Moody’s.

