La tension ne retombe pas entre le Pouvoir exécutif et le Parlement. Au lendemain du boycott par le gouvernement de la Commission des finances et des accusations d’«obstruction» portées par le ministère de l’Economie, le président de ladite commission, Alphonse Mané Sambou, a rendu publique une réplique cinglante. Rejetant toute manœuvre politique, l’Assemblée nationale recadre le ministre sur les délais, justifie sa demande de retrait de la Lfi 2027 et appelle à la «tenue républicaine». Plongée au cœur d’une crise institutionnelle inédite.
Le dialogue de sourds s’est transformé en un véritable choc institutionnel. Après la sortie au vitriol du ministère de l’Economie, des finances et du plan accusant la majorité parlementaire d’entraver le processus budgétaire, la réponse de la Représentation nationale n’a pas tardé. Par la voix du président de la Commission des finances et du contrôle budgétaire, Alphonse Mané Sambou, l’Assemblée nationale a publié une mise au point méthodique en quatre points, se concluant par un appel sans équivoque : «Nous tenons à lui signifier qu’aucune tentative de manipulation de l’opinion n’empêchera l’Assemblée nationale d’effectuer son travail en toute conscience, et conformément à ses prérogatives constitutionnelles. Donc sérénité et tenue républicaine, monsieur le ministre !» Revenant sur le cœur de la discorde -à savoir la lettre suggérant le retrait du Projet de loi de finances initiale (Plfi) 2027-, le président de la commission précise que cette démarche s’inscrivait dans un «souci de dialogue institutionnel, dans le but de faciliter l’adoption du texte». Selon la commission, la contradiction vient de l’Exécutif lui-même, qui a bâti son Budget 2027 sur un texte rejeté : «Le cadrage macroéconomique et budgétaire du projet de Loi de finances de l’année 2027… est bâti sur les hypothèses et chiffres du Plfr 2026 qui, du fait de son rejet, n’est pas dans l’ordonnancement juridique.» Rappelant que cette suggestion de retrait «ne lie pas le gouvernement qui a, seul, la faculté de retirer ou de maintenir son texte», la commission estime qu’il relevait de sa responsabilité d’alerter sur les incohérences techniques majeures d’un budget élaboré sur la base d’une Lfr inexistante.
Aucune contradiction et respect des délais : l’Exécutif était informé
Accusée par le ministère de créer la confusion en demandant le retrait du texte tout en convoquant la commission le lendemain, l’instance parlementaire balaie toute contradiction. Elle rappelle son obligation constitutionnelle (article 68) d’examiner le texte dans un délai strict de 60 jours. Saisie depuis le 12 octobre 2026, l’Assemblée explique ne plus disposer «que d’un peu plus d’un mois pour un marathon budgétaire exigeant», ce qui imposait le démarrage des travaux sur le seul projet dont elle est formellement saisie.
Concernant le prétendu non-respect du préavis de 48 heures soulevé par le ministère, la commission apporte un démenti formel. Elle révèle que la Conférence des présidents du 3 novembre s’est tenue «en présence de M. Bacary Sarr, ministre de la Communication et des relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement, représentant de l’Exécutif». Dès lors, l’Exécutif était dûment informé de la programmation. Qualifiant le grief ministériel d’«amalgamation volontairement entretenue» autour d’un simple retard matériel d’acheminement de la convocation physique, la présidence de la commission rappelle avoir réajusté le calendrier au samedi 7 novembre 2026 pour ne laisser place à aucun contentieux.
Accusations d’obstruction : la contre-attaque parlementaire
Face aux reproches du ministère concernant les conséquences socio-économiques du rejet de la Lfr 2026, la commission renvoie la responsabilité à l’Exécutif. Elle regrette «la persistance, depuis quelques jours, des propos désobligeants et discourtois du ministre… à l’égard de la Représentation nationale». Pour Alphonse Mané Sambou, le ministre «semble ne pas supporter le rejet de «son» projet de Loi de finances rectificative pour 2026, dont il porte seul la responsabilité du fait de l’opacité dont il a fait preuve et du manque de sincérité du document budgétaire soumis à l’examen». L’Assemblée s’interroge enfin ouvertement : «Depuis quand la convocation d’une commission des finances, en vue de l’examen d’un projet de loi de finances dont elle a été régulièrement saisie, constitue-t-elle une obstruction budgétaire ?»
Cette passe d’armes épistolaire et politique révèle une crise de confiance profonde entre l’Exécutif et la majorité parlementaire. Deux logiques et deux légitimités s’affrontent désormais à découvert : sur le plan juridique et technique, l’Assemblée nationale tente de souligner la fragilité d’un Budget 2027 appuyé sur des agrégats issus d’une Lfr 2026 rejetée. De son côté, le ministère fait passer l’urgence économique avant les contraintes de forme. Sur le plan politique : en rejetant la Lfr 2026 et en exigeant de la clarté sur la sincérité des comptes, Pastef et la Commission des finances entendent exercer un contrôle parlementaire sans concession, quitte à imposer un bras de fer direct au ministre de l’Economie.
Alors que les travaux doivent en principe démarrer ce samedi 7 novembre 2026, la question est de savoir si le gouvernement répondra présent à l’invitation ou s’il persistera dans la politique de la chaise vide. Une chose est certaine : le marathon budgétaire s’ouvre sous de très hautes tensions institutionnelles.

