Conflit entre le Législatif et l’Exécutif : Un double blocage en une seule matinée

Sur fond de batailles de procédure ininterrompues et de tensions institutionnelles croissantes entre l’Exécutif et la majorité parlementaire, la plénière de ce mardi s’est soldée par deux revers majeurs : le renvoi en commission du projet de loi sur la carte d’identité biométrique et le blocage de la réforme du Code pétrolier, le Conseil constitutionnel ayant été saisi en urgence par le gouvernement.

L’Assemblée nationale est plus que jamais le théâtre d’une guerre d’usure politique entre le Pouvoir exécutif et le Pouvoir législatif. Depuis plusieurs mois, l’Hémicycle enchaîne les guérillas réglementaires, illustrées par une série de propositions de loi rejetées et de projets de loi renvoyés en commission pour seconde lecture. Ce mardi 29 septembre, la séance plénière a franchi un nouveau cap dans l’escalade institutionnelle.

Un double blocage en une seule matinée

Premier coup de théâtre de la journée : le projet de loi n°21/2026, portant sur la prorogation de la durée de validité de la carte d’identité biométrique Cedeao, a été brutalement stoppé en plein vol. Alors même que la Commission des lois avait préalablement adopté le texte, son président, Abdoulaye Tall, a réclamé et obtenu son renvoi en commission en invoquant l’article 84 du Règlement intérieur. En cause : des arguments du gouvernement jugés «insuffisants» et des craintes explicites d’un report des élections et de dérives autour de la clause de «force majeure» dans un contexte pré-électoral sous haute tension.

Mais le bras de fer ne s’est pas arrêté là. Alors que les députés devaient examiner, dans l’après-midi d’hier, la proposition de loi n°37/2026 visant à modifier le Code pétrolier, la séance a été ajournée. Le vice-président de l’Assemblée nationale, Ismaïla Diallo, qui présidait la séance, a annoncé que le gouvernement avait saisi en urgence le Conseil constitutionnel d’un recours en irrecevabilité pour bloquer le texte, après qu’il l’a rejeté en commission.

Portée par les députés du Groupe Pastef, cette initiative parlementaire vise à contraindre l’Exécutif à soumettre désormais l’ensemble des contrats pétroliers et gaziers au contrôle et à l’approbation préalable de l’Assemblée nationale avant toute signature. Une prérogative que le gouvernement refuse de céder, espérant faire annuler la démarche par les «Sages» du Conseil constitutionnel.

Electricité, contrats et transparence : le gouvernement attendu au tournant

Ce blocage sur le Code pétrolier survient alors que la gestion des ressources naturelles et du secteur énergétique suscite une vive controverse au sein de l’opinion publique. Entre la persistance des délestages, la hausse du coût de l’électricité en pleine période de canicule, les difficultés financières de la Senelec et la perception de retombées encore trop faibles des gisements de Sangomar et du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (Gta), la pression politique est maximale.

Face à cette tempête institutionnelle et sectorielle, le ministre de l’Energie et du pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, a annoncé la tenue d’une conférence de presse nationale et internationale ce jeudi 1er octobre 2026 au Musée des civilisations noires. Placé sous le thème «Enjeux, réformes et perspectives du secteur de l’énergie et des hydrocarbures», ce grand oral s’annonce décisif. Le ministre y sera vivement interpellé sur la transparence des contrats d’hydrocarbures, la politique de mix énergétique et la riposte du gouvernement face à la volonté de contrôle affichée par la majorité parlementaire.