C’est une démarche d’unité nationale et de stratégie continentale inédite qu’a illustrée Bassirou Diomaye Faye à New York. Devant les dirigeants du monde entier, le chef de l’Etat sénégalais a porté la voix d’une Afrique en quête d’équité, tout en défendant avec conviction la candidature de son prédécesseur, Macky Sall, à la succession de António Guterres à la tête de l’Onu. Pour lui, il dispose d’un profil idéal pour défendre une meilleure place pour l’Afrique et porter la voix du Sud global sur les questions d’endettement.
Alors que le mandat de António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies s’achèvera le 31 décembre 2026, la course à sa succession entre dans sa phase décisive. Interrogé à New York en marge de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale de l’Onu sur les raisons de son appui à Macky Sall -une candidature jugée peu probable par de nombreux observateurs-, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, est monté au créneau pour défendre le profil de son prédécesseur et balayer le scepticisme ambiant. Rejetant catégoriquement les pronostics défavorables, le chef de l’Etat sénégalais a tenu à recadrer le débat sur les chances réelles de l’ancien Président : «Je ne partage pas ce pessimisme sur la candidature de l’ancien Président du Sénégal, Monsieur Macky Sall. Tout au contraire, je pense qu’elle garde encore toutes ses chances de succès. En réalité, ceux ou celles qui sont considérés comme ayant des chances, ne le seront que lorsque les cinq [membres permanents du Conseil de sécurité] auront décidé que leur candidature passe», dit-il en répondant aux questions de Rfi et France 24.
Rejetant toute forme de défaitisme, il a rappelé que les équilibres diplomatiques ne sont jamais figés avant les délibérations finales des membres permanents du Conseil de sécurité. Considérant que Macky Sall dispose du profil idéal pour défendre une meilleure place pour l’Afrique et porter la voix du Sud global sur les questions d’endettement, le chef de l’Etat a rappelé qu’il s’agissait d’un «devoir républicain et continental» d’unir les forces derrière cette ambition sénégalaise. Soulignant l’incertitude des positions des grandes puissances au Conseil de sécurité, Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé que Dakar restait pleinement engagée dans la bataille diplomatique : «On ne sait pas encore ce que seront les votes des membres permanents du Conseil de sécurité. Les jeux restent ouverts. Nous sommes en train de faire le travail. De notre point de vue, nous sommes en train de discuter avec ceux qui votent, ceux qui tiennent la décision, et j’estime, contrairement à ces prédictions, que les chances sont réelles.»
Un profil légitime pour porter les combats du continent
Au-delà des calculs géopolitiques, le Président Faye a appuyé sa démarche sur la légitimité du profil de l’ancien chef d’Etat pour représenter l’Afrique et les pays en développement, cette fois-ci dans son discours à la tribune de l’Onu hier : «Mais ce sur quoi je voudrais insister, c’est le profil du candidat. L’Afrique est sous-représentée. Qui de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le Président Macky Sall ? Qui de mieux pour défendre la réforme de l’architecture financière internationale que le Président Macky Sall, qui a subi les affres de la dette qui l’ont plombé par rapport aux ambitions qu’il a eues et qu’il partage avec beaucoup de pays du Tiers-Monde ou du Sud ?» «L’organisation a besoin d’un leadership expérimenté pour conduire son action en ces temps de crises et d’incertitudes. Elle a besoin d’un Secrétaire général capable de parler à tous, d’écouter et de bâtir des ponts entre les Etats membres. C’est la vision que porte Monsieur Macky Sall, ancien président de la République du Sénégal. C’est l’occasion pour moi de renouveler mon appui à sa candidature et de réitérer la demande de soutien du Sénégal auprès des Etats membres», a-t-il insisté.
Pour Bassirou Diomaye Faye, le choix d’appuyer l’ancien Président s’impose comme une priorité stratégique et un devoir républicain qui dépasse les rivalités politiques internes. «Je pense que sous ce rapport-là, il est de notre devoir de le soutenir en tant que Sénégalais, de le soutenir parce que nous pensons aujourd’hui que la place qui doit être celle de l’Afrique au sein de l’Onu ne peut être mieux défendue que par un Africain», a conclu le chef de l’Etat sénégalais.
Abordant la gouvernance de l’Organisation des Nations unies, le Président sénégalais a dénoncé le «statu quo» qui entoure la réforme du Conseil de sécurité, appelant à l’application du Consensus d’Ezulwini pour corriger la sous-représentation historique du continent africain. Dans cette dynamique, il a annoncé la candidature du Sénégal à un siège non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2032-2033.

