« C’était ça ou mourir » Thélyson Orélien

 

Le premier roman de Thélyson Orélien est déjà le phénomène littéraire de l’année 2026. En cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, C’était ça ou mourir a conquis le Québec et bientôt le monde entier, en racontant l’Odyssée de Jonas Dorléon.
Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique. Se réfugiant d’abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d’histoire franchit les frontières tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt en affrontant les profondeurs de la jungle. À chaque étape des visages surgissent, des corps tombent, des solidarités se nouent puis se brisent. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants.
Avec la trajectoire de Jonas, c’est une cartographie intime de la survie qui se dévoile. Aussi contemporain qu’universel, ce roman raconte les migrations au présent — non comme un concept, mais comme une expérience physique : marcher, avoir faim, se blesser, rire devant l’horreur pour ne pas abandonner. Thélyson Orélien y déploie une écriture foisonnante, traversée d’humour et de poésie, une langue d’exil qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ».
Porté par un souffle narratif irrésistible, C’était ça ou mourir est un premier roman bouleversant qui révèle un écrivain majeur de notre temps.

Dans « C’était ça ou mourir » Thélyson Orélien se glisse dans la peau d’un migrant dans un fantastique périple sans retour

L’écrivain et poète québécois d’origine haïtienne s’impose déjà comme un phénomène d’édition par la force de sa voix si singulière avec l’histoire d’un jeune professeur haïtien jeté sur les routes de l’exil par la guerre des gangs.

Publié en mars dernier au Québec, le premier roman de l’écrivain d’origine haïtienne Thélyson Orélien C’était ça ou mourir est devenu en quelques semaines le plus grand succès jamais enregistré par les éditions du Boréal depuis leur création en 1963. Le livre, qui raconte le terrifiant périple d’un jeune migrant haïtien de l’Amérique du Sud au Canada, paraît chez Grasset le 19 août et ses droits ont déjà été acquis dans 23 pays.

Un engouement international absolument mérité pour cet auteur inconnu de 37 ans dont la langue poétique et cadencée qui claque comme un fouet dévoile les drames intimes de la migration, faisant d’ores et déjà de lui un candidat sérieux pour la saison des prix.

Odyssée de sang, de sueurs et de larmes

C’est au son d’une détonation et d’un fou rire nerveux qu’on entre par effraction dans le récit. Jonas Dorléon s’apprête à corriger ses copies d’histoire-géo quand un gang d’adolescents armés jusqu’aux dents débarque dans son quartier pauvre de Port-au-Prince, ouvrant le feu sur tout ce qui bouge. « J’ai ri pendant que ma maison flambait (…). J’ai ri, parce que je savais que, si je ne riais pas, j’allais hurler, me pisser dessus ou courir droit vers une balle, pour en finir une fois pour toutes. Et j’étais trop lâche pour mourir dignement. »

Terrassé par la peur, Jonas a juste le temps d’emballer quelques affaires dans un sac plastique avant de s’engouffrer dans le premier bus en direction de l’ouest de l’île. Après l’embrasement de la capitale, il comprend très vite qu’il va devoir quitter Haïti sans tarder s’il tient à rester en vie. Point de départ d’un périple dantesque qui va durer des semaines, Jonas entame alors une odyssée de sang, de sueurs et de larmes jusqu’à la frontière américaine dans l’espoir d’atteindre un jour le Canada.

Journal de bord d’un exilé en lutte permanente pour sa survie, le livre est d’abord une formidable démonstration de ce que la migration fait aux individus. Du jour au lendemain, Jonas abandonne son pays dans une fuite improvisée, laissant derrière lui son passé, son identité, sa langue pour devenir quelqu’un d’autre. Un sans-papiers, sans argent et sans droits. La migration est une soustraction pour celui qui s’en va. « Parce que c’est ça le vrai voyage d’un migrant : ce n’est pas le trajet, c’est le retranchement, la dépossession, la lente érosion de soi. Chaque étape t’enlève quelque chose. »

La lutte pour la dignité

Un processus brutal entretenu par la peur omniprésente dans ce territoire hostile qu’est la fuite. Peur des douaniers « qui se prennent pour des dieux » et des exploiteurs de misère de tous bords croisés sur la route, l’obligeant à négocier en permanence avec lui-même pour continuer le chemin sans perdre intégralement sa dignité d’être humain. Sentiment fragile tout entier contenu dans un recueil du poète René Depestre qu’il conserve sur lui, « un refuge en papier. Un abri pour mes pensées » et quelques reliefs de savon.

« Il me rappelait que la propreté, pour le migrant, est une forme de résistance. On lave ce qu’on peut, même si le reste du monde nous regarde comme une tache. »

Thélyson Orélien

« C’était ça ou mourir »

On suit Jonas l’infatigable, collé à ses semelles trouées, avalant les frontières de l’Amérique latine, assailli par les fièvres, la faim, l’épuisement dans l’enfer de l’effroyable jungle colombienne du Darien dont il sort miraculeusement indemne. « J’étais sorti vivant. J’étais prêt pour le prochain enfer. »

La couleur de l’exil

À l’aide d’une langue foisonnante, contrastée, débordante d’aphorismes, Thélyson Orélien donne une couleur à l’exil, une vibration. Celle d’une volonté acharnée pour un avenir meilleur, loin des statistiques et des déclarations péremptoires. Une voix qui dit aussi la solidarité « des petits gestes » entre damnés de la route, les moments d’humanité partagée.

Mais il n’y a pas que cela. Inspiré de nombreux témoignages de réfugiés, le roman lève le voile, sans être militant, sur l’implacable cruauté de la politique migratoire américaine dont l’outil numérique CBP One transforme les demandeurs d’asile en « suppliants connectés« .

A l’arrivée, Jonas finira par trouver un refuge mais le chemin accompli l’aura totalement métamorphosé. Comme notre regard porté sur les colonnes indifférenciées d’exilés entassés aux frontières. « Je ne ris plus comme avant. Le feu a changé de place : il brûle à l’intérieur. Le rire fou du début s’est transformé en respiration, en un souffle qui refuse de s’éteindre. »

« C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien, éditions Grasset, 272 pages, 20 euros.

Extrait : « Le chemin d’un migrant, ce n’est pas une ligne droite. C’est un chapelet de détours, de coups de chance, de mains tendues et de portes fermées. Un parcours où on doit chaque pas qu’on fait à celui qui nous a porté, celui qui ne nous a pas dénoncé, celui qui nous a donné une pomme, un sourire, une couverture, ou simplement le droit de passer. J’ai traversé douze pays. J’ai vu des cadavres qu’on évite en marchant comme des branches tombées sur le bord du chemin. J’ai vu des femmes allaiter avec des seins desséchés. J’ai vu des policiers qui jouaient à Dieu avec nos vies comme s’ils jouaient à la loterie. Sur ma route, j’ai croisé des gens méchants. Des policiers corrompus, des douaniers humiliants, des passeurs qui mentent comme ils respirent. Mais j’ai croisé aussi des saints sans auréole. Une infirmière colombienne qui m’a donné des médicaments. Un pasteur salvadorien qui m’a offert un toit sans poser de questions. Une bénévole mexicaine qui a réparé ma chaussure sans même me demander mon nom. Et ici, au Québec, j’en croise encore. Des gens ordinaires, fatigués, pressés, mais qui te laissent leur place dans le métro, qui te tiennent la porte, qui te disent « bon courage » en voyant tes bottes mouillées. »(p.264)