Stratégie – Comités locaux de gestion des eaux pluviales : L’Adm veut passer du bénévolat à l’entreprise sociale

L’Agence de développement municipal (Adm) veut donner une nouvelle dimension aux Comités locaux de gestion des eaux pluviales (Coligep). A travers le Progep II, l’institution entend favoriser leur transformation en structures juridiquement reconnues et économiquement viables, capables d’assurer durablement l’entretien des ouvrages de drainage. Une mutation saluée par les élus, qui y voient également une réponse aux défis des inondations et de l’autonomie financière des collectivités.

Les Comités locaux de gestion des eaux pluviales (Coligep) sont appelés à changer de statut et surtout de modèle économique. C’est le principal enseignement de l’atelier national consacré au lancement du processus d’intégration d’entreprises sociales et solidaires au sein de ces comités locaux. Une initiative portée par l’Agence de développement municipal (Adm) dans le cadre du Progep II.

Pour le Directeur général de l’Adm, Dr Mamouth Diop, cette évolution répond à une nécessité : sortir les Coligep du seul registre du bénévolat pour les inscrire dans une véritable dynamique de professionnalisation. «Il s’agit d’un repositionnement des Coligep dans la chaîne de valeur du développement territorial», explique-t-il, en insistant sur la nécessité d’intégrer en leur sein des entités juridiquement reconnues. L’enjeu dépasse donc la simple formalisation administrative. Il touche à la gouvernance, au financement et à la capacité des communautés à prendre en charge durablement leur environnement. «Sortir du bénévolat, traquer les habits de la professionnalisation et du formalisme requièrent des mutations, des développements et de nouveaux comportements», souligne le patron de l’Adm.

Dans cette perspective, le modèle coopératif apparaît comme un levier privilégié. Selon Dr Mamouth Diop, la coopérative peut devenir «un instrument pertinent de développement économique local», en permettant aux populations de prendre en charge le développement de leur territoire et la gestion de leur cadre de vie.

Une réponse au défi des inondations

Le choix de l’économie sociale et solidaire est également motivé par la recherche d’une plus grande autonomie financière. Le Progep II entend ainsi créer les conditions permettant aux acteurs locaux de générer des ressources, de développer des activités et de créer des emplois, tout en assurant la maintenance des infrastructures réalisées dans le cadre du projet.

Cette orientation trouve un écho favorable chez les élus locaux. Maire de Jaxaay-Parcelles, Abdoul Aziz Diagne estime que la transformation des Coligep constitue une étape décisive. S’exprimant au nom des douze maires concernés par le projet, il considère que l’atelier doit permettre de «changer un peu de paradigme et de faire évoluer leur fonctionnement». Pour lui, les Coligep ne peuvent plus rester de simples structures associatives alors qu’ils sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la gestion des bassins et des ouvrages de drainage. «Il s’agit de faire évoluer ces structures vers des structures coopératives», affirme-t-il.

Cette mutation pourrait, selon l’édile, produire un double effet : renforcer les capacités financières des comités et améliorer la prise en charge des infrastructures de lutte contre les inondations. «Cette transformation va leur permettre non seulement de mobiliser davantage de ressources financières, mais également de créer des emplois», soutient Abdoul Aziz Diagne.

Pour Dr Mamouth Diop, l’objectif est clair : assurer la durabilité des investissements et favoriser «l’autonomie financière des acteurs engagés dans l’animation territoriale». La réussite du processus dépendra toutefois de l’adhésion des collectivités, des autorités administratives, des communautés et des services techniques de l’Etat. L’entretien des bassins constitue notamment un enjeu majeur. Dans une agglomération dakaroise régulièrement confrontée aux fortes pluies et aux difficultés de drainage, ces ouvrages représentent un maillon essentiel du dispositif de lutte contre les inondations.

Le maire de Jaxaay-Parcelles estime que des Coligep mieux structurés, disposant de ressources humaines et financières suffisantes, pourraient assurer une meilleure gestion des bassins et des canaux. Une manière, selon lui, de contribuer à soulager les collectivités territoriales et les services de l’Etat.

Pour accompagner cette transition, le Progep II prévoit un important travail de structuration et de formalisation, jusqu’à l’immatriculation des entreprises selon les modalités de l’Ohada. Les acteurs devront également être formés au modèle coopératif, à la gestion et à l’élaboration de plans d’affaires. L’Adm compte par ailleurs s’appuyer sur un consultant spécialisé chargé d’accompagner et de coacher les Coligep durant le processus de maturation des entreprises sociales et solidaires.

Avec cette nouvelle orientation, les Coligep sont donc appelés à franchir un nouveau cap : passer de structures communautaires largement fondées sur le bénévolat à de véritables acteurs économiques locaux, capables de transformer la gestion des ouvrages de drainage en activité durable, créatrice de revenus et d’emplois. Une évolution qui place la professionnalisation au cœur de la lutte contre les inondations dans l’agglomération dakaroise.