La guerre au sommet de l’Etat, entre le Législatif et l’Exécutif, est en train d’atteindre des niveaux insoupçonnés, mettant le Conseil constitutionnel dans une position d’arbitre qui finit par l’impliquer dans la joute politique. Aucune proposition de loi, aucun projet de règlement budgétaire ne connaît de progrès parce que chacune des parties ne parvient pas à convaincre l’autre de s’occuper des urgences du pays, hors leurs querelles internes. Alors que les découvertes d’hydrocarbures permettent de maintenir à flot les caisses de l’Etat, la crise économique qui a touché le pays depuis un funeste 26 septembre 2024 ne s’estompe pas, et les populations sénégalaises, déboussolées par un marasme économique et social, se mettent à lorgner leur calendrier avec attention, espérant ainsi accélérer l’arrivée du mois de février 2029.
Et c’est ainsi que l’on voit le nom de Macky Sall retrouver de la vigueur. Depuis son retrait de la politique nationale, l’ancien chef de l’Etat n’a pu se faire oublier, grâce, dirait-on, aux errements de ses successeurs. Le duo Sonko et Diomaye a tellement tâtonné dans sa gestion qu’il a brûlé les préjugés favorables qu’il avait emmagasinés dans l’opposition. Toute la politique du début de mandat du gouvernement a été de réduire le précédent pouvoir en épouvantail, responsable de tous les malheurs du pays. Malheureusement, toute leur querelle a fini par paralyser le pays, et surtout le sommet du pouvoir. Au point que des Sénégalais de tous bords commencent à penser que seul Macky Sall pourrait sortir le pays de l’ornière.
Campagne pour l’étranger ou le Sénégal ?
D’ailleurs, ce dernier ne semble pas trouver à redire à cette situation, donnant l’impression à chaque fois qu’il se complait dans la posture d’être le 13ème Imam attendu par les musulmans Chi’ites, ou le Retour du Christ des chrétiens. En dehors même de sa campagne pour briguer la succession du Portugais Antonio Guterres au Secrétariat général des Nations unies, Macky Sall donne l’impression de préparer un retour sur la scène politique sénégalaise. Chacun de ses déplacements à l’étranger, chaque rencontre avec un dirigeant étranger semble plus dirigé vers l’opinion sénégalaise qu’aux grands électeurs de l’Organisation des Nations unies.
Car en fait, quel intérêt a encore Macky Sall à aller battre campagne à Djibouti, au Kenya ou dans certains pays d’Afrique alors que ces pays ne peuvent plus peser sur le vote à l’Onu ? La publicité faite autour de la distinction octroyée par une université du Congo-Brazzaville ne peut pas influencer les pays du Conseil de sécurité. Par contre, le soutien apporté par une ou plusieurs organisations de la Société civile d’Afrique pourrait certainement compter dans le choix définitif du Secrétaire général de l’Onu, en ce sens que les membres de l’Ecosoc, les organisations de la Société civile accréditées auprès des Nations unies, ont une certaine influence sur le choix de celui qui dirigera l’organisation pour les 5 prochaines années.
Néanmoins, même si Macky Sall a toutes ses chances, les jeux ne sont pas encore faits, comme l’a démontré le vote indicatif à l’issue du débat organisé entre les six candidats au poste. Macky Sall n’était pas le mieux placé en termes de votes positifs, mais il s’est distingué en étant en tête des candidats ayant obtenu les voix positives auprès des pays membres du Conseil de sécurité, qui sont en définitive, ceux dont les positions sont les plus déterminantes dans le choix définitif. Mais d’ici le 31 décembre, date de l’annonce du candidat élu, plein de choses peuvent se passer, dont la moindre n’est pas, nous avons déjà eu à le dire, le caractère erratique de l’humeur de Donald Trump, le Président des Etats-Unis d’Amérique. En plus de son droit de véto, sa voix peut fortement influer le choix d’autres membres. Or, rien ne peut préjuger de la décision définitive de Trump, qui est susceptible de changer même au dernier moment.
Une popularité peu écornée
Cette incertitude renvoie à la situation actuelle de la scène politique nationale. Contrairement à ce que pourraient penser des citoyens désabusés, la vie politique actuelle ne se limite pas à un choix entre deux branches opposées de Pastef, quel que soit le nom que l’on peut leur trouver. Macky Sall a tenu malgré tout à se maintenir à la tête de son parti, malgré les problèmes que ses successeurs ont voulu lui créer. Puisqu’il semble évident que d’ici la fin de ce mandat, ou même d’ici les prochaines échéances électorales, qui pourraient se présenter plus tôt que l’on ne croit, les «patriotes frères ennemis» ne se réconcilieront pas, ils risquent de se faire rafler la mise par un 3ème larron. Et la vie politique sénégalaise à l’heure actuelle ne montre pas une personnalité mieux à même de mettre tout le monde d’accord que l’ancien chef de l’Etat.
L’immense bain de foule qu’il s’était offert lors de son dernier passage au pays, le 17 juillet dernier, a laissé voir que sa popularité n’a pas souffert de sa longue absence du pays, ni surtout de la campagne de dénigrement orchestrée par ses adversaires politiques au pouvoir. Et ces derniers n’ont jamais voulu mettre en œuvre le conseil qui leur a été prodigué lors de l’annonce par Macky Sall de sa volonté de briguer la succession de Guterres, à savoir mettre à son service tout l’appareil diplomatique du pays pour qu’il soit élu à ce poste, et ainsi «l’exiler» à New York. Diomaye Faye a attendu le dernier moment pour se présenter en mouche du coche, comme si Macky Sall avait encore besoin de lui. L’avantage de son retournement de veste est uniquement de ne pas se retrouver isolé au milieu de ses pairs africains qui, tous, se sont ralliés à la candidature de Macky Sall. Cela est si vrai que même le candidat ougandais qui s’est présenté au dernier moment apparaît même en Afrique de l’Est comme un candidat de diversion, manifestement téléguidé par Kagame et Museveni, pour tenter de torpiller une candidature soutenue par leurs ennemis du Burundi et du Congo, entre autres pays. Olara Otonnu, malgré sa longue expérience diplomatique, va dans cette campagne à reculons. Sa campagne est d’ailleurs si tiède qu’elle ne convainc personne, même pas dans son pays. En plus de cela, son grand âge (75 ans) est aussi un gros handicap, au regard de nombreux défis auxquels devra se soumettre le prochain Secrétaire général, pour redonner à l’Onu son lustre d’antan.
Néanmoins, tout cela risque d’être très anecdotique pour le Sénégal, car Diomaye et Sonko risquent, dès le 1er janvier 2027, de se préoccuper plus de savoir comment sortir de l’ombre de Macky Sall.

