La princesse Maria Carolina et Jordan le roturier

Cette semaine, le magazine Paris Mach a publié un reportage sur la romance entre Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, duchesse de Calabre et de Palerme. Elle est aristocrate, d’une grande lignée,  puisqu’à onze générations elle descend de Louis XIV, et lui un roturier né en Seine Saint-Denis, devenu Président du Rassemblement national. Cette idylle, pas comme les autres, peut elle avoir une quelconque influence sur l’élection présidentielle de l’année prochaine, c’est possible.

Pour autant faudrait-il encore qu’elle se prolonge jusqu’au printemps 2027. Faudrait-il aussi que les tourtereaux se passent la bague au doigt car les électeurs voteraient plus facilement pour un couple, avec une première Dame à l’Elysée, plutôt qu’un célibataire. Et ils voteraient d’autant plus volontiers pour lui s’agissant d’une jeune femme aussi bien née, car si les français n’aiment pas les rois, (ils ont décapité le dernier, Louis XVI),  ils adorent, comme tous les peuples, les princesses. Il suffit pour s’en convaincre de constater la popularité des magazines du style « Voici » et surtout « Point de vue ».  De surcroît « les gueux » comme les appellent Alexandre Jardin adorent les rencontres improbables, comme celle, d’un fils du peuple d’origine italienne, âgé de trente ans et une princesse issu de la plus haute noblesse, de seulement 22 ans, diplômée de Harvard et parlant six langues. Pensez, Maria Carolina a pour parrain le prince Jean-Christophe Napoléon

Bonaparte, héritier de la maison impériale, alors que lui est né dans une cité HLM de Saint-Denis. D’accord, à deux pas de la basilique des rois de France, mais aussi une ville désormais administrée depuis quelques semaines par un maire LFI, de surcroît racialiste : Bally Bagayoko, français d’origine malienne. Et justement Marie-Carolina fait partie d’une dynastie qui s’inscrit dans l’architecture des monarchies issues des Capétiens. Le contraste est pour le moins saisissant. Mais la France a, de tout temps, adoré le mélange des genres et les pieds de nez facétieux à l’histoire.

Certes la jeune femme, à la silhouette gracile et élégante et la tête bien faite, gouverne un royaume qui n’existe plus depuis 162 ans, mais qu’importe ! A eux deux, Marie Carolina et Jordan incarneraient un symbole de modernité disruptif, elle totalise en effet pas moins de 376 000 abonnés sur ses comptes Tik Tok et Instagram et leur duo en 2027 donnerait un sacré coup de vieux, s’il en était besoin, à Jean-Luc Mélenchon, (dont tous les observateurs politiques s’accordent à dire que l’élection présidentielle donnera lieu à un duel Bardella – Mélenchon) à qui on ne connaît qu’une maîtresse : Sophia Chiquirou, député Insoumise de Paris et ancienne candidate à l’Hôtel de ville.

Alors aujourd’hui  les paris vont bon train, pour certains une éventuelle alliance « Jordan Bardella – Marie Carolina de Bourbon des Deux-Siciles » jouerait en la faveur du candidat du RN, tandis que pour d’autres elle risquerait de lui nuire. Il est vrai qu’on est pas très coutumier du mixte géopolitique-people, mais pour un certain nombre de français qui rêvent d’une monarchie constitutionnelle à l’image de la Grande-Bretagne, de la Norvège, de la Suède, des Pays-Bas, de la Belgique, du Danemark, ou encore du Canada, ce serait là un bon compromis. Et puis on se souvient que le général de Gaulle himself, dont la constitution de la 5ème République  avait fait (ainsi que ses successeurs) un véritable monarque de 1958 à 1969, avait un héritier présomptif en la personne du comte de Paris. C’est du moins ce que  l’on découvre à la lecture du livre Dialogue sur la France, publié en 1994 par le prince Henri d’Orléans, qui rapporte que le fondateur de la Vème République avait confié à son père, le comte de Paris : » Je crois que la France va doucement vers sa traditionnelle et bonne vieille monarchie dont je suis certain qu’elle convient à notre pauvre pays déchiré par les régimes et les partis, les français s’y habitueront progressivement « . Ce n’était pas l’avis de son ministre Alain Peyrefitte pour qui : « Le comte de Paris à l’Elysée ? Et pourquoi pas la reine des gitans ? » Il est vrai que de Gaulle tenait ses propos au moment de la guerre d’Algérie et que dans les années qui suivirent l’idée d’une restauration de la monarchie fut abandonnée.

En attendant, une chose est certaine, cette idylle que personne n’attendait, alimente les conversations dans toutes les chaumières du royaume de France et de Navarre, et elle tombe à point nommé pour nous faire oublier, un instant, la guerre en Iran et l’augmentation du prix des carburants. Un conte de fées est toujours bon à prendre dans les circonstances actuelles !

Jean-Yves Duval, journaliste écrivain