Assemblée – Farba Ngom : Le serment du «blanchi»

Dans une ambiance de haute tension, les députés ont voté, ce 16 février 2026, la levée de l’immunité parlementaire de Farba Ngom par 108 voix contre 21. Entre le serment sur le Coran du député-maire des Agnam et les révélations accablantes de la Garde des sceaux, Yassine Fall, la séance a tourné au procès à ciel ouvert.

L’image restera gravée dans les annales parlementaires. Ce lundi, c’est un Farba Ngom combatif, brandissant le Saint Coran à bout de bras, qui s’est présenté devant ses pairs, après avoir été extrait de sa cellule du Pavillon spécial. Acculé par une nouvelle demande de levée de son immunité dans l’affaire dite des «téléphones portables», le responsable de l’Apr a choisi la mystique pour clamer son innocence.

Farba Ngom : Le serment du «blanchi»

Face aux accusations de détournement de fonds et de fraude carcérale, le député a joué la carte de la solennité religieuse. «Je jure qu’aucun franc provenant du Trésor public n’a été versé sur les comptes de mes sociétés», a-t-il martelé, le Coran en évidence. S’adressant directement à la ministre de la Justice, avec un mélange de défi et de courtoisie feutrée, il a lancé : «En conférence de presse, vous avez évoqué beaucoup de choses me concernant, même mon état de santé. Je laisse passer parce que vous êtes une femme et, de surcroît, ministre de la République. Je rends grâce à Dieu, je ne suis pas mourant.» Le parlementaire a dénoncé un acharnement politique, rappelant les perquisitions infructueuses dans ses fermes et ses domiciles concernant un supposé détournement de 125 milliards. «Mon immunité a été levée, j’ai comparu devant le juge et je suis resté dix mois sans audition. Après l’audition au fond, le juge a décidé de nous libérer, mais le Ministère public a fait appel pour me maintenir en prison», s’est-il indigné.

Yassine Fall déballe le «réseau complexe» du Pavillon spécial

Si Farba Ngom a invoqué la foi, la Garde des sceaux, Yassine Fall, a répondu par la technique et les preuves matérielles. Dans un réquisitoire glacial, elle a détaillé les saisies effectuées dans la cellule du député dans la nuit du 29 au 30 décembre 2025 : un téléphone, un appareil administratif et cinq clés Usb. La ministre a brisé le récit de l’innocence en citant les procès-verbaux d’audition : «Le député a lui-même reconnu les faits. Il a admis avoir introduit l’un des téléphones portables en le dissimulant dans un pot de lait. Le second appareil lui aurait été fourni par un surveillant de prison.»

Au-delà de la simple infraction carcérale, Yassine Fall a révélé que l’exploitation des supports saisis a mis au jour un véritable système parallèle : «L’exploitation technique va bien au-delà de la simple communication privée. Elle a révélé des opérations financières et immobilières, ainsi que la présence de documents judiciaires protégés par le secret de l’instruction et de contenus vidéos impudiques.»

La voie libre pour la justice

Malgré la défense passionnée du maire des Agnam, l’Assem­blée nationale a tranché. Avec plus de 83% des suffrages exprimés en faveur de la levée de son immunité, les députés ont donné le feu vert au procureur de la République. Désor­mais, Farba Ngom devra répondre de plusieurs chefs d’accusation sérieux : introduction d’objets prohibés, corruption, violation du secret de l’instruction et diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs. L’ouverture d’une information judiciaire est imminente pour identifier l’ensemble des complices, notamment au sein de l’Adminis­tration pénitentiaire.