Ce qui s’est passé lundi à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar n’est pas un simple fait divers. C’est une tragédie nationale et un acte d’accusation contre l’État sénégalais. Un étudiant en médecine a perdu la vie lors d’affrontements entre forces de sécurité et étudiants réclamant le paiement de leurs arriérés de bourse. Il est mort pour avoir revendiqué un droit élémentaire. Cette réalité nous oblige à parler avec gravité, mais aussi avec fermeté.
Depuis des mois, les étudiants alertent sur des retards de bourse devenus insupportables. Ces bourses ne sont ni des privilèges ni des faveurs : elles constituent le minimum vital permettant à des milliers de jeunes de se nourrir, de se loger et d’étudier dignement. Face à cette détresse sociale, le gouvernement a choisi l’indifférence, puis la répression. À l’UCAD, le dialogue a été remplacé par la force.
En tant que citoyen engagé et responsable politique, je refuse toute tentative de dilution des responsabilités. Ce pouvoir est politiquement et moralement comptable de cette mort. Lorsqu’un État se dit incapable de payer des bourses à temps mais trouve immédiatement les moyens de déployer policiers et gendarmes contre des étudiants affamés, il fait un choix clair : celui de la force contre la justice sociale.
L’indécence atteint son paroxysme lorsqu’on observe les priorités budgétaires du régime. Ce même gouvernement a pu offrir 75 millions de francs CFA à chaque footballeur et membre du staff de l’équipe nationale, assortis de parcelles de 1 500 m². Il ne s’agit pas d’opposer les sportifs aux étudiants. Il s’agit de poser une question fondamentale : comment un État capable de distribuer des milliards en primes et en foncier peut-il prétendre ne pas avoir les moyens de payer quelques mois de bourse à ses étudiants ?
La réponse est évidente. Ce n’est pas un problème de ressources. C’est un choix politique cynique, qui privilégie le prestige, la communication et le spectacle au détriment de l’éducation, de la dignité et de la vie humaine. Ce pouvoir a choisi les stades plutôt que les amphithéâtres, les paillettes plutôt que les bibliothèques, les primes plutôt que les bourses.
Un étudiant en médecine — futur soignant, futur pilier de notre système de santé — est mort parce que l’État n’a pas assumé ses obligations les plus élémentaires. C’est un échec total : social, politique et moral. Aucune déclaration officielle, aucune condoléance de circonstance ne pourra effacer cette responsabilité.
Un pouvoir qui laisse mourir un étudiant parce qu’il réclame sa bourse a perdu toute légitimité morale pour parler d’avenir, de souveraineté ou de développement. La République a failli. L’État a trahi sa jeunesse.
Ce drame doit marquer un tournant. La vérité doit être faite, les responsabilités établies, et les priorités profondément réorientées. À défaut, ce régime s’inscrira dans la triste continuité de ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont répondu aux revendications légitimes par la violence et à la détresse étudiante par l’irréparable.
Un étudiant est mort à l’UCAD.
Se taire serait une complicité.
Oublier serait une trahison.
Ibrahima Thiam, Président du parti ACT

