Alors qu’il bénéficiait d’une liberté provisoire sous bracelet électronique, l’ancien ministre Pape Malick Ndour a vu son sort basculer ce mercredi. La Chambre d’accusation financière près le Pool judiciaire financier (Pjf) a ordonné son placement sous mandat de dépôt, déclenchant une onde de choc politique et une riposte musclée de son camp, qui dénonce une «justice sur commande» après les récentes sorties de Ousmane Sonko.
Un revirement judiciaire spectaculaire. L’accalmie aura été de courte durée pour Pape Malick Ndour. Le coordonnateur des cadres de l’Alliance pour la République (Apr) a été rattrapé par le dossier Prodac (Programme des domaines agricoles communautaires). Saisie par le Ministère public, la Chambre d’accusation financière a infirmé la décision du président du Collège des juges d’instruction, révoquant la liberté assortie d’une surveillance électronique pour privilégier l’incarcération immédiate. Ce revirement marque une étape charnière pour le Pool judiciaire financier (Pjf), la nouvelle architecture judiciaire dédiée à la répression des délits financiers, qui semble ici vouloir marquer sa fermeté face aux dignitaires de l’ancien régime.
La défense dénonce une «dissimulation» procédurale
Le camp de l’ex-ministre ne décolère pas. Ses avocats, qui prévoient de déposer un recours dès ce jeudi, pointent du doigt une stratégie de l’ombre. Selon ses conseils, le recours du Procureur -visant à transformer son contrôle judiciaire en mandat de dépôt- aurait été maintenu hors de leur portée pendant plus de deux mois, les empêchant de préparer une riposte sereine. «Une dissimulation qui traduit la ferme volonté de l’autorité publique de surprendre pour définitivement écrouer l’ancien ministre», fustige la Convergence des cadres républicains (Ccr) dont il est le coordonnateur.
Chronologie et «absurdité juridique» : les failles du dossier ?
Au-delà de la forme, c’est le fond du dossier qui est vigoureusement attaqué par la Ccr. Pour les cadres de l’Apr, l’accusation se heurte à un mur d’incohérences chronologiques, en insistant sur l’anachronisme du rapport : le rapport à la base des poursuites aurait été rédigé en octobre 2018 par un auteur aujourd’hui décédé. Or, Pape Malick Ndour n’a pris ses fonctions qu’en juin 2019, soit huit mois après la clôture dudit document. La défense souligne «l’absurdité» de poursuivre Ndour pour complicité avec des prédécesseurs qu’il a remplacés, sans lien de subordination ni période de collaboration commune.
Ce placement sous mandat de dépôt intervient dans un climat de tension extrême. Pour la Ccr, il existe un lien de cause à effet direct entre les menaces publiques proférées la veille par le Premier ministre Ousmane Sonko et la décision de la Chambre d’accusation. Le camp de l’ancien ministre dénonce une «justice à géométrie variable» et une «instrumentalisation dangereuse» de l’institution judiciaire au profit d’un agenda politique de règlement de comptes.
Quel sera le prochain acte ?
Le feuilleton judiciaire est loin d’être clos. Alors que le recours en cassation se profile pour aujourd’hui suspendant l’exécution du mandat de dépôt, selon ses proches, le cas Pape Malick Ndour devient le symbole de la bataille que se livrent le nouveau pouvoir et l’ancienne majorité sur le terrain de la reddition des comptes. La crédibilité du Pjf sera désormais scrutée à l’aune de sa capacité à répondre aux arguments techniques soulevés par la défense.

