La relation entre le Sénégal et la France reste l’une des plus structurées et des plus anciennes du continent. Ce n’est plus un secret : la France est aujourd’hui le premier partenaire bilatéral du Sénégal en termes d’aide publique au développement (via l’Afd), d’investissements directs, de projets d’infrastructures (baie de Hann, etc.) et de coopération culturelle et éducative. En 2025-2026, cette coopération s’est traduite par des engagements concrets : la dépollution de la baie de Hann (qui est financée à hauteur de 46% par l’Afd), l’appui à l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, le renouvellement pour trois ans de la coopération décentralisée paritaire, en sont la preuve.
Lors de sa conférence de presse du 27 janvier 2026 à Dakar, la ministre déléguée Eléonore Caroit a décrit une «reconnaissance» du rôle français dans les grands projets structurants. Elle a également affirmé que la volonté politique d’organiser des visites de haut niveau était intacte des deux côtés, précisant : «la volonté politique d’avoir des visites de haut niveau est évidemment là», et «l’intention est évidemment de continuer cette relation au niveau politique», sans toutefois pouvoir donner de date précise pour une visite du Président Macron au Sénégal, car «le Président est le seul à maîtriser son agenda».
Pourtant, ce lien historique et économique dense coexiste avec un discours nationaliste et souverainiste de plus en plus audible dans l’espace public sénégalais, particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Pastef. Le slogan «France dégage» incarne une demande de rupture symbolique avec ce qui est perçu comme une tutelle postcoloniale persistante : présence militaire française (retrait effectif des troupes en juin 2025), accords de défense jugés inégaux, influence économique française dans certains secteurs stratégiques et rôle de la langue française dans l’Administration et l’éducation.
Si les autorités sénégalaises actuelles ont maintenu une coopération pragmatique (projets financés, sommets multilatéraux, Francophonie), elles ont simultanément multiplié les gestes de réaffirmation de souveraineté : renégociation de contrats miniers et pétroliers, diversification des partenariats (Chine, Turquie, Maroc, Etats-Unis, pays du Golfe), promotion accrue des langues nationales et discours officiel insistant sur un «partenariat gagnant-gagnant» plutôt qu’une aide descendante.
Lors de sa conférence de presse, Eléonore Caroit a insisté sur l’absence de tension ressentie lors de ses échanges bilatéraux et sur une communauté française «très intégrée» et «heureuse» à Dakar. Mais le contraste reste net : d’un côté, des projets concrets et des flux financiers conséquents qui font de la France un acteur incontournable ; de l’autre, un récit nationaliste qui continue de mobiliser une partie de la jeunesse et de l’opinion, même si les appels les plus radicaux à une rupture totale semblent pour l’instant contenus par la realpolitik du gouvernement.
Un équilibre fragile, donc, entre continuité opérationnelle et affirmation d’une souveraineté retrouvée et un équilibre que les deux pays semblent vouloir préserver, au moins à court terme.

