Il y a des femmes dont la beauté arrive avant elles. Et d’autres dont l’âme précède le sourire. Halima Gadji appartient à cette seconde catégorie. Quand elle entre dans une pièce, ce n’est pas son visage que l’on remarque d’abord, c’est une vibration. Une douceur calme, une présence qui ne cherche pas à s’imposer mais qui s’impose quand même. Puis vient le sourire, large, franc, presque enfantin. Et enfin la voix qui est posée, claire et surtout habitée. Halima, une belle âme avec le verbe facile, jamais superficiel car chez elle, la parole n’était pas un décor, mais plutôt un espace de vérité.
Actrice, mannequin, animatrice télé et figure aimée du public africain, Halima Gadji s’est éteinte le 26 janvier 2026. Née à Dakar en 1989, elle laisse derrière elle une carrière riche et une empreinte humaine forte, faite de vérité, de courage et de sensibilité.
Une enfant de Dakar aux rêves d’actrice
Halima Gadji est née d’une mère maroco algérienne et d’un père sénégalais. Elle a grandi au Sénégal, entourée de plusieurs cultures, de plusieurs langues, de plusieurs façons de voir le monde.
Ces multiples ancrages culturels l’ont façonnée. Elle porte l’Afrique non pas comme un costume, mais comme une mémoire. Et l’Occident non pas comme un modèle, mais comme un outil. Elle navigue entre les deux avec une grâce rare, consciente que l’identité n’est pas un choix, mais une composition. C’est ce discours qu’elle a toujours tenu avec fierté.
Très tôt, elle comprend que son corps, sa voix, son regard peuvent raconter. Que l’art est une manière de traduire l’intérieur, car ceux qui l’ont côtoyée savent que Halima ne cherchait pas la célébrité, elle cherchait l’expression.
Très jeune, à l’école, elle se sent à l’étroit. Elle arrête ses études en classe de 5e pour suivre son rêve, devenir actrice.
Du mannequinat à la télévision
Mais Avant d’arriver sur les plateaux de tournage, Halima commence comme mannequin. Elle pose pour différentes marques et magazines. Son visage plaît, mais sa présence aussi.
Elle se tourne ensuite vers la publicité télévisée, puis devient aussi animatrice. Halima présentait des émissions de télévision, parlait au public, créait un lien. Oui, elle aimait être proche des gens. Halima était une boule d’énergie sociale et attachante.
Des rôles qui parlent aux cœurs
Elle commence sa carrière d’actrice en 2015 avec « Tundu Wundu », sous la direction d’Abdoulahad Wone. Un premier pas, discret mais déterminé, dans l’univers de la fiction sénégalaise.
Puis vient « Seuy Bi 2.0 » (2017–2019), où elle incarne Aïcha, rôle principal. Une série populaire, regardée dans les salons et dans les familles. Halima y impose déjà sa capacité à rendre une femme crédible, complexe et profondément humaine.
Entre 2018 et 2020, elle joue dans « Sakho & Mangane », série policière diffusée sur Canal+ Afrique et Netflix, sous la direction de Jean-Luc Herbulot. Elle y incarne Awa. Ici, Halima prouve qu’elle peut sortir du registre domestique et entrer dans une fiction plus sombre, plus tendue et plus internationale.
Mais c’est entre 2019 et 2021 que son visage devient celui de toute une génération, avec « Maîtresse d’un homme marié » (Saisons 1, 2 et 3).
Elle y interprète Marème Dial, personnage central, dérangeant, passionné et blessé. Halima n’a jamais cherché à rendre Marème aimable, elle l’a rendue vraie. C’est pour cela que le public ne l’a jamais oubliée.
Elle poursuit ensuite avec « Le futur est à nous » (2022), série panafricaine tournée entre la Côte d’Ivoire et le Gabon, où elle joue Aby Konan, aux côtés de Mahoula Kane, Satou N’Diaye, Marie Victoire Amié et Ali Cissé, sous la direction de Samantha Biffot et Olivier Szulzynger. Un rôle de maturité, d’ouverture vers un cinéma africain plus large.
À cela s’ajoutent ses apparitions remarquées dans « Bété Bété » saisons 2 et 3, ainsi que dans « Bakary Taximan », confirmant son ancrage dans l’imaginaire populaire sénégalais.
Halima n’a jamais été une simple actrice, elle a habité chaque personnage.
Une femme engagée et respectée
En 2023, Halima Gadji est choisie comme marraine du Festival international de cinéma Vues d’Afrique à Montréal. Une reconnaissance importante pour son travail et pour sa place dans le cinéma africain.
Halima était aussi, comme beaucoup de femmes sensibles, une battante, une sœur, une amie, une artiste qui n’a jamais renié ses émotions ni ses combats. Sa vérité était sa force, son humanité et sa lumière. Elle savait que le rire et les larmes sont simplement deux façons de célébrer l’intensité de la vie.
Parce qu’au-delà de sa carrière artistique, Halima était aussi devenue une voix importante dans le combat pour la santé mentale, un sujet encore trop souvent tabou dans nos sociétés.
Dans plusieurs prises de parole publiques, elle avait partagé des moments de fragilité et de fatigue morale, invitant à une réflexion collective plus profonde sur la souffrance psychologique, la pression des attentes et le besoin d’un accompagnement réel pour ceux qui luttent en silence.
Ce courage de parler de santé mentale, une cause encore peu évoquée ouvertement dans le monde culturel africain avait touché bien au-delà du cercle des fans. Elle avait contribué à ouvrir un espace de dialogue, à briser des murs de silence et à faire comprendre que la force réside aussi dans l’honnêteté émotionnelle.
Dans ses dernières publications, elle continuait de partager des projets, de s’intéresser aux jeunes talents, de penser à demain, elle voulait encore insuffler de l’espoir autour d’elle.
Halima Gadji s’est éteinte le 26 janvier 2026. Elle laisse derrière elle une empreinte artistique profonde, mais aussi un héritage moral : celui d’une femme qui a osé être vraie, même dans la vulnérabilité. Elle nous rappelle que la recherche de soi, l’écoute de ses fragilités et la compassion envers autrui sont des actes de courage.
Que son âme repose en paix.

