
La finale de la Coupe d’Afrique des Nations à Rabat, le 18 Janvier 2026, restera comme un moment sportif intense, mais aussi comme une scène révélatrice de nos modèles de leadership. Face à l’injustice perçue, deux postures se sont opposées, posant une question centrale pour nos sociétés : comment tenir sans se renier ?
Lors de cette finale, une scène a capté l’attention. Elle a révélé, en quelques minutes, deux formes de leadership radicalement différentes, et une question essentielle : comment inspirer un collectif face à l’injustice ?
À la suite de décisions arbitrales contestées, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw a demandé à ses joueurs de quitter le terrain. Un geste fort, chargé d’émotion et de symbolique. Dans un sport comme dans la vie publique, ce type de décision dit une chose simple : il existe des lignes rouges à ne pas franchir. La dignité ne se négocie pas.
Mais ce geste, aussi compréhensible soit-il, pose une question de responsabilité. Quitter le terrain, c’est déplacer le combat : on quitte l’espace du jeu pour entrer dans celui de la rupture. C’est un leadership vertical, protecteur, parfois nécessaire, mais qui expose aussi le collectif à des conséquences qu’il ne maîtrise plus totalement.
Face à cela, un autre leadership s’est exprimé. Celui de Sadio Mané. Il n’était pas le capitaine, mais meneur dans ce groupe quand même. Il a demandé à ses coéquipiers de revenir sur le terrain et de finir le match. Non pas par résignation. Mais par choix.
Ce geste ne nie pas l’injustice. Il la transcende. Il affirme que la dignité peut aussi s’exprimer dans la retenue, dans la maîtrise de soi, dans la capacité à aller au bout malgré l’adversité. Là où la colère pousse à rompre, ce leadership invite à tenir.
Sadio Mané n’a pas parlé en star. Il a agi en garant du collectif. Son autorité ne venait pas d’un statut hiérarchique, mais d’une exemplarité morale. Il a rappelé une vérité fondamentale du leadership : un groupe regarde moins ce que son leader dénonce que la manière dont il se tient quand tout vacille.
Qui a eu raison ? La question est mal posée. Ces deux postures répondent à deux temporalités différentes. L’une s’inscrit dans l’urgence émotionnelle, l’autre dans le temps long de l’image, de l’héritage et de la transmission.
Mais s’il fallait tirer une leçon durable de cet épisode, elle serait celle-ci : la grandeur ne se mesure pas uniquement à la capacité de rompre, mais aussi à celle de tenir. Tenir un cap, un collectif, une vision, même quand les règles du jeu semblent vaciller.
Cet épisode donne l’occasion de rappeler que les sociétés qui avancent ne sont pas celles qui ne rencontrent pas l’injustice, mais plutôt celles qui parviennent à la transformer en force structurante, en exigence de cohérence, en discipline collective. Cela suppose à leur tête des leaders capables de distinguer l’instant de la colère du temps long de la responsabilité. En somme, le leadership le plus inspirant n’est pas toujours le plus bruyant. Il est parfois silencieux, exigeant, et profondément responsable.
À l’heure où l’Afrique cherche des modèles de gouvernance, de représentation et d’inspiration pour sa jeunesse, cette posture mérite d’être interrogée, enseignée et transmise. Car le leadership de demain ne sera pas seulement celui qui proteste, mais celui qui sait transformer l’épreuve en maturité collective.
À Rabat, le Sénégal n’a pas seulement disputé une finale. Il a offert une leçon de leadership. Et c’est peut-être celle-là que l’histoire retiendra.
Par Cécile Thiakane
Consultante Rse Gouvernance & Leadership

