Naëtt Mbaye consacre son exposition «Gayndé Géej-Les Lions de la Mer» aux surfeurs sénégalais. En photographiant leurs corps au contact de l’océan, l’artiste propose un récit visuel inédit.
L’exposition Gayndé Géej-Les Lions de la Mer renverse un imaginaire dominant où l’océan sénégalais est trop souvent associé à la tragédie de la migration, aux disparitions et à la mort. L’artiste pluridisciplinaire Naëtt Mbaye propose, au contraire, une plongée sensible dans l’univers du surf, où la mer se fait espace de liberté, de dialogue et de puissance partagée. Installée sur les murs extérieurs de l’Institut français de Dakar, l’exposition dont le vernissage s’est tenu jeudi dernier, réunit une série de photographies consacrées aux surfeurs sénégalais. Les images montrent ces hommes faisant corps avec l’eau, incarnant une relation intime et apaisée avec l’océan Atlantique. Une représentation rare et précieuse du corps noir masculin, loin des clichés de performance ou de virilité exacerbée.
Une ode à la dignité
A travers Gayndé Géej, Naëtt Mbaye célèbre la grâce, la résilience et la dignité de ces surfeurs. La photographe choisit de capturer les moments de transition, les instants de l’«après-surf» : le retour de la plage, la planche sous le bras, les yeux rougis par le sel. Des images empreintes de vitalité et de fierté, qui bousculent les stéréotypes associés aux corps noirs dans le sport. «C’est tout naturellement que je me suis intéressée au surf, notamment à cause du rapport culturel des Sénégalais à la mer», explique l’artiste. Le titre de l’exposition renvoie à un poème qu’elle a écrit, évoquant ces corps noirs qui finissent par dompter la mer. «Dans un pays marqué par l’esclavage et par le départ de jeunes hommes qui prennent la mer pour un avenir meilleur, il était important pour moi de montrer qu’il existe une autre façon d’envisager l’océan. La mer n’est pas obligée de nous engloutir : elle peut devenir notre complice, quelque chose que l’on apprend à maîtriser.»
Transmettre une fierté
A travers cette exposition, Naëtt Mbaye cherche avant tout à transmettre un sentiment de fierté, mais aussi à valoriser la vulnérabilité. Elle rappelle que le sport est aussi une expérience profondément humaine. Son travail se situe à la frontière de plusieurs disciplines. Photographie et poésie dialoguent constamment, nourries par une conviction intime : ces deux formes d’art sont indissociables. «Très souvent, mes photographies m’inspirent des poèmes, et mes poèmes m’inspirent des images. Pour moi, les arts visuels sont une autre forme de poésie, qu’elle s’exprime par les mots ou par l’image», confie-t-elle, émue. Rejetant le diktat du numérique, Naëtt Mbaye revendique son attachement à la photographie analogique, qu’elle juge plus risquée, plus mystérieuse et plus sensorielle. «Il faut savoir que l’analogique me passionne parce que le digital, c’est très bien aussi, je fais aussi de la photographie digitale, mais pour moi la photographie digitale ne laisse pas beaucoup de place à l’imprévu, elle ne laisse pas beaucoup de place à l’erreur et au mystère.
Quand on fait une photographie digitale, on peut recommencer autant de fois qu’on veut, on peut reprendre la photo jusqu’à ce qu’on soit content du résultat. Avec la photographie analogique, il y a une prise de risque, il y a à faire confiance à son œil, à la lumière, à son environnement. Même si on peut faire des réglages, on n’est jamais sûr en fait de ce qui va ressortir sur la pellicule et il y a toujours ce temps-là que moi j’appelle la douce torture où on sait qu’on a quelque chose de bien mais on doit attendre que la photo soit développée pour voir finalement le résultat», mentionne t-elle.

