Campagne de commercialisation de l’arachide : l’Etat pensait avoir fait des efforts

Le mauvais démarrage de la campagne de commercialisation de l’arachide a contraint les deux têtes de l’Exécutif à prendre des décisions fortes, qui montrent une fois de plus, la dépendance de notre pays aux financements extérieurs, en plus des errements de la politique agricole de l’Etat, deux saisons agricoles d’affilée.

Le gouvernement veut réagir à la situation désastreuse de la campagne agricole de cette année, en essayant enfin de colmater au plus vite les brèches. Le Premier ministre a indiqué au Conseil des ministres la manière dont il voulait résoudre le problème de mévente de l’arachide. Quitte pour cela, à revenir sur les déclarations préalables de l’Etat concernant l’écoulement de la production nationale. En décrétant que le prix au producteur de l’arachide était de 305 francs, prix maintenu à celui de la dernière campagne, l’Etat pensait avoir fait des efforts. Or, ce tarif était en-deçà des attentes des producteurs, alors que les industriels sénégalais, en tête desquels la Sonacos, la seule véritable industrie en état de marche, souhaitaient un prix qui ne devait pas excéder 250 francs Cfa le kilo. Cela avait poussé les paysans à brader leur production à vil prix, dans les marchés hebdomadaires, où le tarif le plus élevé était de 280 francs Cfa.

Pendant longtemps, au début de la campagne, les différents services de l’Etat avaient claironné que la commercialisation de l’arachide se déroulait comme il fallait. Il a fallu que du monde rural proviennent des complaintes des agriculteurs contraints de brader leur arachide pour survivre, alors que les points de collecte fixés par l’Etat restaient vides, faute d’acheteur. La situation était devenue difficile à camoufler, même si le chef de l’Etat, lors de son adresse à la Nation, le 31 décembre dernier, a voulu cautériser une jambe de bois en promettant de «poursuivre la relance de la Sonacos» en y in­jectant 25 milliards dans l’effort.

Le Premier ministre, à la suite d’une tournée dans le Saloum, a pu sortir une solution magique de son chapeau : «Le Premier ministre a souligné les mesures arrêtées par le gouvernement dans ce cadre. Ainsi, pour la Sonacos, il a retenu de faire passer l’objectif de 250 000 tonnes à 450 000. S’agissant du financement, le Ministre des finances et du budget (Mfb) a pu mobiliser 50 milliards dont 22 auprès de La Banque Agricole (Lba) et 28 auprès de la Banque nationale de développement économique (Bnde), suivant une intervention par adjudication sur le marché monétaire.»

Une décision déterminante mais qui donne le sentiment d’une situation surréaliste. L’année dernière, la Sonacos n’avait pas été en mesure d’acheter 50 mille tonnes d’arachide, moins encore de triturer 30 mille tonnes. Et voilà que la même entreprise, sans doute à la suite de fortes prières de saints hommes enterrés dans l’ensemble du territoire, et par l’intervention du Saint-Esprit, va non seulement acheter 450 mille tonnes, au lieu des 250 mille qui lui avaient été assignés au préalable. Soit. Mais que va en faire l’huilier national ? Le ministre Mabouba Diagne a comme à son habitude, une solution tout trouvée : il suffira d’impliquer les huileries traditionnelles locales déjà expertes en la matière, et bien appréciées par les consommateurs sénégalais, pour éponger le trop-plein. Mabouba Diagne ne dit pas dans quelles conditions vont travailler ces artisans, et comment pourrait se faire le contrôle sanitaire de leur production.

Quant au financement de la campagne, le fait que le communiqué du Conseil des ministres cite uniquement les deux banques nationales, Lba et Bnde, comme instruments de financement de la campagne, il indique que le pays peine toujours à retrouver la confiance des partenaires. Ces banques nationales sont les plus petites de notre système bancaire. D’habitude, la campagne agricole associait la Lba aux côtés de «gros calibres» du marché, telles la Cbao et la Générale. Où sont-elles passées ? Elles nous laissent une fois de plus, comme pour les salaires des fonctionnaires ou le financement des projets à court et moyen termes, à la merci du marché financier sous-régional. Or, comme on l’a relevé ici il n’y a pas longtemps, ce marché financier de son côté, ne nous fait plus de cadeau, nous faisant casquer au prix fort.

Par lequotidien.sn