37 ans de production musicale : Le Pbs s’accroche à la scène

Trente-sept ans après ses premiers beats bricolés à la Sicap, le duo fondateur de Positive Black Soul n’a rien perdu de son verbe. Didier Awadi et Duggy Tee ont dévoilé, ce mercredi à Dakar, les contours d’un concert-anniversaire prévu le 8 août au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, un rendez-vous pensé comme une lettre de remerciements adressée à toute une Nation.

Il y a des groupes qui vieillissent et des groupes qui mûrissent. Le Positive Black Soul appartient manifestement à la seconde catégorie. Awadi Duggy Tee ont convié la presse pour annoncer ce qui se présente comme l’un des événements culturels majeurs de la rentrée : un spectacle-hommage à leur propre trajectoire, doublé d’une déclaration d’amour au public qui les a portés pendant près de quatre décennies.

Fraîchement décorés officiers dans l’Ordre national du Lion, les deux artistes n’ont pas caché leur émotion, notamment après le visionnage d’une vidéo rétrospective retraçant leur épopée. Un instant de recueillement pour les compagnons disparus, avant de reprendre le fil du discours. «Ce qu’on va faire le 8 août, c’est dire merci au Peuple sénégalais et à la Nation sénégalaise pour nous avoir accompagnés pendant toutes ces années», a lancé Awadi, visiblement habité par la portée symbolique de cette distinction d’Etat.

Le rappeur a tenu à rappeler que le groupe, malgré les turbulences qui ont pu émailler son histoire, n’a jamais dévié de sa ligne fondatrice. Sa formule fait mouche : «Positive Black Soul ne nous appartient pas. C’est un concept, une manière de vivre, une façon d’être. La musique est notre moteur, mais notre mission va bien au-delà de la musique.» Une philosophie que les deux hommes disent devoir à l’esprit de famille qui a toujours soudé le collectif, la clé, selon eux, d’une longévité peu commune dans le paysage musical sénégalais.

Loin de jouer les vétérans revanchards face à la nouvelle génération, Awadi a préféré tendre la main. «Nous ne sommes pas dans un esprit de compétition avec eux. Nous voulons continuer à faire du Pbs, avec notre identité. Nous sommes fiers de cette génération qui bénéficie aujourd’hui d’outils que nous n’avions pas», a-t-il confié, invitant au passage les jeunes talents à privilégier la construction d’une carrière sur la durée plutôt que la course au buzz immédiat. Duggy Tee, égal à lui-même, a complété avec un conseil taillé pour durer : «Soyez vous-mêmes, soyez ambitieux et ouvrez-vous à la sous-région puis au monde. C’est en restant authentiques que vous pourrez vous distinguer.»

Sur le chapitre discographique, les deux pionniers ont sans surprise cité New York-Paris-Dakar comme le disque charnière de leur carrière, celui qui leur a ouvert les portes de la scène internationale via des collaborations avec plusieurs figures du hip-hop américain.

Interrogés sur la montée des discours xénophobes en ligne, Awadi et Duggy Tee n’ont pas esquivé. Fidèles à leur Adn panafricaniste, ils ont rappelé l’incohérence d’un tel repli identitaire : «on ne peut pas se dire panafricaniste et s’en prendre à quelqu’un simplement parce qu’il est né de l’autre côté d’une frontière. Si on touche à un étranger ici, nos compatriotes peuvent être victimes ailleurs. C’est une question de bon sens», a tranché Awadi.

Le 8 août, plusieurs pionniers du rap sénégalais et des figures majeures de la musique nationale seront conviés à cette grand-messe hip-hop. De quoi promettre, aux dires mêmes des organisateurs, une scénographie ambitieuse, à la hauteur de trente-sept années d’un engagement qui n’a jamais quitté le terrain du réel.