1849 : Le grand discours de Victor Hugo contre la misère par Pierre Ancery


« Il n'est pas juste d'être sourd à la misère surtout celle qui est à nos pieds. Pour la misère en générale les philanthropes demandent de donner de partager pour équilibrer les choses sinon les migrations seront forcées et personne ne pourra stopper le mouvement et la violence qui en résultera –le monde est responsable et chacun est responsable » p B Cissoko


Le 9 juillet 1849, Victor Hugo prononce à l'Assemblée un réquisitoire contre l'inaction du pouvoir en place face à l'extrême pauvreté. Son discours fera date.


9 juillet 1849. Victor Hugo, depuis peu député à l'Assemblée législative, s'apprête à prononcer un discours aussi lyrique qu'emporté. Profondément marqué par les événements de 1848 et bouleversé par la détermination des insurgés (alors que maire du 8e arrondissement de Paris, il a participé à la répression des mouvements ouvriers de juin), il entend dénoncer le fléau qui est, selon lui, à l'origine de toutes les révoltes populaires : la misère.

Ce jour-là, on débat à l'Assemblée sur les lois relatives à la prévoyance et à l'assistance publique. Hugo est le premier à prendre la parole. Il commence par faire référence à la manifestation parisienne du 13 juin 1849, organisée par l'extrême gauche autour de Ledru-Rollin et réprimée par l'armée, qui s'est soldée par la mort de huit manifestants :

« Aujourd'hui, le calme s'est fait, le terrorisme s'est évanoui. La victoire est complète ! il faut en profiter. Mais savez-vous comment il faut en profiter ? [...] Il faut profiter de la disparition de l'esprit révolutionnaire pour faire reparaître l'esprit de progrès ; il faut profiter du calme pour engendrer la paix, non pas la paix des rues, mais la paix des cœurs et des esprits. »

Hugo, partisan de l'ordre et de la propriété, ne peut souscrire aux thèses socialistes et révolutionnaires, mais il leur reconnaît le souci sincère de la détresse sociale, dont il fait le cœur de son discours :

« Je ne suis pas de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui croient qu'on peut détruire la misère. La misère est une maladie de la société, comme la lèpre est une maladie de l'homme. Elle peut disparaître comme la lèpre, oui. »

Il cite ensuite plusieurs exemples :

« Il y a dans Paris, dans ces faubourgs que le vent de l'émeute a soulevés, il y a telle maison où des familles entières, hommes, femmes, enfants, vivent pêle-mêle n'ayant pour lit, – c'est à Paris, Messieurs – n'ayant pour lit, pour couverture, j'ai presque dit pour vêtements, que des chiffons en fermentation, infects, ramassés au coin des bornes.

Ces jours-ci, un malheureux homme, un homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un homme de lettres est mort de faim, à la lettre, et il a été constaté, après sa mort, qu'il n'avait pas mangé depuis six jours.

Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? (Une voix : – Non. Plusieurs voix : – Parlez !) Au moment où le choléra sévissait le plus violemment à Paris, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes des charniers pestiférés de Montfaucon ! »

Montfaucon était alors un quartier misérable de Paris (à l'emplacement actuel des Buttes-Chaumont), qui servait de décharge à ciel ouvert.

« Eh bien, ces faits ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que ces faits ne soient pas ; je dis que ces faits, quand ils existent dans un pays civilisé, engagent la société tout entière ; que je m'en regarde comme solidaire et complice ; que de tels faits ne sont pas seulement des crimes envers l'homme, que ce sont encore des crimes envers Dieu. »

Enfin, le futur auteur des Misérables se montre accusateur envers ceux qui espèrent maintenir la paix sociale uniquement par les armes.

« Vous venez, avec le concours de la garde nationale et de l'armée, avec le concours de toutes les forces vives du pays, de raffermir l'État ébranlé. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, la paix publique, la civilisation. Vous avez fait une chose immense. Eh bien, vous n'avez rien fait, non.

Messieurs, vous n'avez rien fait, tant que l'ordre matériel raffermi n'a pas pour base l'ordre moral consolidé : vous n'avez rien fait tant que le peuple souffre, tant qu'il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère, tant que ceux qui pourraient travailler, et demandent à travailler, ne trouvent pas de travail, tant que ceux qui sont vieux et ne peuvent plus travailler sont sans asile ; vous n'avez rien fait tant que l'usure dévore nos campagnes. Tant qu'on meurt de faim dans les villes ; vous n'avez rien fait tant qu'il n'y a pas de lois évangéliques qui viennent en aide aux familles honnêtes, aux bons paysans, aux gens de cœur ; vous n'avez rien fait tant que l'homme méchant, dans l'œuvre souterraine qui se poursuit encore, a pour collaborateur fatal l'homme malheureux. »

Avant de conclure :

« Ce n'est donc pas à votre générosité que je m'adresse : je m'adresse surtout à votre sagesse. C'est l'anarchie qui ouvre les abîmes, c'est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l'anarchie, faites-en contre la misère ! »

http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/victor-hugo-9-juillet-1849


Le discours de Victor Hugo appuie la proposition d'Armand de Melun visant à constituer un comité destiné à « préparer les lois relatives à la prévoyance et à l'assistance publique ».
Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère.
Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n'est pas fait, le devoir n'est pas rempli.


La misère, messieurs, j'aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu'où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu'où elle peut aller, jusqu'où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?


Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver.


Voilà un fait. En voulez-vous d'autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l'on a constaté, après sa mort, qu'il n'avait pas mangé depuis six jours.
Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ?

Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !


Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l'homme, que ce sont des crimes envers Dieu !
Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé !

(Les plus précaires dont certains immigrés logent dans ces appartements) P B C

Ile-de-France: Plus de 150.000 logements privés indignes et de nouvelles formes d'habitat dégradé apparaissent

« La Fondation Abbé Pierre publie cette année son 20e rapport sur « L'État du mal-logement en France ». 20 ans après, elle ne s'imaginait pas devoir dresser un aussi dur constat de la situation actuelle.
Le 20e rapport sur l'État du mal-logement en France est l'occasion de s'interroger sur les blocages structurels, sociaux ou idéologiques, qui produisent aujourd'hui une situation toujours aussi pénible pour plusieurs millions de nos concitoyens, dont plus de 3,5 millions sont mal logés ou même en errance... » https://batinfo.com/actualite/plus-de-35-millions-de-mal-loges-en-france_1910

INFO «20 MINUTES» L'Institut d'aménagement et d'urbanisme publie ce lundi une étude intitulée «L'Habitat indigne et dégradé en Ile-de-France». Paris et la Seine-Saint-Denis sont les départements les plus touchés mais les six autres ne sont pas épargnés...
Floréal Hernandez

De l'habitat indigne à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). (Archives) — A. GELEBART / 20 MINUTES


Difficile de repérer l'habitat indigne et insalubre en Ile-de-France. Si les fissures sur certaines façades alertent, beaucoup de logements privés dégradés passent inaperçus. Selon une étude de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU) et de la direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (Drihl) – L'Habitat indigne et dégradé en Ile-de-France. Etat des lieux des enjeux et des politiques –, il y aurait 157.300 logements privés potentiellement indignes en Ile-de-France. Soit 4 % du parc privé de la région.
Ce document auquel a eu accès 20 Minutes révèle que cet habitat prend de nouvelles formes, touche aussi bien les locataires que les propriétaires et que tous les territoires – riche, rural, pavillonnaire... – sont concernés.
Les nouvelles formes de l'habitat indigne
L'habitat indigne couvre un large champ de logements : ceux insalubres, les immeubles en ruine, l'habitat précaire... Et « de nouvelles formes sont apparues, souligne Anne-Claire Davy, auteure de l'étude et spécialiste habitat et modes de vie à l'IAU. La division pavillonnaire en petits logements, des locaux impropres à l'habitation par destination comme les garages, des locaux de stockage, une cabane de jardin, etc. »
La sociologue urbaniste cite ainsi un pavillon de 160 m2 à Orsay (Essonne) divisé en 6 à 7 logements dont même la chaufferie était louée. « Il y avait une grille tarifaire en fonction de la surface, de la présence ou non d'une fenêtre. » Cette division touche aussi des appartements dans des immeubles.
La location d'habitat indigne et dégradé est un marché « fructueux » pour les marchands de sommeil. « Des bailleurs peu scrupuleux rencontrent une importante demande de ménages qui cherchent à se loger coûte que coûte. Ce marché est même parfois "juteux" », note l'étude. « Le m2 est payé relativement cher par rapport à la piètre qualité du logement », poursuit Anne-Claire Davy. Et ce pas uniquement à Paris ou proche banlieue. A Stains et Peirrefitte, deux communes de Seine-Saint-Denis limitrophes du Val-d'Oise, « des cas de locations chères de petites surfaces issues de division pavillonnaire "sauvage" ont ainsi été constatés ». Le prix? Respectivement 600 euros par mois pour 16 m2 et 650 euros par mois pour 15 m2.
Pas le même habitat indigne partout en Ile-de-France
« Il y a une diffusion géographique de l'habitat indigne. En 2011, la grande couronne était moins concernée », explique Anne-Claire Davy. La part du parc privé potentiellement indigne (PPPI) atteint 6,5 % et 7,5 % du parc privé à Paris et en Seine-Saint-Denis (chiffres de 2013). Pour les autres départements franciliens, le taux varie entre 1 et 4,2 %.
A Paris, ce sont ainsi plus de 61.000 logements privés qui sont potentiellement indignes, soit 40 % du PPPI régional. La majorité de ces logements sont dans les 11e, 18e et 19e. Mais « le nombre a diminué de 10 % entre 2009 et 2013. Après une décennie de traitement massif des immeubles et des logements, l'insalubrité est aujourd'hui plus diffuse et moins visible à Paris », remarque l'étude.
En Seine-Saint-Denis, les communes d'Aubervilliers, de Saint-Denis ou de Saint-Ouen ont un PPPI de 20 % voire plus. L'habitat indigne touche un parc privé ancien mais aussi des copropriétés des années 1960-1970. Des locaux – commerces, entrepôt, atelier d'activité, etc. – sont utilisés comme logements « souvent sans travaux de transformation ». A Aubervilliers, un petit immeuble qui n'avait qu'un «bail commercial» a brûlé fin août, faisant sept blessés dont cinq graves. Le risque de saturnisme « reste très élevé » dans le département.
Dans le Val-d'Oise, on trouve de l'habitat indigne dans « l'habitat rural ancien [...] occupé par des propriétaires modestes et âgés », « des mobile-homes et caravanes occupées à l'année, cabanes bricolées... » Dans les communes comme Sarcelles, Argenteuil, Villiers-le-Bel ou Pontoise, l'habitat indigne « prend des formes proches de celles qu'on constate en petite couronne ».
L'habitat indigne se concentre sur Vincennes, Villeneuve-Saint-Georges et Ivry-sur-Seine – 44 % du PPPI – dans le Val-de-Marne. Sa composition ? « Essentiellement de petits immeubles de rapport du XIXe siècle et de l'héritage d'un tissu ancien de bourgs ruraux. » La division parcellaire est « avérée à Villeneuve-Saint-Georges, Fontenay-sous-Bois ou Choisy-le-Roi ».
Les communes proches de Paris – Clichy, Gennevilliers et Colombes – sont les plus touchées par l''habitat indigne dans les Hauts-de-Seine. L'Agence régionale de santé a observé « la généralisation des logements loués avec une part en "souplex", qui reste insalubres malgré des travaux parfois importants ».
En Seine-et-Marne (2,3 % du PPPI), les formes d'habitat indigne rencontrées sont variées : « anciens locaux communs de fermes ou châteaux occupés comme habitations mais ne répondant pas aux normes de confort d'un logement, places de campings et cabanes occupées à l'année ».
Ce sont les communes des Yvelines (1,3 % du PPPI), « aux franges de la petite couronne qui comptent le plus de logements en PPPI ». L'étude dévoile d'autres formes d'habitat indigne dans les tissus urbains : « annexes de résidence de standing, combles, caves, locaux annexes, buanderies, [...] poulaillers, abris de jardins, etc. »
Dans l'Essonne (1 % du PPPI), « près de 50 % des logements classés en PPPI sont des maisons individuelles ». Certaines grandes copropriétés récentes sont également en grandes difficultés (Grigny 2, Pyramides à Evry). « Le département est également confronté au développement des logements locatifs suroccupés du fait du bailleur ou découpés, que ce soit dans le tissu pavillonnaire ou collectif, les espaces urbains denses ou le tissu rural plus éloigné », pointe l'étude l'IAU et de la Drihl.
Quels outils pour repérer l'habitat indigne ?
« Repérer, c'est vouloir agir », lance Anne-Claire Davy. La sociologue reconnaît qu'un certain nombre de communes – souvent les plus petites – n'ont pas l'ingénierie pour débusquer l'habitat indigne sur leur territoire, notamment unservice communal d'hygiène et de santé (SCHS). La sociologue urbaniste incite à « croiser intelligemment certains fichiers » et elle énumère : les compteurs EDF, les demandes de logements sociaux, les demandes d'abattement de la taxe d'habitation, l'accélération des ventes sur une adresse, les adresses de distribution récurrente de produits de dératisation quand une ville met en place une distribution sur demande...
« Les élus peuvent être impressionnés par la complexité du parc privé, constate-t-elle. En théorie, une collectivité peut faire des travaux d'office financés par l'Anah [Agence nationale de l'habitat] et remboursés ensuite par le propriétaire. » La région Ile-de-France agit en faveur du parc privé notamment « au redressement des copropriétés en difficulté ». En octobre, l'Etat a annoncé, en octobre, un plan de 2,5 milliards d'euros sur 10 ans pour aider les 684 copropriétés dégradées.

#Balancetontaudis: Quand les Marseillais dénoncent les logements insalubres
INDIGNATION L'initiative a été lancée par le quotidien régional, La Marseillaise...
Manon Aublanc

Après #Balancetonporc, #Balancetontaudis. Cinq jours après l'effondrement deux immeubles à Marseille, qui a provoqué la mort de sept personnes, le désarroi fait place à la colère chez les habitants de la cité phocéenne. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont décidé de partager des photos de logements pour dénoncer l'insalubrité.
Indignés, certains habitants ont choisi de publier des photos, accompagnés de la mention #Balancetontaudis. Et le résultat est inquiétant : des bâtiments fissurés, des trous dans les murs, des morceaux de plafonds qui se décrochent ou des dégâts des eaux, etc.

 

Dans cette lettre, vendue aux enchères mardi, le célèbre physicien explique que, pour lui, le mot Dieu "n'est que "le produit des faiblesses humaines".


Une lettre manuscrite d'Albert Einstein dans laquelle le physicien met en doute l'existence de Dieu a été vendue mardi à New York 2,89 millions de dollars (2,55 millions d'euros) lors d'enchères organisées par Christie's.


Un record pour une lettre d'Einstein. Il s'agit d'un record pour une lettre du Prix Nobel de physique de 1921. Le prix est sensiblement supérieur à la fourchette d'estimation, située entre 1 et 1,5 million de dollars. La dernière vente de cette lettre remontait à 2008, lorsqu'elle avait été adjugée à un collectionneur privé pour 404.000 dollars, a précisé Christie's.


En mars 2002, une lettre adressée en 1939 à Franklin D. Roosevelt, alors président des États-Unis, l'avertissant des projets atomiques allemands, avait été acquise pour 2,1 millions de dollars.
La Bible, des "légendes assez primitives".

Dans la lettre vendue mardi, datée de 1954 et écrite en allemand à l'adresse du philosophe Eric Gutkind, Einstein, plus grand physicien du 20ème siècle, réfute toute croyance religieuse, lui le juif qui avait fui l'Allemagne après l'avènement d'Hitler. "Le mot Dieu n'est pour moi rien d'autre que l'expression et le produit des faiblesses humaines, et la Bible un recueil de légendes vénérables mais malgré tout assez primitives", écrit le chercheur depuis l'université de Princeton, dans le New Jersey, un an avant sa mort en avril 1955. "Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle, n'y changera rien (pour moi)", ajoute-t-il dans cette missive d'une page et demie au philosophe allemand.


Les juifs, "pas meilleurs que les autres groupes".

Dans sa lettre, l'auteur de la théorie de la relativité, mort à 76 ans, n'épargne pas le judaïsme. "Pour moi la religion juive est, comme toutes les autres religions, l'incarnation d'une superstition primitive", écrit-il.

"Et le peuple juif auquel j'appartiens fièrement, et à la mentalité duquel je me sens profondément ancré, n'a pas pour autant une forme de dignité différente des autres peuples". "Au vu de mon expérience, ils ne sont pas meilleurs que les autres groupes humains, même s'ils sont protégés des pires excès par leur manque de pouvoir. Sinon je ne perçois rien d''élu' chez eux."

 

Dakar : Une usine ( poop Water) qui transforme des « cacas » en « eau potable » pour les populations par Cherif Sadio superstars sn

Dans la plupart des pays occidentaux soucieux du développement et de la santé de leurs citoyens, quand un journaliste découvre une affaire louche, les juges et les procureurs s'en saisissent pour mettre la lumière dessus. Par contre dans le Tiers-Monde (comme au Sénégal, en Guinée Bissau, en Guinée Conakry etc.), quand le journaliste découvre la même chose, la justice se saisit du journaliste ou les agents des faits divers dépourvus d'honnêteté s'en saisissent pour le faire taire au profit des oligarques, des affairistes et poli-tricheurs.

Il y a une affaire d'usine de transformation d'eaux usées (ou eaux des caniveaux) en eaux potables qui défraie la chronique avec le journaliste Baba Aidara qui en parle depuis plusieurs années sans qu'on y prête attention. La machine de Bill Gates dénommée Poop Water installée au Technopole (Pikine) transformerait des cacas (déchets du WC) en « eau potable ».


Il faut retenir que la Fondation Bill Gates est la plus puissante des fondations au monde. Avec un budget de 5 milliards de dollars US (estimation de 2015), cette structure que Bill co-préside avec sa femme Mélinda pèse plus lourde que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui « veille sur la santé de la population mondiale ». Ceci dit que le mec peut contrôler l'humanité toute entière avec sa dite-fondation.
Il y a quelques années, Gates a pris l'initiative de se lancer dans la lutte contre certaines maladies et contre certains fléaux (en étant aussi actifs dans l'industrie pharmaceutique) qui touchent très souvent les pays pauvres, notamment le paludisme, le choléra, les problèmes liés au manque d'eau ou l'accès à l'eau potable etc.


Alors, à Dakar est présente cette organisation (Bill Gates Fundation) qui vient de monter une machine qui serait à l'origine d'un danger qui pourrait causer des dégâts sanitaires aux sénégalais dans les années à venir, puis qu'ils n'en savent rien déjà. Or, la publicité a été claire. Il est montré dans la vidéo publiée sur le site de la Fondation Bill Gates que cette machine produit de l'eau potable (voir vidéo). Si les faits sont avérés, les populations de Dakar devaient arrêter d'utiliser l'eau du robinet pour en faire la cuisine, puis qu'on voit déjà une jeune fille qui vend cette eau à Dakar (voir la vidéo de la publicité).
Pour rejoindre le journaliste d'investigation, Baba Aidara, la machine est installée au Sénégal sans que les populations ne soient au courant. Bon sang ! Comment peut-on boire une eau qui vient des WC ?
Même si la science a spectaculairement progressé, je trouve incohérent que les gens utilisent les eaux des WC quel que soit la transformation ou les ingrédient mélangés sans qu'ils ne sachent les risques qu'ils en courent.


Que ce soit à Paris, à Washington, à New York, à Rio de Janeiro, on te fait comprendre qu'il faut boire l'eau des bouteilles pour ne pas te créer des problèmes de santé. Donc, chez nous, toutes les ordures sont consommables sans danger.


Les prétendument aides versées en Afrique doivent être diagnostiquer et revues avant qu'elles ne débarquent. Quelque soit notre pauvreté, on doit pouvoir ouvrir nos yeux pour voir les choses de loin.
Cette machine que Baba Aidara dénonce depuis, mérite une profonde réflexion. Ce pays, je ne sais pas s'il est maudit où il est juste en phase de turbulence mais il y a un vrai problème.
© Chérif Sadio


https://superstars.sn/2018/09/05/dakar-une-usine-qui-transforme-des-cacas-en-eau-potable-pour-les-populations/

 

Le nouvel âge de la désobéissance civile par Sandra Laugier - science humaines

Refuser d'obéir à la loi pour montrer à tous son iniquité : tel est le principe de la désobéissance civile, théorisée par David Thoreau (1817-1861). Elle irrigue les nouveaux courants contestataires, des Anonymous aux zadistes.


La désobéissance civile reprend de la vigueur depuis une dizaine d'années. Parmi les exemples récents : l'aide apportée par les membres du réseau Éducation sans frontières aux enfants des sans-papiers menacés d'expulsion, l'occupation du terrain du projet d'aéroport Notre-Dame-des-Landes, ou encore les raids informatiques opérés par les « hacktivistes » d'Anonymous. La désobéissance pourrait pourtant être tenue pour une forme d'action politique désuète et inadéquate. C'est que, en démocratie, les libertés de vote, d'expression, de manifestation, de grève, de conscience sont apparemment garanties ; des mécanismes de dialogue semblent institués, dans le travail parlementaire ou les négociations collectives ; la défense des droits fondamentaux est une réalité juridique que l'on peut faire jouer.
Refuser la loi commune


Pour comprendre son succès, il faut définir ce qu'est la désobéissance : le refus volontaire et ostensible d'appliquer un texte réglementaire. Il ne faut donc pas imaginer que désobéir est un acte qui recouvre toutes les résistances et toutes les révoltes.

Plus précisément, il s'agit de refuser, de façon non violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire au motif qu'elle viole un principe supérieur, et ce, afin de se faire sanctionner pour que la légitimité de cette obligation soit appréciée à l'occasion d'un appel en justice. La désobéissance civile se fonde sur un principe moral, la confiance en soi, qui encourage l'individu à refuser la loi commune et acceptée, en se fondant sur sa propre conviction. Le but de l'action de désobéissance est de se faire sanctionner et de faire apparaître l'iniquité de la loi. Comme celles et ceux qui en 1965 à Selma, autour de Martin Luther King, décidèrent de braver l'interdiction de manifester pour la mise en œuvre du droit de vote et furent violemment tabassés par la police – sous les yeux de journalistes qui, en diffusant ces images de brutalité, ont créé l'indignation nécessaire au changement.


Le penseur américain Henry David Thoreau, grand inspirateur de tous les désobéisseurs, s'installe au bord du lac de Walden un 4 juillet, anniversaire de la déclaration d'indépendance américaine – et décide qu'il vivra « seul, au milieu des bois », dans la cabane qu'il bâtit de ses propres mains.


L'esprit de Walden (1854), c'est donc aussi celui de l'installation, de l'indépendance, de la réappropriation du sol et de l'espace. C'est tout l'esprit du zadisme. Une zad est officiellement une zone d'aménagement différé, que les activistes ont rebaptisé : zone à défendre. Les désobéissants de la zad Notre-Dame-des-Landes se mettent en rupture avec la loi, et attirent la brutalité des forces de l'ordre parce qu'ils défendent une terre, leur maison, et non eux-mêmes. La désobéissance, comme chez Thoreau, prend la forme de l'occupation, de la réappropriation d'une terre à soi.
C'est aussi tout l'esprit des « mouvements » des années 2010. Rassemblements et occupations de places, mobilisations globales, insurrections civiles, activisme informatique, ces mouvements expriment un sentiment d'injustice, mais aussi la volonté des citoyens de s'organiser pour exercer directement leur contrôle sur ce que font les dirigeants. La désobéissance prend ici une nouvelle dimension et vient rappeler aux professionnels de la politique, mais aussi de l'analyse politique, que jamais les gouvernés n'abandonnent l'idée d'exiger le droit et la liberté de s'occuper de la manière dont les questions qui relèvent du bien commun, et de leur situation particulière, sont prises en charge. Cette extension du domaine de la désobéissance se traduit par la revendication de « démocratie réelle » .


Pourquoi désobéir en démocratie ?


Justement : on ne désobéit qu'en démocratie – lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes et détruit ce pour quoi il a eu notre consentement, notre voix.


Pour ses promoteurs, le paradigme de la désobéissance permet de renouveler la démocratie en rendant public et visible le sentiment d'iniquité, d'inexpressivité, de dépossession. En donnant à voir, ces contestations donnent aussi à discuter, à débattre des problèmes mis de côté. Ces mouvements renvoient à l'exigence de démocratisation de la démocratie. Beaucoup de citoyens, lassés des rituels électoraux, demandent plus de transparence et une participation réelle aux choix collectifs. Ils soupçonnent une confiscation du pouvoir par quelques-uns.


Le lien entre ces formes nouvelles d'action politique se trouve donc dans l'expression d'une revendication de démocratie, un rapport plus exigeant des citoyens au politique. L'une des tâches de la pensée politique est de comprendre ce qui change dans la manière de concevoir le politique lorsque des formes de vie et d'action collective prennent la démocratie pour principe en vue de non pas abstraitement de « changer de société » mais de transformer les pratiques de la politique et, avec elles, la société.


La lutte pour l'extension des droits et de l'autonomie des citoyens suscite, de façon quasi mécanique, une réaction violente des milieux conservateurs, qui a trouvé un écho chez certains intellectuels médiatiques. Elle conduit inévitablement à poser de nouveau la question de définition de la désobéissance, face à ceux qui s'opposent à l'extension des droits. Le collectif Anonymous porte jusqu'au bout la logique de la défense des libertés et de la circulation de l'information tout en actant le fait que l'espace public gouverné par les États ne donne pas la possibilité de la libre expression. Désobéir, en ce sens, c'est aussi échapper à la surveillance. D'où le caractère caché et anonyme de ses actions, en rupture avec la tradition démocratique et le caractère ostentatoirement non violent des actions classiques de désobéissance. Anonymous justifie ses nouvelles formes d'actions – divulgations d'informations « classifiées » ou personnelles, attaques de sites officiels – par la violence de l'État. Selon le collectif, la lutte est inégale dans l'espace public, si bien que la désobéissance civile doit désormais emprunter des méthodes plus radicales.


Cette troisième extension, hors du domaine public, est-elle moralement défendable ? Qu'on l'approuve ou non, elle invite à questionner notre morale avec notre politique, et à nous rappeler que les délinquants d'un jour sont parfois les héros du lendemain : Martin Luther King et ses amis étaient aussi considérés comme des voyous.


Sandra Laugier Professeure de philosophie à l'université Paris-I et membre de l'Institut universitaire de France. Elle est notamment l'auteure, avec Albert Ogien, de Pourquoi désobéir en démocratie ?, La Découverte, 2010, et de Le Principe démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique, La Découverte, 2014.
https://www.scienceshumaines.com/le-nouvel-age-de-la-desobeissance-civile_fr_36178.html

 

Qui est responsable de la pauvreté ? François-Michel MAUGIS – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe

Qui est responsable de la pauvreté ?

Probablement personne et tout le monde, tant est multiple la nature humaine. Il y a chez tous les êtres vivant des disparités qui n'expliquent pas la pauvreté mais la prodigieuse diversité des êtres. Et c'est une bonne chose. Rappelez-vous cette maxime : « L'ennui naquit un jour de l'uniformité ». Non, ce qui sort du cadre de la normalité n'est pas la pauvreté d'un petit nombre mais l'excès de pauvreté au sein d'une population. Et là, je dois dire que la société humaine bat des records. Alors, oui, qui est responsable de ces excès ?


Il s'agit d'un système de pensée qui a fini par submerger l'équité et la fraternité que l'on rencontre dans toutes les espèces vivantes. À l'époque du chasseur/cueilleur et au début de l'agriculture, le fondement même de toute vie reposait sur les capacités naturelles de la terre à produire : relative insouciance dans les régions chaudes du Monde où la terre produit toute l'année, un comportement un peu différent dans les régions du monde touchées par le froid hiver improductif, obligeant les hommes à prévoir, à faire des réserves. Pendant un temps, s'est maintenu dans ces régions du Monde, un certain esprit d'entre-aide que l'on retrouve encore dans de rares endroits.

Mais très vite, cette convivialité naturelle a dérivé. La notion de réserve, d'épargne s'est vite transformée en notion de pouvoir. Et quoi de plus tentant qu'abuser de son pouvoir ? Aidés en cela par la prodigieuse montée en puissance des monnaies, les possesseurs de réserves se sont peu à peu détachés des fondamentaux naturels de départ et ont pris leurs réserves pour des terres fertiles productrices d'intérêts. Ce fut donc la fin des grands équilibres naturels. Des millions d'humains se sont précipités sur ce nouvel eldorado, Nous en payons aujourd'hui chèrement le prix. La très gourmande et insatiable mécanique financière, fait feu de tout bois. Rien ne lui résiste, pas même les états.

La logique financière du profit se nourri de tout et justifie, encore aujourd'hui, la destruction de cette terre nourricière des origines. L'équilibre est rompu et le déséquilibre financier du Monde s'amplifie au détriment de notre capital terrestre et, même de notre capital humain.

François-Michel MAUGIS – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe.
http://www.assee.fr

C’est sous une forte escorte policière que l’opposition réunie sur la bannière du Front démocratique et social de résistance nationale a marché hier, jeudi 29 novembre 2018, de la place de l’Obélisque au rond-point de la RTS. Les principales doléances de l’opposition sont relatives au contrôle du fichier électoral,  à la dénonciation du parrainage, à la requête de « Monsieur Elections » pour le scrutin présidentiel entre autres.

C’est avec une forte mobilisation constituée principalement de jeunes que l’opposition a battu le macadam à Dakar hier, jeudi 29 novembre 2018. La manifestation était assez hétéroclite avec les diverses effigies de leaders politiques représentés, marquée cependant par une forte présence des Karimistes. Du coup, le candidat en exil du Pds Karim Wade était l’absent le plus présent, sur le fait des nombreuses pancartes et des photographies empreintes de clichés et d’effigies où on pourrait lire par exemple « Karim président 2019 ». Les jeunes venus massivement avec une forte présence des femmes sont ont tenu à manifester pour la libération de leur candidat et le « respect des droits de Karim Wade » d’une part. Tout en exigeant d’autre part la « libération du député Khalifa Sall ». De la place de l’Obélisque au rond-point de la RTS, les membres de l’opposition ont ainsi bravé le régime du président Macky Sall accusé de tous les maux du Sénégal. Dans leurs différentes interventions, les leaders de l’opposition présents à la marche sont tous revenus sur l’importance de permettre à l’opposition « d’auditer et d’accéder au fichier électoral ». Qui plus est, le régime de Macky Sall a été invité par ses opposants à arrêter ce qu’ils appellent le « bradage des ressources naturelles par des contrats nébuleux». A la fin de la marche, l’opposition s’est donné rendez-vous pour une autre manifestation, le jeudi 6 décembre, mais cette fois devant le ministère de l’Intérieur. 

REACTIONS...

OUMAR SARR, SGN ADJOINT DU PDS : «Nous menons un combat pour une élection transparente où on n’élimine pas des candidats»

La prochaine étape sera la manifestation devant le ministère de l’Intérieur. Suivant la réaction du gouvernement, nous allons nous organiser autrement. S’ils n’acceptent pas ces manifestations qui sont des manifestations légales permises par la Constitution, il y aura probablement des débordements, il y aura toutes sortes de combat y compris des combats de rue. Nous ne voulons pas cela, c’est pourquoi nous faisons des manifestations calmes dans la paix. Nous espérons que le gouvernement va nous entendre et va autoriser les autres manifestations. Nous voulons simplement que le peuple sénégalais nous entende, que Macky Sall nous écoute, que la communauté internationale sache que nous menons un combat légal et légaliste, un combat pour une élection transparente où on n’élimine pas des candidats par des coups de loi. Nous voulons vraiment une élection dans laquelle tout le monde sera gagnant.

DETHIE FALL, DEPUTE ET VICE-PRÉSIDENT DE REWMI : «Hors de question de suivre Macky Sall dans un processus électoral piégé de bout en bout»

Nous allons vigoureusement nous opposer aux pratiques antidémocratiques du président Macky Sall. Comment candidat à la candidature comme les autres, il peut se permette d’être le seul à disposer du bon fichier électoral, de pouvoir en soustraire et en ajouter qui il veut ? Pourquoi insiste-t-il à vouloir faire organiser les élections par un de ses militants ? C’est inacceptable. Macky n’écoute plus, il est obnubilé par un deuxième mandat. Nous lui opposerons la résistance nécessaire. Il n’a qu’à libérer les otages politiques Khalifa Ababacar Sall, Karim Wade et prendre toutes les dispositions pour leur participation à l’élection présidentielle. Il a choisi d’installer le pays dans une instabilité et nous le tiendrons responsable de tout ce qui se passera au Sénégal d’ici la présidentielle. Il est hors de question de le suivre, sans rien faire, dans un processus électoral piégé de bout en bout. Nous allons nous battre pour notre démocratie qu’il a opté d’affaiblir. Les Sénégalais ne veulent plus de lui, Il n’a qu’à préparer son départ.  

Sudonline

Les députés de l’opposition n’ont pas été tendres envers le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Ismaila Madior Fall, lors de son passage à l’hémicycle hier, jeudi 29 novembre. En effet, dans leurs prises de parole, ces parlementaires ont multiplié les attaques contre le ministre en question, respectivement sur les cas Khalifa Sall et Karim Wade, sur le fonctionnement de la justice et sur son engagement politique.

La parlementaire libérale Sokhna Dieng Mbacké a été la première à dénigrer la gestion des droits et libertés dans le pays. A son avis, dire que le Sénégal respecte les droits de l’homme ne correspond pas à la réalité. Elle en veut pour preuve le fait que les recommandations de l’Organisation de Nations Unies et celles de la Communauté économique et monétaire ouest-africaine (Cedeao) ne sont pas appliquées.  Pis, pour le député, les Sénégalais ont l’impression d’être dans une république où les droits ne sont pas respectés. Pour autant, elle s’est demandé comment le Sénégal pourra présider le conseil des droits de l’homme des Nations Unies en janvier prochain alors qu’il n’est pas respectueux de ses recommandations. Marie Sow Ndiaye du Parti démocratique sénégalais (Pds), quant à  elle,  évoque un reniement par le Garde des Sceaux de ses convictions antérieures. Aussi juge-t-elle que les enseignements d’Ismaïla Madior Fall en tant que professeur de droit à l’université Cheikh Anta Diop ne sont plus conformes à ses actes. Mary Sow Ndiaye arguera par ailleurs par que le Garde des Sceaux est responsable de l’impopularité du régime actuel.

Enfonçant le clou, le député Aboubacar Thiaw s’est voulu ironique pour indexer Ismaila Madior Fall. « Je connais un brillant professeur qui se prêtait aisément à ce jeu d’équilibre pour la justice, en tout cas du moins théoriquement. Mais une fois devenu ministre de la Justice, il peine à dire en matière de droit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité », a-t-il estimé. Aboubacar Thiaw dira en outre qu’il n’y a plus de justice au Sénégal et que tous les cas d’injustice servent à couvrir et à renforcer un régime totalement aux abois. Pour sa part, dénonçant un traitement sélectif dans les affaires de Khalifa Sall et de Karim Wade, la parlementaire Woré Sarr a jeté l’anathème sur une justice dite sélective. Selon elle, ces deux personnes condamnées n’ont pas fait pire qu’Alioune Sall qui a le contrôle de la Caisse de dépôt et des consignations, quoiqu’il ait été épinglé par l’Ofnac. Et de poursuivre : « La justice sélective se vérifie aussi par le traitement réservé à l’affaire du Prodac qui met en cause le ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang».

Abondant dans la même dynamique,  le député de la diaspora Mame Diarra Fam trouve en ce qui la concerne que le Garde des Sceaux n’a une autre mission que de « tripatouiller, de gommer, serrer et d’effacer les lois ».  « Pour un professeur de votre trempe, respecté, ce n’est pas normal qu’on vous fasse déchirer, tailler, gommer», a-t-elle dit. Quid de Mamadou Diop Decroix ? Le député de l’opposition et leader d’And-Jef s’est tout simplement demandé si Ismaila Madior Fall est resté un professeur de droit. « Vous ne gérez plus la justice. Vous gérez la politique de l’Apr. Vous êtes un politicien. J’avais énormément de respect pour vous, mais je suis déçu », a-t-il déclaré. Parlant de l’engagement politique du Garde des Sceaux, le parlementaire a jugé qu’il est dans un domaine qu’il ne maitrise pas, raison pour laquelle il fait de nombreuses erreurs. Concluant les diatribes contre Ismaila Mador Fall, Cheikh Bamba Dièye du Fsd/Bj a dénoncé pour sa part « des décisions de justice partielles avec des détournements qui sont restés impunis pour la simple raison que leurs auteurs sont proches du camp présidentiel ».

LE MINISTRE DE LA JUSTICE SUR SON ENGAGEMENT ET SUR LE PARRAINAGE : «Je suis fier…du parrainage. Le Sénégal va organiser une présidentielle et les candidats ne seront pas nombreux»

« Je tiens à rassurer que je suis toujours professeur. Je suis fier des milliers de Sénégalais pour lesquels j’ai contribué à la formation.  Je suis fier  de la trentaine de docteurs que j’ai formés au Sénégal et en Afrique.  Je suis fier du nombre d’agrégés en droit et en science politique que j’ai formés.  Et je suis fier aujourd’hui d’être le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et d’être à côté d’un président réformateur de notre génération…Je n’ai rien gagné avec la fonction de ministre du point de vue matériel. Tout ce que j’ai comme ministre, je l’avais avant dee l’être... Je  ne suis pas venu pour des conditions matérielles. Je suis venu parce que j’ai l’honneur d’avoir été appelé par un président jeune et réformateur. Depuis que je suis avec le président, je suis fier de tout ce que nous avons accompli ensemble. Je suis fier d’avoir participé au parrainage. Le Sénégal va en 2019 organiser une présidentielle et les candidats ne seront pas nombreux parce que ceux qui ne représentent absolument rien ne pourront pas être candidats ». 

Ismaïla Madior Fall recadre le débat

Attaqué de toutes parts par les députés de l’opposition lors de son passage devant l’Assemblée nationale hier, jeudi 29 novembre 2018, Ismaila Madior  Fall n’a pas mis de gants pour porter la réplique. De son engagement politique aux accusations de non-indépendance de la justice en passant par les cas Khalifa Sall et Karim Wade, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, s’est voulu explicite envers ses détracteurs.

Ismaila Madior Fall est formel.

Répliquant hier, jeudi, lors du vote du budget de son ministère à l’Assemblée nationale, aux critiques de l’opposition sur le fonctionnement de la justice, le Garde des Sceaux a tenu à préciser que « La tendance, c’est de réduire la justice à deux cas d’affaires ordinaires dans lesquelles sont impliqués deux hommes politiques. On égare les décisions qui sont rendues. On les politise, on caricature et après, on veut faire croire aux Sénégalais que c’est ça la justice». Et d’arguer dans la foulée : « La justice a un caractère multidimensionnel qu’on ne peut pas réduire à deux cas d’affaire pénale. La justice n’a aucun problème. Dans tous les tribunaux, les juges font leur travail. Si la justice avait un problème, les Sénégalais lui auraient tourné le dos. Les Sénégalais n’ont pas de problèmes avec la justice. Ce sont deux individus qui ont des problèmes avec elle parce qu’ils  sont impliqués dans des contentieux ordinaires et qui ont été condamnés ». Et le ministre de la Justice de brocarder à son tour les députés de l’opposition : « On ne peut pas accepter que des individus veuillent chahuter la justice parce que simplement leurs partisans sont impliqués dans des affaires ordinaires. Des pays viennent s’inspirer de la pratique de la justice au Sénégal. Ce ne sont pas des chahuts qui vont effacer le label démocratique du Sénégal ».

Revenant dans le fond sur le cas de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, le ministre de la Justice dira : « Il y a beaucoup de confusions dans les recommandations de la Cedeao concernant l’affaire Khalifa Sall.  La Cour de justice de la Cedeao n’a pas ordonné la libération des prévenus et l’arrêt des poursuites. Elle a dit que certains droits ont été violés et l’Etat du Sénégal versera la somme de 35 millions s’il y a une décision définitive après que la Cour suprême a statué en cassation. Il faut aussi signaler que la décision n’invalide pas le jugement des juridictions sénégalaises ».

Pour ce qui concerne l’affaire Karim Wade également, le ministre de la Justice s’est clair devant la représentation parlementaire. Pour Ismaila Madior Fall, « Le comité des droits de l’homme de l’Onu ne peut pas invalider une décision rendue par les juridictions sénégalaises. Ce sont de simples constatations qui sont faites ». Et le ministre de tancer l’opposition parlementaire : «C’est de la manipulation que de dire que le Comité des droits de l’homme a condamné le Sénégal.  Il faut arrêter les manipulations de l’opposition même dans un contexte pré-électoral, il faut dire aux Sénégalais la vérité. Il faut avoir l’honnêteté politique de faire dire à ces organes ce qu’ils ont réellement dit ».

Quid du retour de Karim Wade ? A ce niveau aussi, le Garde des Sceaux n’a pas usé de langue de bois. «  Karim Wade a fait l’objet d’une condamnation. Il est gracié, mais l’amende elle est toujours valable. Il a le droit de rentrer dans son pays et de vaquer à ses occupations, mais s’il rentre dans le pays, il va rembourser les 138 milliards. A défaut, la contrainte par corps va s’exercer. Tant qu’il est à l’étranger, on ne peut pas le contraindre à payer. Mais, quand il  arrive au Sénégal, la contrainte par corps va s’exercer». D’ailleurs, concernant la candidature de Karim Wade, le ministre de la Justice persiste et signe : l’article L 15 du Code électoral qui stipule que tout candidat doit être inscrit sur les listes électorales disqualifie sa participation à la présidentielle de février prochain.

Fatou NDIAYE

 

Ibrahima THIAM, pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle ?

Nous sommes honorés de publier cette semaine l’interview que nous a accordé le Président du mouvement « Autre Avenir », Ibrahima Thiam, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle qui se déroulera au Sénégal en février prochain. Un entretien au cours duquel celui-ci nous révèle la sortie ces jours-ci d’un livre programme : « Un nouveau souffle pour le Sénégal ». Dans notre édito du mois d’août dernier, (lire ci-dessous) où nous dressions le portrait du candidat « idéal » susceptible de faire entrer le Sénégal dans le 21èmesiècle, nous ne pensions pas être à ce point prophétique car Ibrahima Thiam semble bien être cet homme capable de porter un « New Deal » Sénégalais, cet homme porteur d’une volonté, d’une ambition, d’une vision d’avenir pour les Sénégalais et les Sénégalaises, cet homme aussi incarnant une candidature de renouveau que nous appelions de nos vœux. L’interview d’aujourd’hui n’en a que plus d’intérêt, de sens et de force.

    

-      Question : Et pour commencer, à l’intention de ceux qui ne vous connaîtrez pas encore, qui êtes-vous Ibrahima Thiam ?

-      I.Thiam : Je suis né en 1965 à Kaolack, j’ai donc cinquante-trois ans. Ma mère, Katy Mbaye est Sénégalaise et mon père, Mamadou, Gambien. Mon enfance s’est déroulée au Sénégal ou je l’ai quitté pour me rendre en France afin de poursuivre mes études.

-      Question : Justement pouvez-vous nous présenter votre cursus universitaire ?

-      I. Thiam : Je suis titulaire d’un Deug de sociologie que j’ai obtenu à l’université de Nancy, d’un DUT de techniques de commercialisation auprès de Paris XII et d’une Maîtrise des sciences de gestion délivrée par l’université Paris Dauphine. Je ne suis donc pas un technocrate et ne suis pas passé par l’Ecole nationale d’administration. Mon parcours professionnel s’apparente davantage à ce qu’on appelle la société civile et j’en suis fier car j’ai le sentiment de ne pas appartenir à la caste de la haute administration et de n’avoir pas été formaté dans un moule comme tant d’autres dirigeants politiques. 

-      Question :D’accord, et donc quelle direction avez-vous prise au terme de vos études ?

-      I. Thiam : J’ai débuté ma première carrière professionnelle en tant que gestionnaire de patrimoine. En 1998, j’ai intégré comme Responsable du service budget de la Délégation Régionale Paris Ouest & Nord du CNRS (Centre National de Recherche Scientifique), un des plus grands instituts scientifiques de recherche dans le monde. Et en 2004, je suis devenu chargé de mission à l’INSERM qui est un des plus grands instituts de recherche médicale en Europe. Peu après j’ai intégré l’Institut Fédératif de Recherche en qualité de responsable administratif et financier avant de rejoindre en 2013 l’ICAN (Institute Cardiometabolism And Nutrition) où durant deux ans j’ai piloté la mise en place des plateformes scientifiques et cliniques durant deux, en 2015, j’ai à nouveau rejoint le centre de de recherche de Saint-Antoine de l’INSERM en qualité de secrétaire général. Changer d’entreprise plusieurs fois dans sa vie permet d’évoluer dans sa vie professionnelle, d’accumuler des expériences, s’enrichir au contact de nouvelles personnes, de milieux différents. Comme secrétaire général il me revient d’assumer la direction administrative et financière de l’établissement. Je suis aussi chargé de l’accompagnement, de la mise en œuvre et du suivi des projets scientifiques du centre de recherche. On pourrait résumer mon rôle en disant que je dois organiser, planifier et coordonner les différents acteurs et à ce poste on attend de moi une connaissance approfondie de la réglementation juridique, administrative et financière relative aux établissements publics. Cela nécessite également des qualités managériales car la plus grande richesse de l’entreprise est, d’abord et avant tout, humaine.

-      Question : Cette vie professionnelle en France, très prenante, vous a tenu éloigné du Sénégal, avez-vous pu néanmoins conserver une relation privilégiée avec le pays ?

Ibrahima Thiam :  J’ai un attachement viscéral avec mon pays et ma région d’origine et durant toutes ces années j’ai initié sur place diverses initiatives comme la création d’un incubateur de start-up (T4COM) et d’une exploitation agricole (SENAGRI). J’ai aussi contribué à l’équipement de douze bibliothèques à Kaolack avec la région Ile-de-France, le conseil général du Val-de-Marne et la ville d’Alfortville. J’ai également organisé des chantiers internationaux a travers des séjours de deux semaines à Kaolack avec des jeunes déshérités du département de Val-de-Marne, accompagné la scolarité pendant dix ans des jeunes enfants en décrochage scolaire et réalisé trois courts-métrages avec des collégiens en difficulté scolaire du collège Henri Barbusse. Pour moi l’engagement associatif, ou citoyen, est quelque chose d’essentiel, très enrichissant, très formateur et je suis fier de l’avoir fait au service de mon pays.

-      Question : Parallèlement à ces activités vous avez aussi milité dans le cadre politique en occupant même des responsabilités au sein de l’opposition sénégalaise en Europe ?

-      Ibrahima Thiam : En effet, car être loin des yeux ne signifie pas être loin du cœur et le sort de mes compatriotes au Sénégal ne m’a jamais laissé indifférent. Je m’inquiète de la situation de précarité dans laquelle se trouve beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire de misère. Je m’inquiète de la gabegie financière et de l’usage des fonds publics pour des projets qui ne participent pas suffisamment au développement économique du pays et au niveau de vie des Sénégalais. Je suis scandalisé par le niveau de corruption atteint dans certains secteurs clés de notre économie alors que le Sénégal dispose de nombreux atouts pour en faire un modèle en Afrique. Même la démocratie, que l’on cite en exemple, subit des atteintes permanentes de la part d’un pouvoir autocratique, aujourd’hui à bout de souffle. La situation qui est faite à Karim Wade et à Kalifa Sall est de ce point de vue scandaleuse, en les empêchant de pouvoir se présenter aux élections de février prochain, et ce alors que l’ONU a contesté le bien fondé des poursuite entamées contre eux. Cela disqualifie le régime de Macky Sall, au niveau des instances internationales.C’est pour toutes ces raisons que voici un an j’ai créé le mouvement «Autre Avenir » afin de proposer un New-Deal aux Sénégalais et de redonner un nouveau souffle au pays. Aujourd’hui ce mouvement est présent à Dakar et dans chacun des quatorze départements du pays à travers des permanences animées par de nombreux militants. Nous sommes également présents aux côtés de la Diaspora, en France, mais aussi en Belgique, en Espagne, en Angleterre, en Italie et aux Etats-Unis, etc. Pour populariser notre mouvement on peut aussi consulter notre site : www.autre-avenir.com, qui se veut un outil de communication interactif destiné aux médias, aux sympathisants, aux militants et à toute personne désireuse de nous suivre, voire d’adhérer à notre cause. 

-      Question : Qu’est-ce qui a motivé votre décision de vous présenter à l’élection présidentielle ?

-      Ibrahima Thiam : Le désir d’offrir une alternative au pouvoir en place actuellement à Dakar. D’être une voie de recours après un septennat de Maky Sall qui s’est montré incapable de résoudre les difficultés quotidiennes de nos compatriotes. Il faut qu’une nouvelle génération accède aux pouvoirs, non pas en faisant de belles promesses qui n’engagent que ceux qui les entendent, ni même en venant avec de magnifiques projets qui plusieurs années après seront toujours dans les cartons. Ma démarche est différente et je l’explique dans un livre à paraître d’ici quelques jours « Un nouveau souffle pour le Sénégal ». A travers une vingtaine de chapitres je me suis efforcé d’analyser la situation au Sénégal, d’établir un diagnostic, un état des lieux en matière économique, sociale, dans les domaines de la santé, de l’enseignement et la formation, de la culture, de la justice, de la culture, de la pêche, du tourisme, de l’énergie, etc. Le but étant à partir de ce constat d’apporter les corrections nécessaires, mettre fin aux dysfonctionnements, aux inégalités criantes, faire que ce qui ne marche pas aujourd’hui fonctionne demain. J’attends énormément des jeunes et des femmes pour remettre le Sénégal sur la voie du développement et de l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes. Nous disposons sur place de ressources naturelles importantes, y compris le pétrole, nous pouvons aussi compter sur une élite intellectuelle capable de bâtir des projets entrepreneuriaux innovants. L’exil ne doit pas être une solution pour des jeunes inquiets de leur avenir et je veux qu’ils puissent trouver sur place un travail et des conditions de vie décente. Pour cela il nous faut soutenir et amplifier la croissance qui seule peut créer des nouveaux emplois, soutenir les jeunes créateurs d’entreprise, leur donner une chance de réussir et d’être fiers d’eux-mêmes. Les partis politiques traditionnels sénégalais sont épuisés, à court d’idées et de motivation. Essentiellement parce qu’ils sont dirigés par des caciques de la politique qui aspirent à obtenir des privilèges pour eux et à distribuer des avantages à leur entourage, à se servir de leur position, plutôt qu’à servir la nation. Ces mœurs sont d’un autre temps et sont condamnés par une grande partie de la population. Il est plus qu’urgent de procéder à un renouvellement des hommes et des idées, tel est le sens de ma candidature à l’élection présidentielle de février 2019. J’ajoute que je veux lui redonner ce qu’il m’a apporté en mettant au service du pays le fruit de mon expérience, de mes réflexions et de mon énergie. Le Sénégal à besoin de tourner une page et je l’invite à en écrire une nouvelle porteuse d’espoir et d’avenir.

Nous tenons à remercier Ibrahima Thiam de nous avoir accordé cet entretien et de nous avoir expliqué le sens de sa démarche et sa volonté d’être le représentant en février 2019 de millions de Sénégalais qui ne se reconnaissent pas dans la politique conduite depuis le début de son mandat par Macky Sall.

A noter qu’Ibrahima Thiam va être doublement en concurrence avec Macky Sall, en févier bien sûr mais aussi dès aujourd’hui en librairie car la sortie, ces jours-ci, de son livre « Un nouveau souffle pour le Sénégal » coïncide avec la mise en rayon d’un ouvrage du chef de l’Etat. Ouvrage dans lequel celui-ci glorifie son action depuis qu’il a été élu. Nous laisserons le soin aux Sénégalais de se prononcer sur cette démarche plus égocentrique que réaliste, plus passéiste que porteuse d’avenir. Mais peut-il y avoir meilleur éloge qu’écrit par soi-même ?  

Interview réalisée par le Directeur de la publication

 

Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme


« Je suis rarement impressionné par mon milieu intellectuel, mais j'avoue que ce garçon est dense et pragmatique.je l'ai rencontré et écouté lors d'une conférence à laquelle était aussi incité Ousmane Sonko de pastef, candidat à la présidence de la république de 2019 au Sénégal. Ce garçon connait fort bien la géopolitique du Sénégal. Lisons-le avec attention ...P B CISSOKO »


Sommes-nous africains ? Qu'est-ce que l'Afrique ? De cette double interrogation, née au XVIIIe siècle dans la diaspora africaine déportée aux Amériques, a émergé un vaste mouvement intellectuel, politique et culturel qui a pris le nom de panafricanisme au tournant du XXe siècle. Ce mouvement a constitué, pour les Africains des deux rives de l'Atlantique, un espace privilégié de rencontres et de mobilisations.
De la révolution haïtienne de 1791 à l'élection du premier président noir des États-Unis en 2008 en passant par les indépendances des États africains, Amzat Boukari-Yabara retrace, dans cette ambitieuse fresque historique, l'itinéraire singulier de ces personnalités qui, à l'image de W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, George Padmore, C.L.R. James, Kwame Nkrumah ou Cheikh Anta Diop, ont mis leur vie au service de la libération de l'Afrique et de l'émancipation des Noirs à travers le monde. Mêlant les voix de ces acteurs de premier plan, bientôt rejoints par quantité d'artistes, d'écrivains et de musiciens, comme Bob Marley ou Miriam Makeba, la polyphonie panafricaine s'est mise à résonner aux quatre coins du « monde noir », de New York à Monrovia, de Londres à Accra, de Kingston à Addis-Abeba.
Les mots d'ordre popularisés par les militants panafricains n'ont pas tous porté les fruits espérés. Mais, à l'heure où l'Afrique est confrontée à de nouveaux défis, le panafricanisme reste un chantier d'avenir, insiste Amzat Boukari-Yabara. Tôt ou tard, les Africains briseront les frontières géographiques et mentales qui brident encore leur liberté.

On lira ici et là ceci ....


Eddy Banaré Publication commentée | Amzat Boukari-Yabara,


1Imaginons-nous dans une librairie ; ce livre passe difficilement inaperçu : sur la couverture, l'Afrique est représentée dans un cercle, peut-être une peau de tambour ou un disque solaire ; la gamme chromatique – noir, rouge, jaune et verte – évoque tour à tour le rastafarisme, le reggae et les drapeaux du continent. Le titre – Africa Unite ! – fait référence à l'un des morceaux phares de l'album Survival1 de Bob Marley enregistré en 1979. La pochette célébrait, dans une perspective grandiose, le martyr historique de la traite transatlantique et l'éclat des indépendances africaines : le titre Survival apparait, en effet, en surimpression d'une coupe d'un navire négrier du XVIIe, donnant à voir l'entassement d'hommes et de femmes enchainés en route vers les Amériques, la bannière se trouvant au-dessus d'une mosaïque de drapeaux des nouvelles nations africaines indépendantes.

Les basses puissantes de ce classique du reggae nous reviennent en mémoire ; dans le premier couplet d'Africa Unite2, Marley chantait : « How good and how pleasant it would be / Before God and men / To see the unification of all Africans »3. Les Africains que Marley appelle à s'unir sont ceux de la diaspora (créée tant par la traite que par les migrations). Revenant au livre, nous découvrons que nous avons à faire à « Une histoire du panafricanisme » que l'auteur, l'historien Amzat Boukari-Yabara, se propose d'aborder comme « une énigme historique [dont la] date et [le] lieu diffèrent selon les critères retenus pour le définir » (p. 5). Déjà auteur d'ouvrages sur le Nigéria4 et le Mali5, Boukari-Yabara travaille à renouveler le regard sur le continent africain. La traversée proposée dans Africa Unite ! s'annonce stimulante et mouvementée ; elle emprunte les voies de la traite transatlantique puis explore la violence des colonisations et les utopies grandioses des décolonisations.


• 6 Lara Oruno D., La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du m (...)
• 7 Ndiaye Pap, La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann Levy, 2008. On pe (...)
• 8 Bouamama Said, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Paris, Zones, 2014. Lire (...)
• 9 Mbembe Achille, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2013. (...)
2La nouveauté de l'approche de Boukari-Yabara réside dans le fait de prendre cette « énigme historique » c

omme point de départ où le panafricanisme tient à la fois de « concept philosophique » et de « mouvement sociopolitique » dont les actes de naissance respectifs seraient les « mouvements émancipateurs et abolitionnistes de la seconde moitié du XVIIIe » et une confluence de discours politiques anticoloniaux développés depuis l'Afrique, les Amériques et les Antilles « entre la fin du XIXe et la fin de la Seconde Guerre Mondiale » (p. 5). La lecture d' Africa Unite ! suggère que le panafricanisme est tout cela à la fois ; ce qu'Amzat Boukari-Yabara s'attache à montrer ici est un puissant mouvement en rhizome impossible à circonscrire tant historiquement que conceptuellement. On peut dire que ce livre vient combler une lacune de l'historiographie française en rappelant les contributions intellectuelles de personnalités francophones à une réalité qui a déjà été largement explorée dans les départements d'African Studies nord-américains. D'un autre point de vue, Africa Unite ! se situe dans le sillage de travaux pionniers en français : ceux des historiens Oruno D. Lara6 et Pap Ndiaye7, du sociologue Said Bouamama8 et, plus récemment, d'Achille Mbembe avec sa Critique de la raison nègre9.


• 10 L'intégralité du discours peut être lue sur : http://www.afrik.com/article12199.html. Ce discours a (...)
3L'approche de Boukari-Yabara est frondeuse et incisive : « pas d'histoire africaine sans histoire européenne pensait-on encore en 1960. Mais il faut aujourd'hui se rendre à l'évidence : entre Amériques, Europe et Afrique, il n'y a pas d'histoire universelle sans histoire du panafricanisme » (p. 6). On peut également trouver une dimension politique à ce travail en considérant qu'il se situe dans l'onde de choc provoquée en 2007 par le discours de Dakar dans lequel Nicolas Sarkozy, alors président, affirmait avec arrogance et sérénité que « l'homme africain n'était pas assez rentré dans l'histoire »10. Aussi, le récit historique que recompose Boukari-Yabara est-il plein de ferveur, travaillé par l'énergie du blues, du funk, du reggae et de l'afrobeat. Il permet de suivre des trajectoires individuelles et collectives, l'auteur insistant sur le fait que le panafricanisme est, avant tout, une « circulation des hommes, [une] circulation des idées [et une] une circulation des luttes » (p. 245). Trois grands chapitres structurent Africa Unite !, dont les titres reprennent les slogans qui ont scandé l'histoire du panafricanisme, donnant à voir son évolution et sa complexification du XIXe à nos jours.


4Dans ce premier chapitre, Boukari-Yabara décrit les détails d'une prise de conscience historique et transcontinentale face à la colonisation et à la traite. À partir de la fin du XVIIIe siècle, il devient évident à des groupes d'hommes que venir d'Afrique les prédestine à des rôles particuliers dans le monde : ceux d'esclave et de colonisé. Rôles qui ont précisément été créés par une Europe alors en pleine expansion coloniale dont il faut se sortir. Le chapitre couvre les débuts de l'abolitionnisme en Europe et dans les Amériques jusqu'aux mouvements pour le retour en Afrique du début des années 1930. L'historien fait se croiser les figures de Toussaint Louverture, Anténor Firmin, W.E.B. Dubois, Alioune Diop ou encore Marcus Garvey ; le panafricanisme apparait comme une accumulation de questionnements et de mises en tension.

La force du travail de Boukari-Yabara vient précisément du fait qu'il s'attache à dévoiler le panafricanisme en termes de flux de discours, de rencontres, d'alliances et de conflits. En bref, il ne cherche pas à en faire un objet monolithique, mais bien un magma d'idées et d'initiatives à la fois politiques, philosophiques et esthétiques. Le panafricanisme apparait donc à la fois comme une lente maturation et comme l'épopée d'une vaste prise de conscience qui débute dans les Amériques après les abolitions. La prise de conscience d'avoir été enlevé à une terre précède directement celle du retour en Afrique.

La question, nous montre Boukari-Yabara, gagne en intensité après l'indépendance du Libéria en 1847. Acquises en 1822 par The American Colonization Society– société philanthropique prônant le retour en Afrique – les terres du Libéria devaient permettre le retour d'esclaves affranchis sur leur continent d'origine. Le paradoxe était que ce retour en Afrique était fondé sur la doctrine coloniale, doctrine contre laquelle se sont élevées les mouvances panafricanistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Les initiatives se multiplient, mais le retour n'a rien d'une délivrance idyllique ; il s'apparente plutôt d'une série de mises en tension que l'auteur expose sans donner dans le romantisme.


5Les chapitres consacrés à la négritude de Senghor et Césaire, puis à Frantz Fanon, sont peut-être les contributions historiographiques les plus précieuses. Boukari-Yabara rappelle en effet que le mouvement de la négritude « a fondé la contestation de la domination blanche et occidentale, et il a apporté à l'intelligentsia noire une nouvelle conscience de son rôle dans l'histoire » (p. 98). Ainsi, ce mouvement autant loué que critiqué, a joué le rôle de machine critique, il a créé une vigilance nouvelle face aux discours de domination. La profusion de publication (revues, poèmes, essais, etc.) rappelle que l'impact de la négritude est d'avoir efficacement et durablement investi le terrain intellectuel à partir des années 1930, posant ainsi les bases de projets politiques pour les indépendances africaines et d'un progrès social en Guyane, Martinique, Guadeloupe et à la Réunion.
6Le troisième chapitre de l'ouvrage est hautement politique et musical. Boukari-Yabara décrit notamment l'influence de compositeurs qui, de la Caraïbe à l'Afrique, ont chanté le panafricanisme et enrichi l'esthétique musicale de nouveaux genres comme le reggae et l'afrobeat. « Le reggae est probablement la musique qui a le plus diffusé la pensée panafricaine », observe l'auteur (p. 243). Le statut d'icône mondiale de Bob Marley lui donne raison. Sur le continent africain, des artistes comme le Nigérian Fela Kuti et la Sud-Africaine Miriam Makeba ont également participé à cette diffusion. Le premier, créateur de l'afrobeat, multiplie les attaques contre les gouvernements corrompus au point de faire l'objet de menaces et d'intimidations tout le long de sa carrière. Dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, Miriam Makeba, en prenant la parole à la tribune de l'ONU en 1963, devient l'une des voix les plus respectées du panafricanisme. Sa dénonciation de la violence de l'apartheid et son appel à faire pression sur le régime lui valent le soutien de la plupart des leaders nationalistes africains. La description de la trajectoire de Thomas Sankara est un bel exemple d'une historiographie engagée et critique. Rappelant « [la] fougue et [la] lucidité étonnante » du révolutionnaire (p. 252), l'écriture de Boukari-Yabara se fait plus ardente et dénonciatrice. La traversée s'achève sur une description critique des forces en présence et pose des questions cruciales comme celle de la « recolonisation » de l'Afrique par la voie de l'ingérence occidentale dans les conflits internes et par les enjeux de contrôle sur les ressources naturelles.
7Africa Unite ! est donc une fresque impressionnante, ambitieuse et lucide qui marque un nouveau seuil dans l'historiographie française. Il met en évidence autant les singularités que les points de convergence d'initiatives politiques, esthétiques et philosophiques générées par la résistance à la traite, à la colonisation et au racisme. Mais en dévoilant la constellation de textes qui ont fait et font encore le panafricanisme (Africa Unite ! peut être considéré comme un texte panafricain), Boukari-Yabara montre également que l'humanité s'est trouvée armée d'utopies et de vigilances face aux injustices qui tissent encore notre époque.
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Notes
1 Lire cette présentation de l'album par le critique musical Lindsay Planer sur Allmusic.com : http://www.allmusic.com/album/survival-mw0000194795.
2 On peut visionner l'interprétation en live de ce titre en 1979 à Santa Barbara en Californie : https://www.youtube.com/watch?v=bZrNoFT7OTY.
3 Marley Bob, « Africa Unite », Survival, Kingston, Island/Tuff Gong, 2001, [1979].
4 Boukari-Yabara, Amzat, Nigeria, Bruxelles, De Boeck, 2013.
5 Boukari-Yabara, Amzat, Mali, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2014.
6 Lara Oruno D., La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du mouvement au XIXe siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 1999.
7 Ndiaye Pap, La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann Levy, 2008. On peut en lire une recension dans la revue Gradhiva : Dominic Thomas, « Pap Ndiaye, La Condition noire. Essai sur une minorité française », Gradhiva, n° 10, 2009, disponible en ligne : http://gradhiva.revues.org/1594.
8 Bouamama Said, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Paris, Zones, 2014.


9 Mbembe Achille, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, coll. « Cahirs libres », 2013. Lire le compte rendu sur Nonfiction : Justine Cannone. « Le devenir-nègre du monde », Nonfiction, en ligne :

http://www.nonfiction.fr/article-6949-le_devenir_negre_du_monde.htm.
10 L'intégralité du discours peut être lue sur : http://www.afrik.com/article12199.html. Ce discours a suscité de nombreuses réactions dans la presse, mais surtout l'écriture de deux ouvrages collectifs : Gassama Makhily (dir.), L'Afrique répond à Sarkozy : contre le discours de Dakar, Paris, Philippe Rey, 2008. Lire la critique de l'ouvrage par Philippe Bernard dans Le Monde : « Des intellectuels africains en colère », Le Monde, 28/02/2008, disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/02/28/l-afrique-repond-a-sarkozy-des-intellectuels-africains-en-colere_1016843_3260.html ; Konaré Adama Ba (dir.), Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy, Paris, La Découverte, Essais, 2009.


Eddy Banaré, « Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2014, mis en ligne le 11 décembre 2014, consulté le 27 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/lectures/16406


On pourra lire ceci dans l'huma


Amzat Boukari-Yabara : « Le panafricanisme est un projet d'émancipation, une vision du monde »
Rosa Moussaoui


L'aspiration panafricaine connaît aujourd'hui un nouvel élan. L'historien, qui a signé en 2014 Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme (la Découverte), en est partie prenante. Pour lui, l'unité politique du continent africain, en connexion avec ses diasporas, est la condition de son émancipation.


Comment définir le panafricanisme ? Est-ce un projet politique, un fait historique, un courant culturel ?


Amzat Boukari-Yabara Le panafricanisme est un projet politique qui s'inscrit dans un mouvement historique. C'est un projet global de libération, d'abord anti-esclavagiste, puis anticolonialiste, anticapitaliste, qui concerne spécifiquement l'Afrique et les populations de ce continent déportées vers les mondes occidentaux. C'est un projet politique qui s'enracine dans une histoire longue.
Paradoxalement, le panafricanisme n'est pas né sur le continent africain. Comment l'expliquez-vous ?


Amzat Boukari-Yabara Il a d'abord pris corps dans la diaspora, parmi les Africains déportés comme esclaves vers les Amériques. Si ce projet politique est né ailleurs, c'est qu'il est étroitement lié à une rupture dans l'histoire de l'Afrique, divisée entre ceux qui sont restés sur le continent et ceux qui ont été coupés de son histoire. C'est ce qui explique la dimension globale du panafricanisme, le fait qu'il ne soit pas ancré dans une territorialité. Ce projet politique dépasse les limites géographiques de l'Afrique, il traduit une vision du monde.


Ce projet politique et cette vision du monde se sont pourtant ancrés en Afrique, au lendemain des indépendances. Quel fut, dans ce mouvement, le rôle de personnalités comme Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana ?


Amzat Boukari-Yabara Premier chef d'État d'une nation indépendante au sud du Sahara, Kwame Nkrumah avait étudié durant dix ans aux États-Unis. De ce fait, il était considéré par les Africains-Américains comme l'un des leurs. De retour en Gold Coast (nom colonial du Ghana – NDLR), il a fait de la libération de son pays une étape pionnière de l'émergence des « États africains unis », qu'il appelait de ses vœux. Il était convaincu que les futurs États indépendants devaient se fédérer et même constituer un gouvernement continental. Il incluait, bien sûr, dans ce projet, l'Afrique du Nord, les espaces insulaires et la diaspora. Dans le combat de libération et ensuite pendant dix ans, à travers son expérience à la tête du Ghana, Kwame Nkrumah fut le premier à déployer une politique panafricaine. À l'échelle continentale mais aussi mondiale, puisqu'il a fait du Ghana une base pour les militants Africains-Américains et pour les peuples engagés dans des luttes d'indépendance. Il a porté ce désir d'unité continentale en même temps que ce soutien aux diasporas et aux mouvements de libération.


Comment l'idéal panafricain s'est-il articulé aux tentatives des pays du Sud d'organiser entre eux des solidarités ?
Amzat Boukari-Yabara À Bandoeng, en 1955, Kwame Nkrumah n'était pas personnellement présent puisque la Gold Coast n'était pas encore indépendante et qu'il entendait ménager, sur le plan diplomatique, les Britanniques et les Américains. Mais il envoie une délégation d'observateurs associés à cette conférence réunissant pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques. Dans la façon dont...

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