Le boycott des initiatives du pouvoir par l’opposition peut être analysé à deux niveaux. Il y a d’abord le rapport que le régime du président Sall a tendance à entretenir avec l’opposition qui est marqué par la confrontation brutale. Lorsqu’on analyse les emprisonnements pour offense au chef de l’Etat par exemple, il y en a eu au moins quatre entre 2012 et 2016 : Me El Hadj Amadou Sall deux fois en 2012 et en 2016, Bara Gaye en 2013, Samuel Sarr en 2014 ; alors que sous le règne du président Abdou Diouf, en 19 ans, la commission de ce délit n’a été imputée qu’à Talla Sylla en 1998. Ensuite, il y a eu la traque des biens mal acquis, sélective et politisée à outrance contre l’opposition, le Parti démocratique sénégalais (Pds) notamment, avec de nombreuses violations des droits et libertés des mis en cause. En plus de cette répression de l’opposition, il y a les décisions récurrentes d’interdiction à manifester prises en violation flagrante de la Constitution, qui ont connu un point culminant avec la répression de la marche du 14 octobre 2016.

En plus et à cause de cette confrontation, il y a eu une rupture de confiance entre le pouvoir et l’opposition qui devraient se réunir autour d’un consensus par rapport aux règles de la compétition politique et par rapport aux institutions, notamment, à travers la réforme constitutionnelle du 20 mars 2016. Sur toutes ces questions essentielles, le fossé se creuse entre pouvoir et opposition. La rétractation du président Sall quant à réduire son mandat après l’avoir affirmé une multitude de fois, au Sénégal et à l’étranger, en externalisant le coût politique sur la base d’un « avis-décision » du Conseil constitutionnel fragilise l’institution judiciaire et éloigne davantage les acteurs du jeu politique. La précipitation à organiser le référendum dans la division en a fait une occasion manquée, car c’était le moment crucial pour construire un consensus fort autour des institutions pour qu’elles ne soient plus créées et dissoutes en permanence selon les intérêts politiciens du président en fonction, pour construire son hégémonie.

Dans le même ordre d’idées, le boycott par l’opposition des initiatives du pouvoir s’explique également par l’organisation catastrophique des élections législatives du 30 juillet 2017, avec des ratés aussi graves que nombreux, qui ont fait reculer le pays de près de 20 ans, le ramenant aux élections locales chaotiques de 1996. C’est lors de ces fameuses législatives de juillet 2017 également que la curiosité juridique de « l’avis-décision » a permis de modifier une loi pourtant claire et précise comme de l’eau de roche, eu égard aux documents de vote. Ce qui constitue une violation flagrante de la séparation et de l’indépendance des pouvoirs. Car c’est par exemple comme si le président de la République promulguait un projet de loi qui n’a pas été voté par l’Assemblée nationale, ou si l’Assemblée nationale votait une loi pour modifier une décision de justice ! Cela est complétement surréaliste ! Dans ce contexte marqué par une rupture de confiance, le régime en place persiste dans sa logique de passage en force, au lieu de donner des gages de bonne volonté pour l’organisation transparente des élections, afin de renouer les fils du dialogue. C’est plutôt un refus catégorique qui est réitéré quant à nommer un ministre sans coloration partisane chargé d’organiser les élections, après avoir considéré que l’essentiel c’est qu’on a gagné, en félicitant le ministre de l’Intérieur chef d’orchestre des Législatives !

Son successeur rajoute à la tension et à la suspicion, en affirmant publiquement qu’il ne ménagera aucun effort pour faire gagner son candidat de Président au premier tour ! Non content de tout cela, on sert à l’opposition le parrainage qui vient rajouter de la complexité, voire de la confusion dans les règles de la compétition, sans discussion, en déployant massivement les forces de l’ordre pour réprimer les manifestations et arrêter les opposants, alors qu’à l’Assemblée nationale, la loi est votée sans débat ! Dans ces conditions, comment voulez-vous que l’opposition puisse adhérer aux initiatives du régime ? On ne peut pas construire une démocratie en écrasant par la force et la violence l’opposition. Même s’il y a eu deux alternances au Sénégal, il semble qu’il y a une remise en cause permanente et constante des acquis démocratiques par les régimes qui se succèdent !

Sudonline

Les parlementaires de l’opposition ainsi que les non-inscrits ont mis en exécution leur décision de boycotter le passage à l’hémicycle du président Cap verdien, Jorge Carlos Fonseca, le jeudi 26 avril dernier. Un boycott de plus qui vient rallonger le nombre de fois que l’opposition a refusé systématiquement de prendre part aux initiatives du régime de Macky Sall. Toutefois, force est de constater que, face à cette stratégie de la chaise vide, le pouvoir en place n’a jamais flanché et continue de dérouler librement ses projets.

En visite de travail au Sénégal, depuis le 25 avril, le président Cap verdien, Jorge Carlos Fonseca s’est résolu à s’adresser uniquement aux parlementaires de la majorité présidentielle, Bennoo Bokk Yaakaar. La cause, les députés du groupe parlementaire “Liberté et démocratie“ ainsi que les non-inscrits ont tout bonnement refusé de prendre part à la séance plénière de l’Assemblée nationale convoquée le jeudi 26 avril dernier, pour écouter le message de l’hôte de Macky Sall. Une manière, selon les opposants au régime en place, de lancer un «signal fort» à l’opinion nationale et internationale sur «les graves atteintes aux libertés collectives et individuelles» qui prévalent au Sénégal.

Cependant, force est de reconnaitre que l’opposition sénégalaise n’en est pas à son coup d’essai, depuis l’avènement du président Macky Sall à la magistrature suprême. A de nombreuses occasions, les adversaires politiques du pouvoir actuel ont systématiquement refusé de prendre part, à bien des occasions, aux manifestations ou rencontres initiées par les tenants du pouvoir, avec comme argument : la rupture de confiance. L’on se rappelle de leur bouderie lors du vote du projet de loi N°13/2018 portant révision de la Constitution, dès que la majorité a décidé de passer au vote de ladite loi sans débat. Une manière pour eux de ne pas participer à la «forfaiture» du régime, qui viserait à barrer la route à certains potentiels adversaires à la présidentielle de 2019. Ce qui n’a pas, pour autant, empêché à la majorité parlementaire qui, à elle seule, atteint le quorum requis pour modifier la Constitution, à procéder à l’adoption du projet de loi. Et cela, sans débat.

LA PERSONNALITE NEUTRE A L’ORIGINE DU BOYCOTT

Il en a été de même en novembre dernier, lorsque le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, a invité les acteurs politiques et autres acteurs impliqués dans le processus électoral, à se retrouver autour d’une table pour discuter des problèmes liés à l’organisation des élections. Le Parti démocratique sénégalais (Pds) et ses alliés de Wattu, ainsi que la coalition Mankoo Taxawu Senegaal formée autour de Khalifa Sall, avaient tout bonnement refusé de répondre à l’appel du gouvernement, récusant ainsi la personne du ministre Aly Ngouille Ndiaye, responsable politique du parti présidentiel (Apr) à la tête de l’organisation des élections. Une démarche de l’opposition qui n’a pas freiné la dynamique du régime. En dépit de l’absence de l’opposition dite «significative» à ces concertations, la question du parrainage a été discutée, comme tant d’autres, puis soumise au chef de l’Etat, pour arbitrage. La suite, tout le monde la connait, notamment l’arbitrage en faveur des propositions de la majorité présidentielle. Mieux, jusque-là, le régime n’a pas confié l’organisation des prochaines joutes à une personnalité neutre.

Autre rencontre boudée par les opposants au régime actuel, la concertation initiée par la Commission électorale nationale autonome (Cena) pour proposer une modification de la loi électorale, afin de permettre à l'électeur, avant d'aller à l'isoloir, de ne prendre que 5 des 47 listes en lice pour les élections législatives du 30 juin dernier. Lors de cette rencontre, certains représentants de listes, à l’image de Déthié Fall de Mankoo Taxawu Senegaal, ont quitté la table des concertations pour dénoncer une «mascarade»  consistant à modifier la loi électorale à 30 jours du scrutin, contrairement aux dispositions de la Cedeao interdisant la modification de la loi à 6 mois des élections, sans consensus. Pour autant, la proposition de la Cena a été adoptée par la majorité des plénipotentiaires des listes engagées pour les législatives, présents à la rencontre.

WADE BOYCOTTE L’INAUGURATION DE SON AEROPORT

Autre rencontre boycottée par l’opposition, sans pour autant être exhaustif, la cérémonie de lancement de la carte d’identité biométrique de la Cedeao, en octobre 2016. L’opposition qui était en pleine préparation de sa marche du 14 octobre, n’entendait pas se laisser «distraire» pour telle ou telle autre activité. A cela s’ajoute le refus de l’ancien président, Abdoulaye Wade, de prendre part à la cérémonie d’inauguration de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), le 7 décembre dernier. Cela, bien qu’étant son « géniteur ». Autant de cas, parmi tant d’autres, qui posent l’équation de la pertinence et de l’efficacité de la politique de la chaise vide adoptée par l’opposition.

Sud quotidien

 

Quand le dévot avance masqué pour être libertin : le chaos prend le contrôle

"La demeure du chaos ; Le chaos prend le contrôle, Tombouctou et le chaos religieux, l'Homme masqué ; bas les masques, les faux dévots-prédicateurs, etc.
Ne tombez pas sous un charme ou soyez lucide et demandez à votre raison pour sauver le cœur. En tout rechercher le Maître qui guide et qui n'abuse pas. Prudence....

De Plus en plus de gens se cachent derrière la religion, l'argent, la pouvoir hiérarchique, le cabinet médical( France), cabinet psy ou autre, pour agir de façon éhontée. Chaque jour un fait divers qui ébranle une pluralité de gens se fait jour. Dominique Strauss-Kahn, ce marabout et cette fidèle qui dit que leur relation est une histoire de fesse, T Ramadan, etc.
On profite de sa position, de son pouvoir pour « profiter » des gens en position de faiblesse.


La vérité se dévoile toujours un jours et la science et le droit font que les gens n'ont plus peur et veulent en dénonçant protéger les autres.
Qu'est-ce qui arrive au monde ?
Est-ce un changement hormonal qui pousse l'humain à violenter à abuser de l'autre.
Ne pouvons-nous plus avancer à visage découvert ; Devons–nous mentir pour réussir ?
Devons-nous réussir en avançant masqué ?


On se demande comment agir pour communiquer sans arrière-pensée et violence ou abus ?
Il n'y a pas longtemps c'est un vieil homme qui s'est inspiré d'un film 50 nuances de gré pour attirer une femme dans son appartement.
Cette femme voulait jouer et elle a perdu....
Le sexagénaire qui séduisait des femmes en jouant à « 50 nuances ...
rmc.bfmtv.com/.../le-sexagenaire-qui-seduisait-des-femmes-en-jouant-a-50-nuances-de-...
16 janv. 2018 - Un sexagénaire va être renvoyé devant la cour d'assises de Nice pour « viol par surprise ». Il utilisait une fausse identité pour séduire des femmes sur le web et coucher avec elles à son domicile de Nice, en s'inspirant du livre Cinquante nuances de Grey. Les faits remontent à 2009,

Quand les masques tombent la vie s'écroule c'est comme on passe de la lumière à l'ombre on perd ses repère et on commence à regretter.
La seule façon de résister à ces tentations et dérives c'est l'Education et avoir de solides reins.
Mais quel humain ne tombe pas un jour.
Je dirai aussi qu'il faut prier pour éviter de rencontrer ces gens qui impressionnent qui sont brillants mais qui sont masqués et quand les masques tombent ils entrent dans une animalité qui nous fait peur. P B C"

On parle de morale, d'éducation , d'éthique mais je crois qu'il faut repenser le monde et régler la Sexualité des gens.

Molière nous apprend aussi à bien comprendre cette figure ambivalente de l'Homme pour nous protéger. Le corpus de la philosophie aussi essaie de nous enseigner à nous couper de l'accessoire futile et périssable pour cultiver l'essentiel. Mais la Sexualité est un sujet qui non maitrisé peut entraîner des dérives et c'est ce que l'on voit et personne n'est à l'abri.
L'humanité a inventé le travail, l'activité etc, pour canaliser nos énergéia et celle sexuelle notamment mais malgré ça certains n'arrivent pas à se contrôler.
Lisons ceci pour nous instruire et

Libertinage, athéisme, irréligion. Essais et bibliographie
II. Libertinages
Hypocrisie et Imposture dans la querelle du Tartuffe (1664-1669) : La Lettre sur la comédie de l'imposteur (1667)
(1997)
Jean-Pierre Cavaillé


Ce texte devait initialement figurer dans un volume collectif sur Littérature et philosophie au XVIIe siècle, qui n'a pas vu le jour.


1A partir de quelques textes, et tout particulièrement de la Lettre sur la comédie de l'imposteur, je me propose de réfléchir sur la querelle du Tartuffe, envisagée comme un conflit dont l'une des caractéristiques majeures est l'accusation réciproque d'hypocrisie et d'imposture, entre d'une part Molière et ses partisans et, de l'autre, les nombreux et puissants détracteurs de la pièce. Le ton est d'emblée donné par les titres successivement choisis par l'auteur : Tartuffe, ou l'hypocrite, en 1664, puis Panulphe, ou l'imposteur, en 1667. La dénonciation de l'hypocrisie et de l'imposture (qu'il faut différencier) d'une certaine dévotion, mais aussi, en retour, l'accusation d'hypocrisie et d'imposture libertines, sont au centre de la querelle, à travers l'interrogation sur le lien accidentel ou essentiel de l'un ou/et de l'autre vice avec la dévotion, mais aussi avec le libertinage.


• 1 « Prenant la place du prêtre à l'église, du magistrat dans les villes et du père de famille à la m (...)
• 2 Voir l'ouvrage déjà ancien, mais excellent, de Raoul Allier, La Cabale des dévots, 1627-1666, Pari (...)
• 3 Voir à ce sujet, entre autres, les importantes analyses de René Pintard, Le Libertinage érudit dans (...)
• 4 Je laisse ici la querelle, si importante, de la moralité du théâtre sur laquelle il existe une imp (...)


2-Pour qui travaille sur la tromperie et le secret au début de l'époque moderne, la querelle du Tartuffe est un objet d'étude particulièrement riche, parce qu'il met en jeu tout un ensemble de questions sur la falsification des apparences.

Questions d'abord de définition : qu'est-ce que l'hypocrisie ?

Qu'est-ce que l'imposture ?

Qu'est-ce qui les différencie ?

Question redoutable ensuite des moyens de connaissance disponibles pour distinguer l'hypocrite de l'homme sincère, l'imposteur de l'homme de bien. Questions ensuite, d'identification sociale des hypocrites : qui sont les hypocrites dénoncés par Molière, qui sont les tartuffes ?

Les faux dévots, comme Molière et l'auteur de la Lettre l'affirment haut et fort ?

Tous les dévots, laïques et ecclésiastiques, la dévotion étant elle-même subrepticement réduite dans la pièce à l'hypocrisie, selon l'accusation des dévots ? Ou bien l'hypocrite n'est-il pas plutôt le libertin lui-même, déguisé en redresseur de dévotion ?

Quel est le rapport entre l'hypocrisie prétendue de l'un et l'autre camp, et les pouvoirs en présence ?

En quoi d'abord les stratégies idéologiques, sociales et économiques d'infiltration dans la société française de groupes organisés de dévotion, comme la Compagnie du Saint Sacrement, pouvaient-elles aisément donner lieu à l'accusation d'hypocrisie et d'imposture1 ?

Il existe bien sûr un lien étroit entre cette accusation et la semi-clandestinité, à la fois choisie et imposée, de la fameuse Compagnie, foyer de la cabale, combattue par le pouvoir royal : la victoire de celui-ci, comme ont le sait, sera d'ailleurs symboliquement signée par la victoire finale du Tartuffe2. Mais pourquoi également, et jusqu'où, la culture libertine, par les pressions conjuguées de l'Église et du corps social tout entier, était-elle objectivement contrainte à la dissimulation et à la dénégation pour s'exprimer, en prêtant ainsi nécessairement le flanc à l'accusation d'hypocrisie ?3 Pourquoi également le théâtre fut-il un médium aussi efficace pour dénoncer l'hypocrisie dévotieuse ? Mais pourquoi aussi le théâtre était-il considéré par ses détracteurs comme un art en lui-même fallacieux et hypocrite ? Ces deux dernières questions sont au centre de la double querelle, dans laquelle vient s'inscrire les conflits autour du Tartuffe, de la légitimité de traiter des sujets de religion au théâtre, et ensuite de la légitimité morale, sociale et politique du théâtre lui-même4.


3-Un bref examen de la querelle et la lecture de la Lettre nous permettront d'aborder ces questions, sans aucune prétention à l'exhaustivité et à la systématicité.
Hypocrisie dévote et imposture libertine


4-La querelle du Tartuffe met en scène, c'est-à-dire exprime et représente, le conflit de deux options culturelles antagonistes et, plus profondément, de deux façons de concevoir la vie sociale, mais qui ne peuvent être correctement appréhendées l'une sans l'autre : le libertinage et la dévotion. Je me garderai bien de tenter ici de donner de ces grandes catégories des définitions précises, mais leur emploi est d'abord commandé par les textes où elles ne cessent d'être mises en avant. Le libertinage forme une catégorie presque exclusivement négative, qui indique la corruption intellectuelle et morale, la dissolution de la piété et des mœurs, la transgression des lois — personne ne pouvant ni ne voulant revendiquer le libertinage ainsi entendu — et d'autre part la dévotion, comme telle incontestée, car la foi et l'observation du culte ne sauraient être mises en cause frontalement et publiquement. Le Tartuffe, relayé par la Lettre sur la comédie de l'imposteur, s'en prend uniquement à la fausse dévotion, à la mauvaise dévotion, présentée comme une corruption de la religion et des mœurs, et un péril pour l'ordre social et politique.

https://journals.openedition.org/dossiersgrihl/

Lire ceci  sur Tarik RAMADAN      cet article engage Europe 1

Majda Bernoussi a entretenu une relation de cinq ans avec l'islamologue, entre 2009 et 2014. Rencontrée par Europe 1, elle ne dénonce aucun viol mais estime s'être faite "avoir" et décrit une emprise psychologique intense.
TÉMOIGNAGE EUROPE 1
Elle ne l'accuse pas de viol et ne compte pas porter plainte. Mais Majda Bernoussi estime avoir vécu une relation avec un "prédateur", et son témoignage intéresse les enquêteurs : entre 2009 et 2014, la Belgo-marocaine a fréquenté le prédicateur musulman Tariq Ramadan. Pour la première fois depuis la mise en examen de l'intellectuel, soupçonné de viols, elle raconte, auprès d'Europe 1, l'emprise psychologique qu'elle estime avoir subie, l'accord financier qu'elle a accepté pour se taire et les autres victimes dont elle aurait recueilli les confidences.
"Une relation plus poussée". Majda Bernoussi se décrit comme une musulmane pratiquante. En 2009, elle vient de terminer un ouvrage sur son passé difficile et ses questions quant à la religion et souhaite s'adresser à un "intellectuel musulman". "En pleine quête spirituelle", elle adresse son manuscrit à Tariq Ramadan. "C'est comme ça que le contact s'est fait. Très vite, il me dit qu'il est tombé amoureux de la fille du livre. Je suis un peu étonnée mais à force, on a une espèce de relation épistolaire".
>> Écoutez l'interview intégrale de Majda Bernoussi :

Pendant quelques semaines, ils échangent par Facebook ou par SMS. Puis il propose de la rencontrer, "parce que c'est lui qui est en demande d'une relation plus poussée".

Tous deux se rencontrent. "Pour moi, c'est le début d'une histoire", souffle Majda Bernoussi. Sur internet, la jeune femme a lu que Tariq Ramadan était marié. Mais il jure qu'il est divorcé "devant Dieu et les hommes". "Je le crois à ce moment-là, parce qu'il n'y a pas de raison de douter. Clairement je suis dans une quête spirituelle et pour moi ça part sur quelque chose de sain, de spirituel avec de vrais codes assez carrés", raconte-t-elle.
"Il veut avoir une mainmise sur moi". Mais la relation démarre "bizarrement". "Quand j'émettais un doute il m'en voulait, il me disait, 'je ne suis pas ça'. Je lui disais : 'ça n'est pas une aventure ?', il me disait 'ne m'insulte pas'", poursuit-elle. "Il ne veut rien entendre, il ne veut pas que j'ai de cerveau, il ne veut pas que je réfléchisse. Il veut avoir une mainmise sur moi."


ENTENDU SUR EUROPE 1


L'éthique, la morale, la foi, la bonté, c'est des choses qu'il réserve face caméra


Pourtant, la jeune femme ne quitte pas l'islamologue. "J'ai été amoureuse de ce qu'il prétendait être", analyse-t-elle, décrivant une liaison chaotique et des "crises" régulières. "On a vraiment affaire à un prédateur, un manipulateur extrêmement malsain, tout à fait aux antipodes de l'image qu'il donne. (...) J'étais de plus en plus malheureuse, je m'asphyxiais de l'intérieur. C'est ce qu'il veut : une soumission complète. L'éthique, la morale, la foi, la bonté, c'est des choses qu'il réserve face caméra. Hors champ, je n'ai jamais eu affaire à ce type là."

"Quelqu'un que je n'ai jamais vu prier". Selon Majda Bernoussi, ce fossé entre la personnalité publique de l'islamologue et son attitude en privé se vérifie également en matière de religion. "Quand on lui parle de pratique, il balaye d'un geste de la main en vous disant que ce ne sont que des détails. C'est quelqu'un que je n'ai jamais vu prier, jamais." Quant à l'attitude de Tariq Ramadan lors de leurs rencontres, elle ne dénonce pas de violences, contrairement aux plaignantes françaises. Tout juste admet-elle pudiquement "des comportements qui sortaient du cadre habituel".
LIRE AUSSI - Le témoignage d'Henda Ayari, première plaignante contre Tariq Ramadan
ENTENDU SUR EUROPE 1


Dans la vraie vie c'est un véritable barbare, aussi bien intellectuellement que physiquement


Pour la Belgo-marocaine, le déclic survient un jour où elle se sent mal, cinq ans après le début de leur relation. "Je suis dans tous mes états et il me regarde en souriant. Au moment où je vois ce sourire, c'est bizarre, ça me réveille." Petit à petit, elle prend du recul sur son histoire : "je n'ai jamais été dans quelque chose d'aussi noir que cette relation, qui a été vraiment destructrice. Il me disait tout le temps : 'vivre, c'est détruire'. Ça a quelque chose de galvanisant pour lui."


"Comme sortie d'une secte". Majda Bernoussi alerte alors des journalistes, des institutions religieuses, et la communauté qui entoure Tariq Ramadan sur les réseaux sociaux. "Je vais sur son Facebook à lui, je me mets à écrire ce qui m'est arrivé", raconte-t-elle. "Insultée, menacée", elle affirme qu'on essaie de "[la] faire taire". Au bout d'un an, "complètement vidée, aussi bien physiquement que moralement", elle accepte de signer une convention proposée par l'intellectuel : contre 27.000 euros, elle supprime les messages relatant leur histoire et s'engage à ne plus en parler publiquement.
"Pour lui, il a acheté mon silence, mais pour moi, j'avais tout dit, et pas trouvé d'écho", explique-t-elle. "Donc j'ai pris cet argent d'abord comme un remboursement : c'est moi qui payait souvent, il me disait qu'il n'avait pas d'argent. Mais surtout, comme une sorte de reconnaissance morale de ce qu'il m'avait fait."


"Au moins 25 femmes". Aujourd'hui, c'est le récit de cette relation de "soumission" qui intéresse les enquêteurs : selon nos informations, la police française a demandé à entendre Majda Bernoussi, représentée par l'avocat Eric Morain, dans l'enquête en cours, jugeant son témoignage susceptible d'éclairer la personnalité de Tariq Ramadan.


L'ancienne compagne de l'islamologue affirme en outre avoir échangé avec "au moins 25 femmes" qui se trouvaient dans la même situation qu'elle en 2015. "Il faisait ça de manière industrielle", assène-t-elle. "Dans la vraie vie c'est un véritable barbare, aussi bien intellectuellement que physiquement. (...) Il s'adapte à chaque profil, il n'a aucune limite et il se donne le droit. Il me disait tout le temps : 'je suis protégé, je ne suis pas un homme ordinaire'."


Concernant les accusations de viols et d'agressions sexuelles, Tariq Ramadan nie formellement les faits qui lui sont reprochés par les plaignantes françaises. Mais l'intellectuel a opéré un changement dans sa ligne de défense, la semaine dernière : d'après son avocat, il reconnaît avoir entretenu une "relation" avec l'une des femmes qui l'accusent, "mais pas celle qu'elle décrit". Son conseil, Me Emmanuel Marsigny, qualifie lui de "disproportionnée" la détention provisoire de son client, écroué depuis sa mise en examen, en février.

 

"Il n'a que les montagnent qui ne se rencontrent pas et d'ailleurs il faut être prudent avec la tectonique des plaques et le réchuaffement climatique tout change "P B C

L'ESSENTIEL


Les deux Corées ont débuté vendredi matin un sommet rarissime. Les deux dirigeants, le Nord-Coréen Kim Jong Un et le Sud-Coréen Moon Jae-in, se sont rencontrés dans la zone démilitarisée qui divise la péninsule. Après une matinée de négociations, les deux pays, techniquement en guerre, ont signé une déclaration commune historique dans laquelle ils s'engagent en faveur d'un régime de paix.
Les infos essentielles à retenir :


• Kim Jong Un a franchi vendredi la ligne de démarcation entre les deux Corées, une première depuis 1953, et a serré la main de son homologue sud-coréen


• Dans leur déclaration commune, les deux dirigeants se sont engagés pour une dénucléarisation de la péninsule et la recherche d'un régime de paix
• Les États-Unis ont dit souhaiter que ce sommet historique conduise à "un futur de paix", la Chine, elle, "applaudit" et salue le "courage" des deux dirigeants


"Un signal de départ". "Je suis heureux de vous rencontrer", a lancé Moon Jae-in à son homologue nord-coréen. Kim Jon Un a alors franchi la ligne de démarcation en béton, devenant le premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol sud-coréen depuis la guerre de Corée (1950-53). À l'invitation de Kim Jong Un, les deux dirigeants ont brièvement marché du côté nord-coréen de la frontière avant de se rendre à pied à la Maison de la paix, une structure de verre et de béton située dans la partie sud du village de Panmunjom, où fut signé l'armistice. "Je suis venu ici déterminé à donner un signal de départ, au seuil d'une histoire nouvelle", a déclaré Kim Jong Un au début du sommet, faisant le vœu de garder "un état d'esprit franc, sérieux et honnête". Avant la séance du matin, le dirigeant nord-coréen a signé le livre d'or. "Une histoire nouvelle commence maintenant - au point de départ de l'histoire et d'une ère de paix", a-t-il écrit.


JUST IN: Kim Jong Un becomes first North Korean leader to cross line dividing the two Koreas since fighting ended in the Korean War https://t.co/39aG7dK076pic.twitter.com/iALanC5iCD


— CNN (@CNN) 27 avril 2018


Au menu, la dénucléarisation. La question de la dénucléarisation a été abordé par les deux dirigeants dès le début de matinée, ainsi que celle d'une paix permanente, avait annoncé le porte-parole de la présidence sud-coréenne Yoon Young-chan. "Les deux dirigeants ont eu un dialogue sincère et franc au sujet de la dénucléarisation et de l'établissement d'une paix permanente sur la péninsule coréenne et du développement des relations intercoréennes", a-t-il dit.

Dans la maison de la paix. KOREAN BROADCASTING SYSTEM / AFP
Les deux dirigeants ont planté un arbre sur la ligne de démarcation. KOREA SUMMIT PRESS POOL /

"Il n'y aura plus de guerre". Après une matinée de discussions et une cérémonie symbolique durant laquelle Kim Jong Un et Moon Jae-in ont planté un arbre sur la ligne de démarcation, les deux dirigeants se sont donnés l'accolade et ont signé une déclaration commune proclamant "qu'il n'y aura plus de guerre dans la péninsule coréenne". Autre point fort, ils y affirment leur engagement en faveur de la dénucléarisation de la péninsule : "la Corée du Sud et la Corée du Nord confirment l'objectif commun d'obtenir, au moyen d'une dénucléarisation totale, une péninsule coréenne non nucléaire", affirment-ils dans une déclaration commune. Kim Jong Un et Moon Jae-in y avancent enfin leur volonté de parvenir à un régime de paix "permanent et solide" afin de mettre fin à la guerre.
Pour cela, Kim Jong Un a promis de ne pas répéter un "passé malheureux qui a vu tourner court de précédents accords intercoréens". "Il pourrait y avoir sur le chemin des retours de bâton, des difficultés et des frustrations", a-t-il dit. "Mais on ne peut parvenir à la victoire sans douleur", a estimé le jeune dirigeant.
Moon Jae-in à Pyongyang. Le dirigeant sud-coréen rendra la monnaie de sa pièce à son homologue nord-coréen en lui rendant visite à Pyongyang d'ici à la fin de l'année. En outre, les deux Corées organiseront une réunion des familles divisées par un conflit de plus de 60 ans. "La Corée du Sud et la Corée du Nord ont décidé de poursuive le programme de réunion des familles séparées à l'occasion du Jour de la libération nationale le 15 août cette année", indiquent-elles en référence à la journée célébrant la reddition japonaise à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La communauté internationale salue un moment historique. Une réaction était particulièrement attendue : celle de Donald Trump. Le président américain a qualifié la rencontre entre les deux dirigeants coréens d'"historique", tout en soulignant que seuls les actes à venir permettraient de juger de la nature des changements en cours. "Après une année folle de lancements de missiles et de tests nucléaires, une rencontre historique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud a lieu. Des choses positives se passent mais seul le temps permettra de juger !", a tweeté le président américain. Donald Trump a par ailleurs estimé que les Américains devraient être "fiers" de l'évolution de la situation sur la péninsule coréenne.
After a furious year of missile launches and Nuclear testing, a historic meeting between North and South Korea is now taking place. Good things are happening, but only time will tell!


— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 27 avril 2018

KOREAN WAR TO END! The United States, and all of its GREAT people, should be very proud of what is now taking place in Korea!
— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 27 avril 2018


Le Kremlin a quant à lui considéré les entretiens entre les deux leaders comme des "nouvelles très positives". Le président russe Vladimir Poutine "a souligné à plusieurs reprises qu'un règlement viable et stable de la situation dans la péninsule coréenne ne peut se baser que sur un dialogue direct. Et aujourd'hui nous voyons que dialogue direct a eu lieu", a-t-il estimé.
De son côté, le Premier ministre japonais s'est montré plus prudent. S'il a salué lui aussi un "pas positif vers une résolution d'ensemble de plusieurs questions concernant la Corée du Nord", Shinzo Abe a aussi déclaré attendre des "actions concrètes". "Nous allons continuer d'observer l'évolution de la Corée du Nord", a-t-il indiqué.


Plus tôt dans la matinée, la Chine avait "applaudi" ce sommet, saluant "le courage" des dirigeants et qualifiant d'"instant historique" leur poignée de main. "La Chine applaudit l'étape historique franchie par les deux dirigeants, nous admirons le courage et la résolution politique dont ils ont fait montre" et "espérons que (l'événement) portera des fruits positifs", avait déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

"Une vidéo circule et montre la situation délicate des noirs en ISRAEL.

Je connais les relations en France entre les Juifs et les noirs qui sont excellentes et je ne comprends pas cette vidéo où les soudanais, les ethiopiens, les couples mixtes sont mis à l'index et ostracisés. Je me suis même demandé si cette vidéo n'est pas une falsification. J'ai des amis étudiants juifs qui sont pour le dialogue des religions et je les interrogerai. Mais je suis convaincu que cette situation est exagérée mais quand des hommes politiques de ce rang se mettent à ostraciser, j'ai peur. Soyons prudents et vive le diaolgue interreligieux". Pape B CISSOKO

Jacques Faitlovitch et les Juifs d'Éthiopie : un centenaire : Lisa Anteby-Yemini


10-11 mars 2004, Jérusalem et Tel-Aviv Lisa Anteby-Yemini p. 89-92


1-Pour marquer le centenaire, jour pour jour, du premier voyage de Jacques Faitlovitch à la découverte des Falachas1 (juifs d'Éthiopie) le Centre de Recherche Français de Jérusalem en collaboration avec l'Institut Ben-Zvi et l'Université de Tel-Aviv a organisé une conférence intitulée Jacques Faitlovitch et les Juifs d'Éthiopie : un centenaire. C'est en fait un jeune étudiant de l'Université de Tel-Aviv, Haïm Admor, qui a pris l'initiative de mettre sur pied ce colloque. En effet, voilà près de trois ans que Haïm Admor tente d'inventorier et de cataloguer les documents inédits du fonds que renferme la collection Jacques Faitlovitch déposée à la bibliothèque centrale Sourasky de l'Université de Tel-Aviv. Bien avant lui, des éthiopisants du monde entier, tels Stefan Strelcyn et Max Wurmbrand, s'étaient déjà penchés sur ces documents rapportés des multiples voyages que Faitlovitch avait effectués en Ethiopie, mais sans nous en laisser un catalogue complet.

Depuis 1969, un chercheur israélien, Itzhak Grinfeld, qui connaissait l'amharique, le guèze, le français, l'hébreu et le polonais entre autres, avait été chargé de cette tâche qu'il n'a pas, lui non plus, pu achever. Mais, au-delà de l'importance de ce fonds pour les études éthiopiennes, c'est au personnage même de Faitlovitch, l'une des figures les plus marquantes de l'histoire des juifs d'Éthiopie, que s'est consacré ce colloque.

2-Souvent surnommé le « père des Falachas », Jacques Faitlovitch est l'homme qui a certainement œuvré le plus durant sa vie pour la cause de ses « frères noirs » qui vivaient en Abyssinie et qui, indirectement, a contribué à leur immigration en Israël. Né à Lodz en 1881, il part faire des études à Paris et se spécialise dans les langues sémitiques, en particulier avec Joseph Halévy, professeur de guèze à l'EPHE. Sous l'influence de son maître Halévy, qui avait déjà entrepris un voyage chez les Falachas2, il se passionne pour ces juifs lointains et part en 1904 à leur rencontre, financé par le baron de Rotschild. Faitlovitch écrira un premier rapport à son retour3 et repartira à nouveau en 1908, rédigeant à la suite un ouvrage détaillé4. Il se rendra onze fois chez les Falachas et rapportera des dizaines de manuscrits, objets et livres falachas et rédigera des rapports qui restent encore une source d'informations ethnographiques pour les chercheurs d'aujourd'hui. Mais surtout, Faitlovitch se donnera comme mission de « normaliser » le judaïsme pré-rabbinique des Falachas et tentera de mettre en place une élite locale en envoyant des jeunes garçons étudier en Europe pour revenir enseigner dans leurs villages. Enfin, il créera des comités pro-falachas et mobilisera la communauté internationale pour encourager l'immigration de cette communauté vers la Palestine et plus tard vers Israël. Son rêve ne se réalisera que 80 ans après sa première rencontre avec les Falachas, qui commenceront à émigrer en masse vers Israël au début des années 1980 et 1990.


3-La première journée du colloque, tenue à l'Institut Ben-Zvi de Jérusalem, est consacrée à l'époque qui précède l'arrivée de Faitlovitch chez les Falachas, les controverses entre Faitlovitch et ses adversaires et l'impact de son travail. Dans une première session intitulée « Avant Faitlovitch », Leonardo Cohen (Université de Haïfa) présente un document du missionnaire portugais Mendes qui rapporte une audience octroyée à un juif nommé Salomon à la cour de l'empereur Suseynos en 1627. Puis Steven Kaplan (Université hébraïque de Jérusalem) expose la généalogie de la famille Flad, l'une des familles de missionnaires protestants les plus actifs parmi les Falachas dès 1865 dont les parents, les enfants, leurs époux, les petits-enfants et leurs propres époux continueront cette activité de prosélytisme jusqu'au milieu du XXe siècle. Enfin, une communication sur le personnage de Joseph Halévy montre que ses origines hongroises ont joué un rôle important dans la vision nationaliste-juive (Y. Tsur, Université de Tel-Aviv) de ce maître de Faitlovitch. Une seconde session porte sur la controverse entre Jacques Faitlovitch et le rabbin Haïm Nahoum, à la tête d'une contre-mission pour démontrer que les Falachas n'ont aucun lien avec le judaïsme (H. Admor, Université de Tel-Aviv) et sur les interprétations divergentes entre Jacques Faitlovitch et Aaron Aescoly concernant les pratiques religieuses des juifs éthiopiens (Yosi Ziv, Université de Bar-Ilan). Puis E. Trevisan-Semi (Université Ca'Foscari de Venise) a montré le rôle qu'ont joué le pan-hébraïsme de Faitlovitch et de N. Sloushtz ainsi que le discours des nidhe israel dans l'étude des Falachas ; S. Weil (Université hébraïque de Jérusalem) a elle exposé la vision orientaliste que Faitlovitch donnait de ses élèves éthiopiens, en particulier à travers ses photos. Pour finir, L. Anteby-Yemini (CNRS, IDEMEC) conclut par une conférence sur les relations culturelles et diplomatiques franco-éthiopiennes et l'essor des études éthiopiennes en France dont Faitlovitch est aussi l'un des instigateurs.


4-La seconde journée, qui s'est déroulée au département d'Histoire du Moyen-Orient et de l'Afrique à l'Université de Tel-Aviv, examine le rapport entre Faitlovitch et la culture Beta Israel ainsi que les documents dans le fonds Faitlovitch et se termine par la visite de la collection et par une conférence de clôture. Une première session s'ouvre avec une communication sur les changements dans les pratiques religieuses des juifs éthiopiens sous l'influence rabbinique de Faitlovitch (M. Corinaldi, Centre israélien pour les études académiques), suivie d'un exposé sur la liturgie des Beta Israel et son aspect musical (R. Atar, Université de Bar-Ilan) puis d'une présentation de l'ouvrage de Faitlovitch intitulé Proverbes abyssins et de son actualité aujourd'hui (H. Rosen, ministère israélien de l'Immigration et de l'Absorption). Une seconde session est consacrée aux documents du fonds Faitlovitch, que ce soit des missives de Faitlovitch lui-même (A. Teffera, Université hébraïque de Jérusalem), des manuscrits en guèze (B. Podolosky, Université de Tel-Aviv) ou des prières spécifiques à la liturgie Beta Israel (M. Hayon, Institut Schechter), démontrant la richesse de cette collection. D'ailleurs, suit une visite de la collection Faitlovitch présentée par H. Admor et nombreux sont ceux qui admirent pour la première fois les clichés de l'empereur Ménélik II ou les anciennes amulettes éthiopiennes qui y sont conservés. Pour clôre ce colloque, E. Trevisan-Semi (Université Ca' Foscari de Venise) retrace l'itinéraire de Faitlovitch, de Lodz à Tel-Aviv, en montrant sa recherche constante d'un Orient mythique.


5-En somme, ce colloque, avant tout tourné vers des spécialistes qui se préoccupent, de près ou de loin, du personnage de Faitlovitch, a eu en fait un grand retentissement en attirant un large public qui comprenait, entre autres, un ancien ministre de l'Immigration et de l'Absorption (Y. Tsaban), un ex-ambassadeur d'Israël en Ethiopie, nombre d'éthiopisants, des membres de la famille Faitlovitch, des petits-enfants des premiers disciples de Faitlovitch aujourd'hui immigrés en Israël, des qésotch (chefs religieux juifs éthiopiens) ainsi que plusieurs jeunes de la communauté éthiopienne qui commencent à s'intéresser à leur propre histoire et seront peut-être les têtes de file d'une nouvelle génération de chercheurs « indigènes ».


Notes


1 Le nom Falacha est considéré comme péjoratif par les membres de la communauté juive éthiopienne en Israël, bien que Faitlovitch ainsi que d'autres chercheurs de son époque aient utilisé ce terme dans leurs écrits pour désigner ce groupe qui se nommait lui-même Beta Esra'el, « maison d'Israël ».
2 J. Halévy, « Excursion chez les Falachas, en Abyssinie », Bulletin de la Société de géographie, 1869.
3 J. Faitlovitch, Notes d'un voyage chez les Falachas (Juifs d'Abyssinie). Rapport présenté à M. le baron de Rothschild, E. Leroux éd., Paris, 1905.
4 J. Faitlovitch, Quer durch Abessinien; meine zweite Reise zu den Falashas, M. Poppelauer Verlag, Berlin, 1910.
Haut de page
Pour citer cet article
Référence papier
Lisa Anteby-Yemini, « Jacques Faitlovitch et les Juifs d'Éthiopie : un centenaire », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, 14 | 2004, 89-92.
Référence électronique
Lisa Anteby-Yemini, « Jacques Faitlovitch et les Juifs d'Éthiopie : un centenaire », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem [En ligne], 14 | 2004, mis en ligne le 18 septembre 2007, Consulté le 27 avril 2018. URL : http://journals.openedition.org/bcrfj/126

jeudi, 26 avril 2018 20:45

Une justice sénégalaise sous tutelle ?

Poster par

Il y a quelques années, la question aurait été jugée subversive. Le fait de la poser aurait été jugé comme une impertinence portant en elle-même atteinte au respect dû à la Justice. Le procureur de la République rappelle qu'une sanction pèse désormais pour tout contrevenant. Mais si la question de l’indépendance et de l’impartialité de la Justice est remise en cause, c’est en raison du traitement sélectif des dossiers judiciaires.

Une atteinte à l’Etat de droit


Nous constatons que derrière les bâtiments fortifiés de la DIC ou du Parquet, il n'y a pas d'enquêteurs autonomes et que le procureur de la République n'est qu'un fonctionnaire politique. La suspicion est renforcée dans l’opinion publique sénégalaise lorsque le président Macky Sall, évoquant le principe de l’opportunité des poursuites, avoue avoir gardé sous le coude certains dossiers ou ordonne au parquet des classements sans suite de ces "sales affaires". L'existence de décisions judiciaires régulièrement dictées par le pouvoir politique, et non par les éléments du dossier, est une atteinte à l'Etat de droit. L’indépendance est une interdiction faite au pouvoir politique de s’immiscer dans la magistrature tandis que l’impartialité est une obligation faite au magistrat de juger en toute neutralité l'affaire qui lui est soumise.

Le mythe de David contre Goliath


Le président Macky Sall qui est sensé être le garant de la justice est en train de détruire le système judiciaire, un des fondements du vivre-ensemble de la République. Toutes les décisions judiciaires sont suspectées ou regardées sous le prisme de la connivence politique. Le motif politique de la condamnation de Khalifa Sall, maire de Dakar anéantit toute objectivité de la procédure judiciaire. L’interpellation précipitée de Barthélémy Dias, un de ses proches, accusé « d’outrage à magistrat », de « discrédit sur l’ordre judiciaire et une décision de justice », démontre la connivence des relations entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.  On voit, avec plus d’acuité dans le contexte politique pré-électoral combien le discours gouvernemental se durcit et exige de la Justice d’adopter une réponse pénale toujours plus rapide, toujours plus sévère, toujours plus soucieuse de répondre aux inquiétudes d’un président obsédé par un second mandat. Au détriment d’une justice équilibrée.
Force est de constater qu’il y a une main mise sur l’arsenal judiciaire par le pouvoir politique qui bloque et détourne les règles du droit à son profit. L’institution judiciaire s’est complétement effondrée car elle est de plus en plus empêtrée dans un tissu de relations politiques et d’intérêts qui rend difficile son fonctionnement efficace et impartial. Le mythe de David contre Goliath ne serait qu’une belle histoire contée aux enfants !

Le discrédit de l’Institution judiciaire


La réputation de nos magistrats est mise à mal dans l’opinion, leur impartialité et l’indépendance remises en doute. La justice sénégalaise est à bout du souffle, dépourvue de moyens, saisie par le doute, confrontée au poids des pressions hiérarchiques et politiques. Elle dysfonctionne, avec ses lenteurs et ses corporatismes. S
inistrée, en état d'urgence absolue " la justice sénégalaise est au bord de l'embolie.Le manque de moyens et la pesanteur hiérarchique fragilisent encore plus cette institution et la transforment en une "justice sous tutelle", dont le pouvoir politique s'accommode.

L’emprise du pouvoir politique

Dans une démocratie, l’autorité judiciaire doit être placée à l’abri des tentations de l’exécutif de contrôler les affaires, non pas dans le but de donner aux magistrats davantage de pouvoirs, mais parce que l’indépendance de la justice est une garantie pour les personnes, pour protéger leurs libertés et assurer l’égalité en droits. L'impartialité est au même titre que l'indépendance un élément essentiel de la confiance du public en la justice. Mais nous déplorons la mainmise voire l’emprise du pouvoir politique sur l’appareil judiciaire. 

Au-delà des interrogations, des soupçons ou des suspicions, les citoyens sénégalais redoutent que le pouvoir exécutif ouvre une brèche dans le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs. Les arrestations, les interpellations, les menaces de poursuite et les détentions ne légitiment-elles pas les critiques d'une justice sous contrôle ? le Président « Macky Sall est-il la fontaine de toute justice ?»  

Ibrahima THIAM,

Président du mouvement UN AUTRE AVENIR

jeudi, 26 avril 2018 19:36

Méthode syllabique et son actualité

Poster par

 

Méthode syllabique et son actualité


La méthode syllabique consiste à identifier les lettres présentes dans un mot pour les associer en syllabes. L'enfant apprend donc d'abord les sons (phonèmes) que forment les lettres ou les ensembles de lettres (graphèmes), pour ensuite les identifier dans les mots. La méthode syllabique est évolutive et prend du temps : les élèves commencent d'abord par apprendre l'alphabet, puis à associer les lettres entre elles afin de former des syllabes, puis des mots. Par exemple, les enfants doivent d'abord avoir appris à reconnaître et prononcer les sons "bon" et "an" pour pouvoir reconstituer et lire les mots "bonbon" et "dans".

Des problèmes de lecture fréquents


40% des enfants ont de graves difficultés en lecture et en écriture à la fin du primaire
120 000 élèves entrent chaque année au collège sans maîtriser la lecture et l'écriture.
95% des enfants qui fréquentent les cabinets d'orthophoniste ont simplement appris avec des méthodes inappropriées.


15 % des enfants sortent du primaire quasi illettrés.
La solution : ne pas se tromper de méthode
Il existe plus d'une dizaine de méthodes reconnues pour leur efficacité. Elles respectent toutes le b.a.-ba. pour permettre à l'enfant d'apprendre en sécurité, sans devinette.
L'important dans une méthode, c'est sa progression : aller du plus simple au plus compliqué.


Toutes les méthodes ne se valent pas


Méthode mixte : Dès les premières leçons, l'enfant a des phrases entières à lire. Il doit lire des mots comportant des lettres qu'il ne connaît pas. Il les photographie et les retient par cœur. L'enfant est perdu devant des mots qu'il n'a jamais vus.
Résultat : l'enfant est dépendant.


Méthode syllabique :

L'enfant apprend d'abord les lettres puis il s'exerce à les assembler. Il n'a sous les yeux que des mots qu'il peut entièrement déchiffrer. Il commence par des mots simples. L'enfant peut lire seul tous les mots nouveaux.


Résultat : l'enfant est autonome.
Syllabique : une efficacité prouvée
Étude comparant les méthodes entre elles
Mixte : 24 % d'élèves en très grande difficulté
Syllabique : 1 % d'élèves en très grande difficulté
24% des élèves qui apprennent avec des méthodes mixtes sont en très grande difficulté contre 1% seulement avec des méthodes syllabiques.
Source : Braibant et Gérard, 1996.

Classement international : En 2012, la France est 29e sur 40 dans le classement PIRLS.
En 2012, la France est 29e sur 40 dans le classement PIRLS. Le dernier classement international l'atteste. PIRLS compare les aptitudes en lecture et écriture des enfants de 10 ans. La Grande-Bretagne a gagné huit places en 6 ans en adoptant des méthodes syllabiques. Dans le même temps, la France perdait six places.

Lire la suite SOS Education Apprendre à lire au CP - SOS Education http://soseducation.org/apprendre-a-lire-au-cp#ixzz5DoBeWwNl

 

Machiavel contre le machiavélisme : "un penseur de la liberté mal comprise"

Un auteur mal compris victime d'un ouvrage ( La prince)  alors qu'il a pensé des théories sur la liberté et autres. Un auteur à relire. P B Cissoko  


Au début du XVIe siècle, le philosophe florentin Nicolas Machiavel a ouvert la voie à la pensée politique moderne. On associe souvent son nom à l'action de gouvernants cyniques et manipulateurs. Forgée par ses détracteurs, cette « mauvaise réputation » cache en fait un authentique théoricien de la liberté et du pouvoir populaire.


par Olivier Pironet


https://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/PIRONET/

On ne compte plus les études, biographies, colloques qui ont célébré cette année le cinq centième anniversaire du Prince (1). Dans cet opuscule consacré à l'art de gouverner, Nicolas Machiavel (1469-1527) expose sans détour « ce qu'est la souveraineté, combien d'espèces il y en a, comment on l'acquiert, comment on la perd (2) ». Il dévoile ainsi les rouages du pouvoir et les fondements de l'autorité, ce qui lui a valu une réputation sulfureuse, des interprétations contradictoires, et a fait de son ouvrage « le livre de pensée politique le plus lu et commenté (3) » depuis un demi-millénaire.


Ecrit en 1513, Le Prince est publié à titre posthume en 1532 — fait rare, c'est donc sa rédaction que l'on commémore — et mis à l'Index par l'Eglise catholique, comme tous les livres du Florentin, de 1559 jusqu'à la fin du XIXe siècle. En 1576, l'auteur huguenot Innocent Gentillet contribue à forger sa mauvaise réputation en inventant le terme de « machiavélisme », promis à un bel avenir. Du penseur Jean Bodin (1529-1596), qui l'accuse d'avoir « profané les mystères sacrés de la philosophie politique », au savant Bertrand Russell (1872-1970), pour qui Le Prince est un « manuel pour gangsters », Machiavel passe communément pour le théoricien cynique du pouvoir et des techniques de manipulation, celui qui murmure à l'oreille des tyrans.


Pourtant, sa pensée se prête aussi à de tout autres interprétations (4). Le Prince est le « livre des républicains », selon Jean-Jacques Rousseau ; celui où « Machiavel lui-même se fait peuple », pour Antonio Gramsci. A vrai dire, des penseurs de la Contre-Réforme, au XVIe siècle, jusqu'aux libéraux du XXIe siècle, en passant par les auteurs des Lumières, les Jacobins, les marxistes, les fascistes ou les néorépublicains, tous y sont allés de leur lecture. Aujourd'hui, le Florentin inspire tout autant des romans policiers ou des jeux vidéo (5) que des bréviaires de « management entrepreneurial » ou même de « gouvernance familiale » — comme Machiavelli for Moms (« Machiavel pour les mamans »), de Suzanne Evans (Simon & Schuster - Touchstone, 2013)...


Dans son autre œuvre majeure, les Discours sur la première décade de Tite-Live, publiés en 1531, Machiavel examine, en relisant l'histoire romaine, les principes du régime républicain, et démontre sa supériorité par rapport aux systèmes despotiques ou autoritaires (principati).

Le Prince et les Discours s'articulent autour d'une même problématique : comment instaurer et maintenir un régime d'autonomie et d'égalité — la république — dans lequel les rapports de domination sont exclus ?

Comment constituer un Etat libre fondé sur des lois communes, des règles de justice et de réciprocité et la réalisation du bien public ?

Le Prince, théorie de la fondation de la république, ou de sa refondation en situation de crise, ainsi que des méthodes adéquates — parfois violentes — pour en construire les piliers, et les Discours, réflexion sur la forme qu'elle doit prendre — la démocratie — comme sur les moyens de la préserver, sont indissociables. Tous deux naissent du contexte historique où Machiavel les rédige et de la tradition intellectuelle dans laquelle il s'inscrit pour mieux s'en détacher.


Quand il s'attelle au Prince, la République florentine, qu'il a servie pendant quatorze ans en tant que haut diplomate, minée par les divisions et la corruption, vient d'être renversée par les partisans des Médicis avec l'aide des Espagnols (septembre 1512). L'intermède républicain a duré dix-huit ans : une république théocratique, de 1494 à 1498, placée sous l'autorité du moine Jérôme Savonarole, puis une république laïque, de 1498 à 1512. Depuis des décennies, la Péninsule est soumise aux appétits des grandes monarchies qui s'allient au gré de leurs intérêts avec les nombreuses cités-Etats du pays, empêchant l'unification territoriale et nationale que Machiavel appelle de ses vœux. C'est cette situation qui explique l'objet du Prince : il s'agit pour son auteur de réfléchir aux moyens de rétablir la république dans la cité toscane et d'édifier un Etat suffisamment fort pour « prendre » (unifier) l'Italie et la « délivrer » des puissances étrangères. Le Prince s'adresse à celui qui sera capable de réaliser ce double objectif.


C'est à la fois un manuel d'action pour répondre à l'urgence et une réflexion sur la nature du pouvoir, dans la lignée des ouvrages didactiques en vogue parmi les humanistes. Il rompt néanmoins avec les idéaux classiques. Et édicte les préceptes et méthodes que doit suivre le (re)fondateur d'un Etat, en inversant le rapport traditionnel de subordination de la politique à la morale au nom de la « vérité effective des choses » : l'art de gouverner obéit à des règles spécifiques liées à l'instabilité des relations humaines (les hommes suivent leurs intérêts et leurs passions, dont l'ambition) ainsi qu'à l'irrationalité de l'histoire. Tout dirigeant doit connaître ces règles s'il veut « se préserver » et « maintenir l'Etat ».
En définissant la politique comme un champ d'action et de réflexion autonome sur lequel la morale n'a pas prise, Machiavel déclenche, pour citer Louis Althusser, une « véritable révolution dans le mode de penser (6) », qui débouchera plus tard sur la constitution de la science politique moderne. C'est cette innovation qui lui vaudra tant d'inimitiés. Les uns lui reprochent d'avoir mis au jour les mécanismes de la domination et enseigné aux gouvernés comment les gouvernants s'y prennent pour asseoir leur pouvoir ; les autres d'avoir détruit, au nom de l'efficacité de l'action, le lien intrinsèque existant selon eux entre la politique, la morale et la religion.


Machiavel développe cependant une autre problématique essentielle. Selon lui, chaque régime repose sur l'opposition fondamentale entre deux grandes classes, ou « humeurs » (umori) sociales, qui en détermine la forme : le peuple, c'est-à-dire le commun des citoyens, et les grands, ceux qui constituent l'élite sociale, économique et politique. Les seconds, minoritaires, veulent la domination ; le premier, majoritaire, la conteste. « Et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »


Aucun Etat ne peut faire l'économie de cette division sociale : le conflit entre les deux classes, qui recouvre des différences de rang, de richesse et d'aspirations, est universel, et sans résolution définitive possible. Pour diriger, il faut choisir un camp. Pour Machiavel, ce ne peut être que celui du peuple, « car ses buts (...) sont plus honnêtes que ceux des grands, les uns voulant opprimer, l'autre ne pas être opprimé ». La monarchie, ce principato autoritaire que Machiavel voit également dans l'oligarchie, est incapable de résoudre la question sociale. Il faut donc lui préférer un régime républicain, seul système à même de garantir l'égalité des citoyens, la réalisation du bien public et l'indépendance du pays.
Mais cette république, comme le précisent les Discours, ne peut s'appuyer que sur l'institution de la discorde civile entre les élites et la plèbe, autrement dit sur la reconnaissance politique du conflit inhérent à la cité. L'idée d'une société pacifiée est un mythe, voire une aberration. Machiavel estime ainsi que la République romaine « n'arriva à [sa] perfection que par les dissentiments du Sénat et du peuple ».


Par là, il s'écarte radicalement du modèle classique, selon lequel l'Etat doit reposer sur des rapports de concorde. Pour lui, au contraire, l'institution de cette discorde civile est le fondement même de la liberté : « Dans toute république, il y a deux umori (...) et toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition. » C'est pourquoi il est essentiel de mettre en place un dispositif légal par lequel le peuple puisse faire entendre ses revendications et ses droits.


Une fois admise la participation commune du peuple et des grands au pouvoir par le biais de leur opposition, la question se pose de savoir à qui confier la « garde de la liberté » et le soin de veiller au bon fonctionnement des institutions. Ce problème est d'une importance capitale, car du contrôle de l'intérêt public par l'une ou l'autre de ces deux catégories dépendent la solidité et l'unité de l'Etat. Quelle forme la république doit-elle donc prendre : aristocratique ou démocratique ?
Alors que la grande majorité des penseurs républicains de son époque prônent une oligarchie, le Florentin préconise l'instauration d'une république populaire (stato popolare) fondée sur l'autorité suprême d'une assemblée au sein de laquelle le peuple peut participer, au même titre que les grands, à la direction des affaires de la cité. Il qualifie ainsi, dans le Sommaire des choses de Lucques, de « bonne disposition » le fait qu'un « conseil général ait autorité sur les citoyens, parce que c'est un frein efficace contre les ambitions de certains. (...) Le grand nombre sert à sévir contre les grands et contre l'ambition des riches ». Est plus à même de protéger la liberté et l'égalité, celui qui a intérêt à les voir se maintenir : « Il faut toujours confier [le dépôt de la liberté] à ceux qui ont le moins le désir de la violer. »


En revanche, quand ce ne sont pas « ceux qui [ont] le plus de mérite, mais ceux qui [ont] le plus de puissance » qui occupent les fonctions élevées de l'Etat, un autre conflit apparaît : la division entre groupes d'intérêts rattachés le plus souvent à des clans familiaux, à des systèmes clientélistes ou à des monopoles financiers — ce que Machiavel range sous le nom de sette (factions, lobbys). Dès lors que « les riches seuls et les puissants propos[ent] des lois, bien moins en faveur de la liberté que pour l'accroissement de leur pouvoir », l'Etat est miné à sa racine même, corrompu. C'est ainsi que la République romaine se perdit, comme la République florentine.
Que faire alors ? Les citoyens « doivent examiner la force du mal, et, s'ils se sentent capables de le vaincre, l'attaquer sans considération ».


Olivier Pironet


(1) Signalons l'étude d'Emmanuel Roux, Machiavel, la vie libre, Raisons d'agir, Paris, 2013, 267 pages, 20 euros. Filippo Del Lucchese, auteur de Tumultes et indignation. Conflit, droit et multitude chez Machiavel et Spinoza (éd. Amsterdam, Paris, 2010), a coordonné un site Internet autour du Prince, « Machiavelli : A multimedia project ». Cf. également John P. McCormick, Machiavellian Democracy, Cambridge University Press, 2011.
(2) Lettre à Francesco Vettori, 10 décembre 1513.
(3) Emmanuel Roux, op. cit.
(4) Sur les différentes interprétations de la pensée du Florentin, cf. Claude Lefort, Le Travail de l'œuvre Machiavel, Gallimard, Paris, 1986 (1re éd. : 1972).
(5) Cf. Ranieri Polese, « Machiavel mène l'enquête », Books, n° 46, Paris, septembre 2013.
(6) Louis Althusser, L'avenir dure longtemps, Flammarion, coll. « Champs essais », Paris, 2013 (1re éd. : 1992).

 

Ce sujet est à discuter et non à polémiquer, nous suggérons cette lecture pour faire évoluer les pensées. Quiconconque ne peut verser un plus qu'il s'abstienne. On est obligé à présent  d'avertir pour éviter des insultes ou autres. La liberté de penser/pensée n'exclut pas la retenue et la politesse.P B C


FIGAROVOX/ANALYSE - Alors qu'un document officiel canadien a été modifié par le gouvernement de Justin Trudeau, qui a supprimé le qualificatif «barbare» désignant certaines pratiques, notamment l'excision des femmes, une polémique est née qui révèle pour Caroline Valentin les limites du multiculturalisme d'État.


« Il est vrai que les autres cultures veulent nous imposer des manières de faire alors que nous avons les nôtres. Dans un monde global, certains ont tendance à vouloir juger les autres cultures et à les taxer de barbares ou autres qualificatifs.
Ce sujet est délicat et le canada est un pays qui respecte beaucoup les cultures, les appartenances et les identités. C'est un pays qui essaie de purifier la langue pour enlever tout ce qui peut porter à polémique mais ce n'est pas toujours facile.
La notion de barbare est un concept utilisé depuis pour justifier les missions civilisatrices, l'esclavage aussi. C'est la même chose pour le concept de primitif qui avait été perçu comme ce qui serait arriéré (Ceux qui suivent l'actualité du MAO ou la bataille sur les arts archaïques ou premiers comprennent cela). Non le primitif est premier ce qui est venu en premier et il n'y a pas ; lieu de juger ce qui est venu avant en le comparant à ce qui est venu après. S'il y a à comparer c'est juste pour évaluer les modifications ou avancées.
Mais si le 1 er ministre du canada dit que taxer de barbare l'excision est une tendance suprématiste je le comprends mais je lui dirai que c'est un acte violent et qui porte atteinte à la personne qui n'a pas donné son consentement.
Si on viole la liberté de la femme au nom de la coutume, je dis qu'il y a violence. Ce sujet est très intéressant et j'espère que la lecture de cet article avec les apports des uns et des autres nous permettront d'affiner nos idées ».P B Cissoko


Lire cet ouvrage    Caroline Valentin est coauteur d'Une France soumise, Les voix du refus (éd. Albin Michel, 2017).


Sarah, en Egypte: «J'avais huit ans. Je me souviens de la violence, de ces femmes qui m'ont attrapée et écarté les jambes. Il y a eu cette douleur atroce et du sang, partout. (...) J'ai vu les autres se faire couper devant moi, je ne comprenais rien, j'avais peur. J'ai essayé de m'enfuir, on m'a rattrapée, frappée. Et puis on me l'a fait. (...) Après l'excision en forêt, nous avons toutes été conduites dans une maison où nous sommes restées une bonne semaine. (...) Il manquait une de nos amies. Nous avons appris que la petite était morte à la suite d'une hémorragie. A la fin de la semaine, une fête a été organisée pour célébrer notre excision. Quand j'y pense ...».


Leyla, Egyptienne, 13 ans à l'époque, déjà mariée, vendue à un homme de 65 ans pour deux vaches, un poulailler et l'accès à un puits ...: «On ne m'a pas dit que j'allais perdre l'organe qui me donnerait du plaisir, on ne m'a pas dit que j'allais subir des souffrances atroces, on ne m'a pas dit que j'allais être traumatisée à vie, physiquement et psychologiquement. On ne m'a pas dit que les rapports sexuels deviendraient extrêmement douloureux. On ne m'a pas dit que Samiha, mon amie d'enfance, développa des abcès et décéda suite à des hémorragies à l'âge de 13 ans aussi. On ne m'a pas dit que ma cousine Bibi devint stérile et que ma deuxième cousine Malaki fut contaminée par le virus du sida».
Leyla encore: «Vingt ans plus tard, les séquelles de la violence subie en étant enfant et adolescente n'ont pas disparu. Les cauchemars sont fréquents, les douleurs physiques, et la douleur de l'âme encore plus.»


Mariétou: «Je ne serai jamais une fille «normale» je dirai même jamais une fille tout simplement. Car on m'a enlevé ce qui pour moi me faisais être une vraie fille. J'en voulais à ma famille qui m'a fait subir cela, à la société et même au bon Dieu qui m'a donné cette famille avec ces traditions bêtes, animales et inhumaines.»


Internet regorge de ces témoignages. La sauvagerie et la brutalité des faits rapportés vous prennent à la gorge. Sans parler des vidéos, encore plus insoutenables. Témoignages nombreux, témoignages de pratiques d'un autre âge mais témoignages d'aujourd'hui. Car ces témoins sont souvent, aujourd'hui encore, des femmes jeunes.
Il faut dorénavant compter avec le zèle des multiculturalistes au pouvoir au Canada.


Devant la violence et la douleur qui émanent de ces récits tragiques, la moindre des choses que nous aurions pu espérer aurait été un condamnation absolue, spontanée et sans équivoque de ces pratiques barbares, et le mot est important. Par respect pour ces femmes, victimes, alors qu'elles n'étaient que des enfants, d'un crime de sang demeuré impuni. Par respect pour nous, pour ce en quoi nous croyons et ce que nous avons la prétention d'incarner: le respect de l'individu, de ses droits, de ses libertés, de sa dignité, de son intégrité physique.


On aurait pu l'espérer et c'est fort heureusement le cas dans la plupart des grandes démocraties libérales occidentales. La plupart mais pas nécessairement durablement. Il faut en effet dorénavant compter avec le zèle des multiculturalistes au pouvoir au Canada, engagés dans une révolution culturelle si radicale qu'on peut se demander si elle n'est pas susceptible d'affecter certains des repères les plus familiers de notre décence occidentale commune.


Une précision sémantique s'impose. Certaines sociétés sont multiculturelles de fait, en ce sens qu'elles accueillent depuis longtemps et comptent en leur sein des individus qui sont issus de cultures différentes de la culture majoritaire. C'est le cas de la plupart des pays occidentaux, et c'est le cas de la France, encore plus d'ailleurs qu'au Canada. Sociétés multiculturelles donc, mais pas nécessairement sociétés multiculturalistes comme le Canada pour autant. Car il y a deux manières d'envisager la cohabitation de cultures différentes au sein d'une même société: le modèle français traditionnel d'intégration, appliqué pendant des décennies, demandait aux immigrés d'apprendre à connaître et de respecter la culture française, et, en cas de conflit avec leur culture d'origine, de faire prévaloir les normes et valeurs françaises. Ce modèle n'entrave ni n'interdit l'évolution de l'identité culturelle de la population majoritaire, évolution qui dépend naturellement aussi de l'influence des cultures importées, mais cette influence ne peut affecter certaines valeurs qui font consensus dans la société et qui sont jugées indépassables et inaltérables, telles l'égalité des droits des citoyens ou le respect de l'intégrité physique des individus.
Le Canada a décidé il y a quarante-six ans que ce qui le caractérisait ne serait plus sa culture propre, celle de ses peuples fondateurs, mais son ouverture à la diversité.


A l'opposé, le Canada a décidé il y a quarante-six ans que ce qui le caractérisait ne serait plus sa culture propre, celle de ses peuples fondateurs (Canadiens-Anglais et Canadiens-Français) mais son ouverture à la diversité. Les conflits culturels ne se résolvent pas par un principe hiérarchique de la prééminence de la culture de l'accueillant sur celle de l'accueilli mais par l'accommodement que l'accueillant mettra à disposition de l'accueilli pour lui permettre de vivre sa culture comme il la vivait dans son pays d'origine. Toutes les cultures représentées sur son territoire peuvent coexister, car elles sont toutes aussi légitimes les unes que les autres, toutes aussi valables les unes que les autres. Dès lors, comme l'explique très bien le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, le modèle multiculturaliste canadien se caractérise par «l'inversion du devoir d'intégration. Ce n'est plus aux immigrants de prendre le pli identitaire de la société d'accueil. C'est à cette dernière de se reconstruire pour accommoder la diversité».
Générosité, tolérance, ouverture d'esprit, le modèle multiculturaliste a une esthétique certaine. Quel humaniste resterait insensible à cette déclaration d'amour au monde? Et après tout, changer, progresser, s'adapter, n'est-ce pas finalement dans l'ordre des choses? Sauf que quand il s'agit de passer à l'application concrète de ces belles idées, les compromis faustiens qu'elles impliquent apparaissent petit à petit. C'est ce qu'illustre précisément la controverse sur ce sujet des mutilations sexuelles féminines qui a récemment éclaté au Canada.


L'histoire est la suivante: le gouvernement du sémillant Justin Trudeau, premier ministre du Canada, prépare une refonte du guide Découvrir le Canada: les droits et responsabilités liés à la citoyenneté, remis à chaque nouvel arrivant. Pourquoi cette réforme? Notamment car la version initiale, élaborée en 2011 par le gouvernement des méchants conservateurs rétrogrades, prévenait les futurs immigrés que le Canada ne saurait accepter «les pratiques culturelles barbares qui tolèrent la violence conjugale, les «meurtres d'honneur», la mutilation sexuelle des femmes, les mariages forcés ou d'autres actes de violence fondée sur le sexe.» Justin avait tiqué: «barbares», c'était trop pour lui ; il aurait préféré que le guide employât l'expression plus neutre de «totalement inacceptables». «Dans une publication officielle du Canada, s'était-il insurgé, il faut faire un petit effort de neutralité responsable». Pour le dire autrement, qualifier ce qui était arrivé à Sarah, Leyla, Samiha, Malika, Mariétou et tant d'autres fillettes de «barbare», c'était, selon Justin, la preuve de l'irresponsabilité du gouvernement conservateur, ni plus ni moins.


Or il y a cinq ans, Justin Trudeau n'était qu'un simple député ; être le fils de Pierre Elliott Trudeau, ancien premier ministre et grand timonier du multiculturalisme canadien, ne suffisait pas à en imposer. La pluie de critiques qui s'était abattue sur lui l'avait alors contraint à faire marche arrière et à s'excuser des propos qu'il avait tenus, en des termes à première vue assez clairs: «Je crois que les actes décrits sont haineux, que ce sont des actes barbares qui sont complètement inacceptables dans notre société. Je retire mes commentaires et je m'excuse s'ils ont été interprétés comme minimisant la nature cruelle et sérieuse des meurtres d'honneur ou tout autre acte violent».


Mais il n'avait malheureusement pas résisté à la tentation de justifier sa déclaration initiale, dans des termes cette fois beaucoup plus confus: «Mon problème avec l'utilisation du mot «barbare», c'est qu'il a été choisi pour rassurer les Canadiens plutôt que pour changer réellement des comportements inacceptables. La valeur subjective de ce mot fait en sorte qu'il est facile de le voir comme une insulte plutôt que comme une déclaration officielle», en laissant entendre que les sociétés culturelles issues des pays où ces pratiques sont tolérées sont «moins civilisés que nous».
Pour Justin Trudeau, l'incitation à l'abandon de ces pratiques serait d'autant plus convaincante que la condamnation dont elles font l'objet est moins brutale.


Pour Justin Trudeau, dire «barbare» rassure et ne sert à rien. Dire «inacceptable» serait plus efficace pour inciter à l'abandon de ces pratiques car les personnes concernées ne se sentiraient pas insultées. En d'autres termes, pour Justin Trudeau, l'incitation à l'abandon de ces pratiques serait d'autant plus convaincante que la condamnation dont elles font l'objet est moins brutale. Il admet cependant que la subjectivité de la condamnation est un problème, mais, étrangement, il voit de la subjectivité dans l'adjectif «barbare» et non dans l'adjectif «inacceptable».


Or, «inacceptable», c'est ce qu'une société n'accepte pas à un certain moment de son histoire, et à un moment où cette société partage certaines idées, qui sont fluctuantes dans le temps ; au contraire, le qualificatif «barbare», lui, rejette de manière absolue et permanente ce type de pratiques en dehors du monde des possibles. Or, si aujourd'hui, juger que ces pratiques sont «inacceptables» plutôt que «barbares» aboutit à une même condamnation de celles-ci, ce changement de paradigme risque en revanche d'avoir des conséquences importantes au fur et à mesure de l'évolution des mœurs du Canada, évolution d'autant plus rapide qu'elle se fait là-bas sous l'égide du multiculturalisme. Et si demain, une majorité des membres de la société venait à ne plus être révoltée par ses actes, il faudrait alors les considérer comme acceptables.


En réalité, cette intervention de Justin Trudeau est loin d'être anecdotique. Passer de la notion de barbarie à celle d'acceptabilité relève d'un changement radical d'orientation du jugement dans la mesure où l'on ne se base plus sur un critère de nature mais sur un critère de degré. A travers cette déclaration, Justin Trudeau manifeste son hostilité à l'opposition classique entre civilisation et barbarie et à l'intransigeance que cette opposition suppose. Le grand philosophe polonais Leszek Kolakowski analyse très judicieusement l'implication très profonde de ce changement de paradigme quand il écrit que l'universalisme culturel «se contredit si sa générosité va jusqu'à ignorer les différences entre universalisme et exclusivisme, tolérance et intolérance, lui-même et la barbarie. ; et il se contredit lui-même si, dans l'idée d'éviter la tentation d'être barbare, il concède aux autres un droit à la barbarie.»


Or les conséquences de ce renoncement sont susceptibles d'être à terme d'autant plus considérables pour le Canada qu'il n'a pas forcément les moyens juridiques pour se protéger des dérives de ce parti pris idéologique, nous y reviendrons.


Reprenons le cours de notre épisode politique. La sincérité des excuses formulées en 2011 par Justin Trudeau parlementaire a pris un sérieux coup dans l'aile début 2017, quand son ancien ministre de l'immigration, John McCallum, a annoncé cette refonte du guide de citoyenneté, mentionnant expressément la suppression de cette qualification de «barbares», jugée un peu trop «lourde».
Le gouvernement Trudeau et les autres premiers ministres libéraux tiennent dur comme fer à ce que le Canada reste aux yeux du monde le « laboratoire admiré de l'expérience multiculturaliste ».
Et de fait, dans le document de travail que la presse canadienne s'est procuré il y a quelques jours, toute référence à ces pratiques de violence exercée à l'encontre des femmes et des fillettes a pour le moment disparu. Ce document n'est que provisoire, certes, mais compte tenu des déclarations antérieures de Justin Trudeau et de John McCallum, on peut être sûr d'une chose: le mot «barbare» ne figurera pas dans la prochaine version.

Le gouvernement Trudeau et les autres premiers ministres libéraux tiennent dur comme fer à ce que le Canada reste aux yeux du monde le «laboratoire admiré de l'expérience multiculturaliste», pour reprendre la formule percutante de Mathieu Bock-Côté.


Evolution ou plutôt révolution, et au forceps: le modèle multiculturaliste a été introduit au Canada en 1971 sous l'impulsion du gouvernement libéral de Trudeau père. Le projet multiculturaliste a été consacré par une loi constitutionnelle de 1982, aujourd'hui irréformable. Une loi de 1988 est venue la préciser et en élargir la portée. Depuis lors, les identités culturelles des peuples fondateurs du Canada, Canadiens-Français et Canadiens-Anglais, et en particulier l'identité québécoise qui est censurée, n'ont plus voix au chapitre. Le multiculturalisme est devenu, par la force du droit et contre l'entêtement de la réalité - notamment l'existence d'une très grande majorité de Québécois qui lui sont hostiles - une «caractéristique fondamentale de l'identité et du patrimoine canadiens» qualifiée de «ressource inestimable pour l'avenir du pays». Il s'agit désormais de «préserver et valoriser le patrimoine multiculturel des Canadiens» - car ce patrimoine ne peut plus être que «multiculturel», bien entendu - et, dans cette veine, de «favoriser la reconnaissance et l'estime réciproques des diverses cultures du pays», et de «promouvoir l'expression et les manifestations progressives de ces cultures dans la société canadienne.» Encore une fois, ces phrases ne sont pas des déclarations d'intention, ce sont des textes de lois: ils ont valeur contraignante, les citoyens doivent s'y plier.


Si l'on reprend le texte suscité, qu'est ce qui protège encore le Canada de l'obligation d'accepter ces mutilations sexuelles comme une «manifestation culturelle» que la loi de 1988 impose, en tant que telle, de «reconnaître», d'«estimer» (!) , dont il convient de «promouvoir l'expression»?


La situation est donc plus grave qu'il n'y paraît. La réforme annoncée du Guide de citoyenneté n'a peut-être qu'une valeur symbolique, mais elle révèle surtout la fragilité juridique des valeurs canadiennes depuis la constitutionnalisation du multiculturalisme. Guillaume Rousseau, professeur de droit public à l'Université de Sherbrooke, confirme qu'il y a là un réel sujet d'inquiétude. Le multiculturalisme a une prééminence juridique telle que tous les autres droits et libertés doivent être interprétés à son aune. Tous sont susceptibles d'être étendus pour certains individus et restreints pour d'autres. Ainsi, par exemple, au Canada, on peut avoir, pour des motifs religieux, plus de jours de congé que ses collègues.


Certes, la formulation timide de l'article 1 de la Charte canadienne des droits et libertés permet encore de conserver quelque espoir de contenir l'expansion débridée des revendications multiculturalistes «dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d'une société libre et démocratique». Mais si une revendication communautariste est acceptée par la Cour suprême au motif que la refuser serait discriminatoire, et la protection de la liberté religieuse favorisera cette reconnaissance, il appartiendra au procureur général, fédéral ou provincial, de prouver que refuser cette revendication est «raisonnable» et «justifiable dans le cadre d'une société libre et démocratique».


Sauf que la liberté et la démocratie ne sont malheureusement plus des concepts opérants pour freiner les ambitions des communautarismes religieux: l'islam politique a démontré à quel point il lui est facile d'utiliser ces valeurs typiquement occidentales pour imposer petit à petit une culture qui les nie. Le Canada a ainsi accepté sans broncher de considérer le niqab comme un symbole religieux et non comme le marqueur communautariste radical qu'il est pourtant.


Est-il raisonnable de laisser aller un collégien avec un poignard à l'école, au motif que ce poignard est symbolique dans la religion de ce collégien ?


Quant à savoir si une revendication communautariste est «raisonnable» ... Etant donné la vision du monde qui sous-tend la politique du gouvernement Trudeau en général, et la réforme de ce guide citoyen en particulier, y a-t-il encore un consensus aujourd'hui au Canada sur ce qui est «raisonnable»? Est-il raisonnable de laisser aller un collégien avec un poignard à l'école, au motif que ce poignard est symbolique dans la religion de ce collégien? Les juges canadiens l'ont autorisé. Est-il raisonnable de laisser témoigner devant une cour de justice une femme qui refuse d'enlever son niqab et sur l'identité de laquelle on n'a donc aucune certitude? Les juges canadiens l'ont également autorisé. Est-il raisonnable, pour une ministre d'une nation occidentale professant aussi l'égalité des sexes et pas uniquement celles des races, religions, couleur, âge etc., de se voiler pour s'adresser à la communauté musulmane ou pour se rendre dans une mosquée, et d'accepter à cette occasion un traitement différent de celui réservé aux hommes? Cela a été fait, notamment par la première ministre de l'Alberta et par celle de l'Ontario, ainsi que par les femmes du cortège de Justin Trudeau qui l'accompagnaient en visite dans une mosquée l'an dernier.


D'autant que concernant les mutilations sexuelles féminines, certaines voix commencent à évoquer ici et là l'enjeu éthique de la médicalisation de l'excision, voire de suggérer des opérations d'altération génitale féminine symboliques - une petite entaille qui guérirait sans laisser de traces ni avoir de conséquence physiologique - et qui s'apparenterait donc à la circoncision masculine.


Cette pratique médicale permettrait, selon ses promoteurs, de mettre fin à des politiques générales d'interdiction des pratiques de mutilations sexuelles, qui ont cours dans les sociétés et que certains jugent «culturellement suprématistes» (lire: une manifestation condescendante de ce que la culture majoritaire se voit comme supérieure aux cultures immigrées). Or, contrairement à la circoncision masculine, cette opération, si inoffensive médicalement puisse-t-elle devenir un jour, permettrait, par la perpétuation de ces pratiques, la légitimation, dans notre univers occidental, d'une philosophie qui repose sur des préjugés profondément négatifs, insultants et irrespectueux vis-à-vis des femmes.

Cette philosophie, c'est ce qu'a encore récemment illustré le discours tenu en juin dernier par l'imam Shaker Elsayed du centre islamique de Falls Church ; c'est également ce qui ressort du témoignage de Mariétou quand elle explique que «dans ma famille, quand tu n'es pas excisée, tu deviens la risée de tout le monde. Les femmes ainsi que les jeunes filles se moquent de toi et il y a même un nom spécial qui t'est attribué: «bilakoro». C'est un terme bambara que l'on utilise pour désigner une personne souillée, un garçon manqué ou une personne sans pudeur. C'est un qualificatif très péjoratif ; il n'y a rien de pire que de traiter une jeune fille de «bilakoro».»


Son projet multiculturaliste privilégie systématiquement et sans états d'âme les religions au détriment des droits des femmes.


Ces arguments seront-ils jugés suffisants dans le Canada multiculturaliste de Justin Trudeau pour fermer la porte à une revendication communautariste quant à l'autorisation de pratiquer des excisions «éthiques»? Rien n'est moins sûr. Si la question est un jour soulevée, il s'agira alors de résoudre un conflit entre revendications religieuses et revendications féministes. Cette situation ne sera pas nouvelle, le Canada y a déjà été confronté à travers toutes les revendications liées au port du voile islamique et sa jurisprudence en la matière est constante: son projet multiculturaliste privilégie systématiquement et sans états d'âme les religions au détriment des droits des femmes.


Apparaît alors clairement la signification profonde de cet épisode politique consternant. En intronisant le multiculturalisme comme super-religion d'Etat, le Canada a pris la décision grave de soumettre tout son corpus de valeurs culturelles, civilisationnelles, historiques et politiques, à d'autres valeurs, appréciées non pas pour ce qu'elles sont mais pour d'où elles viennent, et ce, sans les connaître. En réduisant le champ de sa morale à la morale de conviction, à la générosité, à la gentillesse, à la tolérance, sans se soucier de la morale de responsabilité, des conséquences en somme qui en constitue le «cœur intelligent» (pour reprendre l'expression d'Alain Finkielkraut), le modèle multiculturaliste révèle sa nature totalement utopique. Cela explique sans doute son hermétisme total aux réalités susceptibles de le désavouer. Ainsi, l'expérience catastrophique du multiculturalisme britannique et les tensions sécessionnistes, certes encore assez locales mais de plus en plus nombreuses et virulentes, auxquelles la France est confrontée depuis qu'elle a renoncé en catimini à son modèle d'intégration, restent absolument sans impact sur la foi inébranlable des partisans du multiculturalisme dans les prétendues vertus pacifiantes de leur modèle.


Le Canada, et toute l'élite internationale qui soutient et encourage son projet multiculturaliste, manifestent là une naïveté aussi arrogante que confondante. Le monde a pourtant suffisamment souffert de ces expériences de savants cosinus désireux de faire le bonheur des hommes contre leur gré pour qu'on ait pu espérer s'en épargner de nouvelles. D'autant que cette fois, parce que ces inégalités infra-culturelles de considération et de traitement les concernent au premier chef, ce sont les femmes qui sont au centre des enjeux civilisationnels posés par le multiculturalisme. Ce sont elles qui s'apprêtent encore à payer le tribut le plus lourd à un choix de société qui n'a fait ses preuves nulle part.


http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/08/01/31002-20170801ARTFIG00115-trudeau-le-canada-et-l-excision-derriere-la-polemique-le-paradoxe-du-multiculturalisme.

Le président français a été reçu en grande pompe lundi 23 avril à Washington par Donald Trump au premier jour d'une visite d'Etat que la France et les Etats-Unis veulent riche en symboles et en démonstrations d'amitié en dépit des divergences persistantes sur l'Iran, le commerce et le climat. Dossiers qui ne seront abordés que ce mardi.

«Cette visite est très importante dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui, avec beaucoup d'incertitudes, beaucoup de troubles et parfois beaucoup de menaces », a souligné Emmanuel Macron à son arrivée à Washington, en début d'après-midi sur la base aérienne d'Andrews. « Nous avons les Etats-Unis comme la France une responsabilité toute particulière (...) nous sommes les garants du multilatéralisme contemporain et je crois que nous avons à travers ces échanges beaucoup de décisions à prendre et à préparer. »

Le déplacement présidentiel a commencé par un bain de foule au mémorial de Lincoln avant de se poursuivre à la Maison Blanche, en fin d'après-midi. Par une courte visite du Bureau ovale d'abord...

... Puis dans les jardins du lieu de pouvoir américain. Deux pelles dorées et un peu de terre remuée : Emmanuel Macron et Donald Trump ont endossé pour quelques secondes les habits de jardiniers pour planter un chêne offert par la France.

En tenue de soirée et accompagnés de leurs épouses, les deux présidents ont posé tout sourire devant les objectifs avant de « planter » ce chêne, d'1,30 mètre environ et issu du bois Belleau (Aisne) - lieu emblématique d'une bataille de 1918 des forces américaines contre les troupes allemandes.

Au-delà du symbole sur la « solidité de l'amitié franco-américaine », le chêne offert ce lundi est également un message adressé au président américain, selon l'entourage d'Emmanuel Macron, près d'un an après la décision de Donald Trump de quitter l'accord de Paris sur le climat.

→ RELIRE: Macron-Trump: une relation «spéciale»

Un prélude enchanté...

« La France est un pays vraiment spécial (...) c'est un grand honneur », a déclaré le président américain après avoir recouvert la jeune pousse. Des mots étaient recouverts par le bruit de l'hélicoptère présidentiel Marine One à bord duquel ils ont pris place pour rejoindre la résidence de Mount Vernon pour un dîner privé, après un survol de Washington.

Le circuit présidentiel s'est donc poursuivi dans la douceur de la résidence du premier président des Etats-Unis George Washington. Ce dîner privé en couple est un retour à celui offert par la présidence française à la tour Eiffel, en juillet 2017, deux mois après l'élection d'Emmanuel Macron.

« C’était vraiment fantastique, nous avons eu un très bon dîner », a simplement signalé le président américain en sortant de la demeure historique de Mount Vernon, à l'issue du repas. Les deux couples présidentiels se sont retrouvés avec l'intention manifeste d'afficher leur bonne entente.

...avant les discussions politiques

Ce mardi, l’accueil sera beaucoup plus protocolaire. Donald Trump et Emmanuel Macron se retrouveront une demi-heure en tête à tête dans le Bureau ovale, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet.

La question du maintien des Etats-Unis au sein de l’accord sur le nucléaire iranien sera abordée en priorité, mais il sera difficile de convaincre Donald Trump de ne pas prendre de nouvelles sanctions. « Le président pense que cela est un mauvais accord, il n’a certainement pas changé d’idée », a tranché la porte-parole de la Maison Blanche ce lundi après-midi.

Les deux hommes donneront ensuite une conférence de presse conjointe. Le soir aura lieu le premier dîner d’Etat de la présidence Trump. Le couvert est déjà mis : un superbe service en porcelaine dorée, et des tables parfumées de bouquets de pois de senteur. 130 couverts sont prévus, soit près de trois fois moins que les dîners des précédentes administrations.

Page 5 sur 287

AUDIO

Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...
A nos sœurs et frères-Ne
  https://youtu.be/hrqEGnjyNMk Pensez aux images sui tournent sur les réseaux sociaux ; ...

Video galleries

logotwitterFacebook