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Notre directeur de la publication, Jean-Yves Duval, vient de sortir chez « Ella éditions » un nouveau roman historique : « La mémoire effacée d’Abigail ». Il s’agit de son septième ouvrage, après la parution en 2000 d’une biographie d’un maréchal de France sous Louis XV et Louis XVI : « Le prix du sang bleu ».

Quand la fiction rejoint la réalité

Ce dernier opus est le deuxième d’une série, après la sortie de « Trois divas et un divan » qui raconte l’histoire romanesque du retour à la vie de la célèbre couturière Coco Chanel et de l’espionne Mata-Hari. Pourquoi et comment ? C’est là tout l’intérêt de l’intrigue. Il s’agit cette fois d’une princesse disparue tragiquement dans un accident de la route voici près d’une vingtaine d’années. S’agit-il réellement d’un accident ou plutôt d’un complot ? Là, est la question et certains lecteurs trouveront peut-être une coïncidence avec une célébrité décédée à Paris à la même époque. Rappelons cependant que le livre de Jean-Yves Duval est une fiction, sortie directement de son imagination, même si certains faits peuvent paraître troublants.

Un roman d’espionnage pour la fin de l’année

Interrogé, l’auteur nous a indiqué avoir en préparation un troisième volet où il s’inspire, là encore, d’une célébrité décédée voici quelques décennies dans des circonstances mystérieuses et à ce jour non élucidées. Avec à la clé, des révélations ? Ce sera à découvrir l’année prochaine, car pour l’heure Jean-Yves Duval nous indique « la parution, vraisemblablement, pour la fin de l’année, d’un roman d’espionnage ayant pour champ d’action le Moyen-Orient et ses enjeux géopolitiques et stratégiques », un univers que connaît bien ce journaliste, auditeur à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) qui a parcouru le globe durant une quinzaine d’années pour la radio et la presse écrite, en particulier sur les différents théâtre d’opération militaire (Bosnie, Somalie, Cambodge, Côte-d’Ivoire, etc.)  

« La mémoire effacée d’Abigail » - Ella éditions, 307 pages, 20 €

Soumaïla Cissé, l’opposant qui a accusé le gouvernement de fraude électorale lors du premier tour, a renouvelé ses allégations.

Le candidat de l’opposition au Mali, Soumaïla Cissé, a rejeté à l’avance, lundi 13 août, les résultats du second tour de la présidentielle, appelant le pays à se lever face à « la dictature de la fraude », à la suite d’un scrutin qui s’était pourtant déroulé dans de meilleures conditions sécuritaires qu’au premier tour.

Les résultats du duel entre le président sortant et favori Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et l’opposant Soumaïla Cissé doivent être proclamés en milieu de semaine par la Cour constitutionnelle, mais « d’ores et déjà, nous [les] rejetons », a lancé à ses partisans M. Cissé, du balcon de son siège de campagne.

La mission d’observation de l’Union européenne doit présenter son rapport préliminaire sur le déroulement du scrutin du second tour mardi matin. M. Keïta devrait ensuite s’exprimer depuis son siège de campagne en début d’après-midi. Relancer l’accord de paix

Le vainqueur entrera en fonction au début de septembre, avec la lourde tâche de relancer l’accord de paix conclu en 2015 avec l’ex-rébellion à dominante touareg, accord dont l’application est sans cesse retardée, dans ce vaste pays du Sahel toujours confronté à la menace djihadiste malgré cinq années d’interventions militaires internationales.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaida, en grande partie chassés ou dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit actuellement. Malgré l’accord de paix, les violences ont persisté et ont progressé vers le centre et le sud du pays, puis au Burkina Faso et au Niger voisins.

Interrogé début juin par l’AFP, M. Cissé avait estimé qu’il faudrait « absolument éviter une crise électorale ». Mais alors qu’en 2013 il avait reconnu sa défaite, déjà face à M. Keïta, avant même l’annonce des résultats, il n’a cessé cette fois d’accuser le camp d’« IBK » de profiter de l’insécurité qui règne dans le centre et le nord du pays pour truquer le scrutin.

Lire aussi :   Au Mali, le président sortant largement favori du second tour

« La dictature de la fraude »

« J’en appelle à tous les Maliens à se lever (…) Nous n’accepterons pas la dictature de la fraude », a lancé lundi à ses militants M. Cissé, ancien ministre des finances de 68 ans, accusant le pouvoir d’avoir « attaqué » et mis hors d’usage le système de comptabilisation électorale de l’opposition dans la nuit de dimanche à lundi, alors qu’il était crédité selon lui de 51,93 % des suffrages contre 47,53 % pour le président sortant. M. Cissé a averti :

   « La responsabilité de ce qui va arriver dans le pays est dans le camp du président de la République. »

Il a, en outre, déploré la brève arrestation dimanche de six membres de son équipe de communication, dont quatre Français, par les services de renseignement maliens, qui ont saisi leurs ordinateurs et téléphones.

« Pourquoi, si ce n’est pour cacher quelque chose ? », a demandé M. Cissé. Cinq hommes ont été libérés sans charges au bout de deux heures, mais l’opposition est toujours, vingt-quatre heures plus tard, « sans nouvelles » du sixième, un Ivoirien. « Ça n’a rien à voir avec le candidat Cissé, absolument rien à voir. L’élection se fait, mais le travail de sécurité se fait aussi », a fait valoir le ministre de la sécurité publique, le général Salif Traoré. Une enquête a été ouverte.

Baisse des incidents

Le second tour s’était pourtant déroulé dans un climat plus apaisé que celui du premier. Seuls 490 bureaux de vote – sur 23 000 – n’ont pu ouvrir, soit moitié moins que le 29 juillet, a indiqué le général Traoré. « Nous avions un peu plus de 3,7 % des bureaux qui n’avaient pas fonctionné normalement » lors du premier tour, dont M. Keïta était sorti largement en tête, avec près de 42 % des voix, pour 17,78 % à son concurrent, a noté le général Traoré.

Il a estimé à 2,1 % le nombre de bureaux restés fermés dimanche. Il a attribué ce succès à la « montée en puissance » de l’armée, qui avait déployé 36 000 hommes, 6 000 de plus qu’au premier tour.

La grande majorité des bureaux restés fermés (440 sur 490) étaient de nouveau situés dans la région de Mopti (centre), en proie à des violences ethniques attisées par des groupes djihadistes. Les autres se trouvent dans le Nord, dont 23 dans la région de Tombouctou, où l’Etat est peu ou pas présent et où un président de bureau de vote a été tué par six djihadistes présumés lors du plus grave acte de violence de la journée.

Avenir du Sahel

Le scrutin, déterminant pour l’avenir du Sahel, s’est déroulé dans la relative indifférence de la population, due à une météo pluvieuse, aux risques de violences et à l’absence de suspense.

L’Union européenne a appelé à la « transparence » dans chaque étape de la compilation des résultats. Selon le camp de M. Cissé, des bulletins de vote « circulaient » ces derniers jours, preuve que des bourrages d’urnes étaient en préparation.

Des journalistes de l’AFP ont constaté que dans au moins six bureaux de vote de Bamako, les procès-verbaux électoraux avaient été préremplis et signés avant même la fin du vote. Ibrahim Boubacar Keïta a répliqué aux accusations en dénonçant des « manœuvres » de l’opposition. Notant que les deux camps se sont accusés de « fraude ou de tentatives de fraude », la mission d’observation de l’Union africaine a indiqué lundi, « à ce stade », ne détenir « aucun élément tangible » démontrant de quelconques irrégularités.

Le Monde.fr

Acteurs culturels, politiques et de la société civile bien que largement favorables à la déclassification des rapports des organes de contrôle, ils sont nombreux à estimer insuffisants tous les efforts de l’arsenal juridique de contrôle. Par conséquent, ils appellent la justice à s’autosaisir pour mettre fin au pillage de deniers publics destinés à régler les questions de santé, d’éducation, d’emploi, et d’infrastructures, entre autres. Et par la même occasion, ils invitent le chef de l’Etat à ne pas mettre sous le coude certains rapports accablants ses protégés.

MANDIAYE GAYE, CHRONIQUEUR-ECRIVAIN : «Toutes les malversations doivent être dénoncées»

Le peuple sénégalais a le droit de savoir comment le bien commun est géré par ceux et celles qui en sont les dépositaires. Par conséquent, nul administrateur n’a le droit de s’y soustraire. Telle est la conviction du chroniqueur et écrivain Mandiaye Gaye.

Le chroniqueur et écrivain Mandiaye Gaye trouve normal que tous les présumés coupables d’une malversation de deniers publics puissent être dénoncés. De son point de vue, «lorsque les organes de contrôle aux agents assermentés décèlent des malversations dans la gestion des deniers publics d’une quelconque entité ou institution de la République, cela doit être dénoncé pour que nul n’en ignore. Parce qu’il s’agit du bien public. Et par conséquent, on doit rendre compte aux ayants droit». Avant d’ajouter qu’«il n’est pas acceptable, sous quelque statut (niveau de responsabilité étatique), que l’on mette sous le coude tel ou tel autre rapport, sur quelque prétexte que ce soit. Dans un pays de droit où les populations aspirent au mieux-être, les dépositaires (pouvoirs publics) doivent être des exemples pour impulser et matérialiser les espoirs des populations. Et donc, rendre compte doit être une règle et non une exception». Se voulant convaincant de la nécessité de devoir rendre compte aux Sénégalais, il convoque la bonne pratique du secteur privé. «Dans le secteur privé, dès qu’on découvre une mauvaise gestion quelque part, systématiquement l’agent (le responsable) est suspendu en attendant de tirer au clair l’affaire. Donc, pourquoi pas ne pas en faire autant dans le public. Dans le privé, tous les agents savent qu’ils ont l’obligation d’être transparents, faute de quoi la sanction va tomber», fait-t-il valoir.

M. Gaye d’ajouter : «Tous ceux qui sont indexés dans les rapports des organes de contrôle pour mauvaise gestion doivent être dénoncés et sanctionnés». Avant de conclure: «Il nous faut des gens qui pensent pour ce pays et qui agissent pour tous les Sénégalais».

ALLA KANE, ANCIEN INSPECTEUR DES IMPOTS ET DOMAINES : «Je suis favorable à la publication immédiate des rapports»

Le devoir de rendre compte de la gestion des deniers publics s’impose à toute autorité publique. Toutes les malversations relevées par les organes de contrôle doivent faire l’objet d’une publication immédiate afin que nul n’en ignore. C’est ce que soutient Alla Kane, ancien inspecteur des impôts et domaines.

L’ancien inspecteur des impôts et domaines Alla Kane est catégorique sur l’impératif de déclassifier les rapports des organes de contrôle. Sous ce rapport, il soutient mordicus ceci: «Dès que le rapport d’un organe de contrôle de l’Etat est disponible, celui-ci doit être publié immédiatement pour que nul n’en ignore sur comment le dernier public sous administration d’un quelconque agent de l’Etat a été géré. Parce qu’en définitive, cet argent appartient aux Sénégalais pour l’amélioration de leurs conditions de vie, à savoir la santé, l’éducation, les infrastructures routières, l’emploi des jeunes…».

A l’en croire, «lorsqu’on choisit de servir son pays au niveau étatique, on se fait l’obligation de devoir rendre compte de sa gestion des deniers publics sous sa responsabilité. L’agent à qui on a confié des derniers publics pour un objectif bien précis doit faire en sorte que tout soit transparent. Mais ici, on a l’habitude de voir des gens prendre le patrimoine national pour en faire une propriété privée. Ceci n’est pas normal ! C’est inacceptable !».

Légitimant la mise en place des corps et organes de contrôle, il a laissé entendre que «Si l’Etat a pensé mettre en place des organes de contrôle, comme la Cour des comptes, l’Inspection général d’Etat (Ige), la Centif, la Crei, l’Armp, l’Ofnac... ce n’est pas fortuit. Et très souvent ces organes découvrent des malversations. Donc, un mauvais comportement des responsables. Et sous ce rapport, je suis pour la publication immédiate des rapports. En ce sens que ça informe de la bonne ou mauvaise gestion des ressources budgétisées et allouées à tel ou tel autre objectif. Ceci montre à ceux qui sont en train de gérer qu’ils doivent être irréprochables». Par conséquent, ajoute-t-il: «Je suis largement favorable à la déclassification à la présidence, à l’assemblée nationale, à la société civile, aux partis politiques, pour qu’on sache comment nos ressources ont été gérées».

L’approche politicienne et partisane anéantit tous les efforts

«Aujourd’hui, ceux qui se battent pour que le président de la République ne soit plus chef de parti ont raison. Parce que quand le président de la République est chef de parti, nécessairement, il couvre ses partisans. Donc, le fait de rendre compte n’est pas un mal en soi, mais une preuve de responsabilité et surtout un honneur pour sa famille», a-t-il fait valoir.

ELIMANE HABY KANE, ACTEUR DE LA SOCIETE CIVILE : «L’arsenal juridique de contrôle est souvent utilisé comme vitrine»

Déçu de la finalité des rapports des organes de contrôle, Elimane Haby Kane de Legs-Africa: (Leadership, Ethique, Gouvernance, Stratégies pour l’Afrique), a déclaré qu’: «il ne sert à rien d’avoir des citoyens les mieux informés au monde sur les pratiques de malversations des deniers publics de leurs Etats si eux-mêmes n’ont aucune emprise sur la sanction, à part le vote lors d’une élection».

M. Kane de regretter l’absence de volonté tangible des pouvoirs politiques à mettre en branle le dispositif juridique implacable pour mettre fin à l’impunité grandissante sur les deniers publics. «Le Sénégal s’est doté d’un arsenal juridique impressionnant en matière de contrôle. Et ceci est souvent utilisé comme vitrine pour cette volonté de transparence du pays. Mais, malheureusement, cette vitrine ne reflète pas la réalité objective des pratiques. Parce que les rapports qui sont produits de façon périodique, parfois avec des retards regrettables, restent des lettres mortes par rapport à l’issue qu’on devrait leur donner».

Poursuivant son propos, il souligne : «au niveau exécutif, certains rapports qui sont directement déposés sur la table du président de la République, doivent faire l’objet d’un suivi. Mais également au niveau du pouvoir judiciaire, lequel peut s’autosaisir sur certains rapports et aller au-delà pour en finir avec l’impunité». Mais, regrette-t-il encore: «Malheureusement, c’est à ces deux niveaux, qu’on note des pratiques de rétention, de rupture avec la loi et le principe de transparence et de redevabilité. Parce qu’aucune suite n’est donnée à des rapports accablants dont certains se retrouvent sur la place publique».

Et d’ajouter: «ça c’est regrettable! Nous sommes en droit de demander que ces rapports soient déclassifiés et publiés. Ceci démontrerait d’une réelle volonté d’en découdre avec les pratiques de malversations de deniers publics, mais aussi d’une réelle volonté de transparence. Et ceci nous ramène au cadre juridique surtout sur le code de transparence des finances publiques qui demande à ce que l’Etat clarifie les types d’engagements et le respect des principes d’intégrité. C’est-à-dire à ce que les pratiques soient conséquentes».

Par JEAN PIERRE MALOU

Sud Quotidien

A un plus de 6 mois de l’élection présidentielle du 24 février 2019, une vingtaine de candidatures ont été déclarées. Toutefois, si déclarer sa candidature est une chose plus ou moins simple ; la faire valider par le conseil constitutionnel, n’est pas si évidente. Surtout avec l’instauration du système du parrainage qui exige 1% au plus et 0,8% au moins. Pis, il exige un quota de 2000 parrains dans au moins 7 régions du Sénégal. Ce qui risque de barrer la route à certaines candidatures, si l’on se base sur les résultats des dernières législatives. Du moins, dans les 8 régions à plus forts bastions électoraux.

A l’approche de la présidentielle, prévue le 24 février 2019, il ne se passe pas un seul week-end sans qu’une candidature soit déclarée pour prendre part aux prochaines joutes. La dernière en date est celle du leader du mouvement «Geum Sa Bopp», Bougane Gueye Gani, faite le samedi 11 août dernier.

Aujourd’hui, plus d’une vingtaine de candidatures ont été annoncées. Cependant, conformément à nouveau Code électoral, tout candidat à la présidentielle doit recueillir des signatures de parrains entre 1% à 0,8% des électeurs inscrits sur le fichier électoral. Mieux, les candidats doivent collecter au moins 2000 signatures dans 7 régions du Sénégal. Ce dernier filtre risque de devenir l’obstacle majeur des prétendants à la magistrature suprême, sur la base des résultats de l’élection législative du 30 juillet dernier.

DAKAR : LE GRENIER DE PARRAINS

En effet, les résultats notés dans les 8 plus grands bastions électoraux du pays, sur la base du fichier de 2017, à savoir Dakar (52,3%), Thiès (13,1%), Diourbel (8,8%), Saint-Louis (7,5%), Kaolack (6,4%), Louga (6,4%), Fatick (4,5%), et enfin Ziguinchor (4,4%), sont révélateurs pour certains candidats qui ont participé à ladite élection.

A Dakar, par exemple, la quasi-totalité des candidats, pour le moment, déclarés, et qui étaient tête de liste, ne doivent pas éprouver des problèmes. Le candidat de la coalition Bby, Macky Sall, fort de ses 295.225 voix, n’aura aucun mal à se faire parrainer à Dakar. Ceux de la coalition Taxawu Senegaal, notamment Idrissa Seck, Malick Gackou, Cheikh Bamba Dièye, Khalifa Sall, etc., devront se partager les 187.009 voix. Les candidats qui seront issus de la Coalition gagnante Wattu Senegaal, à savoir Pape Diop, Karim Wade, etc., auront 161.110 voix à se partager comme parrains. A cela s’ajoutent les candidats du Pur, Issa Sall, de la coalition Ndaw Askan Wi, Ousmane Sonko, ou encore celle Joyanti, Abdoul Mbaye et du Cp Kaw d’Abdoulaye Baldé, qui ne devraient pas avoir du mal à collecter les 2000 signatures dans la région.

Toutefois, en dehors de la capitale sénégalaise, beaucoup de candidats risquent d’être confrontés à de réels problèmes pour trouver le nombre requis.

A Thiès, deuxième ville électorale du pays, sur la base des législatives 2018, des candidats comme Abdoul Mbaye (817 voix), Abdoulaye Baldé (1997 voix), et certains qui n’ont pas participé à ces joutes, pourraient rencontrer des difficultés pour avoir le nombre requis. Ce qui ne sera pas le cas pour des leaders comme Ousmane Sonko (4735 voix). Il en est de même à Diourbel, la troisième ville électorale du pays. Ici aussi, Abdoul Mbaye (1466 voix), Abdoulaye Baldé (873 voix), Ousmane Sonko (1742 voix), et même les candidats de Taxawu Senegaal (8707 voix), au nombre de 4 pour le moment, doivent batailler fort pour collecter les 2000 parrains. Dans le quatrième grenier électoral du pays, à savoir à Saint-Louis, les leaders ci-dessus cités vont probablement rencontrer le même problème, à part ceux de Taxawu Senegaal (15.123 voix), ceux de Wattu Senegaal (49.345 voix), sans oublier celui de Bby (160.039 voix) qui n’auront en principe aucune difficulté de parrainage.

KAOLACK : LES CHANCES SONT OUVERTES POUR L’OPPOSITION

La cinquième ville électorale du pays, Kaolack présente par contre, pas mal d’opportunités pour certains candidats de l’opposition, sur la base des dernières législatives. En effet, il ne suffit de peu d’efforts à certains d’entre eux pour obtenir le quota demandé. Abdoul Mbaye (1554 voix), Abdoulaye Baldé (1838 voix) font parti de ceux là qui peuvent espérer atteindre le quota. Ce qui ne doit pas poser de problèmes pour Ousmane Sonko (2157 voix), Issa Sall (7.174 voix), ou encore ceux de Taxawu Senegaal (18.340 voix), ceux de Wattu Senegaal (29.775 voix), ou encore celui de Bby (135.073 voix).

OUSMANE SONKO, ABDOUL MBAYE, ABDOULAYE BALDE TOUS ABSENTS A LOUGA ET A FATICK

Dans certaines régions comme Louga et Fatick des leaders de l’opposition auront du mal à se faire parrainer à hauteur de 2000 signatures. Dans ces deux régions, à électorat non négligeable, Ousmane Sonko, Abdoulaye Baldé, Abdoul Mbaye risquent de ne pas avoir le quota. Cela, à cause de la razzia de la coalition Bby à Fatick (112.905 voix) et à Louga (120.895 voix), suivi de Wattu Senegaal à Louga (25.355 voix) et Fatick (11.064 voix), ou encore le Taxawu Senegaal à Louga (17.972 voix) et Fatick (11.464 voix), talonnés par le Pur à Louga (17.297 voix).

ZIGUINCHOR : CARTON PLEIN POUR ABDOULAYE BALDE

Si dans beaucoup de régions du pays, Abdoulaye Baldé aura certainement des difficultés pour se faire parrainer par plus de 2000 électeurs, ce problème ne se posera pas à Ziguinchor. Ladite région sera le réservoir du candidat-maire de la ville Abdoulaye Baldé (27.154 voix). Il pourra se faire des réserves pour compléter le pourcentage total demandé. Tout naturellement, le candidat Macky Sall, tout comme ceux de Wattu Senegaal ne rencontreront aucune difficulté dans la capitale du Sud. Tout comme Ousmane Sonko (5612 voix) ne rencontrera pas d’obstacles majeurs à Ziguinchor. Cependant, ceux qui sortiront de la coalition Taxawu Senegaal vont se partager les quelques 5.330 voix obtenues lors des élections législatives dernières. Toutefois, force est de préciser que, non seulement le fichier a évolué pour avoisiner 7 millions, mais aussi les législatives sont différentes de la Présidentielle. Autre chose, il est impossible de faire des pronostics pour les candidats qui n’ont pas participé à la dernière élection, à l’image de Bougane Gueye Gani, Hadjibou Soumaré, Nafissatou Wade, Capitaine Diéye, ou encore, Inspecteur Ngouda Fall Kane, le douanier Boubacar Camara, Ousmane Kane, Mame Adama Gueye, Thierno Bocoum, etc .

SudOneline

mardi, 14 août 2018 13:11

Le champion kényan Nicholas Bett est mort

Poster par

Le Kényan Nicholas Bett, champion du monde 2015 du 400 mètres haies, est mort dans un accident de la route, mercredi 8 août, dans le nord-ouest du Kenya. Aux Championnats du monde de Pékin de 2015, il avait remporté l’or et offert à son pays son premier titre planétaire sur une distance courte. Nicholas Bett a aussi été deux fois médaillé de bronze aux Championnats d’Afrique. Il avait 28 ans.

Le Monde.fr

 

ÉRASME -L'Éducation du prince chrétien-[ou l'art de gouverner]


Introduction de : Jean-Christophe SALADIN, Traduit par : Anne-Marie GREMINGER
Cette traduction, la première depuis cinq cents ans, est donc une révélation.

Erasme composa, voici cinq siècles exactement, ce court traité de politique à l'usage du jeune Charles-Quint, âgé de seize ans, qui s'apprêtait à devenir roi d'Espagne. Sa thèse est simple : le prince doit gouverner dans l'intérêt de tous et s'affranchir des désastreuses idéologies de conquête et d'honneur qui n'ont apporté que la ruine chez les peuples d'Europe. La guerre doit être évitée par tous les moyens possibles, et le prince doit consacrer toute son énergie aux « arts de la paix ».

C'est l'antidote à la célèbre problématique de son contemporain Machiavel :

« Comment prendre le pouvoir et comment le conserver ? »

Ce court traité a été composé en 1516 pour l'instruction du jeune Charles de Gand, qui allait devenir trois ans plus tard Charles-Quint, Empereur romain germanique.
Comme le souligne son préfacier Carlo Ossola, cet ouvrage s'oppose radicalement à son célèbre contemporain, le Prince, rédigé trois ans plus tôt. Pour Machiavel, il importe de tenir ce qu'on a reçu ou conquis, quel que soit le prix que doivent en payer les sujets. Pour Érasme, seuls sont dignes du titre de prince ceux qui consacrent leur personne au bien de l'État et non l'État à leur profit. Il oppose les arts de la paix à ceux de la guerre, l'exercice de la liberté des citoyens à l'obéissance des sujets

Extrait de l'introduction, par Jean-Christophe Saladin, de l'édition bilingue de L'Éducation du Prince Chrétien d'Érasme, paru aux Belles Lettres en juin 2016 dans la collection « Le Miroir des Humanistes » dans une traduction d'Anne-Marie Greminger :

La thèse


L'idée centrale de L'Éducation est très simple : le prince doit gouverner pour le bien général et non pas pour le sien propre.

Ce principe est la pierre de touche qui distinguera le prince du tyran, dans tous les cas possibles.


Cette idée, chère aux humanistes, se fonde directement sur plusieurs penseurs antiques. Elle est explicitement formulée par Isocrate dans sa Lettre à Nicoclès, et Érasme n'a aucune peine à l'enrichir des témoignages prestigieux de Platon, Aristote, Sénèque ou Plutarque. Tout le reste découle de ces prémisses, tant en politique intérieure qu'extérieure, y compris la condamnation sans appel de la guerre.
Cette idéologie peut sembler banale aux modernes, qui la confondent souvent avec un pacifisme béat. Il en allait autrement en 1516, car elle s'opposait autant à l'idéologie médiévale de l'honneur qu'à celle de la gloire antique.


Que pouvait penser un archiduc de Bourgogne en lisant que, « sur un bateau, on ne confie pas la barre à un homme connu par ses ancêtres [...], mais à un homme expérimenté » ? Le capitaine n'est même pas mentionné ! Plus loin : « On lui apprendra que les titres de noblesse, les portraits d'ancêtres, les arbres généalogiques, et toute cette pompeuse escorte, dont s'enorgueillit la foule des nobles, semblables en cela aux femmes, tout cela n'est que mots creux, sauf ce qu'il aura obtenu par des voies honorables, de quelque nom qu'on le désigne. »


Charles a été reçu dans l'ordre des chevaliers de la Toison d'or à l'âge d'un an. À trois ans, il réclamait que l'on suspendît une épée au-dessus de son lit, et il est aujourd'hui le Grand Maître de l'ordre. Cela n'empêche pas son conseiller de moquer ouvertement les valeurs de la chevalerie qui ont imprégné des siècles de vie de cour : « De nos jours, nous voyons beaucoup de gens se délecter des fables contant les aventures d'Artus, de Lancelot et d'autres personnages du même genre, fables qui non seulement propagent la tyrannie, mais sont aussi grossières, pleines de sottises et dépourvues de spiritualité. » Érasme n'est au demeurant pas le seul à se moquer des romans de chevalerie, qui connurent une vogue immense au XVIe siècle – y compris sous les plumes des modernes Matteo Boiardo et L'Arioste. Teofilo Folengo, Rabelais et Cervantès excelleront dans la dérision de cette littérature.


Depuis la nuit des temps, la seule activité véritablement honorable pour un noble est la guerre. S'il ne peut s'y employer, il reportera son désir de gloire sur la chasse, les tournois et les duels. Quelques exemples entre mille. L'empereur Maximilien écrivit un jour (avec une orthographe approximative) à sa fille Marguerite, régente du duché de Bourgogne : « Nous fumes bien joyeux que notre fils Charles [âgé de neuf ans] prenne tant de plaisir à la chasse ; autrement, on pourra pensé qu'il fust bastart . »

En 1511, pour fêter la naissance de ton fils, Henry VIII a organisé le fameux tournoi de Westminster, au cours duquel il a combattu trois challengers pendant deux journées consécutives. Lorsque François Ier enfreindra sa promesse de revenir se constituer prisonnier en Espagne en 1527, Charles Quint le défiera en combat singulier. Treize ans plus tard, le même Charles Quint offrira au même roi de France les tapisseries monumentales des Chasses de Maximilien pour sceller leur brève alliance.


Érasme se porte ouvertement en faux contre cette éthique aristocratique et soutient scandaleusement que le prince doit se consacrer aux « arts de la paix », c'est-à-dire à l'administration de son royaume et au bonheur de ses sujets. Il conteste même la doctrine de l'hypothétique croisade contre les Turcs, prétexte à impôts nouveaux et toujours repoussée à des jours meilleurs. Constantinople est tombée depuis 1453 et les princes chrétiens ont préféré guerroyer entre eux plutôt que la défendre. Érasme soutient contre tous que la guerre ne doit être engagée qu'en dernière extrémité, si toutes les négociations ont échoué. La concession est toujours préférable au carnage.


Ces positions totalement à contre-courant de son époque expliquent aussi pourquoi, dans la mémoire historique des modernes, Érasme est souvent éclipsé par les personnages tonitruants et agressifs des grands réformateurs religieux de son temps (Savonarole, Luther, Calvin, Zwingli), ou par des héros des champs de bataille (Bayard au pont de Garigliano, le connétable de Bourbon au Sac de Rome). Les manuels scolaires français présentent encore avec une admiration teintée de nostalgie les rois de France partant à la conquête de Milan et de Naples.

Extrait des pages 12 et 13.
https://lesbelleslettresblog.com/2016/06/17/erasme-leducation-du-prince-

 

La posture professionnelle : entre corps propre et corps sociaux par Sylvain Starck


Savoir adopter une posture professionnelle semble correspondre, dans les espaces de travail, à une attente sociale commune. Le sens commun associe en effet la posture dite professionnelle à l'idée d'un agir compétent. Or, interroger la posture dans l'espace professionnel pose de nombreuses énigmes. Ce texte propose de poursuivre une conceptualisation de celle-ci à partir de trois cadres théoriques : la clinique de l'activité, perspective phénoménologique et sociologie des champs. Nous proposons de la comprendre comme une manifestation du corps propre, située au croisement de manières de percevoir et d'agir socialement orientées, qui engage l'individu dans son rapport le plus intime au vivre. Par la suite, nous sollicitons des terrains de recherche pluriels afin d'analyser une économie de la posture. Il s'agit de comprendre selon quelles dynamiques cette dernière est mobilisée dans l'espace professionnel. Dans une dernière partie, et en guise d'ouverture, nous questionnons la posture scientifique, qui est ici posture sur la posture.


Adopt a professional posture at work seems to be a common social expectation today. So, it is common to think that working competently needs a professional posture. But, when we try to explore its nature or its construction, many questions appear. These reflexions aim to pursue the theorizing of the posture at work from three theoretical frameworks: phenomenology, clinic of activity and theory of social fields. We suggest to understand the posture as a manifestation of the own-body, at the junction of ways of perceiving and behaving socially oriented, which involves intimately the person. Next, we refer to three field researches to analyse the economy of the posture. Finally, we examine the scientific posture which is here a posture on the posture.


Plan
1. Introduction
2. Les énigmes de la posture
3. Vers une conceptualisation de la posture
4. Des terrains pluriels de recherche
5. Une économie de la posture
5.1. Etre en situation
5.2. Posture et reconnaissance
5.3. La posture : une affaire intime
6. La posture scientifique

1. Introduction


1Lorsque Mauss propose en 1936 d'explorer ce qu'il dénommera les techniques du corps (TC), c'est avec l'idée de mettre au jour ce qui constitue le plus souvent un point aveugle de nos cultures et de notre éducation. Il attire ainsi l'attention sur différentes performances physiques qui sont le lieu d'apprentissages minutieux, systématiques et le plus souvent informels de techniques du corps : nage, obstétrique, portage de l'enfant, techniques du repos, du sommeil ou de la reproduction. C'est en relevant les variations dans l'espace et dans le temps de ces techniques du corps que le sociologue met en évidence les dimensions inextricablement physiologiques, psychologiques et sociales de ces dernières. Mais comment comprendre le rôle du corps et de ses techniques dans l'espace professionnel lorsque les gestes, les performances physiques proprement dites ne semblent pas jouer un rôle fondamental dans l'exercice d'un métier, l'action principale étant avant tout d'ordre symbolique. Le secteur tertiaire regroupe un ensemble vaste d'activités professionnelles où le rôle du corps se trouve a priori minoré, notamment dans les fonctions administratives. C'est également le cas dans le développement de l'enseignement à distance, où les techniques du numérique semblent réduire celles du corps. Comment comprendre la place des techniques du corps dans de tels espaces socio-professionnels ?


• 1 Nous empruntons la locution à Geertz (1986/2012) qui précise les liens entre concepts situés dans l (...)


2Le sens commun semble prendre en charge cette question par le recours au concept de posture, en en faisant un attribut incontournable du professionnalisme en général. En effet, dans l'exercice d'un métier, ne pas savoir adopter une posture professionnelle relève d'une disqualification majeure. Le concept de posture est-il alors de nature à repenser la place du corps dans les situations professionnelles ? C'est cette potentialité du terme que nous mettons ici à l'épreuve en visant à formaliser ce « concept proche de l'expérience »1.


3Il s'agit donc, dans un premier temps, de mettre en évidence ce que recouvre ordinairement le terme de posture. Partant de l'idée que la posture implique un engagement spécifique du corps dans l'exercice professionnel, nous faisons l'hypothèse que celle-ci est le lieu d'une rencontre intime entre des sujets animés par le souci de bien faire leur travail, des attentes spécifiées par un ensemble de normes professionnelles et sociales antécédentes et des contraintes portées par la situation. Pour comprendre les processus en jeu dans cette rencontre, et après une analyse critique des usages communs de l'idée de posture dans l'espace professionnel, nous proposons dans un premier temps une conceptualisation de la posture en sollicitant plusieurs champs théoriques empruntant à la philosophie, à la sociologie et aux courants d'analyse de l'activité.

Ces premiers éléments théoriques seront alors resitués dans une perspective clinique de l'activité et du concept de métier. Dans un deuxième temps, nous mobilisons des données issues de recherches que nous avons menées antérieurement dans des contextes variés (premier et second degré d'enseignement, enseignement supérieur) dans le but d'esquisser une économie de la posture dans l'espace professionnel. Nous partons en effet du principe que toute posture est surdéterminée par son inscription dans un espace de jugement estimant la valeur de celle-ci, valeur rapportée à des dimensions physiologiques, psychologiques et sociales. En cela, nous reprenons les catégorisations proposées par Mauss quant aux techniques du corps (1936). Il s'agit ainsi de rendre visible, à partir de mises en mots de l'activité réalisées par des professionnels, des étudiants rattachées aux universités du Nord-Pas de Calais, des élèves du second degré ou d'observations réalisées dans un espace scolaire, en quoi la posture participe d'un rapport aux situations, aux autres et à soi. Dans une dernière partie, en interrogeant la capacité du scientifique de parler avec exactitude de la posture à partir de sa propre posture, nous proposons une analyse de la pratique scientifique dans son projet de construction de connaissances.


2. Les énigmes de la posture


• 2 http://www.lettreducadre.fr/8801/trouvez-votre-posture-manageriale/#


4Adopter une posture adéquate dans l'exercice professionnel pourrait être considéré comme un indicateur essentiel de la compétence professionnelle ou l'un de ses ingrédients fondamentaux. On trouve la trace de ces représentations dans de multiples espaces sociaux : une revue professionnelle en ligne dédiée aux cadres insiste sur l'adoption d'une posture du manager « basée sur des fondations solides, celles des valeurs » afin que celle-ci soit « une force pour tout le monde2 » ; l'accompagnement comme forme neuve d'exercice professionnel dans le domaine de la formation demande d'adopter une posture spécifique (Paul, 2004) ; dans le référentiel de compétences d'un professeur des écoles, « agir en fonctionnaire de l'Etat demande de respecter dans sa pratique quotidienne les règles de déontologie liées à l'exercice du métier de professeur dans le cadre du service public d'éducation nationale : ponctualité, assiduité, posture ». Les préceptes du new public management desquels s'inspirent la nouvelle gestion publique en France (Bezes, 2009) ne visent-ils pas par ailleurs la constitution de nouvelles postures professionnelles plus responsables déplaçant les acteurs d'une logique de moyen vers une logique de résultats ? Adopter une posture « professionnelle » dans l'exercice de ses activités serait finalement faire preuve de professionnalisme, toile de fond d'un agir compétent. L'usage fréquent du terme dans les espaces professionnels contraste toutefois avec les connaissances relativement réduites qui y sont associées. Peu théorisées en sciences de l'homme (Lameul, 2008), on en trouve cependant une conceptualisation propre au champ littéraire (Viala, 1993 ; Meizoz, 2007).

Est-ce à dire que l'usage ordinaire de ce concept proche de l'expérience est suffisamment clair pour ne pas inviter à sa formalisation ?
5-Loin d'être totalement transparent, cet usage suscite quelques énigmes. Pour un même exercice professionnel, doit-on de préférence parler de posture au singulier ou au pluriel ? La posture se définit-elle par rapport à un métier, auquel cas elle peut se définir selon les caractéristiques génériques de celui-ci, ou selon des situations d'exercice, auquel cas il s'agit de comprendre de quelle façon il est possible de limiter la pluralité des postures en regard de la singularité des situations ? Nous l'avons vu précédemment, il semble exister une unanimité quant à la pertinence de parler de posture dans le cadre d'un exercice professionnel. Si la posture apparaît comme une dimension pertinente pour le déploiement de l'action dans des situations professionnelles, rien ne nous permet de dire si elle l'est dans toute situation professionnelle ?

Y a-t-il des limites à l'adoption d'une posture dans l'espace professionnel ? Est-il envisageable de travailler sans adopter une posture professionnelle ? Dans l'affirmative, quelle est alors l'alternative à la notion de posture ? L'adoption d'une posture professionnelle peut-elle apparaître aux acteurs engagés dans l'activité comme une « imposture », ce que l'usage courant du terme dans un sens péjoratif autorise (Viala, 1993) ? Cette « imposture » serait-elle d'ailleurs visible pour tous les acteurs ? Dernier point problématique que nous aimerions soulever, dans le prolongement des travaux de Lameul (2008) : on perçoit intuitivement la proximité entre les termes de postures, attitude, disposition, hexis, habitus. Quelle spécificité recouvre la notion de posture qui nécessiterait de recourir à cette dernière, indiquant sont rapport aux concepts proches ? Ces différentes questions demandent donc de clarifier la notion de posture si l'on veut pouvoir en maîtriser l'usage dans les espaces professionnels ou de formation. Dans cet article, il ne s'agira pas de répondre à l'ensemble des questions posées qui demanderaient des développements trop nombreux et pour lesquelles nous sommes probablement encore insuffisamment armés. Nous pensons toutefois que les réflexions engagées ici seront de nature à participer à leur prise en charge ultérieure.


3. Vers une conceptualisation de la posture


6-En préalable à notre travail de conceptualisation, nous discutons la proposition suivante de Lameul (2008) : « une posture est la manifestation (physique ou symbolique) d'un état mental. Façonnée par nos croyances et orientée par nos intentions, elle exerce une influence directrice et dynamique sur nos actions, leur donnant sens et justification » (p. 89). Une telle définition a le mérite de préciser ce qu'est une posture – une manifestation – et de l'articuler à deux focales : ce qui sous-tend la posture - à savoir un état mental lié aux croyances et intentions des individus – s'agence avec sa fonctionnalité – diriger et soutenir en partie nos activités. Pour prolonger ces réflexions, nous privilégions une analyse de la posture comme manifestation : que manifeste exactement la posture ? Qu'est-ce qui se manifeste avec elle ? En la rapprochant des techniques du corps, comment concevoir les dimensions proprement corporelles de cette manifestation ?

Quelle compréhension du corps peut soutenir notre conceptualisation de la posture ?

Deux moments soutiennent notre réflexion : comprendre la posture comme forme et technique d'expression, préciser le concept de corps associé à l'idée de posture.


7-Lorsque Foucault (1975) analyse le « moment de la discipline », c'est en abordant la question de la posture qu'il entame son propos : « Seconde moitié du XVIIIe siècle : le soldat est devenu quelque chose qui se fabrique ; d'une pâte informe, d'un corps inapte, on a fait la machine dont on a besoin ; on a redressé peu à peu les postures ; lentement une contrainte calculée parcourt chaque partie du corps, s'en rend maître, plie l'ensemble, le rend perpétuellement disponible, et se prolonge, en silence, dans l'automatisme des habitudes ; bref, on a "chassé le paysan" et on lui a donné l'"air du soldat" » (p. 137). Le travail sur la posture est ici un travail socialisé du corps, qui dans un même mouvement façonne l'activité de celui-ci et donne à voir une nouvelle image non seulement d'un individu, mais d'un ensemble d'individus.


8-Du point de vue des individus, comme l'indique Foucault (1975), « [l]e moment historique des disciplines, c'est le moment où naît un art du corps humain, qui ne vise pas seulement la croissance de ses habiletés, ni non plus l'alourdissement de sa sujétion, mais la formation d'un rapport qui dans le même mécanisme le rend d'autant plus obéissant qu'il est plus utile, et inversement » (p. 139). Le travail sur la posture répond d'une économie du pouvoir : elle développe certaines aptitudes, capacités dans les corps en minimisant d'autres puissances qui pourraient en résulter, dans ce que Foucault qualifie d'un « rapport de sujétion stricte » (Foucault, 1975, p. 140). Les théories de l'activité qui mettent en évidence la capacité des sujets d'invariablement reconfigurer les tâches professionnelles même les plus finement prescrites (Clot, 1999) peuvent ici tempérer cette qualification du moment de la discipline dont on pourrait dire qu'il vise un rapport de sujétion stricte, un donné à voir conforme aux attentes institutionnelles du moment.


9-Du point de vue d'un ensemble d'individus, la question de la posture rejoint celle des tableaux. « La première des grandes opérations de la discipline, c'est donc la constitution de 'tableaux vivants' qui transforment les multitudes confuses, inutiles ou dangereuses, en multiplicités ordonnées » (Foucault, 1975, p. 150). Prendre ou non une posture, c'est donc s'inscrire visiblement dans un ordonnancement, c'est se donner à voir et être vu en regard de cet ordonnancement. En cela, la posture est de l'ordre d'une expression d'un individu dans un champ social, répondant « d'une mise en scène de soi » au sens où peut l'entendre Goffman (1959/1973) à condition de rapporter cette mise en scène de soi à ses conditions de possibilité tracées par le champ social dans lequel elle s'inscrit. Une alternative à la posture transiterait alors par une prise de distance avec le rôle professionnel.


10-La question de la posture ne peut ainsi se penser que dans le cadre d'un espace socialisé, c'est-à-dire normalisé, et d'un attachement à un groupe ou corps professionnel. L'attachement à un corps social, à un collectif institutionnalisé, autorise à tout corps singulier de bénéficier des effets de la multitude ainsi organisée, de sa puissance tout en donnant consistance au collectif. Exprimer une posture, c'est indistinctement engager une institution, être engagé dans une institution, modifier l'expérience du corps singulier dans/par celle du corps social vis-à-vis duquel on marque son affiliation. Toutefois, dans le même temps, cet attachement dessine un rapport de sujétion. La question de la posture professionnelle constitue ainsi un lieu de tension irréductible entre agir singulier et agir institutionnalisé.
11-Du point de vue de l'activité, la posture professionnelle peut s'entendre comme située au croisement des quatre dimensions du métier telles qu'énoncées par Clot (2007) : « un métier est une discordance créatrice – ou destructrice – entre les quatre instances en conflit d'une architecture foncièrement sociale. Le métier au sens où nous l'entendons est finalement à la fois irréductiblement personnel, interpersonnel [comme action adressée à soi et aux autres], transpersonnel [porteur d'une histoire collective ayant façonné le métier] et impersonnel [inscrit dans des prescriptions qui anticipent l'action professionnelle au-delà des singularités des individus et des situations] » (p. 86).

La manière dont les acteurs investissent une posture professionnelle témoigne ainsi de leur rapport au métier et de la façon dont ils parviennent ou non à entretenir « la passion de s'emparer de l'objectivité du réel pour faire reculer les limites du métier lui-même » (Clot, 2007, p. 85).
12-Cette tension entre les quatre dimensions du métier est d'autant plus vive qu'elle se déploie au plus près de l'individu, dans et par son corps même. Il s'agit en effet, pour chaque individu, de disposer son corps, en regard d'attendus institutionnalisés. Comment comprendre le corps ainsi engagé dans une dynamique de la posture ? Nous proposons de l'entendre, dans une perspective phénoménologique, comme « une perspective unitaire du sujet avec lui-même, du corps avec le je, avec les corps perçus des choses du monde. Il est le point de relation permanent auxquels tous les espaces apparaissent » (André, Bénavides & Canchy Giromini, 2004, reprenant les travaux de Husserl & Merleau-Ponty). Il faut alors parler de corps-propre. Être sentant, se sentant sentir – « le corps propre c'est ce que l'on sent du dedans » (Ibid., p. 31) - qui opère le passage du perceptif au cognitif. A l'instar du corps-propre, la posture est une manière de se projeter et d'exister dans un monde, expression plus ou moins visible d'un rapport à soi, aux autres et aux situations. Se situant au croisement de manières de percevoir et d'agir, elle engage l'individu dans son rapport le plus intime au vivre.
13-Arrivés à ce point de notre réflexion, il est maintenant possible de préciser nos deux questions initiales : que manifeste la posture ? Qu'est-ce qui se manifeste avec elle ? A l'image du corps propre qui permet, en tant que perspective unitaire, d'« enraciner l'espace dans l'existence » (Merleau-Ponty, 1945, p. 173), la posture vise à fonder une perspective unitaire intégrant les multiples dimensions de l'activité qu'elle tente, en pratique, de rendre cohérents. Les effets d'un tel travail d'intégration constituent aussi un point d'appui pour déployer l'agir professionnel. La mise en cohérence recherchée peut ainsi être comprise comme participant à la construction d'une assise professionnelle.


14-Trois dimensions gouvernent ainsi une dynamique de la posture :


• elle est expression d'un sujet dans un espace de normes, d'attentes sociales et professionnelles ;
• elle opère l'intégration des multiples dimensions de l'agir professionnel et lui confère une certaine cohérence ;
• dans ses effets, elle participe d'une assise professionnelle.
15Ces réflexions, si elles précisent la nature de la posture, laisse dans l'ombre une question centrale : si la posture est l'expression d'un travail d'intégration, rien n'indique par quelle forme de travail ou de pensée cette intégration est réalisée. Nous reviendrons sur ce point dans la dernière partie lorsque nous questionnons la posture scientifique.


4. Des terrains pluriels de recherche


16Les analyses qui suivent mettent cette conceptualisation de la posture à l'épreuve de données de terrain issues de recherches réalisées dans différents contextes éducatifs et formatifs. Signalons que les corpus de données mobilisés ici qui n'ont pas été constitués dans cette optique, mais se trouvent réinterrogés à partir de notre problématisation et conceptualisation de la posture. Cette nouvelle exploration des trois corpus, visant à restituer une économie de la posture, est rendue possible du fait qu'ils privilégient une mise en mot de l'activité professionnelle donnant en partie accès à ses dimensions concrètes, symboliques et affectives (voir ci-dessous). Il s'agit de tirer profit des spécificités de chacun de ces contextes professionnels pour comprendre les dynamiques de la posture – et donc leur économie - au cours de l'exercice professionnel.


• 3 Les textes ont été produits dans le cadre d'ateliers d'écriture réalisés à distance. Pour plus de p (...)
17-Le premier corpus qui sera le plus sollicité concerne une enquête menée auprès d'une douzaine d'enseignants et autant d'inspecteurs, aux anciennetés diverses dans le métier, exerçant dans le premier degré. Il est constitué d'entretiens semi-directifs menés auprès de ces deux publics enrichis par une trentaine de textes rédigés par cinq inspecteurs sur leur l'activité professionnelle3. Cette recherche explore un contexte professionnel largement institutionnalisé.


18-Le deuxième corpus concerne des enseignants et des élèves du second degré qui sont engagés dans la construction d'une mini-entreprise. Il s'agit d'un dispositif relativement neuf dans l'espace scolaire qui vise le développement de l'esprit d'entreprendre des élèves. Les données sont constituées d'entretiens menés auprès d'une douzaine d'enseignants et de quatre groupes allant de trois à six élèves tous engagés dans une mini-entreprise, mais aussi d'observations réalisées durant une année dans une mini-entreprise située au sein d'un collège. L'originalité de ce dispositif réside dans les perturbations qu'il opère de la forme scolaire en interrogeant des postures en partie contrariées dans les activités mises en œuvre.
19-Le troisième corpus mobilisé ici concerne des Hubhouses, structures rattachées aux universités du Nord-Pas de Calais assurant notamment le pré-accompagnement d'étudiants porteurs de projet. A une série d'entretiens menés auprès de 6 chefs de projets et de 6 étudiants engagés dans la construction de leur entreprise ou activité s'ajoute la rédaction de textes sur l'activité réalisés, en présentiel cette fois, dans des ateliers d'écriture réunissant quatre chargés de projet. La question de la posture professionnelle se trouve ici interrogée dans un contexte encore peu institutionnalisé ou que l'on peut considérer comme en voie d'institutionnalisation.


20-Les entretiens sont à chaque fois de type semi-directif et visent notamment à mettre en évidence le parcours des personnes sollicitées, des situations professionnelles récentes ou ayant été le théâtre d'épreuves ainsi que des réflexions plus en surplomb sur leur activité en général. Les dispositifs d'écriture sur l'activité professionnelle, à distance ou en présentiel, se réalise au sein d'un groupe de personnes partageant ici la même activité et vise la mise en mots de cette dernière en s'appuyant sur les ressources d'une médiation scripturale (Champy-Remoussenard & Starck, 2011 ; Champy-Remoussenard & Lemius, 2006). Le passage à l'écriture est facilité par l'usage de déclencheurs du type : « normalement j'aurais dû... » ou « Tout se passait bien jusqu'au moment où... » avec obligation d'associer ce déclencheur à une ou des situations vécues, afin d'assurer l'ancrage du propos.


5. Une économie de la posture


21-Les différents corpus à notre disposition sont exploités selon deux stratégies successives.
22-Nous isolons dans un premier temps les segments exposant une activité perturbée et où la posture des acteurs se trouve mise à l'épreuve des situations professionnelles. Les épreuves sont retenues dans nos analyses si elles engagent un questionnement le plus souvent implicite de la posture. A titre d'exemple, les questions liées à certains des segments retenus peuvent s'énoncer comme suit : quelle prise de position faut-il adopter dans cette situation ? Quelle posture adopter de manière générale dans l'exercice du métier ? Que faire lorsque je me sens en écart de la posture que j'adopte pourtant ou qu'il me faudrait adopter ? Comment ne plus recourir à une posture ancienne qui ne correspond plus à mon activité actuelle ? Puis-je abandonner une posture traditionnelle qui semble avoir fait ses preuves ? Excepté les observations réalisées lors de la recherche sur les mini-entreprises, les éléments de corpus correspondent à des mises en mots de l'activité. Il s'agit donc le plus souvent d'analyser une mise à l'épreuve de la posture du seul point de vue des acteurs eux-mêmes. Dans le cas des mini-entreprises, les mises en mots sont croisées aux données issues des observations réalisées dans une démarche ethnographique.
23-Il s'agit dans un second temps, à partir de ce corpus réduit, de suivre les acteurs dans leur engagement professionnel en étant attentif à la manière dont ils se rapportent aux situations, aux autres et à eux-mêmes. Ce sont ces trois dimensions qui font l'objet des analyses qui suivent. Elles tentent de rendre raison des trois dimensions des TC – physiologique, psychologique et sociale – identifiées par Marcel Mauss. Pour les besoins du propos, chaque analyse met l'accent sur l'une de ces dimensions. Rappelons que dans les faits, elles se trouvent toujours étroitement liées, la posture opérant dans l'activité une intégration permanente de ces trois dimensions. En cela, l'approche analytique propre au travail scientifique qui procède par catégorisation rencontre une limite difficilement surmontable pour rendre compte des réalités sociales. C'est dans ces limites qu'il faut resituer le modèle d'intelligibilité (Crahay, 2002) proposé ici.
24-Précisons auparavant le choix de situer la question de la posture dans une économie. Comme l'indique Mauss (1936), les TC doivent répondre d'un « acte traditionnel efficace » relativement aux trois dimensions identifiées précédemment. Ainsi, les TC sont-elles évaluées concrètement (dimension physique où la valeur des TC sont jugées à l'aune de leur performance matérielle), symboliquement (dimension sociologique et culturelle où les TC sont vectrices de significations dans un marché symbolique constitué par la « tradition ») et affectivement (dimension psychologique où le sujet estime en propre la valeur des techniques mises en œuvre par ce corps singulier qui le constitue tout en autorisant sa mise à distance relative). Aussi, les dynamiques de la posture peuvent se concevoir à partir de ce qu'elles valent conjointement pour la réalisation de l'action, pour les autres et pour soi.
5.1. Etre en situation
25-Restituer le rapport qu'entretiennent les professionnels avec les situations demande d'en considérer les dimensions proprement corporelles. Travailler constitue un véritable corps à corps d'un sujet engagé dans une transformation du monde. Quels liens s'opèrent entre posture et situation ? Pour y répondre, nous privilégions les moments professionnels où la situation professionnelle se trouve perturbée.


• 4 Les pseudonymes choisis par les inspecteurs lors de l'atelier d'écriture ont été conservés.


26L'un des textes rédigés par Hannibal4 (Inspecteur de l'éducation nationale [IEN] faisant fonction) permet de mettre en évidence le processus conjoint de construction de soi et de la situation qui se trouve au cœur de l'adoption d'une posture. Courant janvier, il est alerté sur le cas d'une école occupée par des parents d'élèves inquiets du comportement d'un élève : les termes utilisés au début du texte (« envahissement », « grand trouble », « perturbateur », « exactions ») traduisent une situation confuse et conflictuelle qui s'impose à ce jeune IEN non titulaire. La précipitation qui suit (« je décidai de me rendre immédiatement sur place », « Au mépris de toutes les règles du code de la route », il « appelle aussitôt » son « tuteur virtuel », un IEN ancien dans la fonction) traduit une confusion qui l'affecte intérieurement qui le fait s'interroger sur sa capacité d'action. La suite du texte révèle une fine intrication entre reconstruction de la situation et adoption d'une posture professionnelle.
27-« Ses conseils, teintés de bon sens mais toujours cadrés par les contraintes institutionnelles, me permirent d'ordonner les réponses (...). A mieux y réfléchir, (...), les pistes proposées n'allaient pas au-delà de ce que la réglementation nous autorise ; mais la rapidité et la clarté de son propos m'avaient "rassuré" et conforté dans mes attitudes pour affronter l'hostilité "institutionnelle » de mes interlocuteurs.
1. Mettre en préalable le retour à la normale de l'accueil des élèves (plus d'occupation des locaux)
2. Convier à une réunion les représentants des parents et les responsables municipaux
3. Rappeler les obligations en termes de respect des personnes et de la scolarisation de tout élève
4. Organiser le parcours adapté de l'élève
5. Effectuer les signalements nécessaires pour traiter la situation dans la durée.


28-L'aide apportée par ce collègue se situait donc plus dans la confortation et la légitimation de mon positionnement que dans la solution "miracle". Il me permettait cependant d'entr'apercevoir un incontournable de la fonction : "Représenter l'institution avec prise de la distance nécessaire et mise en évidence de l'intérêt général dans le respect des grands principes de la République". »
29Comme l'indique Hannibal, l'efficacité de son action réside dans l'adoption d'une posture experte déjà éprouvée par son tuteur. Elle procède d'une reconstruction de la situation qu'Hannibal va imposer aux acteurs, reconstruction qui forge dans le même temps son propre positionnement. Cette reconfiguration s'opère par un système de dispositions (associés aux termes « réglementation », « obligations » et « respect ») et de dispositifs (réunion, signalement, parcours) qui sont autant d'espaces traditionnel de projection pour l'ensemble des acteurs, dont Hannibal lui-même. Dans cet épisode professionnel, il s'agit de « re-disposer » les acteurs selon des rôles et un système de valeurs convenus. Cette activité s'accompagne conjointement d'un refroidissement des affects - qui se trouvent implicitement dévalorisés : à l'effervescence de la première situation succède la rationalité institutionnelle des dispositifs. Incarner aux yeux de tous l'institution, c'est donc pour cet IEN se disposer soi-même (passer ici de la précipitation confuse à une sensation d'ordre impersonnel) mais aussi disposer les autres acteurs dans un asservissement de la situation (« le retour à la normale », l'engagement de multiples dispositifs) et des affects. En cela le travail de la posture traduit ici une mise en cohérence de la situation et des différents protagonistes qui y sont impliqués selon un système de valeurs ordinaire.
30-Toutefois, cet asservissement de la situation et des affects par l'adoption de postures réciproques se trouve parfois empêché.


• 5 Ils sont trois à encadrer la mini-entreprise mais ne sont pas systématiquement présents à chaque sé (...)


31C'est le cas pour les enseignants et les élèves engagés dans une mini-entreprise que nous avons pu observer au cours de leurs activités. Dans le cadre de ce dispositif, ceux-ci sont confrontés à des situations qui perturbent les rôles habituellement assignés. En effet, comme le précisent les enseignants, reprenant en cela les attendus pédagogiques de la mini-entreprise, un tel dispositif a pour vocation d'encourager la prise d'initiative et l'esprit d'entreprendre des élèves. Or, nos observations et les entretiens réalisés avec les différents acteurs montrent la difficulté de rendre effectifs ces espaces de prises d'initiative pour les élèves. Cela se traduit notamment par la place des corps dans l'espace de la salle de classe qui héberge la mini-entreprise. Au début de la séance, élèves et enseignants5 occupent les places habituelles : les uns assis à leur table, les autres installés à leur bureau ou face à la classe. Au début de chaque séance, les enseignants rappellent les étapes précédentes et les objectifs du jour à réaliser.

Lorsque des propositions sont émises par les élèves, les enseignants vérifient leur conformité avec le cadre scolaire. Les mini-entrepreneurs restent quant à eux très sensibles aux jugements de leurs enseignants qu'ils critiquent parfois, mais de manière mesurée. L'écart qui existe entre les objectifs et l'ambition du projet auquel chacun adhère explicitement et le « pli » scolaire qui bien souvent s'impose dans les faits traduit, selon nous, la difficulté à se mettre à distance d'une forme scolaire à laquelle les différents protagonistes sont largement acculturés. S'inscrire quotidiennement dans cette forme scolaire engage un travail de corporéisation qu'il faut entendre comme « l'unification que l'on ressent lorsque l'on transforme la perception en mode d'action » (André et al., 2004). C'est ce qu'illustrent les propos de l'un des enseignants lorsqu'il repense à sa première expérience de ME : « Tant qu'on était dans l'enceinte de l'établissement, [les élèves] sont restés dans ce monde : "le professeur dit, je fais". » Perception et mode d'action obéissent à un « pli » qui résiste à la prise de conscience à laquelle invite en partie la structuration du dispositif. La posture, intégration quotidienne d'un apprentissage par corps des rôles dans l'espace scolaire, assure ainsi une certaine inertie face aux changements visés et opérés par cette nouvelle situation éducative. Enseignants et élèves doivent envisager l'adoption d'une nouvelle posture qui reste cependant problématique. La modification du schéma corporel, entendue comme mémoire posturale qui intègre le résultat des multiples interactions du sujet avec l'environnement socio-culturel (Andrieu, 2007), ne peut ainsi s'envisager que sur le temps long nécessaire à la réalisation de multiples expériences. Chacune d'entre elles est l'occasion de mettre à l'épreuve des manières neuves de se rapporter aux nouvelles situations et de retenir dans le corps singulier – et, à terme, dans le corps professionnel - des configurations posturales plus pertinentes. Ces premières analyses demandent de distinguer deux conceptions de la posture :-


• une première conception de la posture rend compte d'une réalité plus stable qui fait suite aux nombreuses expériences menées dans une pluralité de situations. L'exercice partagé du métier dans un collectif professionnel permet de retenir les postures pertinentes pour faire face aux nouvelles situations et de s'inscrire dans une culture professionnelle. La tradition, portée par les corps réels et symboliques, montre toute son efficacité. C'est le cas de la posture évoquée par Hannibal dans l'extrait précédent. Nous proposons de parler alors de « posture de métier ».

• une seconde conception, éminemment plastique, qui s'inscrit dans un processus d'essais/erreurs où chaque acteur teste de nouvelles manières de se rapporter aux situations, en interrogeant la « tradition ». Chaque séance de travail de la mini-entreprise a ainsi été l'occasion d'expérimenter des postures nouvelles sans pour autant arriver à se démarquer durablement du pli scolaire. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'évitement de tout enseignement formalisé ou de la place réduite réservée à l'écrit. Cette instabilité des postures expérimentées se retrouve dans les résultats issus d'un questionnaire renseigné par la moitié des enseignants engagés dans une mini-entreprise en 2013-2014 dans la région Nord-Pas de Calais. Pour 68 % des répondants au questionnaire, la mini-entreprise est un dispositif pour enseigner autrement. Pour près d'un quart des enseignants, celle-ci ne doit plus être considérée comme un enseignement à proprement parler. Ils perçoivent leur travail comme très différent de leur action professionnelle ordinaire (Champy-Remoussenard, Starck, Zaid, Deville & Ait M'Bark, 2014). Il n'existe pas d'accord entre les enseignants pour qualifier leur positionnement dans le dispositif. Les postures adoptées restent disséminées tant qu'elles ne sont pas diffuées, affinées, socialisées, partagées au sein d'un collectif. Dans ce cas, nous proposons de parler de « posture de situation ». Celle-ci témoigne de la volonté d'instaurer et d'inscrire les activités professionnelles dans un nouveau système de valeur. Postures de métier et posture de situation entretiennent ainsi des rapports dialectiques qui constituent la vie de la posture.


32-Pour finir, il faut souligner le rôle que tient l'environnement matériel relativement à l'adoption d'une posture. Plus qu'un simple décor, il favorise ou limite le développement de certaines d'entre elles. Dans le cadre de la mini-entreprise, lorsque les séances ont lieu dans un contexte similaire à un espace scolaire, les objets, les places, la temporalité, l'esthétique rappellent de manière permanente un certain maintien de soi et des autres lié à la forme scolaire. Hors de ce cadre scolaire, les postures sont moins fortement inféodées aux rôles convenus : les enseignants semblent chercher leurs marques, les élèves s'expriment dans une spontanéité qui contraste avec leur attitude scolaire plus mesurée. Comprendre l'usage de la posture demande ainsi, comme l'indique déjà Lameul (2008), de considérer l'environnement sociotechnique dans lequel elle prend forme.


5.2. Posture et reconnaissance


33-Si la posture nécessite un réglage par rapport à la situation, elle demande d'identifier et d'incorporer une manière de se rapporter aux différents acteurs présents dans l'exercice professionnel. Béatrice, jeune IEN qui vient d'être titularisée se souvient de ses premières rencontres professionnelles avec des élus ou des enseignants. Elle constate l'écart qui existe dans les faits entre sa position statutaire précédente de faisant fonction et celle de titulaire : « j'ai l'impression que j'ai changé très lentement dans ce que je suis, mais par contre j'ai été impressionnée par le changement de regard de l'autre. Et je pense que c'est cela qui nous fait effectivement changer (rires) de posture (...) je devenais madame l'inspectrice, le regard des politiques, la carte scolaire, complètement changé. Plus le représentant de, mais je devenais quelqu'un d'institutionnellement installé, avec ses pouvoirs. ». Dans cet extrait, Béatrice prend conscience du rôle que jouent les acteurs qu'elle côtoie et qui, dans leur propre posture faite de respect et d'écoute, de paroles retenues et d'attitude plus réservées, portent les dimensions instituées du statut de l'inspecteur titulaire et qu'ils vont littéralement lui imposer. C'est alors comme si son corps physique se réglait sur celui de ses partenaires professionnels. Deux points remarquables se dégagent de cet épisode professionnel : une extension de soi (Béatrice se découvre un nouveau corps professionnel au double sens du terme) et une extension de son pouvoir d'agir qui puise ses ressources dans les dispositions institutionnelles des partenaires et des situations professionnels. L'écart que relève Béatrice entre la perception intime qu'elle a d'elle-même et cette figure sociale qu'on lui renvoie marque le lieu d'un apprentissage « par corps » (Bourdieu, 1997) qui n'est pas « relation d'extériorité d'une conscience connaissante » (Bourdieu, 1997/2003, p. 206) mais « interactions avec l'environnement [qui] sont incorporées au point de modifier le schéma corporel en l'orientant selon les exigences socio- culturelles » (Andrieu, 2007). Ainsi, cet apprentissage est indistinctement celui du corps physique que celui du corps symbolique que figure le corps professionnel. Béatrice devient ainsi l'inspectrice attendue, à l'image d'Alain (IEN) qui fait le deuil d'une relation de proximité avec les enseignants suite aux remarques ou refus exprimés par ses supérieurs et les enseignants eux-mêmes. Les postures sont donc ici estimées à l'aune de leur valeur pour les autres et pour soi.-


34-Nous retrouvons ces processus de reconnaissance chez les étudiants porteurs de projet au cours de leur accompagnement dans des incubateurs ou pré-incubateurs et qui affinent le rôle joué par l'environnement matériel.


35-Les objets matériels ne sont pas de simples médiateurs, mais opèrent comme des actants non humains (Latour, 2006) sur les porteurs de projet : lorsque Simon (jeune entrepreneur de 26 ans) avec son associé s'installent dans leur bureau (hébergé par un Hubhouse), ils ont le sentiment que leur projet dispose d'une « identité » ; c'est un lieu « où [ils] pouvaient travailler autant qu'[ils] le voulai[en]t », au contact de « plusieurs entreprises ». Le lexique utilisé spontanément au cours de l'entretien rend compte de la reconnaissance apportée par cet environnement matériel, opérant comme un ensemble d'actants humains et non humains (Latour, 2006). En investissant ce bureau, ils sont identifiés et peuvent s'identifier comme des professionnels de l'entreprise. Pour Audrey (entrepreneure de 25 ans), le risque de travailler sur son projet entrepreneurial à son domicile réside dans le regard porté par les autres : « En fait, au mois de septembre j'ai commencé à travailler à domicile, chose qui est un peu impossible... enfin je n'arrive pas à travailler à domicile parce que... enfin tout le monde sait que je suis chez moi, (...) Enfin c'était logique, ils savaient que j'étais chez moi, les gens passent... enfin pour les gens quand on est chez soi, on ne travaille pas forcément en fait ». Audrey perçoit explicitement le poids de ces regards et des objets sur sa propre posture qu'un autre environnement matériel va contrecarrer : « Et travailler chez soi, on devient vite femme au foyer en fait. Enfin "femme au foyer", si je peux dire, en faisant les lessives, le ménage, en repassant derrière tout le monde parce que tout le monde sait qu'on est à la maison, donc du coup... C'était une posture qui ne me plaisait pas du tout en fait. Et je pense que sans locaux [dans un Hubhouse], je n'aurais pas créé mon entreprise ». Cet environnement socio-technique qui constitue aussi « ces autres » auquel les individus se rapportent indique à chacun sa place, en l'y disposant.


36Lorsque Simon et son associé quittent leur bureau pour rejoindre un open space dans une ruche d'entreprises à l'architecture résolument moderne et soignée, là encore les conditions matérielles vont directement peser sur les processus de reconnaissance. Le lieu multiplie les interactions avec les autres acteurs : il s'agit d'un espace qui oblige à échanger en permanence, invite à affiner son « pitch », à parler ouvertement avec assurance. Précisons que le « pitch » est un court discours associant présentation de soi et présentation de son projet que les partenaires de l'échange se doivent d'évaluer. L'open space est ainsi un lieu pour se mettre plus systématiquement à l'épreuve du regard des autres, non seulement dans la présentation de soi et de son projet mais aussi dans l'exercice de son activité au quotidien. Ce lieu ouvert fonctionne comme un espace de contrôle et de reconnaissance réciproques façonnant les postures des entrepreneurs par un travail permanent de socialisation entre pairs. Mais ce lieu dans ce qu'il donne à voir, à sentir transforme le rapport du corps à son environnement, lui assurant un plus grand prestige.
37Incorporer un métier opère une transformation profonde du sujet selon des orientations socio-culturelles, affectant les manières de se tenir face aux autres mais aussi les manières de se sentir soi-même et de se reconnaître. La partie suivante met l'accent sur les rapports qui s'établissent entre posture et reconnaissance de soi par soi.


5.3. La posture : une affaire intime


38-Nous l'avons vu précédemment, l'adoption d'une posture de métier autorise une extension du corps propre : elle est un « sortir de soi » (Clot, 2010) au plus près de soi. L'incorporation d'une posture de métier figure un double apprentissage qui nécessite le temps de multiples expériences, au gré des situations rencontrées : incorporation d'un schéma corporel neuf et dans le même temps renoncement à d'autres postures potentielles. Béatrice (IEN) le souligne dans son entretien : « on est investi de ce rôle institutionnel fort (...) avec ce que je peux dire, ce que je ne peux pas dire, avec ce que je dis... ce n'est pas moi, personnellement, mais c'est moi l'IEN (...) Alors ça, ça s'apprend progressivement comme ça ». Le travail intime de la posture professionnelle exige, ici, de distinguer dimensions personnelles et transpersonnelles portées par le métier et le cadre institutionnel et organisationnel. Les propos de Béatrice sont la trace, selon nous, du travail d'appropriation de son nouveau statut et des attendus de l'exercice professionnel dans la fonction publique. Les statuts de cette dernière mettent explicitement en avant une obligation de désintéressement, une obligation d'exclusivité du (temps de) travail, une obligation de moralité qui contraint le fonctionnaire à adopter des attitudes et des comportements discrets, sobres et mesurés et à exposer une tenue et une prestance qui fait la démonstration de la solennité de leur fonction (Koubi, 1995). Loin de prôner une distinction entre la personne (dimension privée) et l'agent (dimension publique), les statuts de la fonction publique tendent au contraire à façonner les identités en influençant les « conduites et attitudes personnelles dans le service comme dans la vie privée » (Ibid., p. 235). Il revient au fonctionnaire de représenter l'intérêt général dans une incarnation toujours singulière de sa personne. Il est donc attendu de lui qu'il taise ses « impressions et émois en vertu du principe de neutralité en vigueur dans le mode de fonctionnement des services administratifs » (Ibid., p. 240).


• 6 Directive de 2006 sur la lecture portée par le ministre Gilles de Robien. Circulaire N° 2006-003 du (...)


39Cette mise en suspens de ce que Béatrice dénomme les dimensions personnelles reste cependant problématique : ainsi lorsqu'elle doit faire appliquer les nouvelles directives ministérielles sur la lecture6 elle se range à l'avis général du conseil d'IEN même s'il contrevient à ses convictions. Or, en tant qu'activité empêchée, ce renoncement continuera de peser sur l'activité et sur la posture publiquement adoptée. La posture adoptée s'apparente à l'appropriation d'un « corps étranger ». Dans un de ses textes, Béatrice interroge cette dimension du métier et l'implication des renoncements qui semblent inévitables bien qu'emprunts de violence : « Doit-on renier ce que l'on est pour revêtir le costume de l'IEN, au risque de sombrer dans la schizophrénie ? Serait-ce un métier nécessitant un travail sur soi, en profondeur, avant de l'investir ? ». Solange (IEN) confrontée à la nécessité d'animer des conférences pédagogiques soutenant cette directive où elle ne se reconnaît pas trouve un stratagème : elle recourt au CD-Rom fourni par le ministère pour « laisser les enseignants débattre entre eux ». Solange évite ainsi, par l'adoption d'une posture en retrait, de mettre ces discours dans sa bouche et préserve son intimité.
40Dans d'autres cas, travailler sa posture revient à accepter/assister à une transformation intime qui s'opère dans le temps long. Les propos des personnes interviewées opèrent en effet un constat après-coup d'un processus diffus de transformation dont il est difficile d'identifier l'origine, le déroulement ou la fin. Ils semblent ainsi en partie spectateur d'un processus qui les travaille à cœur. En cela, ils ont le sentiment de devenir en partie un autre. Ainsi, Simon (entrepreneur) dit avoir appris dans son parcours entrepreneurial à « mentir » ou à « faire de la langue de bois », attitude qu'il fait partager aux stagiaires qu'il accueille dans son entreprise et qu'il a l'impression de « corrompre ». Mathieu, l'un des mini-entrepreneurs que nous avons rencontrés lors de nos observations, se voit bien diriger, après cette expérience de la mini-entreprise, une petite entreprise regroupant quelques salariés, ce qu'il n'avait jamais envisagé jusqu'alors. De manière générale, les étudiants porteurs de projet rencontrés lors de notre enquête avancent tous l'idée que l'accompagnement dont ils ont bénéficié leur a permis de se voir en créateur d'entreprise. Les épreuves traversées (moments de doutes, de mise en concurrence, de challenge, d'étapes à franchir dans le parcours de la création d'entreprise) ont été l'occasion de formes de reconnaissances extérieures qui engendrent un sentiment de légitimité et de confiance en soi. La reconnaissance devient alors intérieure et affecte la manière de percevoir sa propre valeur en situation marquant parfois une transformation ou un maintien de soi.
41-Les liens entre confiance en soi et posture dans l'activité apparaissent très clairement dans les propos de Simon (entrepreneur) : « on le voit pour les nouveaux qui arrivent dans l'incubateur : "tu fais quoi ?ˮ ; "ouais, moi je fais un petit projetˮ. Déjà, t'enlèves "un petitˮ !, "Tu prépares un projetˮ, "moi j'ai une start-up et le but c'est çaˮ. "Ouais, nous, bah voilà, on fait ça, ce n'est pas l'idée du siècleˮ ; "Si ! c'est l'idée du siècle !ˮ. On est toujours en train de dénigrer son projet parce qu'on n'a pas assez de confiance ». Adopter une posture demande ici d'avoir la conviction d'y adhérer au risque de ne pas apparaître véritablement à sa place.


42-Par leur posture, les individus établissent un rapport complexe à eux-mêmes. Ce rapport simultané aux situations, aux autres et à soi traduit une inévitable tension qu'il s'agit de rendre cohérent en pratique. Les enjeux de la fonction intégratrice de la posture se révèlent ici avec acuité : travail de la posture comme possibilité de s'expérimenter comme autre soi-même, mais au risque de ne plus parvenir à s'y reconnaître.


6. La posture scientifique


43Pour finir, il nous paraît important de mieux tracer les limites de cette entreprise de clarification de la posture en exerçant une « vigilance épistémologique », selon les termes de Bourdieu (2001, p. 174). Cette vigilance est rendue nécessaire par deux interrogations : en quoi la démarche scientifique procédant d'une pensée rationnelle est-elle à même de saisir des formes d'action qui semblent ne pas pouvoir s'y réduire ? La démarche scientifique en tant qu'elle se manifeste par un travail et a priori l'adoption d'une posture peut-elle mettre en évidence ce par quoi elle se réalise en partie ? C'est finalement la valeur du travail scientifique engagé ici et donc de son processus de construction de connaissances qui se trouve interrogée. Cette dernière partie s'inscrit ainsi dans une démarche de socioanalyse relevant un double défi : développer « une critique réflexive capable de lui assurer un degré supérieur de liberté à l'égard des contraintes et des nécessités sociales qui pèsent sur elle » (Bourdieu, 2001, p. 176) ainsi qu'une « critique (au sens de Kant) des conditions sociales de possibilité et des limites des formes de pensée » (Ibid., p. 176) qui organisent la production de savoirs.


44Finalement, la posture scientifique mise en œuvre dans ce travail permet-elle de rendre compte de la manière dont les individus font l'expérience de la posture ? Concrètement, nous proposons d'ouvrir la discussion à partir de trois remarques qui figurent avant tout comme des propositions épistémologiques ouvertes au débat au vu de la complexité des questions qu'elles soulèvent.


45Une première remarque s'impose : les deux réalités – compte-rendu d'une expérience de la posture et l'expérience dont il est rendu compte - ne sont pas exactement de même nature. A moins de considérer qu'une vision sémiologique du monde peut rendre entièrement raison de son épaisseur et sombrer dans « le biais du textisme qui constitue la réalité sociale comme texte » (Ibid., p. 59), il nous faut convenir que quelque chose du monde échappe par nature à l'univers du texte. Et pourtant, si nous retournons à notre réflexion sur la posture, nous constatons que le tissu textuel regarde vers autre chose que lui. Loin d'être selon nous une formalisation qui fait système dans un univers langagier clos, la mise en mots réalisée dans le travail scientifique ci-dessus, à l'image de bien d'autres en sciences humaines, fait implicitement appel chez le lecteur à sa propre expérience de la posture, et plus généralement à sa propre expérience du monde, tout comme les mises en mots des personnes rencontrées au cours de l'enquête ont interpellé au cours de la rencontre mais aussi lors de l'analyse des matériaux l'expérience propre du chercheur. La pratique scientifique parce qu'elle est une pratique est constituée des mêmes matériaux infra ou supra langagiers que les pratiques et expériences sociales dont le chercheur tente de rendre compte. C'est ce qui permet, selon nous, de comprendre ce propos de Bourdieu (Ibid.), « [i]l faut éviter de réduire les pratiques à l'idée qu'on en a lorsqu'on en a d'expériences que logique » (p. 81). Ainsi, comprendre scientifiquement les réalités sociales et en rendre compte demande d'associer pour le chercheur connaissances théoriques et bagage expérientiel. Une telle conception du travail scientifique et donc de la production académique oblige alors à considérer la mise en jeu dans ceux-ci d'une dimension par nature non formalisable, accessible toutefois de manière oblique et implicite. L'écriture scientifique constitue une mise en mots qui ne rend pas exclusivement compte de manière formelle mais invite le scripteur et ses lecteurs à sentir l'objet pour en restituer toute son épaisseur. C'est ainsi par exemple que nous comprenons la forme et la force de l'écriture ethnographique. Théoriser demande alors, pour un chercheur, de savoir concilier un haut degré de formalisation et une capacité à maîtriser les implicites de tout discours référé au réel. Et donc finalement d'inclure dans son expérience du et dans le champ scientifique l'ensemble des expériences qui émaillent la globalité de son parcours. En plus d'être l'objet d'une déconstruction dans un processus de socioanalyse, le parcours du chercheur constitue, sous cet angle, une ressource pour accéder scientifiquement au réel.


46-Deuxième remarque : en quoi cette posture singulière sur la posture peut-elle prétendre être heuristique ? Nous l'avons vu, les acteurs sociaux n'ont pas attendu le chercheur pour produire des concepts proches des expériences au milieu desquelles ils se trouvent ordinairement plongés. En fonction des réflexions qui précèdent, la production scientifique des concepts n'est pas à entendre comme procédant d'une rupture radicale entre sens commun et mise en sens scientifique. Comme le souligne Clifford Geertz (1986/2012), concepts de sens commun et concepts scientifiques procèdent d'une différence de degré et non de nature. Toutefois, bien que la pensée scientifique ne puisse être, selon une telle perspective, réductible à un projet de formalisation, elle n'en est pas moins la forme sociale de pensée la mieux formalisée et, en cela, constitue un espace précieux de compréhension du monde.


47-Troisième remarque : accéder à une dynamique de la posture demande de pouvoir (se) représenter avec exactitude les mécanismes de pensée qui traversent la construction et la mise en œuvre d'une posture par le sujet. C'est d'ailleurs l'intention de ce texte. Nous l'avons vu précédemment, cette pensée procède par intégration. Or, la démarche scientifique – et ce texte n'y échappe pas - procède quant à elle de manière avant tout analytique. N'y a-t-il pas là, pour la posture scientifique, une limite ou en tout cas un obstacle épistémologique important ? Ce point de vue analytique de la pratique scientifique sur la pensée ordinaire n'est-il pas en effet toujours exposé au risque de maltraiter, de par cette différence dans les modes de pensée, voire disqualifier, de par les effets sociaux du champ scientifique, le sens commun (voir par exemple Bensaude-Vincent, 1999 ; Grignon & Passeron, 1989) ? A notre avis, réussir à s'expliquer avec cette difficulté demande de construire une posture scientifique répondant d'une triple vigilance :
• méthodologique, en « suivant les acteurs » selon les recommandations de Latour (2006). Le chercheur est toujours exposé au risque de faire rentrer le terrain dans un cadre théorique qui semble a priori pertinent. S'en prémunir demande de procéder au préalable à une description précise des réalités enquêtées selon différents points de vue afin de restituer l'épaisseur de ces dernières et comprendre quel(s) cadre(s) théorique(s) s'accorde(nt) au terrain.
• éthique, en considérant à sa juste valeur une pensée ordinaire dont la plasticité autorise le déploiement de la pensée humaine dans une pluralité tout à fait impressionnante de situations tout en réussissant le plus souvent à répondre de manière satisfaisante aux urgences pratiques qui se succèdent.
• épistémologique, en considérant la puissance et les limites de la pratique et pensée scientifiques, toujours dépendantes de ses conditions sociales de réalisation. Ce que Bourdieu a largement mis en lumière dans nombre de ses travaux.
48-La construction du « métier de savant » (Bourdieu, 2002) et l'adoption d'une telle posture s'inscrit toutefois, parce qu'il s'agit d'une pratique, dans le temps long des apprentissages par corps qui seuls permettent l'intégration de ces trois vigilances dans le corps professionnel, à entendre ici dans son acception physique et sociale.

Bibliographie
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Notes
1 Nous empruntons la locution à Geertz (1986/2012) qui précise les liens entre concepts situés dans leur usage commun ou scientifique : « concept proche de l'expérience » et « concept éloigné de l'expérience » ne présentent pas de différences de nature mais plutôt de degré : ils visent à rendre intelligibles les mêmes réalités, mais selon des degrés de formalisation divers.
2 http://www.lettreducadre.fr/8801/trouvez-votre-posture-manageriale/#
3 Les textes ont été produits dans le cadre d'ateliers d'écriture réalisés à distance. Pour plus de précisions, voir Champy-Remoussenard et Starck (2011).
4 Les pseudonymes choisis par les inspecteurs lors de l'atelier d'écriture ont été conservés.
5 Ils sont trois à encadrer la mini-entreprise mais ne sont pas systématiquement présents à chaque séance.
6 Directive de 2006 sur la lecture portée par le ministre Gilles de Robien. Circulaire N° 2006-003 du 3-1-2006, NOR : MENB0600023C
Pour citer cet article
Référence électronique
Sylvain Starck, « La posture professionnelle : entre corps propre et corps sociaux », Revue internationale de pédagogie de l'enseignement supérieur [En ligne], 32-3 | 2016, mis en ligne le 20 décembre 2016, consulté le 10 août 2018. URL : http://journals.openedition.org/ripes/1124

L'avenir d'un pays se prépare surtout avec sa jeunesse, c'est ce qu'a compris Ibrahima Thiam président du mouvement un "Autre-Avenir.Aprés le retour au bercail d'Ibrahima Wade qui occupait le poste de secrétaire général.Un Autre-Avenir a jeté son dévolu sur un jeune diourbelois du nom de Mouhamadou Mar, architecte de formation et directeur de la société Global Consortium qui va désormais se consacrer à étendre les tentacules du mouvement dans les zones les plus reculées en vue des prochaines échéances électorales.

Selon Ibrahima Thiam un "Autre-Avenir" s'adapte à la démocratie moderne, en donnant l'occasion aux jeunes de s'interesser à la gestion de la cité c'est justement la raison pour laquelle je crois profondément aux talents-jeunes de ce pays pour construire le Sénégal de demain".

KMNGN

La société civile sénégalaise semble préoccuper par la situation préélectorale très tendue, marquée par la rupture de dialogue politique et les désaccords sur le processus électoral. Dans une déclaration parvenue à la rédaction, hier mercredi, une trentaine d’organisation de la société civile tire la sonnette d’alarme sur les risques qui pèsent sur les prochaines élections, non sans décider de travailler en synergie autour de la question électorale.

Il n’est pas question pour les organisations de la société civile sénégalaise d’observer, de manière passive, la situation politique tendue à cause de la rupture du dialogue et de la confiance entre les acteurs politiques, notamment sur le processus électoral au Sénégal. C’est tout le sens de la décision qu’elles ont prises au sortir d’un atelier organisé à Gorée, les 2 et 3 août dernier. Dans la note parvenue à la rédaction hier, mercredi 8 août, la trentaine d’organisations de la société civile a décidé «de mettre en synergie» ses actions «autour des principes et valeurs».

Comme initiative à poser, ces acteurs non-étatiques comptent «contribuer à la consolidation du cadre démocratique et consensuel grâce à une démarche holistique inclusive d’analyse, de recherche, de monitoring et de veille». Ababacar Fall du Gradec et compagnie ambitionnent de «promouvoir la médiation citoyenne afin de favoriser un dialogue inclusif entre les acteurs politiques». Ne s’en limitant pas là, ils envisagent de «travailler à favoriser la transparence du processus électoral», ou encore à «travailler à asseoir une culture de redevabilité politique pour aider à la décision électorale des citoyens», entre autres.

Sur les raisons de cette nécessité de synergie des organisations de la société civile, les signataires de la déclaration estiment que le changement de paradigme est motivé par les «incertitudes qui pèsent sur l’organisation des élections et des tensions qui en découlent». Alertant, ils diront que «nous risquons d’assister à un lourd contentieux préjudiciable à la tenue d’élections paisibles, si cette tendance arrivait à se maintenir». Les germes de cette menace sont, entre autres, la «rupture du dialogue politique», les «désaccords autour du processus électoral», sans oublier la «récusation du ministre de l’Intérieur par l’opposition quant à sa capacité à organiser les prochaines consultations en toute impartialité».

Ont pris part au conclave de Gorée, entre autres, Article 19, Amnesty Internationale, Ajs, Congad, Cosce, Commission justice et paix de l’Eglise, Enda Graf Sahel, Enda Diapol, Forum civil, Forum social sénégalais, Forum du justiciable, Gradec, Goree Institut, Handicapform Educ, Institut des droits de l’Homme et de la paix, Lsdh, Ong 3D, Ondh, Pacte, Raddho, Alioune Tine, etc.  

Sudonline

La psychose du second tour au Sénégal, à l’image de la présidentielle en cours au Mali, hante le sommeil du régime en place. Même si les tenants du pouvoir se targuent de remporter la présidentielle prochaine dès le premier tour, grâce aux bilan et réalisations du président sortant, il n’en demeure pas moins que les résultats de la dernière élection législative ne permettent pas d’être aussi confiant. A l’image de la région de Dakar, le régime de Macky Sall doit faire face à certaines poches de résistances, où il court de sérieux risques d’allers en ballotage avec certains leaders de l’opposition. Toutefois, force est de constater que le leadership de la mouvance présidentielle, Bennoo Bokk Yaakaar (Bby), reste sans conteste dans certaines contrées du pays. Sud quotidien jauge certaines localités du pays, à quelques 6 mois de la présidentielle de 2019.

A DAKAR : Une présidentielle à fort risque pour Macky Sall

Les résultats de La dernière élection législative, avec le ballotage entre les coalitions Bennoo Bokk Yaakaar (Bby), Mankoo Taxawu Senegaal, ou encore de Wattu Senegaal, montrent sans équivoque que Dakar sera l’un des greniers électoraux fortement disputés à la présidentielle de 2019. Toutefois, la possible absence des leaders de ces coalitions qui avaient talonnées la mouvance présidentielle pourrait jouer en faveur du candidat du régime sortant.

La guerre de Troy aura bel et bien lieu dans la capitale Sénégalaise, Dakar. Cette vérité, le président de la République, Macky Sall, candidat à sa propre succession en 2019, l’aurait prise très au sérieux, si l’on en croit certaines indiscrétions. D’ailleurs, selon le quotidien l’Observateur, le président de la République qui rencontrait, la semaine dernière, les Cadres de son parti de la région de Matam, aurait laissé entendre qu’il ne se faisait pas de soucis pour son élection dans la localité. Ses inquiétudes porteraient alors sur l’électorat de la capitale dont il estimerait devoir «renforcer». Des soucis qui s’expliqueraient par la tendance «rebelle» des capitales, liée très certainement au flux d’informations relativement fort dans ces parties du pays. A Dakar, il ne se passe pas un seul jour sans que l’opposition sénégalaise fasse des sorties dans la presse pour décrier la gestion du régime de Macky Sall. A cela s’ajoute certains manquements, dont notamment la pénurie d’eau dans Dakar et sa banlieue.

Ce risque de ballotage dans la capitale peut se justifier par les résultats étriqués notés lors de l’élection législative de 2017. En effet, la mouvance présidentielle, Bennoo Bokk Yaakaar (Bby), sortie vainqueur dans la région, avec au total de 294.180 voix, avait été talonné par la coalition Mankoo Taxawu Senegaal (Mts) dirigée par le maire de la ville de Dakar, Khalifa Sall, qui avait remporté 186.321 des voix. Ainsi, la coalition du président Macky Sall, forte de tous ses moyens, n’avait pu dépasser celle de l’édile de Dakar, pourtant en prison, que de 107.859 voix. Pis, dans le département de Dakar, Bby, fort de ses 114.165 voix n’a dépassé que de 2.811 voix Mts qui avait bénéficié de 111.354 des suffrages. A cela s’ajoute le fait que le cumul des scores réalisés par les deux plus grandes coalitions de l’opposition, notamment le Mts de Khalifa Sall et la coalition gagnante Wattu Senegaal du président Abdoulaye Wade (Cg/Ws) dépasse de loin le résultat de Bby. La somme des deux résultats fait 345.909, soit un écart de 51.729 voix en faveur de l’opposition.

Donc, sur la base des résultats de l’élection législative dernière, le président Macky Sall sera inéluctablement forcé au ballotage dans la région de Dakar, si la tendance à l’effritement des voix continue. Toutefois, certains paramètres peuvent entrer en jeu, en faveur du candidat de Bby. Les leaders des coalitions qui avaient «tourmenté» le régime en place lors des législatives dernières doivent d’abord régler le problème de leur éligibilité. Que ce soit pour le candidat du Pds, Karim Wade, ou pour Khalifa Sall de Mts, leur condamnation à des peines de pas moins de 5 ans de prison ferme ne cesse de susciter des polémiques sur la déchéance ou non de leur droit civique.

SAINT-LOUIS : Les chances de Macky Sall restent intactes

Le président Macky Sall, candidat à sa propre succession en 2019, peut compter sur le soutien de la panoplie de Directeurs généraux natifs de la région de Saint-Louis, ainsi que du «possible» soutien du leader du Pds, Ahmed Fall Baraya, pour remporter haut la main la région. Toutefois, force est de noter que «l’Affaire Cheikh Bamba Dièye», tout comme les nombreux mouvements de soutiens à Khalifa Sall, Karim Wade ou au parti d’Idrissa Seck sont à l’affut.

Les partis de l’Opposition à Saint-Louis ne devraient pas minimiser les chances pour le président Macky Sall de bénéficier d’un second mandat à la présidentielle de 2019. Car ce serait une grande erreur pour ces leaders de penser pouvoir arriver à barrer la route au chef de l’Alliance pour la République (Apr). Un parti qui est membre d’une grande coalition à savoir le Bennoo Bokk Yaakaar (Bby) qui avait largement dépassé les autres coalitions et partis lors des dernières élections législatives au niveau de la région de Saint-Louis. Bennoo Bokk Yaakaar l’avait ainsi remporté avec une majorité écrasante dans tous les trois départements que sont Saint-Louis, Dagana et Podor, avec des taux de participation qui dépassaient les 60%.

Il s’y ajoute aussi l’apport du grand nombre d’autorités et membres du gouvernement qui sont des natifs de cette région saint-louisienne. On peut en citer le ministre et maire de la commune de Saint-Louis, Mansour Faye; le ministre et maire de la commune de Gandon, Khoudia Mbaye; le ministre Abdoulaye Daouda Diallo (Podor); le ministre Mansour Elimane Kane (Podor); le Dg de l’Office national des Lacs et Cours d’eaux (Olac), Alioune Badara Diop; le Dg de la Sones, Charles Fall; le Dg de Dakar Dem Dikk, Me Moussa Diop; le Dg de la Caisse de Sécurité Sociale, Assane Soumaré, pour ne citer que ceux-là.

En plus de toutes ces nominations favorables au camp du régime en place, il se pose aussi le flou né du cas Ahmet Fall Baraya du Parti démocratique sénégalais (Pds) qui risque, à tout moment, de basculer vers la mouvance de Macky Sall. En outre, le président sortant a également gagné des points dans la résolution de la question des licences de pêche et l’aide apportée aux pêcheurs refoulés dernièrement de la Mauritanie. Ce qui pourrait accroître, de manière considérable, les chances de Macky Sall d’émerger lors de cette présidentielle de 2019.

Toutefois, tout n’est pas rose pour la mouvance présidentielle dans cette région où l’opposition est bien appuyée par les “Karimistes“, les “Khalifistes“, ou encore les “Rewmistes“. Également, il existe quelques handicaps des saint-louisiens qui, pour la plupart, s’insurgent contre la manière dont fonctionne la justice dans ce pays. Il s’y ajoute aussi le cas Cheikh Bamba Dieye du Fsd/Bj qui a bénéficié dernièrement d’un élan de solidarité suite à sa récente sortie médiatique sur cette question de la justice. Présentement, c’est le département de Podor qui abrite quelques soupçons de candidatures, à l’image de celle de Racine Sy de Podor avec son mouvement citoyen «And liggey Senegaal ak Racine».

KOLDA :Impossible de faire des pronostics

Bien malin est celui qui peut faire un pronostic sur l’élection présidentielle au Fouladou. Ici, le combat sera compliqué et chaque camp a sa chance. Si on en juge présentement par les différentes activités sur le terrain, le camp présidentiel, divisé en plusieurs morceaux, est en avance. Mais une frange de l’opposition travaille sérieusement aussi, sans bruit.

Le candidat Macky Sall peut compter sur une équipe qui a remportée, sous la Direction du ministre-maire Abdoulaye Bibi Baldé, du Pr Moussa Baldé, coordonnateur des enseignants du supérieurs de l’Apr, non moins président du Conseil départemental de Kolda, ainsi que du directeur de l’Onfp, Sanoussi Diakité, Mame Mboye Diao avec qui il a gagné toutes les élections au Fouladou depuis son arrivée au pouvoir. Aujourd’hui, cette équipe qui n’est d’accord que sur son désaccord est renforcée par des transhumants de tous bords. Ceux qui ne peuvent visiblement supporter les rigueurs de l’opposition. A côté, ces cadres de l’Apr ont participé largement au renouvellement de la classe politique locale et occupent chacun, à sa manière, le terrain.

Le président Macky Sall a réussi aussi à construire des infrastructures comme l’Espace numérique ouvert (Eno) de Kolda (de l’université virtuelle), l’université de Kolda en finition et certains axes routiers de la commune avec le projet Promo-villes. Les efforts dans le secteur agricole, avec la Sodagri, qui est entrain de réussir le pari de ramener tous les agriculteurs autour de la production rizicole, ne passent pas inaperçu. Le bilan du président sortant dans le secteur de la santé et du renforcement de la sécurité est aussi acceptable. A côté du team Apr, les autres responsables de Bby, comme notamment les alliés du Ps sont aussi visibles sur le terrain.

N’empêche, a 6 mois de la présidentielle, l’opposition tisse une toile solide pour en finir avec Macky Sall. Notamment le Pds qui est de plus en plus offensif. Les départs de certains ténors comme Fabouly Gaye vers l’Apr ont fini de revigorer les libéraux, sous la conduite de Ndiogou Dème. Les rencontres se multiplient et les critiques se font de plus en plus acerbes contre un pouvoir incapable de stopper la déforestation du Fouladou. Les agressions extérieures sur la forêt, la mauvaise politique agricole avec la non commercialisation arachidière, ou encore «le secteur le plus sinistré reste celui de l’élevage», selon Omar Baldé. La ministre de l’Elevage est taxée d’incapables.

Aussi, le Pds travaille, aujourd’hui, à regrouper tous les mécontents pour un retour au pouvoir. Le bilan, selon un des responsables, se résume simplement à «l’instrumentalisation de la justice pour bloquer des candidats». Les offres d’emploi sont pratiquement oubliées pour les jeunes ruraux obligés de se ruer sur les routes périlleuses de l’exil (l’immigration clandestine). En atteste, le Fouladou a le plus grand contingent de jeunes en Libye ainsi que de victimes de la méditerranée. «L’Etat ne fait rien sur le plan diplomatique pour faire libérer les jeunes entre les mains de la mafia en Lybie», fustige Fily, un des responsables de l’opposition qui dit ne pas craindre la machine de la mouvance présidentielle car «l’électorat est aujourd’hui plus mature».

Ici, le Pse est considéré par les opposants comme le «Plan Sénégal énervant». D’autres responsables de l’opposition travaillent sur le terrain, à l’image des militants de Rewmi, mais aussi ceux d’Ousmane Sonko. Le nouveau candidat déclaré Hadjibou Soumaré a aussi des sympathisants qui s’organisent.

MBOUR : La Petite Côte, un «fief» de Bby

De l’hégémonie socialiste à l’emprise de Bennoo Bokk Yaakaar dans le département de Mbour, les variables politiques semblent connaître des mutations profondes, mobile d’une nouvelle cartographie politique dans la Petite côte par rapport aux enjeux des futures consultations électorales, la présidentielle de 2019. Une projection sur la présidentielle prochaine, sur la base de la dernière législative permet de rappeler un ras de marée qui a ravagé les espoirs de supplanter Bby dans le département de Mbour lors l’élection des députés en 2017.

Selon les résultats fournis par la Commission départementale de recensement des votes, à l’issue des législatives du 30 juillet 2017, il y avait au total 290.645 inscrits pour 138.230 votants, dont 1.123 bulletins nuls. La coalition Bennoo Bokk Yaakaar domine largement le scrutin avec 74.362 voix (54,23%); suivi de la Coalition gagnante Wattu Senegaal avec 14.269 voix (10,40%). La troisième place est occupée par Mankoo Taxawu Senegaal crédité de 12.872 voix (9,38%). La quatrième place est revenue au Mouvement pour la renaissance républicaine 8.754 voix (6,38%). Le Parti de l’unité et du rassemblement (Pur) se présente comme la cinquième force politique dans le département de Mbour avec 8394 voix (6,12%). La coalition Ndawu Askaan wi - Pasteef arrive à la sixième place avec 1965 voix (1,43%) suivie de la coalition Manko Yessal Sénégal avec 1538 voix (1,12%).

Si les mêmes tendances se maintiennent, les espoirs de l’opposition de voir Macky Sall et le Bby perdre le département de Mbour restent faibles. De nombreux programmes en cours d’exécution sont de nature à rendre difficile la tâche de l’opposition pour convaincre les mbourois à tourner le dos au régime actuel. Les programmes politiques des opposants vont très certainement se heurter à des considérations socio-économiques et politiques ayant longtemps conduit la Petite côte à se fidéliser au pouvoir en place.

MATAM : La coalition présidentielle entend conforter son leadership

Devant les différentes candidatures déclarées des différents prétendants à la magistrature suprême, la coalition présidentielle Bby affiche une forte sérénité de pouvoir gagner la mise, à Matam.

C’est en tout cas l’expression formulée par les sommités politiques de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar et les leaders des mouvements de soutien qui bataillent forts pour offrir un second mandat au fils du terroir, le président Macky Sall. «Le Fouta s’est fait le devoir de soutenir le président Macky Sall, cette volonté est fortement partagée par les populations qui nourrissent la détermination de le reconduire pour un parachèvement des louables actions qu’il a engagées», explique le député maire Farba Ngom. Sous ce registre, poursuit-il, «l’intention est de le faire réélire dès le premier tour, car il a pu réussir le pari de l’amélioration du mieux-être des populations. Il est évident que les nombreuses réalisations faites dans le cadre des nombreux projets et programmes peuvent attester, à suffisance, de la légitimité de voter pour lui».

QUID DE LA CANDIDATURE DE L’OPPOSITION ?

La coalition présidentielle qui entend dépasser le score des suffrages reçus durant les élections législatives de 2017, n’affiche aucune inquiétude face à la candidature des forces de l’opposition. Mieux, pour le coordonnateur de l’Alliance pour la République, il s’agira de faire plus que durant les élections législatives passées. A cet effet, les partisans du président sortant entendent bien dépasser les 64.755 voix qu’ils avaient obtenues dans le département de Matam, sur les 82.310 suffrages valablement exprimés. Le camp présidentiel était suivi par la Coalition Gagnante Wattu Senegaal qui avait engrangé seulement 5503 voix, puis Oser l’Avenir d’Aïssata Tall Sall avec 4262 voix et Mankoo Taxawu Senegaal avec ses 1077 voix.

Le même pari prévaut dans le département de Kanel où on s’obstine bien à faire plus que les 44.334 voix sur les 52.675 valablement exprimés lors des législatives. Dans le département de Ranérou, on affiche le même sentiment de porter le président Sall au devant des suffrages. Dans cette circonscription, la coalition Bennoo Bokk Yaakaar qui avait engrangé 7973 voix, peut aujourd’hui compter sur l’ex-animateur, Amadou Dawa Diallo de l’Union citoyenne Bunt Bi qui l’avait talonnée de près avec 6469 voix.

ZIGUINCHOR : La candidature de Baldé compromet les chances de Macky

Alors que la mouvance présidentielle comptait sur son éventuel ralliement au camp de Macky Sall, comme une tempête de neige qui s’est abattue sur l’Alliance pour la République (APR) à Ziguinchor, la candidature annoncée du député-maire de la ville, Abdoulaye Baldé, semble geler tous les espoirs d’une victoire probante du président Macky Sall dans cette région sud.

La candidature annoncée du député-maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé, semble geler tous les espoirs d’une victoire probante du président Macky Sall dans la région sud. Certains responsables de la mouvance présidentielle qui espéraient un éventuel soutien du leader de l’UCS (Union des centristes du Sénégal) à leur mentor semblent ameutés par cette candidature d’Abdoulaye Baldé, qui perturbe ainsi tous les plans des partisans de Macky Sall à Ziguinchor.

D’abord parce que l’emprise de l’ancien ministre sous le régime de l’ancien président Abdoulaye Wade et actuel député-maire de Ziguinchor, sur l’électorat de la région sud reste toujours aussi patente, malgré des revers essuyés aux dernières élections. La coalition Bennoo Bokk Yaakaar (BBY) n’arrive toujours pas à battre à plate couture le maire de Ziguinchor. Illustration parfaite lors des dernières législatives lorsque la coalition de Baldé a perdu par un score très étriqué.

Et le cumul de son score et celui de la coalition autour du PDS (Parti démocratique sénégalais) dépassait très largement les voix engrangées par Bennoo Bokk Yaakaar qui n’atteint guère les 40% de l’électorat à Ziguinchor. Toutes choses qui donnent des frissons aux partisans de Macky Sall à Ziguinchor dans la perspective de la présidentielle 2019 qui s’annonce épique entre la coalition Bennoo Bokk Yaakaar et les partisans du maire de Ziguinchor.

Le poids du maire de Ziguinchor est toujours bien réel dans la partie sud du pays. Aujourd’hui, l’une des craintes soulevées par certains responsables «apéristes» locaux réside dans l’émiettement des voix que pourrait engendrer une telle candidature. Avec cette candidature annoncée, Abdoulaye Baldé délivre ainsi ses partisans à Ziguinchor.

La candidature d’Abdoulaye Baldé est une sérieuse menace pour les partisans de Macky Sall à Ziguinchor qui feront également face aux partisans du leader du parti PASTEF/Les Patriotes d’Ousmane Sonko, un autre natif de la région qui étend bien les tentacules de sa formation politique dans la région ainsi que d’autres leaders de l’opposition qui comptent également jouer leur partition à Ziguinchor pendant cette présidentielle.

Ensuite, l’autre source de frémissement pour BBY à Ziguinchor, ce sont les dissensions entre responsables de l’APR qui ne sont toujours pas surmontées. Le dernier feuilleton de ces querelles intestines qui minent la formation de Macky Sall à Ziguinchor remonte à la semaine dernière. Les lieutenants de Benoit Sambou et ceux du recteur de l’Université Assane Seck, Kourfia Diawara, tous deux responsables politiques APR de Ziguinchor, se crêpaient les chignons par presse interposée, ressuscitant ainsi les démons de la division dans leur parti.

Une concaténation de faits qui justifient bien la crainte et l’affolement qui entourent aujourd’hui certains responsables de l’APR à Ziguinchor, suite à la candidature annoncée du député-maire de la ville.                                                          

DIOURBEL : Percée de l’opposition dans la ville de Touba

La coalition Bennoo Book Yaakaar est majoritaire au niveau des départements de Diourbel et de Bambey. Elle a remporté les dernières élections législatives au niveau de Bambey, suivie de And Saxal Ligueye de l’honorable député Mme Aïssatou Mbodji, communément appelée la «lionne» du Baol, devant le Parti démocratique sénégalais (Pds). Le président de la République, Macky Sall, candidat à sa propre succession pourrait faire face à une opposition dispersée au niveau de Diourbel, au cas où les partisans du président du Rewmi, Idrissa Seck, président conseil départemental de Thiès et les libéraux ne trouvent pas un candidat unique.

Aussi, les différentes réalisations du régime dans le cadre du PUDC (Programme d’urgence de développement communautaire) en matière d’eau, d’électricité sont un atout non négligeable pour le candidat Macky Sall. A cela vient s’ajouter la réalisation de l’autoroute ila Touba, mais aussi le démarrage des travaux du Programme de modernisation des villes (Promovilles) surtout dans les départements de Bambey et de Diourbel ? Il y a également la mise en œuvre de politiques sociales que sont la Couverture maladie universelle et les Bourses de solidarité familiale.

Cependant, non seulement le président Macky Sall doit faire face à la forte demande sociale mais aussi et surtout la ville de Touba reste, jusque-là, un bastion de l’opposition. Elle a battu la coalition au pouvoir aux dernières élections législatives dans la capitale du Mouridisme. Et cela malgré les couacs notés dans l’organisation du scrutin législatif dans la citée religieuses ayant abouti à l’arrestation de Serigne Assane Mbacké de Book Gis Gis et Mor Lô de l’Alliance par la République. Mais aussi malgré les importants investissements de l’opposition demeure maître dans la cite religieuse.

Jean Michel DIATTA , Yves TENDENG (Saint-Louis), Abdou DIAO, Samba Niébé BA, Pape Moctar NDIAYE, Ignace NDEYE, Adama NDIAYE

Sudonline

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