Discours du Secrétaire général désigné-ONU-, António Guterres, prononcé à l'occasion de sa prestation de serment-António Guterres

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Mesdames et messieurs,

Je vous remercie de toutes ces aimables paroles. Je suis profondément honoré que les États Membres aient placé leur confiance en moi et je suis déterminé à guider mon action sur les buts et principes énoncés dans la Charte.

Je tiens à commencer par rendre hommage au Secrétaire général, Ban Ki-moon.

Monsieur le Sécrétaire général,

Incarnant une autorité morale à la tête de l'Organisation des Nations Unies, vous avez su poser les grandes lignes de son action future grâce, par exemple, au Programme de développement durable à l'horizon 2030, à votre engagement en faveur de la paix et de la sécurité, ou encore à votre décision de placer les droits de l'homme au cœur de nos activités.

C'est sous votre direction qu'a été conclu l'Accord de Paris sur les changements climatiques, qui marque un tournant historique et a été ratifié en un temps record. Je suis convaincu qu'il s'agit là d'une dynamique irréversible.

Monsieur le Président,

Il y a 21 ans, je prêtais un autre serment et devenais Premier Ministre du Portugal. Une vague d'optimisme soulevait alors de nombreuses espérances dans le monde. La guerre froide était terminée; d'aucuns y voyaient la fin de l'histoire. Ils annonçaient un avenir de paix et de stabilité, dans lequel tous pourraient jouir de la croissance économique et vivre dans la prospérité.

Mais la fin de la guerre froide n'a pas été la fin de l'histoire. Au contraire, l'histoire s'est seulement figée par endroits, et quand l'ordre ancien s'est effondré, elle est revenue se venger.
Des tensions et contradictions sous-jacentes ont ressurgi. De nouvelles guerres ont éclaté et d'anciens conflits se sont rallumés. La confusion des rapports de pouvoir a rendu l'avenir encore plus imprévisible et favorisé l'impunité.

Les conflits sont plus complexes et interdépendants que jamais. Ils donnent lieu à d'atroces violations des droits de l'homme et du droit humanitaire international. Depuis plusieurs décennies, le nombre d'êtres humains contraints d'abandonner leur foyer et de tout quitter n'a jamais été aussi élevé. Et il faut également faire face à une nouvelle menace : le terrorisme mondial.

Les grandes tendances contemporaines, et notamment les changements climatiques, la croissance démographique, l'urbanisation rapide, l'insécurité alimentaire et la pénurie d'eau, n'ont fait qu'aggraver la concurrence pour les ressources, attiser les tensions et augmenter l'instabilité.

Monsieur le Président,

Il est vrai que les vingt dernières années ont aussi vu d'extraordinaires avancées technologiques. L'économie mondiale a connu la croissance, les indicateurs sociaux de base se sont améliorés et la part de la population mondiale vivant dans la pauvreté absolue a diminué de manière spectaculaire.

Cependant, la mondialisation et les avancées technologiques ont aussi creusé les inégalités. Il y a eu beaucoup de laissés-pour-compte, y compris dans les pays développés, où des millions d'emplois ont disparu tandis que les emplois créés étaient souvent inaccessibles pour beaucoup. Le chômage des jeunes a explosé. Et la mondialisation a aussi favorisé le développement de la criminalité organisée et des trafics.

Tout cela n'a fait qu'élargir la fracture entre les peuples et les élites politique. Certains pays font face à une instabilité de plus en plus marquée, des troubles sociaux, voire même des actes de violence et des conflits.

Les électeurs ont aujourd'hui tendance à rejeter le statu quo et toutes les propositions sur lesquelles ils doivent se prononcer par référendum. Beaucoup de gens ont perdu confiance non seulement dans l'État, mais aussi dans les institutions mondiales, et notamment dans l'Organisation des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Trop de décisions, partout dans le monde, sont dictées par la peur.

Nous devons comprendre l'angoisse des populations et répondre à leurs besoins, sans perdre de vue nos valeurs universelles.

L'heure est venue de tisser de nouveaux liens entre les peuples et leurs dirigeants à l'échelle nationale et internationale. L'heure est venue pour les dirigeants d'écouter le peuple, de lui montrer qu'ils veulent son bien, et qu'ils sont attachés à la stabilité mondiale dont nous dépendons tous.

Et l'heure est venue pour l'Organisation des Nations Unies d'en faire autant, de reconnaître ses lacunes et de changer ses méthodes de travail. L'Organisation est la pierre angulaire du multilatéralisme et elle contribue depuis des décennies à une paix relative. Mais elle n'est plus en mesure de répondre aux défis contemporains. Elle doit être prête à se réformer.

Notre véritable point faible, et je m'adresse ici à la communauté internationale dans son ensemble, réside dans notre incapacité à prévenir les crises.

L'Organisation des Nations Unies est née sur les cendres de la guerre. Aujourd'hui, c'est pour assurer la paix que nous sommes là.

Monsieur le Président,

Pour prévenir les conflits, nous devons nous attaquer à leurs causes profondes à travers les trois piliers des Nations Unies : la paix et la sécurité, le développement durable et les droits humains. Cela doit être la priorité de tout ce que nous faisons.

La prévention exige que nous soutenions plus les pays dans leurs efforts pour renforcer leurs institutions et rendre leurs sociétés plus résilientes.
Il s'agit aussi de rétablir les droits humains comme une valeur fondamentale qui doit être défendue en tant que telle, et non à des fins politiques. Tous, y compris les minorités de tout genre, doivent pouvoir jouir de l'ensemble des droits humains – civils, politiques, économiques, sociaux et culturels – sans aucune discrimination.

Protéger et autonomiser les femmes et les filles est primordial. L'égalité des sexes est essentielle au développement, et le rôle clef qu'elle joue dans la consolidation et le maintien de la paix devient de plus en plus indéniable.

La prévention n'est pas un concept nouveau : c'est ce que les fondateurs des Nations Unies nous ont demandé de faire et elle constitue le meilleur moyen de sauver des vies et d'alléger les souffrances humaines.

Lorsque la prévention échoue, nous devons redoubler d'efforts pour régler les conflits.

Qu'il s'agisse de crises aiguës, en Syrie, au Yémen, au Soudan du Sud, ou ailleurs, ou de différends de longue date comme le conflit israélo-palestinien, il faut davantage de médiation, d'arbitrage et de diplomatie créative.

Je suis prêt à m'engager personnellement à travers mes bons offices dans le règlement des conflits lorsque cela constitue une plus-value, tout en reconnaissant le rôle de premier plan des États Membres.

Monsieur le Président,

L'échelle des défis auxquels nous sommes confrontés nous contraint à travailler de concert, pour réformer l'Organisation de manière approfondie et continue. Je souhaiterais esquisser ici trois priorités stratégiques pour cette réforme : notre travail en faveur de la paix; notre appui au développement durable; et notre gestion interne.

Les femmes et les hommes qui travaillent dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies nous apportent une contribution héroïque au péril de leur vie. Toutefois, ils se voient souvent confier la tâche de maintenir une paix qui n'existe pas. Nous devons donc nous entendre sur ce que recouvre le travail de maintien de la paix, afin de jeter les bases d'une réforme urgente.

Nous devons faire de la paix le fil conducteur qui relie la prévention et le règlement des conflits, le maintien et la consolidation de la paix, et le développement. Nous devons nous appuyer sur les conclusions des trois récents rapports, ainsi que les résolutions parallèles de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité. Le moment est venu pour nous tous, inspirés par le nouveau concept de pérennisation de la paix, de nous engager dans une réforme globale de la stratégie, des opérations et des structures des Nations Unies visant la paix et la sécurité.

Cette réforme doit également inclure un examen de notre travail dans le domaine de la lutte antiterroriste, et un meilleur mécanisme de coordination entre les 38 entités des Nations Unies concernées.

Monsieur le Président,

Le système des Nations Unies n'a pas encore fait suffisamment pour prévenir et réprimer les crimes odieux de violence et d'exploitation sexuelle perpétrés sous la bannière de l'ONU contre ceux que nous sommes censés protéger.

Je compte coopérer étroitement avec les États Membres sur des mesures structurelles, juridiques et opérationnelles qui feront de la politique de tolérance zéro une réalité. Nous devons travailler dans la transparence et le respect du principe de responsabilité, en offrant une protection et des voies de recours efficaces aux victimes.

Monsieur le Président,

Le deuxième élément clef du programme de réforme a trait à l'aide que l'Organisation des Nations Unies doit apporter aux États Membres pour leur permettre d'atteindre les objectifs de développement durable, expression de solidarité mondiale qui porte en elle la promesse de ne pas faire de laissés-pour-compte.

À cette fin, nous devrons remettre le développement au cœur de notre activité et engager une vaste réforme du système des Nations Unies pour le développement, au Siège et dans les pays. Il faudra pour cela savoir faire preuve d'esprit d'initiative, coordonner l'action menée, obtenir des résultats et faire appliquer le principe de responsabilité. J'attends avec intérêt de découvrir les conclusions auxquelles arriveront les États Membres au terme de leurs débats en cours.

Il importe aussi, dès le tout début des crises, de rapprocher les interventions humanitaires de l'action menée en faveur du développement pour aider les populations touchées, remédier aux conséquences structurelles et économiques des crises et éviter que n'apparaisse une nouvelle spirale de fragilisation et de destabilisation. L'action humanitaire, le développement durable et la pérennisation de la paix sont les trois côtés d'un même triangle.

Cette approche renvoie à la décision de « travailler autrement » qui a été prise lors du Sommet mondial sur l'action humanitaire. Pour y parvenir, il faudra mieux faire appliquer le principe de responsabilité, dans chaque organisme, que ce soit dans l'exécution de son mandat ou dans le cadre de sa contribution à l'action du système des Nations Unies, et dans le système dans son ensemble. Pour assoir une véritable culture de responsabilité, il faudra aussi mettre en place des dispositifs d'évaluation efficaces et indépendants.

Monsieur le Président,

Le troisième grand domaine concerne la réforme de la gestion. Nous poursuivrons sur la lancée de ce qui a été entrepris et nous mettrons en œuvre les initiatives prises récemment. Mais en lisant le Statut et le Règlement du personnel ou le Règlement financier et les règles de gestion financière de l'Organisation, on peut se demander si certaines dispositions n'entravent pas l'exécution de nos mandats, plus qu'elles ne la facilitent.

Nous devons nous entendre sur le fait qu'il faut simplifier et décentraliser, et assouplir les règles. Personne n'est gagnant quand il faut neuf mois pour déployer du personnel sur le terrain.

L'ONU doit être agile et efficace. Elle doit privilégier le résultat plutôt que la procédure, l'être humain plutôt que la bureaucratie.

Pour instituer une culture de responsabilité, il faut une bonne gestion de la performance et il faut protéger efficacement les lanceurs d'alerte.

Et il ne suffit pas de mieux faire. Nous devons aussi mieux communiquer ce que nous faisons, de façon à ce que tout le monde le comprenne. Nous devons réformer en profondeur notre stratégie de communication en modernisant les outils et les moyens qui nous servent à communiquer avec le monde entier.

Enfin, la réforme de la gestion doit nous permettre d'atteindre sans tarder l'objectif de la parité hommes-femmes. En l'an 2000, l'ONU s'était fixé comme objectif l'égalité de représentation des femmes et des hommes parmi son personnel. Seize ans après, elle est loin de l'avoir atteint.

Je m'engage à œuvrer pour la parité hommes-femmes dès le début, lorsque je désignerai les membres du Conseil de direction et du Conseil des chefs de secrétariat. D'ici à la fin de mon mandat, nous devrions compter autant de femmes que d'hommes aux rangs de secrétaire général adjoint et de sous-secrétaire général, notamment parmi les représentants et les envoyés spéciaux.

Pour que la parité devienne réalité dans tout le système bien avant 2030, nous devons nous fixer des orientations claires assorties d'objectifs intermédiaires précis.
Enfin, si nous voulons investir dans une ONU plus forte, nous devons prendre en considération le personnel de l'Organisation. Je me réjouis à l'idée de travailler à nouveau aux côtés des 85 000 hommes et femmes qui exécutent le mandat de l'Organisation dans 180 pays. Ils sont nombreux à travailler dans des circonstances difficiles, voire dangereuses. Leur professionnalisme, leurs compétences et leur dévouement en font les ressources les plus précieuses de l'Organisation; nous devons les préserver, les valoriser et les employer judicieusement, et nous devons leur donner voix au chapitre.

Monsieur le Président,

Le monde dans lequel nous vivons est complexe. Pour réussir, l'ONU ne peut pas faire cavalier seul. Il nous faut mettre le partenariat au cœur de notre stratégie. Nous devrions avoir la modestie de reconnaître que d'autres acteurs jouent un rôle essentiel, tout en sachant bien que seule l'Organisation a un tel pouvoir de rassemblement.

Notre action humanitaire et notre travail de développement seraient dérisoires sans la participation active des États Membres et la contribution de la société civile, des institutions financières internationales, des investisseurs privés et des marchés financiers. Plusieurs initiatives de médiation et opérations de paix n'existeraient pas sans la participation des organisations régionales, notamment de l'Union africaine.

Avec nos partenaires, nous avons récemment entrepris d'importants projets. Nous devons les mener à bien jusqu'au bout avant d'en lancer de nouveaux.

Mais ce qui manque à notre stratégie, c'est la collaboration avec les jeunes. Cela fait trop longtemps qu'on les tient à l'écart des décisions qui concernent leur avenir.

Nous devons poursuivre l'action engagée avec l'appui des États Membres, de l'Envoyé pour la jeunesse et de la société civile. Mais il ne s'agit pas de charger les anciens de débattre des problèmes des nouvelles générations. L'ONU doit donner aux jeunes les moyens d'agir, de participer davantage à la vie de la société et de mieux accéder à l'éducation, à la formation et à l'emploi.

Monsieur le Président,

Le grand paradoxe du monde actuel, c'est qu'en dépit d'une connectivité grandissante, les sociétés se fragmentent. De plus en plus de gens vivent dans leur bulle, sans comprendre que leur existence est liée à celle du reste de l'humanité.

Finalement, c'est une question de valeurs. Nous voulons léguer à nos enfants un monde guidé par les valeurs consacrées dans la Charte des Nations Unies : la paix, la justice, le respect, les droits de l'homme, la tolérance et la solidarité. Ce sont là des valeurs communes à toutes les grandes religions, et nous nous employons à les concrétiser dans notre vie quotidienne.

Quand ces valeurs sont menacées, c'est le plus souvent par peur. Il est de notre devoir envers ceux que nous servons de travailler ensemble pour changer cette peur en confiance : la confiance dans les valeurs qui nous unissent et dans les institutions qui œuvrent à notre service et à notre protection.

Dans ma contribution à l'Organisation des Nations Unies, je m'emploierai à inspirer la confiance en faisant tout ce qui est en mon pouvoir pour œuvrer au service de l'humanité tout entière.

Merci.
https://www.un.org/sg/fr/content/

 

Katherine Johnson: Génie du chiffre et une source d'inspiration depuis un demi-siècle

Un portrait dressé par Discov-her

John Glenn, Alan Shepard, Neil Armstrong, Buzz Aldrin... les héros qui ont écrit l'histoire de la course à l'espace pour le camp américain sont aussi nombreux que célèbres. En revanche, on sait peu de choses des milliers de femmes qui ont œuvré dans la coulisse pour s'assurer que ces hommes puissent voyager dans l'espace, et surtout rentrer à bon port. Pour fêter ses 99 ans, DiscovHER brosse le portrait d'une de ces surdouées, Katherine Johnson, qui triompha du sexisme et du racisme de son époque pour se frayer une place bien méritée dans nos livres d'histoire.

Née en 1918 en Virginie-Occidentale, Katherine Johnson est la benjamine d'une famille de quatre. Dès le plus jeune âge, elle montre une telle aisance pour les chiffres qu'elle finit ses exercices scolaires avant ses aînés et se paie même le luxe d'aider ces derniers à résoudre leurs problèmes algébriques complexes. Lorsqu'ils s'aperçoivent de son don, ses parents, très investis dans l'éducation de leurs enfants, s'installent en cours d'année scolaire dans le comté voisin afin qu'ils puissent tous aller au lycée. En effet, leur comté natal de Greenbrier ne compte aucun établissement secondaire public ouvert aux Afro-américains.


Le baccalauréat à 14 ans


Katherine obtient son baccalauréat à l'âge de 14 ans et intègre le West Virginia State College, une université traditionnellement réservée aux Noirs.
Elle s'inscrit à tous les cours qui y sont proposés et fait si forte impression à ses professeurs que beaucoup la prennent sous leur aile, allant même jusqu'à ajouter de nouveaux cours spécialement pour elle.
En 1937, à 18 ans, elle décroche ses diplômes de mathématiques et de français avec les félicitations du jury. Malgré son génie, elle ne peut échapper à la situation qui prévaut dans le sud des États-Unis des années 1950 et doit donc composer avec un sexisme et une ségrégation qui lui ferment beaucoup de portes.


Figure d'ordinateur en jupe


Il lui faut attendre 1952 pour rejoindre les rangs de la NACA – future NASA – à un poste qu'elle qualifie « d'ordinateur en jupe » qui implique essentiellement de calculer les données des boîtes noires d'avions et d'exécuter d'autres tâches mathématiques bien circonscrites.
En 1958, Katherine est mutée à la division Guidage et Commande du Centre de recherche spatiale de Langley, au sein duquel elle évolue aux côtés d'hommes blancs. Alors qu'elle est censée exercer ces fonctions à titre temporaire, elle parvient par l'exactitude et le caractère novateur de ses méthodes de calcul à s'y imposer comme ingénieure aérospatiale, ce qui la conduira à participer à nombre de campagnes spatiales devenues célèbres, à l'image de la mission Mercury de 1961, du vol orbital de John Glenn, des missions lunaires Apollo 11 & 13 et, plus tard, des programmes de la navette spatiale.
Sa renommée est telle que John Glenn, après que la NASA eut calculé sa trajectoire à l'aide d'un ordinateur, lui demanda de refaire les calculs elle-même, assurant qu'il n'aurait l'esprit tranquille que si elle retombait sur les mêmes chiffres que la machine.


Distinguée pour sa contribution à la science


Katherine prend sa retraite en 1986 au terme d'une carrière aussi mouvementé qu'accomplie. Devenue un modèle pour de nombreux astronautes en devenir, mais aussi pour les femmes en général, elle a obtenu de nombreuses distinctions pour sa contribution à la science. Fin 2015, le président Barack Obama lui remet la médaille présidentielle de la Liberté – plus haute distinction civile américaine – et rappelle combien elle avait fait avancer la cause des femmes afro-américaines engagées dans les domaines de la science, des technologies, de l'ingénierie et des mathématiques.
En 2016, la NASA lui rend hommage en donnant son nom à un nouveau bâtiment du Centre de recherche de Langley, le Katherine G. Johnson Computational Research Facility.


La même année, sa vie et son œuvre sont dépeintes dans Les Figures de l'ombre, un film qui retrace également le destin de deux autres pionnières afro-américaines de la NASA, Dorothy Vaughan et Mary Jackson.


Katherine Johnson, qui sera centenaire l'an prochain, est une source d'inspiration depuis un demi-siècle... et continuera de l'être pendant au moins un siècle !


http://www.ffnews.info/

 

 

Homo Deus-Une brève histoire de l'avenir par Yuval Noah Harari (Auteur)

A écouter sur bibliotheque médicisavec ElKabach sur public Sénét

La force des données, des algorithmes


Selon cet auteur dieu est mort depuis, seule corps résiste mais il mourra
Yuval Noah Harari Sapiens
Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat


Il y a 100 000 ans, la Terre était habitée par au moins six espèces différentes d'hominidés. Une seule a survécu. Nous, les Homo Sapiens.
Comment notre espèce a-t-elle réussi à dominer la planète ? Pourquoi nos ancêtres ont-ils uni leurs forces pour créer villes et royaumes ? Comment en sommes-nous arrivés à créer les concepts de religion, de nation, de droits de l'homme ? À dépendre de l'argent, des livres et des lois ? À devenir esclaves de la bureaucratie, des horaires, de la consommation de masse ? Et à quoi ressemblera notre monde dans le millénaire à venir ?
Véritable phénomène d'édition, traduit dans une trentaine de langues, Sapiens est un livre audacieux, érudit et provocateur. Professeur d'Histoire à l'Université hébraïque de Jérusalem, Yuval Noah Harari mêle l'Histoire à la Science pour remettre en cause tout ce que nous pensions savoir sur l'humanité : nos pensées, nos actes, notre héritage... et notre futur.

Jean-François Caillard
Pourquoi HOMO DEUS de Yuval Noah Harari est un livre majeur pour l'innovation (et pour Homo Sapiens).

"SAPIENS, une brève histoire de l'humanité", le premier livre à immense succès de l'historien Yuval Noah Harari, est sorti en anglais en 2014 et en français fin 2015.
La thèse de l'auteur est que l'Homo Sapiens, l'espèce qui domine le monde sans partage aujourd'hui, la votre très probablement si vous lisez ces lignes, doit son hégémonie à sa capacité à coopérer de façon massive et très flexible. Celle-ci nous a permis de dominer, jusqu'à leur extinction, des espèces plus fortes, et pour certaines plus "intelligentes" comme l'Homo Neandertalis. La soif de croissance de l'espèce Homo Sapiens l'a poussé à éteindre des milliers d'espèces, à endommager la planète de façon irréversible, et souvent au détriment de son propre bonheur.
L'auteur étaye l'hypothèse que les 5 millions d'humains que comptait la Terre il y a 10000 ans étaient probablement plus heureux que les 200 millions du début de l'ère chrétienne.
Yuval Noah Harari démontre que la puissance d'Homo Sapiens est due à ses capacités collaboratives, elles-mêmes liées à sa capacité à partager des croyances communes : Religion, Etats, Argent, Droit, Institutions... Et plein d'autres faits passionnants qui font que l'auteur a été traduit en 30 langues et compte des célébrités influentes comme Mark Zuckerberg parmi ses dizaines de millions de lecteurs.
Bananas in heaven | Yuval Noah Harari | TEDxJaffa
"HOMO DEUS, une brève histoire de demain", la suite en quelque sorte, a été publié fin 2016 et est disponible en français depuis septembre 2017.
Extrapolant les derniers développement de l'innovation, notamment en médecine et en intelligence artificielle, il envisage la suite d'Homo Sapienssous un jour nouveau. Ces développements récents permettent aux humains un pouvoir décuplé et aussi d'aspirer à la quasi immortalité. Il élabore sur le fait que ce pouvoir accru et la forte augmentation de la durée de vie, dont l'arrivée s'étalera sur quelques décennies, permettront à notre espèce de devenir des super-humains, quasi immortels, ou "Homo Deus".
De nombreux ouvrages de "futurologues" anticipent le potentiel des technologies, le QUOI de l'innovation, mais très peu d'ouvrages envisagent le potentiel du SUJET utilisateur de l'innovation qu'est l'homme, et ce qu'il va devenir.
Concernant l'objet de l'innovation, on sait que la vitesse d'adoption progresse de façon quasi exponentielle, qu'il s'agisse des technologies de l'information, et notamment l'intelligence artificielle, la robotique, la réalité virtuelle, mais aussi les déplacements, l'énergie, la santé ou encore les matériaux. Cela va de plus en plus vite et il n'y a pas de pédale de frein. L'humanité a trouvé (techniquement en tout cas) la clé à ses trois grands fléaux historiques, qui ont décru rapidement dans les dernières décennies : Famine, Epidémies et Guerres. Jusqu'à la contradiction : il y a aujourd'hui trois fois plus de décès dus à l'obésité qu'à la malnutrition. La seule chose que l'innovation ne parvient pas encore bien à faire, c'est réparer la planète, notamment concernant le réchauffement climatique ou la pollution — mais des initiatives existent.
Concernant l'augmentation de la durée de vie, de nombreuses recherches actuelles visent à identifier tous les ressorts de la longévité, notamment pour permettre de remplacer les organes endommagés, et ils progressent vite. Les fondateurs de Google ont investi massivement dans Calico, une société qui a pour modeste mission de "Résoudre la Mort". De nombreuses initiatives existent pour faire émerger des "nano-robots" qui viendront surveiller et réparer le corps humain. La maîtrise de la génétique, initialement pour des fins thérapeutiques, aura très rapidement d'autres usages. La bionique, initialement tournée vers la réparation des infirmités, pourra également doter l'Homme de super pouvoirs. Depuis qu'Harari a écrit son livre, Elon Musk a même investi dans un nouveau projet, Neuralink, qui vise à connecter le cerveau et les ordinateurs.
L'innovation technologique a déjà eu une influence considérable sur le fonctionnement de notre cerveau et de nos interactions sociales.
Il y a encore 20 ans, nous connaissions tous au moins une dizaine de numéros de téléphone par coeur, aujourd'hui ce sont nos mobiles qui s'en souviennent pour nous. Nous avons externalisé à Google une partie de ce dont le cerveau se souvenait car on sait que nous pouvons le retrouver en quelques secondes. Nous passons nos temps de transport en commun, et d'attente, le nez sur nos mobiles, qui ne servent plus qu'exceptionnellement à téléphoner. Les jeunes détestent devoir se déplacer ou passer un appel pour réserver une prestation : tout doit se faire en ligne. Mais nous ne sommes pas, physiquement, fondamentalement différents de nos ancêtres nés il y a 1000 ans, et dont certains — un très faible nombre — vivaient déjà centenaires.
Ce qu'Harari souligne, et qui est stupéfiant, est que ces futures technologies vont changer profondément la nature même d'Homo Sapiens en tant qu'espèce, dans la centaine d'année qui vient, ce qui est un temps minuscule par rapport à l'histoire.
En tout cas ceux qui passeront par cette transformation, vous peut-être si vous lisez ces lignes. Chacun restera vulnérable aux morts violentes, mais vu la vitesse d'évolution des technologies, il apparait que les premiers qui accèderont à cette quasi immortalité sont probablement déjà nés.
Enfin, la fameuse Singularité, moment où les machines dépasseront dans tous les domaines le fonctionnement du cerveau, va finir par arriver. La première fois où j'ai rencontré Ray Kurzweil en 2005, principal apôtre de la Singularité, il prédisait que ce serait en 2017. Il a prudemment repoussé à 2029 sa prédiction depuis mais la théorie reste parfaitement valide : une fois la singularité dépassée, la vitesse de progression des systèmes d'information vont évoluer de façon exponentiellement plus rapide que les cerveaux humains. Et les "Homo Deus" dont les cerveaux seront connectés à ces systèmes d'information également : ils ne joueront plus dans la même catégorie aux examens universitaires. Pour compléter le tableau de sa divinité, Homo Deus aura la possibilité d'aller se promener dans l'espace grâce à Virgin Galactic.

Ce transhumanisme pose des questions absolument vertigineuses sur l'évolution de la société, dès 2030, et nous prenons conscience du fait qu'il va falloir revisiter une grande partie de ce que nous croyions savoir, basé sur notre conviction de connaitre le "Sujet" du monde, Homo Sapiens.
L'auteur montre dans ses deux ouvrages qu'au cours des siècles, Homo Sapiens a fait énormément progresser les conditions matérielles de son existence, mais sans impact statistique fort sur son bonheur, parfois même à son détriment : Homo Deus trouvera-t-il, lui, la clé du bonheur ? Celui-ci peut-il être contrôlé par la biochimie ?
Yuval Harari n'est plus à proprement parler dans son métier d'historien quand il annonce l'apparition prochaine de cette nouvelle espèce supra-humaine. Mais il ouvre en quelque sorte une nouvelle branche de l'histoire.
Q&A — The Future of Humanity — with Yuval Noah Harari
Reste à savoir comment se fera cette transition : les 10 milliards d'individus que comptera prochainement notre planète ne pourront pas tous s'offrir les clés de cette immortalité et de cette technologie décuplant nos pouvoirs.
Ce sera probablement une infime minorité. Homo Deus cohabitera-t-il durablement avec Homo Sapiens ou notre espèce actuelle disparaitra-t-elle, ce que semble penser Harari ? Rien ne prouve que ce soit inéluctable. Ce qui semble prévaloir dans ce début de XXIè siècle, c'est bien son imprévisibilité, et l'auteur n'est pas le seul à le souligner.
Jean-François Caillard est COO de NUMA, dont l'objectif est de soutenir les entrepreneurs tech qui se donnent pour mission de répondre aux enjeux mondiaux de 2030. Pour en savoir plus, cliquez ici.

dimanche, 01 octobre 2017 15:17

Michaëlle Jean fait une demande à Joseph Kabila

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Michaëlle Jean fait une demande à Joseph Kabila
AFRIQUE CONNECTION 
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Le 26 septembre, le rapport annuel sur la situation des droits de l'Homme en République démocratique du Congo (RDC) était présenté devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies.
La Secrétaire générale de la Francophonie s'est dite fortement préoccupée par les violations graves des droits de l'Homme dont fait état ce rapport.
« Ce qui est rapporté est terrible et accablant : tueries, actions de terreur, viols, massacres et vagues de répression meurtrières. Je pense aux populations ainsi malmenées, aux victimes", a déclaré Michaëlle Jean dans un commuiqué transmis à Afrique Connection.
Avant d' exhorter les autorités congolaises, "qui se sont engagées à faire la lumière sur ces violences, à prendre toutes les mesures pour établir la vérité et sanctionner les responsables de ces actes cruels et criminels".
« À cet égard, insiste Michaëlle Jean, une coopération franche et décisive entre les autorités congolaises et le Groupe d'experts des Nations unies, chargés d'enquêter sur la violence dans les Kasaï, est non seulement essentielle, mais pressante».
Afrique Connection
http://www.afriqueconnection.com/

 

En Afrique du Sud, les victimes de viol fuient la police
AFRIQUE CONNECTION 
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C'était il y a deux ans. Comme tous les jours, Nthabiseng Mabuza se rendait à son travail à bord d'un minibus. Mais ce matin-là, son trajet a tourné au cauchemar. Seule passagère du véhicule, la cuisinière sud-africaine est violée par le chauffeur.
Alertée par ses cris, une patrouille de police intervient et arrête immédiatement l'agresseur. Placé en détention provisoire, celui-ci est toutefois remis en liberté sous contrôle judiciaire quelques mois plus tard malgré les preuves accablantes retenues contre lui. Le suspect s'est depuis volatilisé.
"Le jour où le procès devait s'ouvrir, personne n'a pu retrouver mon agresseur", raconte à l'AFP Nthabiseng Mabuza, dont le nom a été modifié pour préserver son anonymat. "Il avait disparu".
Très amère, la jeune femme, 35 ans, qui vit dans le township de Vosloorus dans l'est de Johannesburg, blâme aujourd'hui l'incurie de la police et des magistrats de son pays.
Car son cas est loin d'être isolé. Comme elle, des dizaines de milliers de femmes sont victimes de viols ou d'agressions sexuelles chaque année en Afrique du Sud. Et comme elle, la plupart peinent à obtenir justice.
Dans une étude à paraître dont l'AFP a obtenu copie, le Conseil sud-africain de la recherche médicale a recensé qu'en 2012, seuls 8,6% des procès pour viol s'étaient conclus par une condamnation.
Selon ce document, le parquet a refusé cette même année de poursuivre 47,7% des dossiers de viol transmis par la police: il se concentre en priorité sur les cas les plus susceptibles d'aboutir à des condamnations, en fonction notamment des preuves collectées et de la perception qu'il a de la gravité des faits.
Nombre de victimes ne se sont même pas signalées en raison de "l'attitude discriminatoire de la police", relève encore le Conseil sud-africain de la recherche médicale. Les policiers sud-africains, très exposés au stress, développent peu de compassion pour les victimes de viol et sont insuffisamment formés pour traiter ces affaires, selon l'étude.
'Notre faute'
"A la radio et à la télévision, les campagnes de prévention nous encouragent à porter plainte en cas de viol. Mais quand on va voir la police, on nous dit que c'est de notre faute. Parfois, les policiers dissuadent les femmes de porter plainte en disant que le violeur est leur petit ami", explique Nthabiseng.
Un sentiment partagé par Lu-Meri Kruger, une autre victime, pour qui aller porter plainte fut une épreuve. "Lorsque je suis entrée dans le commissariat, ce fut le moment le plus froid, le plus sombre et le plus difficile de ma vie", confie-t-elle, "le moment le plus douloureux du viol".
Aujourd'hui âgée de 35 ans, Lu-Meri explique avoir été agressée par un homme quand elle n'en avait que 15, dans les douches d'une auberge de jeunesse de la ville du Cap (sud-ouest).
Beaucoup d'associations de défense des droits accusent la police de négligence, de lenteur et de manque de sensibilité envers les victimes. Militante au sein de l'ONG "Sonke Gender Justice", Marike Keller dénonce notamment ses méthodes d'interrogatoire.
"Les policiers posent des questions qui n'ont rien à voir avec le viol, demandent comment la personne était habillée", déplore-t-elle, "le genre de questions qui vous font penser que vous êtes responsable de ce qui est arrivé".
'Contre un système'
Les autorités sud-africaines ont recensé pas moins de 51.895 cas de viol d'avril 2015 à mars 2016, soit plus de 100 par jour.
Un chiffre largement sous-estimé, affirme Mara Glennie, la directrice de Tears.
Ce centre téléphonique d'aide aux victimes reçoit chaque année des dizaines de milliers de coups de fil de victimes de viol ou d'agression sexuelle, souligne-t-elle.
Or il existe des dizaines d'ONG s'occupant des questions de violences faites aux femmes.
Si Tears reçoit autant d'appels à elle seule, "vous pouvez imaginer" ce qu'il en est réellement, relève Mme Glennie.
Selon une enquête réalisée par l'ONG Sonke Gender Justice et l'université de Witwatersrand, plus de la moitié des hommes à Diepsloot, un township du nord de Johannesburg, ont déjà violé ou frappé une femme.
Les victimes "ne se battent pas seulement contre leurs agresseurs, elles se battent contre un système", constate elle aussi Shaheda Omar, médecin spécialisée dans les cas de viols sur mineurs.
Sous le feu des critiques, le ministre sud-africain de la Police, Fikile Mbalula, reconnaît des "erreurs dans l'administration de la justice dans nos commissariats".
Il a promis de réformer entièrement le système d'accueil des victimes de viol par ses fonctionnaires.
"La population doit retrouver confiance en nous. Nous devons entendre le cri de ces millions de personnes qui dénoncent l'incapacité de nos forces de police à réagir comme il se doit (face aux cas de viols)", indique-t-il à l'AFP.
"Nous faisons maintenant ce qui est nécessaire pour que nos commissariats soient fonctionnels et pour que les policiers aident les victimes avec les moyens à leur disposition", insiste M. Mbalula. "Les agresseurs doivent savoir que leurs actes auront des conséquences."
Il y a quelques années, l'Afrique du Sud a créé une soixantaine de tribunaux spécialisés dans les infractions sexuelles, dans le but d'accélérer les procédures judiciaires. Aujourd'hui encore, une plainte met encore entre deux et six ans avant d'être jugée.
Avec AFP
http://www.afriqueconnection.com/article

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En République démocratique du Congo (RDC), les évasions de prison sont monnaie courante. 
Un total de 38 prisonniers se sont évadés d'une prison de l'est du pays.
Selon l'administrateur du territoire de Mwenga, Désiré Masumbuko, cité par notre confrère de VOA, il était 17 heures sous une pluie battante le dimanche 24 septembre lorsque 34 détenus profitant de l'inattention des gardiens se sont évadés de la prison centrale de Mwenga en passant par un trou d'environ 60 centimètres de diamètre qu'ils ont creusé le long du mur opposé à l'entrée principale de ce lieu carcéral.
La source de notre confrère de préciser que parmi ces évadés il y avait 27 condamnés pour viol et 9 autres condamnés pour d'autres infractions.
Cette évasion intevient en moins de deux mois après une autre intervenue à Bukavu, la capitale provinciale du Sud-Kivu.
Jean OLOHOU, Afrique Connection

 

Du triomphe de l'humanité
Sortira notre Salut
Je pose ma pierre
Pour édifier les pyramides


De l'espoir


Et réaliser mes rêves
A hauteur d'homme
Le chemin est long
Qui mène aux bords


Du fleuve natal


Pour la Renaissance des soleils
De nos Libertés
Pour la réminiscence de nos songes
D'insoumission
Pour déchirer enfin les manteaux
De servitude tenace vorace


Je crie


Je plie mais ne romps pas
Dans le tumulte des foultitudes
Mon arc bandé vers les menaces
Du ciel sanguinaire vampire
Et je déploie mes bras de goéland
Pour accueillir les gouttes des pluies
Perles de nacre
Une à une tombant sur ma peau
D'ébène
Sur ma poitrine d'airain


Dans mes mains de silex
Avec le triomphe de l'humanité


Je transformerai ma plainte-mémoire
En un mirifique jardin de fleurs
Où je viendrai puiser tous les pétales
Toutes mes couleurs arc-en-ciel
Où je viendrai cueillir mes nénuphars
De diamant


Et j'irai cracher sur les tombes
De tous les monarques
De tous les egos qui baîllonnent
Leurs peuples
Je badigeonnerai leurs châteux
De carte


Des souffrances infligées à leurs victimes
De naïves innocences
Et s'ils m'annoncent la fin du monde
Pour demain
Pour briser mes velléités de résistance
Je planterai quand même un manguier


Nourricier
Jusqu'à la fin
Des temps

Dr Ndongo MBAYE
Terminé à la Gare St Lazare (Paris), le 10 août 2017, en partance pour Carentan (Normandie)....

Remis au goût du jour à la suite de la sortie au vitriol de l’ancien Secrétaire général de la Ligue démocratique (Ld), Mamadou Ndoye, sur les ondes de la radio privée Sud Fm, la lancinante question du financement des partis politiques au Sénégal préoccupe les parlementaires de la 13ème législature. Ce, quelque soit leur bord politique. En effet, que ce soit Modou Diagne Fada, député non-inscrit du parti Les réformateurs démocrates/ Yessal, ou Pape Diop du groupe parlementaire de l’opposition «Liberté et démocratie», ou encore Abdoulaye Wilane, membre de la mouvance présidentielle «Benno Bokk Yakaar» (Bby). Tous, reconnaissent l’urgence de la prise en charge de ladite question, face aux nombreux enjeux de l’heure.

MODOU DIAGNE FADA, DEPUTE NON-INSCRIT DE YESSAL : «Je fais parti des leaders politiques qui appellent à un financement direct des partis politiques»

«Le financement des partis politiques étaient un sujet qui intéresse notre parti, Les Démocrates réformateurs/Yessal. A chaque fois que nous avons eu l’occasion, nous avons parlé de cette question. Parce que, il nous est donné l’occasion à plusieurs reprises de séjourner en Côte d’Ivoire, au Burkina, au Togo pour superviser des élections législatives ou présidentielles. Et, à chaque fois, nous notons l’importance du financement public et direct des partis politiques, parce que ça renforce la démocratie. Aujourd’hui, nous parlons de millions distribués à des partis (tontines des Chefs d’Etat Wade et Sall, Ndlr), à des hommes politiques, sans aucune forme de transparence. Si les partis étaient financés, ils auraient à faire face à la Cour des comptes, à l’Inspection générale d’Etat (Ige) et on comprendrait bien comme certains partis sont financés. En tout cas, je fais parti des leaders politiques qui appellent à un financement direct des partis politiques, en tenant compte de leur score aux élections législatives ou municipales pour pouvoir avoir une bonne clé de répartition en direction des différentes formations politiques qui ont accepté de participer aux jeux électoral».

PAPE DIOP, DEPUTE DU GROUPE «LIBERTE ET DEMOCRATIE» : «C’est une chose urgente pour laquelle l’Assemblée devrait engager la réflexion»

«Je crois que le financement des partis est une chose urgente. Nous ne pouvons pas continuer à fonctionner comme nous le faisions toujours. Tous les partis prétendent avoir des cotisations pour fonctionner. Ce qui est totalement faux. J’ai entendu quelques leaders, il y a quelques jours, parce que le débat est lancé, dire qu’à partir de ces législatives, on ne peut pas commencer à financer les partis. Mais, c’est le cas. Dans tous les pays, le financement des partis commence par la représentation nationale, en nombre de députés obtenus par chaque parti. On aurait dû, avec cette législature, discuter, arrêter un modus operandi pour commencer à financer les partis. Il y a des partis qui sont représentés, le pouvoir, tout comme l’opposition. Ça devrait même encourager les autres partis qui ne vont jamais aux élections, de pouvoir se présenter un jour à la sanction des sénégalais. Donc, je crois que c’est une chose urgente pour laquelle l’Assemblée devrait engager la réflexion au niveau du Bureau, tout comme au niveau de tous les députés pour trouver une solution».

ABDOULAYE WILANE, DEPUTE DU GROUPE «BENNO BOKK YAKAAR» : «Aujourd’hui, on se rend compte que c’est une question inévitable, incontournable»

«C’est une question qui a été posée depuis 20 ans déjà. Dès 1996, le Professeur El Hadj Mbodj avait été mis en mission par le Président Abdou Diouf. On a tardé à régler cette question là. Vous savez, pour qu’une démocratie soit mûre, il faut qu’il y ait plusieurs alternances jusqu’à ce que les uns et les autres soient inextricables dans le sens des responsabilités et de l’intérêt général. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est une question inévitable, incontournable. Si nous voulons que la pratique politique ne remette pas en cause l’unité nationale, la constance de la pérennité des options républicaines laïques et démocratiques, j’allais même dire unionistes de notre pays, parce que c’est l’Union africaine, la Cedeao, etc., il faut que nous puissions nous adapter et oser prendre des responsabilités. Je pense que l’Etat, pas seulement au Sénégal, doit prendre en compte, organiser le financement des partis. Parce que, comme dans le marché : «qui paie commande». Tant que l’Etat ne règle pas cette question du financement des partis, il ne pourra pas  refuser certains risques. 

Malheureusement, les mythes tombent souvent à la faveur des limites objectives que notre humanisme révèle. Je veux dire, il y a plus grave que ça. Nous sommes dans un contexte de lutte contre le terrorisme, il y a des phénomènes de criminalité transfrontalière. Notre pays a accédé dans le concert des pays qui vont exploiter, dans les années à venir, du pétrole, du gaz. Cela s’ajoutant à d’autres minerais, on parle du Zircon, etc. Alors, ça fait un conglomérat d’enjeux qu’il nous faut anticiper. Puisque l’argent est le nerf de la guerre et qu’aujourd’hui la donne la plus partagée est que les gens se crêpent le chignon, non pas en frottant les idées les unes aux autres, mais en se bousculant aux portions de strapontins, de sinécures et des avantages. Notre pays est en train de prendre une trajectoire qu’il ne doit pas emprunter. Les compagnons et Senghor et de Diouf, est-ce qu’ils sont reconnus comme des milliardaires ? Le rapport à l’argent, aux deniers publics, est une question qui interpelle la Nation et qui doit mettre les hommes politiques au devant de leur responsabilité. Il y a des hommes, qui, depuis 2000, sont devenus des milliardaires et n’ont jamais été autre chose que des fonctionnaires et des hommes politiques. Ça ne vous irrite pas ? La circulation de la monnaie doit nous interpeller. Aujourd’hui, même les enjeux qui se structurent autour du débat politique en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis peuvent amener des hommes et des femmes à être instrumentalisés chez nous».

Sudonline

Connaître, où mieux connaître pour certains d’entre vous le président du nouveau mouvement politique « Un Autre Avenir » tel est l’objet de cet entretien intimiste avec Ibrahima Thiam.
Lorsqu’on demande à Ibrahima Thiam s’il n’éprouve pas une certaine nostalgie d’avoir quitté le Sénégal pour s’installer en France, il répond avec un peu de mélancolie dans le regard : « Aussi loin que porte mon regard lorsque je me retourne sur mon passé, je vois toujours mon pays d’origine, mes parents trop tôt disparus, ma vie de Kaolack, avec beaucoup d’émotion et une très grande fierté. Mes racines sont ancrées au plus profond dans le sol de notre pays même si, comme beaucoup de Sénégalais de la diaspora, j’ai fait mes études et ma vie professionnelle en France et que je m’y suis épanoui, avec ma famille. Je n’entends rien renier car ce n’est pas ainsi que l’on peut construire quelque chose, mais le temps est venu pour moi de servir le Sénégal ».
Alors bien évidemment se pose la question : Pourquoi dans ces conditions créer le mouvement politique Un Autre Avenir alors qu’il en existe déjà plusieurs centaines et en quoi celui-ci est-il différent des autres ? La réponse ne se fait pas attendre : « D’où je suis, dans mon pays d’adoption, la France, j’ai toujours aidé les miens restés au Sénégal, c’était d’ailleurs la raison, comme tant d’autres, de mon départ et de mon installation ici, à Paris. Je pense sur ce point, avoir rempli mon devoir, car c’est un véritable crève-cœur, un sacrifice de quitter sa terre natale. Personne ne le fait avec plaisir. Aujourd’hui quand on voit le nombre de migrants, y compris d’origine sénégalaise, qui encourent des risques immenses pour rallier l’Europe c’est une véritable tragédie personnelle pour les intéressés en même temps qu’un terrible constat d’échec collectif pour une nation quand force est de constater qu’elle n’a pas su retenir les siens en leur permettant d’avoir une vie décente sur place. Les frontières, partout, se referment, et il faut à ces migrants africains braver tous les dangers en traversant des pays au péril de leur vie avant d’affronter une traversée périlleuse de la Méditerranée. Dans ces conditions l’impératif est de tout mettre en œuvre pour assurer demain le développement économique et social du Sénégal afin de fixer les populations sur son sol. Et cela répond à la question posée. Mon objectif en présidant aux destinées de ce nouveau mouvement dépasse ma simple personne. Il est dicté par mon souci du bien public, du bien-être général exclusivement. Mon unique ambition est de contribuer à faire demain du Sénégal un pays de référence en Afrique. De lui permettre d’affronter le 21e siècle avec bien sûr les réserves naturelles qui sont les nôtres, l’agriculture, la pêche, le tourisme, le gaz, et le pétrole par exemple, mais surtout les richesses intellectuelles de notre jeunesse de plus en plus attirée par l’entreprise et en particulier la création de start-ups. Une jeunesse actuellement frustrée. Mais ce développement n’est possible qu’au prix de réformes importantes qu’il nous faut entreprendre dans les domaines, démocratiques, institutionnels, administratifs, économiques, sociaux, etc. Dans les semaines qui viennent notre Mouvement Un Autre Avenir va participer, et enrichir, le débat public et nous serons source de propositions, au-delà de toute idéologie, toute polémique et en dehors de tout esprit partisan. Nous sommes nombreux, autant au Sénégal que parmi les sénégalais installés à travers le monde à réfléchir à des solutions nouvelles, certaines s’inspireront d’exemples puisés à l’étranger lorsque leur bien-fondé sera démontré, d’autres seront innovantes et le fruit de nos réflexions individuelles ».
Evidemment une interrogation vient immédiatement à l’esprit et il faut en avoir le cœur net : Pourquoi se mêler aujourd’hui de la vie politique au Sénégal lorsqu’on a une situation professionnelle assurée en France, et est-on légitime pour le faire ? Ibrahima Thiam balaie d’un revers de la main ce qui, il le sait, ne manquera pas de lui être opposé à l’avenir : « Occuper les fonctions de Secrétaire général d’un centre de recherche (INSERM-UPMC) est pour moi une expérience incomparable où je suis confronté quotidiennement à l’animation et la coordination d’équipes de chercheurs, à la préparation des budgets, la passation de marchés en programmant et planifiant les achats ainsi qu’en rédigeant les cahiers des charges, en recrutant des personnels, et en mettant en œuvre des plans d’action cohérentes avec les missions du Centre de recherche. Mais là ne s’arrête pas mon rôle, il me faut aussi rechercher des partenariats, des sponsors pour l’organisation et le financement de colloques, de séminaires, de manifestations scientifiques, etc. Alors on me rétorquera que la bonne volonté ne suffit pas et que la direction d’un pays ne se compare pas avec celle d’une entreprise aussi prestigieuse et importante soit-elle. Sans doute, mais il y a cependant des facteurs incontournables propres aux deux et de grandes similitudes. La bonne gestion des fonds publics est une exigence dans les deux cas, de même qu’une bonne administration des personnels. Mesurer les coûts d’une réforme et évaluer son bien-fondé est également essentiel. Mes fonctions actuelles m’obligent à être très scrupuleux en matière de gestion publique, elles exigent de moi des capacités managériales en même temps que d’avoir une vision d’avenir pour le Centre de recherche. Ce sont là autant de responsabilités qui exigent une connaissance approfondie de la règlementation juridique, administrative et financière. Pour l’Etat comme pour une entreprise cela s’appelle de la bonne gouvernance. La récente élection en France d’Emmanuel Macron a démontré qu’on peut être un grand serviteur de l’Etat et en même temps s’inspirer des méthodes entrepreneuriales qui réussissent, à l’image des start-ups. Il n’est pas contradictoire en effet de vouloir l’efficacité des services publics dans les grands secteurs de la société (Défense, sécurité, santé, éducation, etc.) et en même temps favoriser l’innovation, libérer les énergies et la créativité dans le pays, favoriser l’émergence de nouvelles industries, de nouveaux commerces, des PME-PMI, et permettre le rayonnement de la culture, afin de rendre le Sénégal plus compétitif à l’heure de la mondialisation. Et en ce sens mon expérience peut être utile à l’avenir et au développement de notre pays ».
A ce stade de l’entretien une question subsiste, quand bien même elle est un peu provocatrice : Vous incarnez ce nouveau mouvement Un Autre Avenir mais le Sénégal n’attend pas après un homme providentiel, quand bien même il serait quinquagénaire, alors en quoi votre démarche se veut-elle originale ? « Certains penseront qu’il est plus facile de dire tout cela depuis la France, lorsqu’on a une position privilégiée. Je peux l’entendre mais j’ai envie de poser à mon tour une question à ces personnes : Plutôt que de voir les fils et les filles du Sénégal émigrer vers des cieux plus cléments, ne vaut-il pas mieux accueillir ceux qui estiment devoir rendre à leur pays ce que celui-ci leur a apporté ? On n’empêchera pas dans les mois qui viennent ces déplacements de population vers l’Europe, cela demandera du temps, des efforts, mais j’ai envie, avec mes amis, de me mettre au service du Sénégal pour que tous ensemble nous trouvions des solutions aux problèmes endémiques que connaît notre pays, la précarité de certaines catégories de la population aussi bien dans les grandes villes qu’en milieu rural et leur désir de trouver ailleurs un avenir meilleur. Notre mouvement Un Autre Avenir aspire à donner un nouveau souffle au Sénégal en lui apportant le meilleur de nous-mêmes, un savoir-faire acquis pour certains en Europe, pour d’autres en Asie où aux Etats-Unis. Aujourd’hui nous ne pouvons pas accepter de voir notre élite, notre jeunesse quitter le pays qui a tant besoin d’elle. Nous plaidons au contraire pour un retour au Sénégal du plus grand nombre de ses enfants et nous sommes certains que très vite notre voix portera pour un autre avenir du Sénégal.
Que dire de plus au terme de cet entretien si ce n’est que nous avons eu en face de nous un homme qui fort de son expérience politique est plus déterminé que jamais et qui entend bien désormais lier son sort à l’avenir du Sénégal en portant haut les valeurs et les couleurs de son mouvement Un Autre Avenir.


Réalisé par Moussa Ndaw

 

En ce début de XXIe siècle, on se promène, 
on randonne, on trekke... Mais pourquoi un tel engouement pour la marche, dans le siècle 
de la vitesse ?


Vitesse, rapidité, productivité, compétition... À l'heure des trains à grande vitesse, des communications instantanées sur le Net entre les points les plus éloignés de la planète, des scores et des hit-parades, il est une passion qui se développe, aux antipodes des valeurs de la modernité ambiante. Une passion qui, si elle a toujours existé, semble ne pas faiblir, et même se revigorer tandis que le monde s'accélère.


Que nous dit cet engouement pour la marche, les randonnées, les treks qui s'observe aujourd'hui dans les pays les plus avancés, et dans toutes les couches de la population ? Des rayons entiers, des librairies même, sont consacrés aux récits de marcheurs, qui racontent leur périple, suscitant à leur tour de nouvelles vocations.
Tel alpiniste entreprend de faire le tour de la France par les frontières (Lionel Daudet, Le Tour de France exactement, 2014) ; telle « aventurière » suisse raconte ses trois ans de marche extrême de la Sibérie au sud de l'Australie (Sarah Marquis, Sauvage par nature, 2014). En 2005, Alexandre et Sonia Poussin livraient deux volumes pour narrer leurs trois années d'un passionnant périple africain – 14 000 km le long du grand rift dans les pas des premiers hommes (Africa Trek) ; leur ami Sylvain Tesson, dont on ne compte plus les ouvrages sur le sujet, refait la marche des évadés du goulag, de la taïga iakoute à la colline ensoleillée de Darjeeling (L'Axe du loup, 2004)...


Ce sont aussi la philosophie et les sciences humaines qui se sont emparées de ce phénomène. Tout récemment, un généticien qui se fait sociologue (Axel Kahn) et un historien (Antoine de Baecque) ont rejoint cette vague très en vogue des écrivains voyageurs. Et comme on ne se refait pas, même lorsque l'on choisit de s'extraire du monde en s'immergeant de longues journées dans la nature avec ses pieds pour seul moyen de locomotion, on reste lorsque l'on marche, qui un historien, qui un observateur attentif des évolutions sociales. Chacun apporte une justification à son périple, avec son regard de spécialiste, et une pierre à l'édification de ce que l'on peut voir comme un monumental éloge de la marche...


La société vue des sentiers


Dans la prestigieuse « Bibliothèque des histoires » de Gallimard, A. de Baecque nous livre sa passion pédestre avec ce qu'il appelle un « essai d'histoire marchée ». C'est lors d'un arrêt dans sa carrière (l'université ne lui a pas accordé de poste), qu'il décide de partir faire la grande traversée des Alpes sur le célèbre GR5, emprunté par tous les amateurs de montagne : 650 km du lac Léman aux confins de Nice, à travers les différents massifs, du Mont-Blanc au Mercantour. Le prétexte pour lui de retracer l'histoire de la création des sentiers de grande randonnée, de leurs passionnés fondateurs, de ces associations comme le Touring club de France, les scouts ou les fondateurs des auberges de jeunesse qui initièrent, dès le début du XXe siècle, et plus encore avec l'apparition des congés payés, la randonnée comme un loisir populaire.

Le grand géographe Élysée Reclus voyait dans l'histoire de la montagne, tout comme dans celle de la planète, un mouvement de destruction et de recréation incessant. Les sentiers que foule A. de Baecque ne sont pas seulement ceux des « néotouristes » contemporains : ils empruntent les routes des pèlerins du Moyen Âge, des soldats des armées de l'Ancien Régime, de Napoléon et des éléphants d'Hannibal. Celles commerciales des colporteurs et des contrebandiers, ou les drailles agricoles tracées par les troupeaux des bergers durant les transhumances...

Chaque étape du parcours de ce marcheur-historien est ainsi l'occasion d'une plongée dans l'histoire. Une histoire environnementale aussi, puisque le trajet reflète les divers aménagements du territoire, les initiatives de protection de la nature dans les parcs nationaux tout aussi bien que les dégradations produites par des aménagements touristiques souvent agressifs. Un constat parfois « accablant » selon les mots de l'auteur que font aussi nombre de ¬marcheurs, lorsqu'ils doivent traverser les interminables espaces périurbains bitumés et bétonnés, surgis dans le 
paysage de ces dernières décennies.


Lui aussi grand marcheur, A. Kahn confie avoir toujours éprouvé le besoin de ces « parenthèses enchantées » que sont les randonnées pédestres, durant sa trépidante vie professionnelle et publique. Ce généticien, qui a présidé l'université Paris V, auteur prolifique à travers ses livres et ses conférences, décide, à l'aube de sa retraite, de traverser la France des Ardennes au Pays basque. Dans les années 1970, Chemin faisant, le livre d'un talentueux écrivain-marcheur avait marqué les esprits. Jacques Lacarrière, qui avait déjà parcouru l'Hexagone selon cette même diagonale nord-est/sud-ouest, y décrivait de sa plume joviale une société rurale repliée sur elle-même et quelque peu méfiante vis-à-vis des intrus de passage, tel le vagabond qu'il représentait. Les campagnes des années 1970 étaient restées encore très en retrait des évolutions économiques et sociales qui commençaient à se faire jour dans les milieux plus urbains de l'après-68.

C'est une tout autre France que rencontre A. Khan quarante ans plus tard. Le long de son périple, il a multiplié les rencontres et les débats, prêtant une oreille attentive à une France qui se vit comme laissée pour compte. Les ravages de la désindustrialisation et des crises endémiques depuis plusieurs décennies lui donnent le sentiment d'un pays profondément blessé, « en sécession » : dans le quart nord-est, où ont disparu métallurgie, clouteries, fonderies tout comme les petites unités textiles, il note que « ces gens sont en majorité convaincus que le pire est certain, qu'un monde auquel ils sont attachés ou croient l'avoir été s'est effondré ou s'effondrera ».
L'euphorie après l'effort
Mais que l'on ne s'y trompe pas. Les Pensées en chemin d'A. Kahn (2014) comme La Traversée des Alpes d'A. de Baecque (2014) ne se réduisent pas à des considérations historiques ou sociologiques. Si le marcheur perçoit le monde qu'il traverse au prisme de ses centres d'intérêt, tous font état du bonheur que procure la fréquentation de la nature, cette euphorie qui survient après de longues journées d'efforts, ce sentiment de libération qui autorise des pensées plus profondes... « Lorsque le regard s'éloignait de l'obstacle, écrit A. Kahn arrivé dans les Pyrénées, tout contredisait le rude effort qu'il faudrait fournir bientôt, les reliefs émoussés de ce paysage glaciaire constellé de lacs, son herbe rase et dorée à la végétation rare, quelques isards craintifs, les marmottes dressées méfiantes à proximité de leur terrier, leur sifflement d'alerte déchirant brutalement l'épaisseur du silence. Je ne sais ce qu'est le paradis auquel je ne crois guère mais en accepterait une telle image. »
Est-ce parce que nous sommes des Homo viator depuis la nuit des temps que la marche résonne aussi fortement en tous ceux qui la pratiquent ? Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Nietzsche, Arthur Rimbaud, Milan Kundera, ou Ludwig Wittgenstein... Poètes, romanciers, philosophes... Ils sont nombreux à avoir trouvé leur inspiration à l'air libre et au rythme de leurs pas (encadré ci-dessous).


De mystérieux effets


Euphorie ? Inspiration ? Pourquoi le simple fait de mettre un pied devant l'autre procure-t-il des sensations aussi puissantes ? De nombreux ouvrages tentent d'analyser ces mystérieux effets.


C'est d'abord le caractère désintéressé et marginal de la marche, « activité non rentable » selon le philosophe Frédéric Gros, et que tous soulignent comme s'opposant aux valeurs des sociétés contemporaines. « Trouver un mois de solitude hors du monde est devenu l'épreuve la plus compliquée des hommes actifs et trop pressés d'aujourd'hui », note

A. de Baecque. Pour le philosophe Christophe Lamoure, marcher, c'est s'extraire tout à la fois de l'agitation du monde et de l'immobilisme. « Tous nous connaissons des périodes d'agitation et de prostration et à chaque fois, le sentiment d'être tenus par une force qui nous écrase. »
« Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c'est quand j'avance que tout s'arrête : le temps et l'obscure inquiétude de ne pas le maîtriser », relate Sylvain Tesson dans son Petit traité sur l'immensité du monde (2006). La lenteur imposée par le rythme de la marche n'est pas, pour F.

Gros, le contraire de la vitesse, mais celui de la précipitation. C'est dans ce nouveau rapport au temps que se font jour les effets de la marche.
D'abord une sorte d'osmose avec la nature qui agit sur le corps et sur la pensée : « Le paysage est un paquet de saveurs, de couleurs, d'odeurs où le corps infuse (...). Je sens en moi le végétal, le minéral, l'animal », nous dit encore F. Gros. Il ne faudrait pourtant pas oublier l'effort que s'inflige le marcheur, la brûlure des ampoules, les douleurs quand le chemin se prolonge, parfois parce que l'on s'est perdu... Mais qu'il s'agisse de gravir un sommet, ou d'atteindre un lieu que l'on s'est fixé pour l'hébergement du soir, la récompense est au rendez-vous dans un sentiment de « plénitude de se sentir exister ».


Un « lâcher-prise », ainsi qualifié par l'anthropologue David Le Breton, qui libère. Si marcher vide la tête, débarrasse des pensées parasites occasionnées par les soucis du quotidien, l'esprit se remplit d'une autre consistance. Au-delà d'un loisir simple et harmonieux, la marche devient alors une sorte de méditation, une forme de sagesse : « Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose », affirmait Nietzsche. A. de Baecque lui emboîte le pas : outre l'extase esthétique et physique que lui procure sa grande randonnée à travers les Alpes, la marche est pour lui « le moteur de la pensée ». Une affirmation que les neurosciences tentent aujourd'hui d'élucider (encadré ci-dessous).


Des sociétés assises


C'est l'un de ces retournements de l'histoire dont nos sociétés ont le secret. Réservée pendant longtemps aux vagabonds, aux miséreux ou aux bandits de grands chemins, la marche, qu'elle soit devenue randonnée citadine ou de pleine nature, promenade dominicale ou long voyage de découverte de montagnes ou de déserts, en famille, entre amis ou en solitaire, s'est acheté dans le monde contemporain ses lettres de noblesse.
Plus de sept millions de Français disent la pratiquer régulièrement et les adhérents à la Fédération française de randonnée pédestre ont doublé depuis 2001. Journaliste et grand marcheur, Bernard Ollivier y voit une réaction face « à nos sociétés assises » : 85 % de la population mondiale, selon l'OMS, sont encore considérés comme sédentaires. B. Ollivier a d'ailleurs fondé l'association Seuil qui se propose de réinsérer des adolescents en grande difficulté par la marche à pied.


Un acte de résistance ?


Préconisée par les médecins et les plans de santé publique, la marche possède en outre des vertus qui répondent aux injonctions des sociétés modernes : écologique (pas d'émissions de CO2), économique (peu de matériel), elle s'inscrit dans un tourisme vert qui a le vent en poupe. L'engouement généralisé qu'elle suscite ne manque pas cependant d'être repéré par les enseignes d'articles de sport et autres industries du tourisme. De nouvelles disciplines apparaissent comme la marche nordique, nécessitant bâtons et autres équipements spécialisés. Mais peu importe, la marche reste un acte de résistance face aux valeurs contemporaines liées à la vitesse. Ce que l'on en retient, ce n'est pas la performance mais la présence. « Pas de résultats, pas de chiffres quand on se rencontre, ajoute F. Gros. Le marcheur dira quel chemin il a pris, sur quel sentier s'offre le plus beau paysage, la vue que l'on a depuis tel promontoire. » Certains y voient un exercice libérateur et subversif, une forme de contre-culture valorisant l'errance, une sorte d'antidote aux sociétés hyperplanifiées d'aujourd'hui... Vagabonds de tous les pays, unissez-vous !
À lire
• La Traversée des Alpes.
Essai d'histoire marchée
Antoine de Baecque, Gallimard, 2014.
• Pensées en chemin.
Ma France, des Ardennes au Pays basque
Axel Kahn, Stock, 2014.
• Chemin faisant
Jacques Lacarrière, 1974, rééd. Fayard, 1997.
• Longue marche
Bernard Ollivier, Phébus, 2013.
• Petit traité sur l'immensité du monde
Sylvain Tesson, La Loupe, 2006.

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