samedi, 06 avril 2019 10:35

MACKY SALL, C’EST REPARTI POUR UN TOUR !

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Comme beaucoup d’entre nous j’ai suivi le discours d’investiture de Macky Sall et j’ai halluciné en le voyant et en l’écoutant. Etait-ce là l’allocution d’un président nouvellement réélu où n’était-ce pas plutôt le discours d’un candidat encore en campagne, vantant son programme, cent fois déjà entendu ? Peut-être faut-il vous rappeler monsieur le président que le scrutin est clos depuis le 24 février. Quel étrange discours que celui qui, au terme d’un septennat, établit un constat critique de la situation notamment s’agissant de la pollution dans nos villes ou l’insuffisance critique de construction de logements. Mais que ne l’avez-vous pas fait tout au long de ces années. En quoi votre Plan Sénégal Emergent a-t-il vraiment changé en profondeur la vie quotidienne des Sénégalais ?
Et en même temps, paradoxalement, à vous écouter, (d’où cette sensation d’hallucination, d’irréel), tout serait parfait dans le meilleur des mondes : amélioration des finances publiques, justice sociale, équité territoriale, enseignement etc. D’un côté on se flagelle, et de l’autre on se glorifie ! Une telle attitude mériterait un décryptage psychanalytique en profondeur.


Ainsi donc, vous nous promettez à l’avenir la construction de 100 000 logements afin que « chaque famille, quels que soient ses revenus puisse avoir accès à un logement décent ». Pourquoi vous croire aujourd’hui là où vous avez échoué hier ?


Lutter contre la pollution pour « Un Sénégal plus propre dans ses quartiers, dans ses villages, dans ses villes, un Sénégal zéro déchet ». Auriez-vous soudainement reçu une inspiration divine après avoir négligé ce problème durant votre mandat précédent ? A quelle potion magique allez-vous recourir alors que durant sept ans aucune recette miraculeuse n’a été en mesure de réduire cette situation calamiteuse pour notre pays ?


En marge de ce discours je voudrais noter que si une vingtaine de chefs d’Etat et chefs de gouvernement étrangers étaient présents au Centre des Expositions de Diamniado lors de la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat le président Emmanuel Macron était pour sa part représenté par Ségolène Royal qui n’occupe pourtant aucune fonction ministérielle. Mais celle, plus modeste, d’ambassadeur des pôles, une région très éloignée de l’Afrique. Je ne veux y voir là aucun signe de refroidissement entre nos deux pays pour ne retenir que l’ancienne campagne de François Hollande est née à Dakar. Ceci expliquant cela.


Mais puisque je fais allusion aux « pôles » je dirai que les quelques difficultés que Macky Sall a bien voulu reconnaître ne représentent que la face immergée de l’iceberg. Que fait-il en effet de la lutte contre la corruption, un mal endémique dans notre pays, de l’insécurité chronique dans nos villes, de la mendicité dans les villes et villages de dizaines de milliers d’enfants, de la précarité dans laquelle vit une grande partie de notre population ? Sur tout cela le nouveau président de la République s’est montré peu disert. On aimerait qu’il soit aussi économe pour nos finances publiques qu’il l’a été au niveau des mots.


Enfin, pour finir nous avons eu droit au sempiternel couplet appelant l’opposition au sens des responsabilités afin d’assurer la stabilité politique dont le pays a besoin. Mais que ne l’a-t-il pas fait plutôt ? Après avoir snobé celle-ci durant sept ans voici qu’il découvre soudainement les vertus du dialogue. Ce virage à 180° est difficile à avaler.


Pour autant, en tant que président du mouvement « Un Autre Avenir » j’entends être un interlocuteur loyal, à défaut d’être docile, du pouvoir en place à Dakar. Je serais quelqu’un capable de soutenir des projets en faveur d’une élévation du niveau de vie de nos compatriotes, de leur mieux-être, quelqu’un capable d’approuver les initiatives en matière de développement économique pour assurer un meilleur avenir à la jeunesse. En revanche je ne serai jamais à la dévotion d’un régime, le béni oui-oui du parti au pouvoir. En clair je me refuse à brandir l’étendard d’une opposition systématique et aveugle. Je veux au contraire que celle-ci soit constructive et exigeante, une opposition qui n’entend pas favoriser l’avenir politique personnel de Macky Sall mais privilégier l’avenir du peuple Sénégalais.

Ibrahima Thiam président d'un autre avenir

Ichrono.info

 

Couture sur mesure, retouche express, vente de tissus africains, wax hollandais, Super Wax-Sosso-Jav, vente de tenues africaines


Accessoires beauté

J'avais rendez-vous pour préparer la commémoration de l'abolition de l'esclavage à la Mairie de Choisy-le-Roi 94, lorsque mes yeux tombent sur des tissus et créations exotiques.
A la fin de ma réunion je pousse la porte et trouve une dame.


Je me présente et lui dis que je voudrai bien visiter son atelier de toute façon ce que je vois me satisfait d'emblée. Puis je lui parle de ces jeunes qui recherchent des stages et je voudrai bien qu'elle fasse partie de ce réseau de professionnels qui ouvrent leurs portes pour donner une chance aux jeunes. Elle me répond qu'elle le fait déjà.


Bref, une boutique un atelier un peu en retrait du brouhaha de Choisy et du centre commercial. Un lieu propre et bien tenu à côté d'un coiffeur.


Les machines sont là les tissus aussi et les créations bien exposées. L'atelier est lumineux et inspire confiance. A l'intérieur j'aperçois une grande table de découpe et là je suis conquis je me dis c'est du sérieux, cette dame Josy sait de quoi elle parle.


Elle a appris le métier au Bénin puis une fois en France elle a continué à travailler chez elle.

 

Le bouche à oreille aidant les clients et amis ont souhaité qu'elle s'expose plus pour faire connaître son métier et son talent. Mais en femme rigoureuse et recherchant toujours la qualité, elle se propose de faire une formation pour connaître les subtilités du métier. Après tout ce parcours, elle décide de se jeter en créant son atelier au Centre Commercial de Choisy le Roi sur la dalle (une société anonyme par actions simplifiées fondée en 2017 sous le numéro 831840848 00020, recensée sous le naf).


Mme Ibidjoke BADA a une autre particularité, c'est sa générosité, elle ouvre les portes de son atelier à des stagiaires et c'est très bien que nous entreprises jouent le jeu pour que nos jeunes puissent trouver leurs voies. Les tissus africains expriment une gaité que l'on retrouve chez Josy créations et il serait bien que les habitants de Choisy et les autres puissent profiter de ses talents pour rayonner. Africains-es, européens-nes et autres sont invités à oser franchir le seuil de son atelier pour se faire tailler sur mesure de beaux habits.
Elle sera ravie de vous accueillir pour découvrir les lieux d'autant qu'elle propose aussi des accessoires beauté, colliers, bijoux et autres.


Elle sera présente aux différentes manifestations sur la commune pour se faire connaître du grand public.
Atelier Josy création ouvert à tout le monde pour une visite ou une coupe sur mesure. Venez avec vos modèles ou ne vous inquiétez pas Josy création pourra vous proposer le type de modèle qui conviendra à votre morphologie et vous serez top et bien sapé-é.

Entrez dans un univers imprimé et coloré !


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Installée à Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne (94), Josy Création vous propose des vêtements pour hommes, femmes, enfants et des accessoiresdans un style contemporain qui utilise des tissus africains et occidentaux.


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Volonté de valoriser le tissu artisanal africain !


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La sape fait son tour à Choisy le Roi cette commune où la diversité est une réalité

 

De 18h à 20 h notez sur vos agendas avec une programmation originale


Célébrer, répéter pour ancrer dans les consciences et les inconscients ce qu'est l'humanité. Se laver de ce passé violent où des hommes et femmes et enfants ont été déracinés de force pour servir gratuitement de force parce que considérés comme des biens meubles. Il est plus que temps de comprendre pour mieux avancer dans notre façon de nouer les relations. Pensons à Levinas avec sa théorie du lien de l'altérité et du visage. L'autre doit être respecté.   L'esclavage a engendré des souffrances que nous vivons toujours hic et nunc. Nous ne devons pas être complices de ces actions et faits. Pape B CISSOKO

Oui.

En célébrant la commémoration de l'esclavage avec cette date, la France a demandé pardon disait Joseph Ndiaye
Alors je pardonne, mais je n'oublie pas ! lisons feu joseph qui nous a toujours impressionné et nous a appris à regarder les choses et de pardonner

A cette occasion, vous publiez un ouvrage intitulé « Il fut un jour à Gorée » et adressé aux enfants. Pourquoi, alors que vous auriez pu écrire vos mémoires ?

Parce que les enfants représenteront la fierté des prochaines générations. Ils doivent donc être sensibles au passé odieux de leurs ancêtres. Au Sénégal, on enseigne cette histoire. Il y a des visites tous les mercredis à l'île de Gorée pour les écoliers et les universitaires aussi. Vous savez quand nous étions sous domination française, on nous apprenait que nos ancêtres étaient des gaulois. Ce qui était une fausseté de notre histoire.

Vous avez reçu à Gorée de grandes personnalités telles que Nelson Mandela, Hillary Clinton, James Brown et d'autres...Quelle rencontre vous a le plus marqué ?

Le pape ! Le pape qui a demandé pardon à partir de cette fameuse porte du voyage sans retour. Et aussi Nelson Mandela avec les larmes qu'il a versé.
*(L'église au siècle de l'esclavage a donné son aval aux monarchies européennes, pour accomplir la traite négrière avec le prétexte d'évangéliser des populations noires jugées sauvages et inférieures).

Avec Gorée, il y a Ouidah au Bénin qui fut un autre port du commerce triangulaire et certains villages du Congo, pourquoi ces lieux sont-ils moins connus et visités ?

Les esclaves qui partaient du Congo transitaient souvent par Zanzibar qui était un grand marché aux esclaves sur la côte est de l'Afrique. En Afrique de l'ouest, c'était effectivement Gorée, au large du Sénégal, Ouidah au Bénin et le fort d' Elmina au Ghana, qui servaient de passerelle. Si Gorée est plus connu aujourd'hui, c'est à cause de sa proximité géographique avec les Amériques. De plus, l'île abritait le fameux comptoir des hollandais qui avaient ses succursales à Nantes et à Bordeaux.

-Développer la prise de conscience de l'esclavage qui concerne non seulement le passé mais aussi le présent et l'avenir.
-Rappeler les conséquences actuelles et les interactions qu'a engendrées la traite négrière.
-Comprendre les différentes formes d'esclavage qui persistent et se développent.
-Permettre un dialogue équitable entre les peuples.
-Rappeler le respect de l'universalité des droits de l'homme.
-Lutter contre toute forme d'esclavage.
-Sensibiliser différents publics et développer une attitude citoyenne.

Commémorations de l'abolition de l'Esclavage
DEVOIR DE MÉMOIRE

Plusieurs célébrations rassemblent la communauté internationale autour de la question de la traite négrière et de l'esclavage. Elles offrent l'occasion d'un nécessaire devoir de mémoire sur cette page sombre de notre histoire pour honorer toutes les victimes de quatre siècles de tragédie humaine, mais également ceux qui se sont opposés et ont triomphés de ce crime contre l'humanité.

Ces journées commémoratives donnent aujourd'hui l'occasion d'approfondir la réflexion sur les conséquences contemporaines de cette tragédie et interpellent sur ses implications dans nos sociétés ; racisme et discrimination raciale, intolérance, mais également toutes les formes modernes d'esclavage, d'exploitation de la personne humaine.

L'objectif étant de construire et de rester dans la même communauté de destin avec comme ambition la conservation de la mémoire des ancêtres, car ce sanctuaire symbolise aussi le pardon et la réconciliation dans le respect du droit à la vie. Pour finir, une des citations de l'inoubliable Aimé Césaire : « C'est quoi une vie d'homme ?, c'est le combat de l'ombre et de la lumière, c'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur. Je suis du côté de l'espérance, mais d'une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté.... »


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"Je l'ai rencontré physiquement en 2018 lors d'une conférence de Felwine à Paris 19 au 108. Elle était discrète, très attentive, mais elle a quitté avant la fin de la conférence. C'est une femme battante qui ne se laisse pas faire et qui se défend avec des armes tirées de son vécu de ses lectures et de ses voyages. A suivre"P B CISSOKO

À mi-chemin entre l'autobiographie et le guide de développement personnel, ce récit de Rokhaya Diallo, née dans le Paris populaire de la fin des années 1970, relate le parcours inspirant d'une femme qui a réussi à s'extraire de sa condition, à mobiliser toutes ses ressources pour s'élever socialement et intellectuellement et à se nourrir des multiples rencontres qu'elle a su provoquer. Devenue aujourd'hui un personnage médiatisé inscrit au coeur du débat public français, Rokhaya Diallo éclaire d'une voix sincère et singulière ses prises de position, qui ont souvent été mal interprétées et déformées au fil de leurs restitutions.

Le guide de Rokhaya Diallo pour arriver là où personne ne vous attend
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Par Marguerite Nebelsztein


Publié le Vendredi 29 Mars 2019


Rokhaya Diallo a de son propre aveu un parcours atypique. Elle donne les clefs dans son nouveau livre à toutes les femmes pour arriver là où personne ne nous attend.


Et si on laissait tomber nos a priori et qu'on ouvrait le dernier livre de Rokhaya Diallo Ne reste pas à ta place ?


Née dans une famille populaire, elle grandit en région parisienne. Enfant de la télévision mais aussi grande consommatrice de livres, elle nourrit une passion pour le Japon et l'animation.
Après avoir commencé par des études de droit puis continué dans une école de commerce, elle devient cadre dans les films d'animation chez Disney pour suivre sa passion. En 2006, Rokhaya Diallo monte l'association Les Indivisibles pour dénoncer le racisme en France. Puis elle est embauchée comme chroniqueuse dans la matinale de Canal+ et commence une carrière de journaliste en 2009.
Une décennie plus tard, Rokhaya Diallo revient dans ce livre sur son parcours, reconnaît avoir eu de la chance mais aussi avoir duré à force de travail, de pugnacité et de persévérance.
Cet ouvrage est un recueil de conseils qui nous encourage à nous émanciper en tant que femmes des conditionnements dont nous sommes victimes et à nous débarrasser de nos complexes pour prendre conscience de nos capacités de réussite.
Elle tente de nous inculquer des déconstructions indispensables pour réussir en tant que femmes. Nous devons par exemple accepter le compliment, avoir confiance dans nos compétences et mesurer l'importance de notre valeur, y compris dans le travail.
Rokhaya Diallo veut aussi conserver son énergie pour des choses positives plutôt que pour se justifier auprès de ses détracteurs. Elle est aujourd'hui éditorialiste sur LCI et animatrice de l'émission BET Talk sur la chaîne BET. Elle est également co-animatrice avec l'autrice Grace Ly du podcast Kiff ta race.


Terrafemina : Vous écrivez que vous étiez une ado timide. Comment avez-vous décidé un jour de prendre la parole ?


Rokhaya Diallo : J'avais envie que cette parole résonne, c'est venu assez tard finalement. Quand j'étais jeune je n'avais pas une telle nécessité de parler. Donc c'est venu assez tard.
Vous déplorez le fait de ne pas voir de gens qui vous ressemblent dans les médias. Vous êtes connue, mais vous êtes un peu l'arbre qui cache la forêt...
R.D. : Dans les espaces où j'évolue, on n'est pas très nombreux, malheureusement. Bien sûr qu'il y a d'autre journalistes, qui sont à la fois des femmes noires et qui sont sur des combats anti-racisme, mais on est très très peu nombreuses.
C'est pour cela que je dis que la situation est un peu symptomatique. Elle est emblématique même de la majorité pour laquelle c'est difficile. Moi je veux utiliser mon privilège et ma plateforme pour dénoncer la condition qui est faite à la majorité des gens qui me ressemblent.
Je suis contente de mon sort, mais je ne peux pas m'en contenter.


Comment devient-on éditorialiste ?


R.D. : On doit d'abord commencer à travailler sur la question de sa légitimité. Parce que les études montrent que les femmes ont du mal à valoriser leur légitimité.
Quand elles sont sollicitées, elles ont plus tendance que les hommes à refuser, parce que quand on est une femme, on a des invitations à l'humilité qui fait qu'on se sent moins légitime, et on va dire "je vous recommande telle personne, je ne suis pas experte sur ce sujet... ".
Avoir conscience de cette éducation et parvenir à l'identifier et à subvertir ce conditionnement c'est quelque chose de nécessaire. Il faut aussi se forcer à répondre aux sollicitations positivement les fois où on peut être présentes.
Mais il y a aussi parfois des femmes qui ont des raisons d'indisponibilités, qui sont liées au partage des tâches qui n'est pas très égalitaire.
Les hommes, eux, s'empêchent moins de prendre la parole y compris sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas.

Est-ce que ce livre sert aussi à montrer aux gens qui vous êtes, au-delà des idées reçues sur votre personne ?


R.D. : Alors moi, je ne cherche pas à me justifier. Les gens qui ne me connaissent pas et qui parlent c'est leur problème. L'idée de ce livre, c'est de partager les leçons que j'ai tirées de ma trajectoire avec des gens qui s'interrogent tout simplement.
On me demande souvent comment j'ai fait pour en arriver là parce que j'ai un parcours original. Et je voulais raconter ça. Et c'est l'histoire de quelqu'un de beaucoup plus simple que ce qu'on peut imaginer aussi.
Êtes-vous une source d'inspiration pour les autres ?
R.D. : Ce qui me touche, c'est que je reçois beaucoup de remerciements de personnes qui sans doute partagent mes idées et ne les entendent pas souvent. Et c'est vrai que j'ai beaucoup beaucoup de gratitude et de remerciements de gens qui m'arrêtent dans la rue et ça, c'est vraiment très encourageant.
Moi je ne me considère pas du tout comme une porte-parole, je parle en mon nom. Mais je trouve ça chouette que les gens expriment tout simplement le fait qu'ils auraient envie de dire la même chose et que les plateaux ne leur sont pas forcément ouverts donc ça c'est chouette.


Vous remerciez à la fin du livre les gens qui vous soutiennent sur les réseaux sociaux. Pourquoi est-ce si important de se sentir soutenue par eux ?


R.D. : Déjà, c'est important parce que cela montre qu'il n'y a pas que de la haine sur les réseaux sociaux, ces gens parlent sur une plateforme publique donc les autres personnes peuvent le lire.
Moi ça me permet aussi de mesurer l'impact de mes propos, ce qui n'est pas forcément le cas à la télévision. J'ai choisi de rester sur les réseaux sociaux malgré les attaques parce qu'il y a ça qui, d'une certaine manière, rééquilibre le mouvement. S'il n'y avait pas ça c'est sûr que ça serait quelque chose qui n'aurait pas de sens pour moi.


Les femmes dans l'Histoire sont souvent minimisées dans leur pensée pour être invisibilisées. Est-ce que c'est ce qui vous arrive ?


R.D. : On ne m'attaque jamais sur mon travail, sur des choses tangibles. Je dis quelque chose qui peut ne pas plaire, mais c'est quelque chose qu'on me nie.
On décrédibilise mon activité militante par exemple, mais ce n'est pas une activité professionnelle, donc le fait que l'on me réduise à ça pour moi c'est une manière de me disqualifier à la fois intellectuellement et professionnellement. Ca il faut le gérer et ce n'est pas agréable.
Vous devez arriver à gérer la critique, c'est ce que vous expliquez dans le livre. Vous donnez des conseils pour y arriver. Mais vous montrez aussi pourquoi c'est important de savoir accepter les compliments. Pourquoi ?
R.D. : Moi j'accepte la critique mais pas les attaques qui ont pour but soit de m'intimider, soit de me démoraliser.


Après, c'est bien d'être humble, mais c'est bien de savoir reconnaître ses qualités. Alors quand on reçoit des compliments, il faut les accueillir, ça fait du bien. Quand on fait des compliments nous-mêmes on a envie de faire plaisir aux gens et il faut rendre aux gens qui nous font des compliments le plaisir qu'ils ont envie de nous faire en nous les faisant. Donc il faut savoir les accepter pour que cela nous alimente, pour évoluer.


Vous expliquez dans votre livre le respect que les Français·es ont pour l'afroféminisme américain, mais le dénigrement qui est fait de l'afroféminisme français. Comment on l'explique ?


R.D. : Parce qu'en France, on vit dans une mythologie universaliste, en niant les particularismes. Sauf que ces particularismes, il faut les reconnaître pour permettre aux gens qui le vivent de dénoncer le tort qui leur est fait. On sait qu'il y a des contrôles au faciès, on sait qu'il y a un traitement différencié entre la France des Outre-mer et la France hexagonale, ... On sait que malgré tout, on ne veut pas en parler et on dit que la France continue d'être un pays universel contrairement à d'autres pays.


Mais le refus que l'on fait à des collectifs comme Lallab, c'est le déni républicain d'une réalité qui pourtant est évidente.


Pourquoi est-ce si difficile pour la France et les Français·es d'accepter le fait qu'ils et elles sont racistes ?


R.D. : Parce qu'on a un idéal qui n'a rien à voir avec la réalité. On se voit comme étant le pays des Lumières, le pays des droits humains, et on refuse de mettre en cause cette mythologie. Le racisme est une idéologie politique et historique, ce n'est pas une question de bien et de mal. C'est un pays qui a été fissuré par une histoire, par l'esclavage, et que cela a encore des conséquences aujourd'hui.
Ça n'est pas jeter l'opprobre sur la France mais il faut penser à ces conséquences négatives.


A qui s'adresse le titre de votre livre ?


R.D. : J'ai conscience qu'on ne peut pas dire "quand on veut on peut", ce n'est pas facile pour tout le monde, mais quand on a des conditions favorables, il faut vraiment saisir chacune des chances qui se présentent à nous. Ca veut dire avoir conscience de sa valeur et parvenir à faire à partir de cela, un chemin qui nous permette de nous accomplir et de nous réaliser. Que chacun et chacune arrive à trouver ce point qui lui permette de s'accomplir dans une forme de bonheur.
Donc c'est une invitation mais ça n'est pas une injonction. Je sais qu'il y a des gens pour qui c'est difficile et qui connaissent des échecs parce que les conditions ne sont pas favorables, et ça, je ne veux pas le stigmatiser.
J'ai eu de la chance aussi. Il y a ce facteur chance qui a été important dans mon parcours. On m'a proposé une chronique à la télé alors que je n'avais rien demandé. Ça n'arrive pas à tout le monde non plus.
Mais ce qui m'a permis de rester et de durer dix ans, c'est d'avoir fait de cette opportunité quelque chose.
Et puis quand j'ai eu des problèmes, d'avoir créé des documentaires, d'avoir créé autre chose, en réaction à l'adversité, des productions qui me sont propres.
Et d'avoir réussi à créer un cocon de personnes bienveillantes autour de vous...
R.D. : Exactement. Parce que ma vie, ça n'est pas les débats, cela n'est pas les médias. Il y a des personnes autour de moi qui sont proches et qui chaque jour sont de bon conseil, que je sollicite en permanence et qui sont mon rempart contre les agressions extérieures, c'est capital.


C'est un cocon que j'ai constitué depuis longtemps. Il a commencé à ma naissance avec ma famille immédiate, puis après avec mes amitiés que j'ai réussi à constituer, les gens qui sont entrés dans ma vie avec qui je suis aujourd'hui. Tout ça, c'est quelque chose que j'ai construit au fil des années et je me protège avec ça.


https://www.terrafemina.com/article/rokhaya-diallo-presente-son-livre-ne-reste-pas-a-ta-place_a348782/1

 

APPEL À CANDIDATURE RÉSIDENCES D'ARTISTES À LA FONDATION FIMINCO / ROMAINVILLE-France-Fondation FIMINCO
43 rue de la Commune de Paris – 93230 Romainville
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Facebook : Fondation Fiminco
Instagram @fondationfiminco
twitter : ffiminco
www.fondationfiminco.com
Durée : 11 mois


Date limite de l'envoi du dossier de candidature : 31 mai 2019
Annonce des candidatures sélectionnées : Juillet 2019
Entrée en résidence : Janvier et juin 2020


Les artistes devront adresser leur candidature en format PDF uniquement par email avant le 31 mai 2019 à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
La Fondation FIMINCO lance un appel à candidature à destination d'artistes plasticiens et visuels pluridisciplinaires issus du monde entier, sans limite d'âge, en vue d'une résidence de recherche, de création et de production basée sur le territoire de Romainville (Seine-Saint-Denis).


La Fondation FIMINCO est dédiée à la création contemporaine pluridisciplinaire internationale à travers un programme de résidences, d'expositions, de performances, de rencontres, et d'ateliers.
Elle ouvrira ses portes à l'automne 2019, à Romainville, dans l'est parisien, au coeur d'un site qui réunira de nombreux acteurs culturels, aussi bien publics que privés : cinq galeries d'art contemporain (Air de Paris, Imane Farès, In Situ, Jocelyn Wolff, Vincent Sator), les Réserves du FRAC Île-de-France et l'association Jeune Création. La Fondation disposera également d'un espace d'expositions de 1 200 m2, La Chaufferie, où seront programmées les expositions et interventions des artistes résidents, des artistes invités et d'institutions partenaires.


Les artistes sélectionnés auront à leur disposition des ateliers de travail (vidéo/son, prise de vue photo, sérigraphie, taille douce, graphique, construction, pratique mixte, studios de danse), un logement et des espaces de vie collectifs et bénéficieront d'un accompagnement artistique et technique selon leurs besoins et en intelligence avec le projet qu'ils souhaitent développer. Afin de financer la recherche et le projet, un accompagnement pour la recherche de financements complémentaires sera également proposé en complément d'un budget de production alloué par la Fondation.

La
Fondation FIMINCO soutiendra aussi les artistes dans leur mise en réseau et la promotion de leur travail.
La scène artistique contemporaine internationale connaît depuis plusieurs décennies une profonde transformation qui redessine à travers le monde de nouvelles géographies de l'art et des formes artistiques aux approches et aux sources pluridisciplinaires. C'est depuis cette grande diversité artistique en constante mutation que la Fondation FIMINCO entend soutenir et accompagner les artistes émergents ou confirmés issus de tous les continents.
Il s'agit ainsi de créer des ponts entre les différentes scènes de l'art et d'offrir aux artistes l'opportunité de confronter leur travail à d'autres contextes culturels, politiques et sociaux afin d'enrichir leur pratique et de favoriser les échanges de points de vue.
Les projets impliquant un travail en relation avec le territoire (entendu au sens le plus large : projet en relation avec des institutions, associations, communautés, chercheurs basés en Seine-Saint-Denis et à Paris) et les publics seront encouragés.
REJOIGNEZ-NOUS !
Les artistes sont sélectionnés sur dossier par un comité de sélection constitué de professionnels du monde de l'art, ainsi que par des représentants de la Fondation FIMINCO.
Neuf artistes seront sélectionnés en vue d'une première session de résidence qui démarrera en janvier 2020 et neuf autres pour une deuxième session démarrant en juin 2020. La durée des résidences pour chacune des sessions est de 11 mois.


- 31 mai 2019 : date limite du dépôt du dossier de candidature.
- Juin 2019 : entretien avec les candidats présélectionnés leur permettant de présenter leur démarche artistique et culturelle.
- Juillet 2019 : annonce des candidatures sélectionnées pour la première et la deuxième session de résidence
- Janvier 2020 : début de la première session des résidences à Romainville (neuf artistes)
- Juin 2020 : début de la deuxième session de résidences à Romainville (neuf artistes).
Pièces à fournir pour le dossier :


La sélection s'appuiera sur un dossier de candidature rédigé en français ou en anglais en format PDF uniquement et comprenant : 


3- Un dossier artistique présentant un ensemble d'oeuvres récentes représentatif de la démarche de l'artiste (20 pages maximum)
- Un CV dans lequel les artistes mentionneront leur formation et leur parcours artistique, ainsi que des lettres de recommandation (3 maximum)
- Une note d'intention expliquant les directions de recherches que l'artiste souhaite explorer pendant les 11 mois de résidence (maximum 2 pages). L'artiste est invité à préciser s'il a des préférences pour démarrer la résidence en janvier ou en juin 2020.


- Si l'artiste a participé à des conférences ou symposiums, joindre des liens internet
- La candidature pourra être accompagnée d'une courte vidéo (5 minutes maximum) dans laquelle l'artiste présente librement son parcours et son travail
Le dossier pourra contenir des publications, des vidéos, des maquettes sonores et tout document que l'artiste jugera utile de communiquer au comité de sélection à transmettre par des liens internet.

 

Par Mme Alexandra Baudelot,
déléguée artistique de la Fondation
Le Mercredi 10 avril 2019 à 17h

Musée Théodore Monod
1, Place Soweto, BP 206 Dakar

A l'automne 2019, La Fondation FIMINCO ouvrira ses portes à Romainville (Seine-Saint-Denis) dans l'est parisien, dans les bâtiments d'une ancienne usine de produits pharmaceutiques. La Fondation est dédiée à la création contemporaine pluridisciplinaire internationale à travers un programme de résidences, d'expositions, de performances, de rencontres, et d'ateliers.
La scène artistique contemporaine internationale connaît depuis plusieurs décennies une profonde transformation qui redessine à travers le monde de nouvelles géographies de l'art et des formes artistiques aux approches et aux sources pluridisciplinaires. C'est depuis cette grande diversité artistique en constante mutation que la Fondation FIMINCO entend soutenir et accompagner les artistes émergents ou confirmés issus de tous les continents.


La Fondation FIMINCO lance jusqu'au 31 mai 2019 un appel à candidature à destination d'artistes plasticiens et visuels pluridisciplinaires issus du monde entier, sans limite d'âge, en vue d'une résidence de recherche, de création et de production basée sur le territoire de Romainville. Son axe est l'ancrage de la recherche et de la création dans les enjeux socio-politiques actuels, du local à l'international. Un accompagnement des artistes pour inscrire leur travail dans des contextes spécifiques sur le.s territoire.s sera au cœur de la dynamique de la Fondation.


La Fondation s'engage également à créer des liens avec des réseaux à l'international qui travaillent dans des logiques de recherche et de création, d'échanges transdisciplinaires et sur tous les continents, pour échanger et faire connaître la résidence et la Fondation auprès des artistes qui seraient intéressés.


C'est dans cette perspective qu'Alexandra Baudelot, déléguée artistique de la Fondation, viendra présenter le projet de la Fondation et des résidences au Musée Théodore Monod.
Plus d'infos sur la fondation et l'appel à candidature sur www.fondationfiminco.com


Contacts : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. / +221 77 442 42 19
The Théodore Monod Museum of african art (IFAN Ch. A. Diop)

Invites you to the presentation of the
FIMINCO Foundation

By Mrs. Alexandra Baudelot,
Artistic Director of the Foundation

Wednesday, April 10, 2019 at 5pm

Musée Théodore Monod
1, Place Soweto, BP 206 Dakar

The Fondation FIMINCO will open its doors in Fall 2019 in Romainville, just east of Paris (Seine-Saint-Denis) in a former pharmaceutical factory. The Fondation FIMINCO is a contemporary art space focused on international cross-disciplinary visual art through a program of residencies, exhibitions, performances, encounters and workshops.

For several decades now, the international contemporary art scene has been undergoing a deep transformation, that has retraced new geographies of art across the world and given rise to artistic forms with multidisciplinary sources and approaches. The Fondation FIMINCO aims to support emerging and established artists worldwide by drawing from this plural cartography and constantly evolving artistic diversity.
The Fondation FIMINCO is launching its call for applications until May 31, 2019 to transdisciplinary visual artists of any age from across the world for a residency in research, creation, and production based in Romainville.
Its main focus is the anchoring of research and creation in current socio-political issues, from the local to the international level. Supporting artists to develop their work and project in specific contexts on the territory will also be at the heart of the dynamics of the Fondation.
The residency's goal is also to build bridges between different art scenes and give artists the opportunity to confront their work to a variety of cultural, political, and social contexts, in order to enrich their practices and encourage the exchange of ideas.
Alexandra Baudelot, artistic director of the Fondation Fiminco, will come to present the project of the Fondation and residencies at the Théodore Monod Museum.

More information on www.fondationfiminco.com
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Sur la pensée d'Emmanuel Levinas Choix de quelques textes majeurs (textes choisis par Philippe Fontaine) Emmanuel Levinas est né en janvier 1906 à Kaunas, en Lituanie. Études secondaires en Lituanie et Russie. Etudes de philosophie à Strasbourg de 1923 à 1930. Séjour à Fribourg en 1928-1929 auprès de Husserl et de Heidegger. Naturalisé français en 1930. Professeur de philosophie, directeur de l'Ecole normale israélite orientale. Professeur de philosophie à l'Université de Poitiers (1964), de Paris-Nanterre (1967), puis à la Sorbonne (1973). E.
Levinas a été influencé par la phénoménologie de Husserl et l'ontologie de Heidegger.


Mais son apport propre consiste en une analyse approfondie de la signification du rapport à l'autre homme, qui apparaît comme absolument primordial. Aux yeux de Levinas, la tâche de la philosophie n'est pas de constituer une théorie de la connaissance, ou une théorie politique, mais bien plutôt de comprendre le sens de la relation à autrui, comme originaire et fondatrice de toute autre relation à l'être.
L'essentiel est de se rendre capable de respecter l'altérité d'autrui, et non plus de tenter de la résorber dans l'identité du même, c'est-à-dire du concept et du système de catégories par lequel le philosophe croit pouvoir comprendre le monde dans la totalité de ses aspects.


Aussi Levinas voit-il dans la relation intersubjective, la relation à l'autre homme, dont l'altérité se manifeste à travers son visage, l'essentiel de ce qui est donné à comprendre à la philosophie.
L'éthique est donc philosophie première, tâche fondamentale du philosopher. Cette relation, qui précède le recours à la philosophie et au langage, mais en est la condition de possibilité, introduit dans le rapport au monde une dimension d'infinité et de transcendance.


La philosophie d'E. Levinas permet de prendre ses distances vis-à-vis de la conception de la subjectivité héritée des temps modernes, où la position du sujet est souveraine, et constitutive de tout sens possible :
le sujet est pour ainsi dire destitué chez Levinas, pour qui il doit se perdre en devenant "sujet" pour un autre homme auquel il se voue.
Le choix suivant de textes vise à présenter une sélection des thèmes majeurs de la philosophie d'E. Levinas. Le sens de la relation avec autrui "En quoi consiste l'acuité de la solitude? Il est banal de dire que nous n'existons jamais au singulier.
Nous sommes entourés d'êtres et de choses avec lesquels nous entretenons des relations. Par la vue, par le toucher, par la sympathie, par le travail en commun, nous sommes avec les autres. Toutes ces relations sont transitives : je touche un objet, je vois l'Autre. Mais je ne suis pas l'Autre. Je suis tout seul. C'est donc l'être en moi, le fait que j'existe, mon exister qui constitue l'élément absolument intransitif, quelque chose sans intentionnalité, sans rapport. On peut tout échanger entre êtres sauf l'exister."


Levinas, Le temps et l'autre, Paris, PUF, Quadrige, 1983, p. 21. 2 2 "Si la relation avec l'autre comporte plus que des relations avec le mystère, c'est qu'on a abordé l'autre dans la vie courante où sa solitude et son altérité foncière sont déjà voilées par la décence. L'un est pour l'autre ce que l'autre est pour lui ; il n'y a pas pour le sujet de place exceptionnelle. L'autre est connu par la sympathie, comme un autre moi-même, comme l'alter ego. (...)


Mais déjà, au sein de la relation avec l'autre qui caractérise notre vie sociale, l'altérité apparaît comme relation non réciproque, c'est-à-dire comme tranchant sur la contemporanéité. Autrui en tant qu'autre n'est pas seulement un alter ego ; il est ce que moi, je ne suis pas. Il l'est non pas en raison de son caractère, ou de sa physionomie, ou de sa psychologie, mais en raison de son altérité même. Il est, par exemple, le faible, le pauvre, "la veuve et l"orphelin", alors que moi je suis le riche ou le puissant. On peut dire que l'espace intersubjectif n'est pas symétrique.
L'extériorité de l'autre n'est pas simplement due à l'espace qui sépare ce qui par le concept demeure identique, ni à une différence quelconque selon le concept qui se manifesterait par l'extériorité spatiale. La relation de l'altérité n'est ni spatiale ni conceptuelle (...) Entre la charité et la justice, la différence essentielle ne tient-elle pas à la préférence de la charité pour l'autre, alors même qu'au point de vue de la justice, aucune préférence n'est plus possible ?"

E. Levinas, Le temps et l'autre, op. cit., p. 74-5-6.

L'autre n'est pas un être que nous rencontrons, qui nous menace ou qui veut s'emparer de nous. Le fait d'être réfractaire à notre pouvoir n'est pas une puissance plus grande que la nôtre. C'est l'altérité qui fait toute sa puissance. Son mystère constitue son altérité. Remarque fondamentale : je ne pose pas autrui initialement comme liberté, caractéristique dans laquelle est inscrit d'avance l'échec de la communication.
Car avec une liberté il ne peut y avoir d'autre relation que celle de la soumission et de l'asservissement. Dans les deux cas, l'une des deux libertés est anéantie. La relation entre maître et esclave peut être saisie au niveau de la lutte, mais alors elle devient réciproque. Hegel a montré précisément comment le maître devient l'esclave et l'esclave le maître du maître. En posant l'altérité d'autrui comme le mystère défini lui-même par la pudeur, je ne la pose pas comme liberté identique à la mienne et aux prises avec la mienne, je ne pose pas un autre existant en face de moi, je pose l'altérité." Levinas, Le temps et l'autre, op. cit., p. 79-80.
"Si on pouvait posséder, saisir et connaître l'autre, il ne serait pas l'autre. Posséder, connaître, saisir sont des synonymes du pouvoir.


" E.Levinas, Le temps et l'autre, op. cit., p. 83. "Ce qu'on présente comme l'échec de la communication dans l'amour constitue précisément la positivité de la relation ; cette absence de l'autre est précisément sa présence comme autre."


E. Levinas, Le temps et l'autre, op. cit., p. 89.On trouve le même texte dans : De l'existence à l'existant, Paris, Varin, 1981, p. 163 : "Ce qu'on présente comme l'échec de la communication dans l'amour, constitue précisément la positivité de la relation ; cette absence de l'autre est précisément sa présence comme autre. L'autre, c'est le prochain - mais la proximité n'est pas une dégradation ou une étape de la fusion.
Dans la réciprocité des rapports, caractéristique de la civilisation, l'asymétrie de la relation intersubjective s'oublie. La réciprocité de la civilisation - le règne des fins où chacun est à la fois fin et moyen, personne et personnel, est un nivellement de l'idée de fraternité, qui est un aboutissement et non point un point de départ et qui renvoie à toutes les implications de l'eros." 3 3 "Il existe une lassitude qui est lassitude de tout et de tous, mais surtout lassitude de soi.


Ce qui lasse alors, ce n'est pas une forme particulière de notre vie - notre milieu, parce qu'il est banal et morne, notre entourage, parce qu'il est vulgaire et cruel - la lassitude vise l'existence même. Au lieu de s'oublier dans la légèreté essentielle du sourire, où l'existence se fait innocemment, où dans sa plénitude même elle flotte comme privée de poids et où, gratuit et gracieux, son épanouissement est comme un évanouissement, l'existence dans la lassitude est comme un rappel d'un engagement à exister, de tout le sérieux, de toute la dureté d'un contrat irrésiliable. Il faut faire quelque chose, il faut entreprendre et aspirer."
E. Levinas, De l'existence à l'existant, op. cit., p. 31. "La relation intersubjective est une relation non-symétrique. En ce sens, je suis responsable d'autrui sans attendre la réciproque, dût-il m'en coûter la vie. La réciproque, c'est son affaire. C'est précisément dans la mesure où entre autrui et moi la relation n'est pas réciproque, que je suis sujétion à autrui ; et je suis "sujet" essentiellement en ce sens. Vous connaissez cette phrase de Dostoïevski : "Nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres."


(Les Frères Karamazov, La Pleïade, p. 310). Non pas à cause de telle ou telle culpabilité effectivement mienne, à cause des fautes que j'aurais commises ; mais parce que je suis responsable d'une responsabilité totale, qui répond de toutes les autres et de tout chez les autres, même de leur responsabilité. Le moi a toujours une responsabilité de plus que tous les autres."
E. Levinas, Ethique et infini. Dialogues avec Philippe Nemo, Paris, Fayard, 1982, p. 105. A propos de l'ouvrage Totalité et infini, publié en 1961, et qui est, avec Autrement qu'être ou au-delà de l'essence, un des principaux ouvrages de philosophie d'Emmanuel Levinas ; à une question qui demande : le titre contient lui-même un problème ou une question : en quoi "totalité" et "infini" s'opposent-ils ?
Levinas répond : "Dans la critique de la totalité que comporte l'association même de ces deux mots, il y a une référence à l'histoire de la philosophie. Cette histoire peut être interprétée comme une tentative de synthèse universelle, une réduction de toute l'expérience, de tout ce qui est sensé, à une totalité où la conscience embrasse le monde, ne laisse rien d'autre hors d'elle, et devient ainsi une pensée absolue. La conscience de soi est en même temps une conscience du tout. Contre cette totalisation, il y a eu, dans l'histoire de la philosophie, peu de protestations (...).


C'est en effet toute la marche de la philosophie occidentale aboutissant à la philosophie de Hegel, laquelle, à très juste titre, peut apparaître comme l'aboutissement de la philosophie même. Partout dans la civilisation occidentale, où le spirituel et le sensé résident toujours dans le savoir, on peut voir cette nostalgie de la totalité. Comme si la totalité avait été perdue, et que cette perte fût le péché de l'esprit. C'est alors la vision panoramique du réel qui est la vérité et qui donne toute sa satisfaction à l'esprit."


Ethique et infini, op. cit., p. 79-80- 81. Or, ajoute Levinas, " L'expérience irréductible et ultime de la relation me paraît être ailleurs : non pas dans la synthèse, mais dans le face à face des humains, dans la socialité, en sa signification morale. Mais il faut comprendre que la moralité ne vient pas comme une couche secondaire, au-dessus d'une réflexion abstraite sur la totalité et ses dangers ; la moralité a une portée indépendante et préliminaire. La philosophie première est une éthique. 4 4 Le non-synthétisable par excellence, c'est certainement la relation entre les hommes.
On peut aussi se demander si l'idée de Dieu, surtout telle que la pense Descartes, peut faire partie d'une totalité de l'être, et si elle n'est pas, bien plutôt, transcendante à l'être. Le terme de "transcendance" signifie précisément le fait qu'on ne peut penser Dieu et l'être ensemble. De même, dans la relation interpersonnelle, il ne s'agit pas de penser ensemble moi et l'autre, mais d'être en face. La véritable union ou le véritable ensemble n'est pas un ensemble de synthèse, mais un ensemble de face à face.
" Ethique et infini, op. cit., p. 81-82. Totalité et infini, précise E. Levinas, "veut poser le problème du contenu de la relation intersubjective. Car ce que nous avons dit jusqu'à présent est seulement négatif. En quoi consiste positivement cette "socialité" différente de la socialité totale et additionnelle ?
C'est cela qui m'a préoccupé dans la suite (...) car il ne faut pas déduire de ce que je viens de dire une sous-estimation quelconque de la raison et de l'aspiration de la raison à l'universalité. Seulement, je tente de déduire la nécessité d'un social rationnel des exigences mêmes de l'intersubjetif tel que je le décris. Il est extrêmement important de savoir si la société au sens courant du terme est le résultat d'une limitation du principe que l'homme est un loup pour l'homme, ou si au contraire elle résulte de la limitation du principe que l'homme est pour l'homme. Le social, avec ses institutions, ses formes universelles, ses lois, provient-il de ce qu'on a limité les conséquences de la guerre entre les hommes, ou de ce qu'on a limité l'infini qui s'ouvre dans la relation éthique de l'homme à l'homme ? (...)


La politique doit pouvoir toujours être contrôlée et critiquée à partir de l'éthique. Cette seconde forme de socialité rendrait justice à ce secret qu'est pour chacun sa vie, secret qui ne tient pas à une clôture qui isolerait quelque domaine rigoureusement privé d'une intériorité fermée, mais secret qui tient à la responsabilité pour autrui, qui, dans son évènement éthique est incessible, à laquelle on ne se dérobe pas et qui, ainsi, est principe d'individuation absolue." Ethique et infini, op. cit., p. 85-86. Le visage Que se passe-t-il quand je regarde autrui face à face ?


"Je ne sais si l'on peut parler de "phénoménologie" du visage, puisque la phénoménologie décrit ce qui apparaît. De même, je me demande si l'on peut parler d'un regard tourné vers le visage, car le regard est connaissance, perception. Je pense plutôt que l'accès au visage est d'emblée éthique. C'est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire, que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet.
La meilleure manière de rencontrer autrui, c'est de ne pas même remarquer la couleur de ses yeux !

Quand on observe la couleur des yeux, on n'est pas en relation sociale avec autrui. La relation avec le visage peut certes être dominée par la perception, mais ce qui est spécifiquement visage, c'est ce qui ne s'y réduit pas.


Il y a d'abord la droiture même du visage, son exposition droite, sans défense. La peau du visage est celle qui reste la plus nue, la plus dénuée. La plus nue, bien que d'une nudité décente. La plus dénuée aussi : il y a dans le visage une pauvreté essentielle ; la preuve en est qu'on essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance. Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps, le visage est ce qui nous interdit de tuer. 5 5 (...)


Le visage est signification, et signification sans contexte. Je veux dire qu'autrui, dans la rectitude de son visage, n'est pas un personnage dans un contexte. D'ordinaire, on est un "personnage" : on est professeur à la Sorbonne, vice-président du Conseil d'Etat, fils d'untel, tout ce qui est dans le passeport, la manière de se vêtir, de se présenter.
Et toute signification, au sens habituel du terme, est relative à un tel contexte : le sens de quelque chose tient dans sa relation à autre chose. Ici, au contraire, le visage est sens à lui seul.
Toi, c'est toi. En ce sens, on peut dire que le visage n'est pas "vu". Il est ce qui ne peut devenir un contenu, que votre pensée embrasserait ; il est l'incontenable, il vous mène au-delà.
C'est en cela que la signification du visage le fait sortir de l'être en tant que corrélatif d'un savoir. Au contraire, la vision est recherche d'une adéquation ; elle est ce qui par excellence absorbe l'être. Mais la relation au visage est d'emblée éthique. Le visage est ce qu'on ne peut tuer, ou du moins dont le sens consiste à dire : "tu ne tueras point". Le meurtre, il est vrai, est un fait banal : on peut tuer autrui ; l'exigence éthique n'est pas une nécessité ontologique. L'interdiction de tuer ne rend pas le meurtre impossible, même si l'autorité de l'interdit se maintient dans la mauvaise conscience du mal accompli - malignité du mal.


" E.Levinas, Ethique et infini, op. cit., p. 91. Visage et discours "Visage et discours sont liés.


Le visage parle.


Il parle, en ceci que c'est lui qui rend possible et commence tout discours.
J'ai refusé tout à l'heure la notion de vision pour décrire la relation authentique avec autrui ; c'est le discours, et, plus exactement, la réponse ou la responsabilité, qui est cette relation authentique. J'ai toujours distingué, en effet, dans le discours, le dire et le dit, Que le dire doive comporter un dit est une nécessité du même ordre que celle qui impose une société, avec des lois, des institutions et des relations sociales.
Mais le dire, c'est le fait que devant le visage je ne reste pas simplement là à le contempler, je lui réponds. Le dire est une manière de saluer autrui, mais saluer autrui, c'est déjà répondre de lui. Il est difficile de se taire en présence de quelqu'un ; cette difficulté a son fondement ultime dans cette signification propre du dire, quel que soit le dit. Il faut parler de quelque chose, de la pluie et du beau temps, peu importe, mais parler, répondre à lui et déjà répondre de lui." Ethique et infini, op. cit., p. 92-93.


"Le "Tu ne tueras point" est la première parole du visage. Or c'est un ordre. Il y a dans l'apparition du visage un commandement, comme si un maître me parlait. Pourtant, en même temps, le visage d'autrui est dénué ; c'est le pauvre pour lequel je peux tout et à qui je dois tout. Et moi, qui que je sois, mais en tant que "première personne", je suis celui qui se trouve des ressources pour répondre à l'appel (...).
Quelle que soit la motivation qui explique cette inversion, (dans le cas de la violence), l'analyse du visage telle que je viens de la faire, avec la maîtrise d'autrui et sa pauvreté, avec ma soumission et ma richesse, est première. Elle est le présupposé de toutes les relations humaines. S'il n'y avait pas cela, nous ne dirions même pas, devant une porte ouverte : "Après vous, Monsieur!" . C'est un "Après vous, Monsieur ! " originel que j'ai essayé de décrire." Ethique et infini, op. cit. p. 93-94. En quoi cette découverte de l'éthique dans le visage rompt-elle avec les philosophies de la totalité ? 6 6 "Le savoir absolu, tel qu'il a été recherché, promis ou recommandé par la philosophie, est une pensée de l'Egal. Dans la vérité, l'être est embrassé.


Même si la vérité est considérée comme jamais définitive, il y a promesse d'une vérité plus complète et adéquate. Sans doute l'être fini que nous sommes ne peut pas, en fin de compte, achever la tâche du savoir ; mais dans la limite où cette tâche est accomplie, elle consiste à faire que l'Autre devienne le Même. En revanche, l'idée de l'Infini implique une pensée de l'Inégal.
Je pars de l'idée cartésienne de l'infini, où l'ideatum de cette visée, c'est-à-dire ce que cette visée vise, est infiniment plus grand que l'acte même par lequel on le pense. Il y a disproportion entre l'acte et ce à quoi l'acte fait accéder. Pour Descartes, c'est là une des preuves de l'existence de Dieu : la pensée n'a pas pu produire quelque chose qui la dépasse ; il fallait que cette chose fût mise en nous. Il faut donc admettre un Dieu infini qui a mis en nous l'idée de l'Infini. Mais ce n'est pas la preuve recherchée par Descartes qui m'intéresse ici.
Je réfléchis ici dans l'étonnement à cette disproportion entre ce qu'il appelle la "réalité objective" et la "réalité formelle" de l'idée de Dieu, au paradoxe même - si anti-grec - d'une idée "mise " en moi, alors que Socrate nous a appris qu'il est impossible de mettre une idée dans une pensée sans l'y avoir déjà trouvée.


Or, dans le visage, tel que j'en décris l'approche, se produit le même dépassement de l'acte par ce à quoi il mène. Dans l'accès au visage, il y a certainement aussi un accès à l'idée de Dieu. Chez Descartes, l'idée de l'Infini reste une idée théorétique, une contemplation, un savoir.


Je pense, quant à moi, que la relation à l'Infini n'est pas un savoir, mais un Désir. J'ai essayé de décrire la différence du Désir et du besoin par le fait que le Désir ne peut être satisfait ; que le Désir, en quelque manière, se nourrit de ses propres faims et s'augmente de sa satisfaction ; que le Désir est comme une pensée qui pense plus qu'elle ne pense, ou plus que ce qu'elle pense.
Structure paradoxale, sans doute, mais qui ne l'est pas plus que cette présence de l'Infini dans un acte fini." Ethique et infini, op. cit., p. 96-97. La responsabilité pour autrui Levinas analyse le thème de la responsabilité pour autrui dans son grand livre: Autrement qu'être ou au-delà de l'essence Paris, Livre de poche, coll.


"Biblioessais", 1990. Mais que faut-il entendre par "responsabilité" ? "Dans ce livre, je parle de la responsabilité comme de la structure essentielle, première, fondamentale, de la subjectivité. Car c'est en termes éthiques que je décris la subjectivité. L'éthique, ici, ne vient pas en supplément à une base existentielle préalable ; c'est dans l'éthique entendue comme responsabilité que se noue le noeud même du subjectif.
J'entends la responsabilité comme responsabilité pour autrui, donc comme responsabilité pour ce qui n'est pas mon fait, ou même ne me regarde pas ; ou qui précisément me regarde, est abordé par moi comme visage (...) "(Il est alors nécessaire de décrire) "positivement le visage et non pas seulement négativement. Vous vous souvenez de ce que nous disions : l'abord du visage n'est pas de l'ordre de la perception pure et simple, de l'intentionnalité qui va vers l'adéquation. Positivement, nous dirons que dès lors qu'autrui me regarde, j'en suis responsable, sans même avoir à prendre de responsabilités à son égard ; sa responsabilité m'incombe.


C'est une responsabilité qui va au-delà de ce que je fais. D'habitude, on est responsable de ce qu'on fait soi-même. Je dis, dans Autrement qu'être, que la responsabilité 7 7 est initialement un pour autrui. Cela veut dire que je suis responsable de sa responsabilité même. (...) La responsabilité en effet n'est pas un simple attribut de la subjectivité, comme si celle-ci existait déjà en elle-même, avant la relation éthique.
La subjectivité n'est pas un pour soi ; elle est, encore une fois, initialement pour un autre. La proximité d'autrui est présentée dans le livre comme le fait qu'autrui n'est pas simplement proche de moi dans l'espace, ou proche comme un parent, mais s'approche essentiellement de moi en tant que je me sens - en tant que je suis - responsable de lui. C'est une structure qui ne ressemble nullement à la relation intentionnelle qui nous rattache, dans la connaissance, à l'objet - de quelque objet qu'il s'agisse, fût-ce un objet humain.
La proximité ne revient pas à cette intentionnalité ; en particulier, elle ne revient pas au fait qu'autrui me soit connu. (...) Le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité, que celle-ci, d'ailleurs, soit acceptée ou refusée, que l'on sache ou non comment l'assumer, que l'on puisse ou non faire quelque chose de concret pour autrui. Dire : me voici. Faire quelque chose pour un autre. Donner. Etre esprit humain, c'est cela.


L'incarnation de la subjectivité humaine garantit sa spiritualité (...). Diaconie avant tout dialogue : j'analyse la relation inter-humaine comme si, dans la proximité avec autrui - par delà l'image que je me fais de l'autre homme - son visage, l'expressif en autrui (et tout le corps humain, en ce sens, plus ou moins visage), était ce qui m'ordonne de le servir. J'emploie cette formule extrême. Le visage me demande et m'ordonne.


Sa signification est un ordre signifié. Je précise que si le visage signifie un ordre à mon égard, ce n'est pas de la manière dont un signe quelconque signifie son signifié ; cet ordre est la signifiance même du visage.'" Ethique et infini, op. cit., p. 103-104.
Textes choisis par Philippe Fontaine
http://lyc-sevres.ac-versailles.fr/projet-eee.levinasPhFtxt.pdf

vendredi, 29 mars 2019 15:01

DÉBAT PHILOSOPHIQUE Cahiers de l'IREA n°26

Poster par


Collectif
PHILOSOPHIE AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Au sommaire de ce numéro : Cet être qui vaut infiniment 1 Essai d'une philosophie pratique et ascendante Plaidoyer pour une civilisation à visage humain (Soeur Marie-Gonzaga JOHNSON) ; Fabien Éboussi Boulaga et l'«institutionnalisation» de la philosophie. Plaidoirie pour une autodétermination de l'École africaine (Joseph TEGUEZEM et Ramsès NZENTI KOPA); La philosophie africaine, jalons de la théologie
africaine (Vincent Davy KACOU OI); Contribution de la sagesse socratique à la fondation d'une éthique de la communication (Anicet Laurent QUENUM).


Éditorial .


11Blaise BAYILI Cet être qui vaut infiniment 1 Essai d'une philosophie pratique et ascendante Plaidoyer pour une civilisation à visage humain.
........................................................................
19 Sœur Marie-Gonzaga JOHNSON Cet être qui vaut infiniment 2 L'option pour la promotion d'une culture à la valeur de la personne humaine Un plaidoyer pour une civilisation à visage humain, la civilisation de l'amour
............................................................
61 Sœur Marie-Gonzaga JOHNSON Fabien Éboussi Boulaga et l'« institutionnalisation » de la philosophie. Plaidoirie pour une autodétermination de l'École africaine......................................................................
109 Joseph TEGUEZEM et Ramsès NZENTI KOPA La philosophie africaine, jalons de la théologie africaine..................................................................................
161 Vincent Davy KACOU OI La phénoménologie et le renouveau corporel : vers une réorientation des approches métaphysique et scientifique?
............................................................................
211 Joseph TEGUEZEM Contribution de la sagesse socratique à la fondation d'une éthique de la communication .............................................

261 Anicet Laurent QUENUM

 

« Encore une fois on a réussi ensemble. Quand nous décidons d'aider nous pouvons le faire.
Vous me permettrez ici de remercier les amies-is qui ont pris à cœur mon appel pour Hadjia Coulibaly 19 ans bac Pro Mode et vêtements-«handicap physique» mais battante et résiliente-dynamique et motivée».

Ce n'était pas gagné mais en cherchant j'ai pensé en 1 er à notre Khoudia mannequin et activiste, Roslia, Adrienne Ntankeu anida France-albinos, Mike Sylla-styliste, Africouleur, Marie thérese Blanc, Galaye, et Kevin Lepage mannequin, etc.

Du 10 mai au 13 juillet 2019 ; cette jeune femme montrera tout ce qu'elle a dans le ventre comme Chris son maître de stage qui connait la difficulté de trouver un emploi un stage voire un financement pour créer.

Permettez-moi de saisir cette occasion pour vous présenter cet homme hors pair qui connait la souffrance et sait tendre la main, c'est dire qu'il est guéri de ses meurtrissures et veut donner mieux et autrement.
J'ai compilé divers articles sur l'homme multidimensionnel pour dresser un aperçu de sa personne en espérant qu'il sera un modèle à suivre dans ce monde de bruts et d'indifférence. Comme je l'ai toujours dit, aider ce n'est pas trouver, c'est quand on ne peut pas partager ou demander autour de soi. Et c'est ce que je fais. Des amis du Sénégal des Usa ont réagi et d'autres voulaient la prendre.
Merci à tous. On a gagné encore une fois je compterai sur vous un jour dans un autre domaine qui sait ». P B CISSOKO


http://www.ichrono.info/index.php/mobile-it-2/item/5158-hadja-coulibaly-cherche-un-stage-en-stylisme-mode-vetement-elle-est-de-petite-taille-elle-differente-et-heureuse-et-aime-la-vie-aidons-cette-jeune-fille-de-20-ans-a-vivre-sa-passion

Chris Ambraisse Boston est un jeune styliste qui invente des vêtements esthétiques, innovants et fonctionnels pour les personnes handicapées. Enfant de la DDASS, il sait ce que sont la différence et le rejet. Parcours d'un " fashion angel ". Fondateur & Directeur & Créateur de mode à Marque A&K Classic et Association Modeethandicap c'est possible

Chris AMBRAISSE BOSTON A&K Classics, 26, rue de L'Ourcq 75019 Paris, port:06 70 08 44 80, Tailleur-couturier, Styliste, Et Dieu créa A&K Classics A&K ...

Chris Ambraisse Boston: l'homme qui rend la mode accessible à tous
Chris Ambraisse BOSTON , l'homme qui rend la mode accessible à tous.
• Par L'AFP pour Handicap.fr

Pour le jeune styliste Chris Ambraisse Boston, tout a commencé dans le métro, quand il esquissait un modèle: "C'est classe ! Nous aussi, on aimerait porter de beaux vêtements", lui a lancé une passagère handicapée. Son idée d'une mode pour tous était née. "Cette remarque m'a fait cogiter pendant des mois. J'ai rencontré des médecins, des associations. Je ne voulais pas faire des 'vêtements pour personnes handicapées', ne pas les stigmatiser encore", explique à l'AFP cet élégant jeune homme de 32 ans d'origine antillaise, voix douce mais décidée, dans son atelier et show-room à la devanture rose de la rue de l'Ourcq à Paris. "Alors, j'ai décidé d'inventer des vêtements esthétiques, innovants et fonctionnels qui puissent être portés par les personnes valides comme par celles en situation de handicap".


Le rejet et la souffrance, il connaît


Le pari était osé: "J'étais très jeune. Je suis valide. Je suis black. Certains m'agressaient : 'Tu veux te faire de l'argent sur le dos des handicapés'". Le parcours du combattant a débuté pour convaincre de la pertinence du concept, trouver des aides.... "Après beaucoup de refus, le Fonds social européen a été mon premier financeur", raconte Chris Ambraisse Boston, également président de l'association Mode et Handicap, qui a créé sa première collection en 2009 sous sa marque de prêt-à-porter A&K Classics. Si Chris ne savait rien au départ du handicap, le rejet et la souffrance, il connaît. Placé à la DDASS, victime, avec son frère, de maltraitance de la part de ses parents, il en a bavé. "Après une thérapie, la seule séquelle qui me reste, c'est la dyslexie ! Mais je n'ai jamais voulu pleurer sur mon sort et je me suis battu pour faire financer mes études de stylisme".
Une mode aimantée
Enfiler une veste, une jupe ou un pantalon, c'est pour la majorité d'entre nous banal. Pour d'autres, s'habiller seul peut s'avérer très difficile, voire impossible. Pour les personnes en fauteuil ou souffrant d'autres handicaps, Chris crée des modèles transformables, à la fois originaux, fonctionnels et beaux, en jouant sur des ouvertures placées à des endroits stratégiques. "Zips, velcros, aimants... On fait presque de la haute-couture sans couture !" sourit-il. Ici une longue cape imperméable, qui protège les jambes quand on est dans un fauteuil (plus courte, grâce à un zip, elle sert aussi aux cyclistes). Là, une chemise avec pressions et zips sur toute la longueur des manches, un pull pour homme avec fermetures croisées aimantées ou un blouson dont tout le dos s'enlève pour les personnes portant des coques dorsales...


Un partenariat avec LVMH


Les tissus sont de qualité, les modèles fabriqués à l'atelier. Chris a notamment un partenariat avec LVMH qui lui fournit la matière première. "La France est très en retard dans ce domaine", déplore ce pionnier. Il se réjouit en revanche que la haute-couture commence à ouvrir la mode aux personnes handicapées, comme à la récente Fashion week de Tokyo. "Je crée au moins une collection par an, en innovant à chaque fois, et organise de nombreux défilés, avec des valides et des personnes handicapées", précise le créateur dont les modèles sont visibles sur le site (lien ci-dessous). Un défilé A&K Classics a ainsi eu lieu le 27 mars 2015, à la mairie du 16e, dans le cadre des Journées européennes des métiers d'art.


Un fashion angel


"La vente des modèles se fait rue de l'Ourcq, mais aussi au Canada, grâce à une récompense qui m'y a fait connaître. Bientôt, on pourra acheter mes vêtements sur internet", ajoute-t-il, "très fier" d'avoir déjà reçu douze prix pour son travail. Ses créations coûtent de 30 à 300 euros en moyenne. "On arrive à s'en sortir grâce à des aides". Ce "fashion Angel" emploie et forme aussi des jeunes en insertion sociale. Ainsi, son modéliste est un réfugié politique afghan, arrivé en France à 16 ans. "Lui, dit Chris, il a connu la guerre, des atrocités, c'est pire que ce que j'ai vécu".
Crédit photos : Valerio Geraci

https://informations.handicap.fr/a-createur-mode-ambraisse-boston-7623.php

Chris Ambraisse Boston, styliste, est titulaire d'un master en arts plastiques de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il crée l'association Mode & Handicap en 2006, puis sa marque de vêtements A&K Classics en 2009. Il obtient de nombreuses récompenses dont le Prix OCIRP Acteurs Économiques et Handicap en 2008 et le Janus de la mode en 2013.


L'association Mode & Handicap a pour objectif de changer le regard sur le handicap à travers la mode. Les vêtements conçus par Chris concilient esthétique et ergonomie et sont fabriqués à partir de matières naturelles et recyclées par des personnes en réinsertion.


Je suis Directeur & Fondateur de « l'association Mode et Handicap, c'est possible » Acteur économique social (sensibilisation) et Créateur de mode de la marque A&K Classics avec comme fil conducteur les métiers manuels ( la couture) .


Après un diplôme à l'atelier Letellier (Paris 15e) puis un Master (M2) dans la discipline « arts plastiques à l'Ecole des Beaux Arts », j'ai eu envie de créer une collection de vêtements d'un autre genre : une ligne qui n'exclurait personne, pas même les handicapés. Je me suis lancé dan cette aventure, car je n'avais pas envie de faire de la mode pour de la mode, mais de servir, d'être un acteur social.

Mes compétences pro. :


Qui êtes-je suis (formation, expérience et parcours) : - Master (M2) – discipline « arts plastiques : Peinture, Dessin », Beaux Arts – Paris - Formation DAO (Dessin Assisté par Ordinateur), Greta de la Mode - Paris (75) - Designer de mode, modélisme et impression textile, Ateliers Letellier - Paris (75)

Atelier: https://youtu.be/dxxXmgT203w
Défilé de mode: http://youtu.be/7XCYB3Wll4k
Médias: https://youtu.be/dlLwWFJT9Bk
https://youtu.be/vhyenKB2UCU


on lira ceci aussi


Chris Ambraisse Boston est de ceux qui allient avec brio l'utile à l'agréable en combinant Mode et Handicap.

Ce jeune créateur et passionné de mode a décidé de s'intéresser à un public souvent délaissé : les personnes en situation de handicap.


Grâce à son génie et sa générosité, le jeune homme a récemment crée l'association « Mode et Handicap » puis sa collection dédiée aux personnes valides et invalides.
La particularité des créations de Chris Ambraisse est qu'elles sont accessibles par tous. La présence de zips, de velcros et d'aimants permet aux personnes invalides de se vêtir dans les tendances et avoir donc accès à des vêtements élégants, mais aussi pratiques et transformables, au même titre qu'une personne lambda.


Grâce à ces « petits plus » utilisés par Chris Ambraisse, les vêtements s'adaptent au physique de tout un chacun. « Les habits conviennent aux personnes en fauteuil, mais aussi à ceux qui sont en déficit de motricité et qui ne peuvent plus bouger leurs doigts par exemple. Et bien sûr nous avons aussi des clients valides qui cherchent des pièces originales » explique le styliste.
Autant dire que l'innovation du créateur en a séduit plus d'un car ce sont pas moins de 15 000 pièces qui ont été vendues dernièrement. Ce qui motive le designer au grand cœur et lui permet de rester sur ses objectifs : « Je veux casser l'image du handicap qui fait peur».

Pour cela, Chris Ambraisse n'hésite pas à demander à des personnes en situation de handicap de devenir ses mannequins pour ses défilés.
Le créateur de la marque de prêt-à-porter A&K Classics, qui a l'art de sublimer les différences, n'a pas fini de faire parler de lui. Il a d'ailleurs signé un partenariat avec la marque Kiabi depuis septembre dernier.
https://www.portailafrique.fr/chris-ambraisse-boston-lhomme-qui-rend-la-mode-accessible-a-tous/

AIDE PAR CETTE FONDATION POUR LES ARTISANS

La Fondation EY a accompagné Chris Ambraisse Boston sur les plans juridiques et financiers et l'a inséré dans son réseau.
Soutien en compétences pendant deux ans.
Crédit photos : Fondation EY pour les métiers manuels

La Fondation d'entreprise EY vise à redonner sa place à l'Homme dans le monde du travail en soutenant
les savoir-faire manuels et en agissant en faveur de l'insertion par la formation et par l'emploi.

Ils ont bénéficié d'un accompagnement de la Fondation EY :


« Une belle expérience et de belles rencontres avec des consultants avec lesquels nous n'aurions pas eu la chance de travailler autrement. La Fondation EY, ce sont des personnes réellement investies. »
Domitille Flichy, fondatrice de Farinez-vous, boulangerie artisanale et solidaire.


« Avec la Fondation EY, nous avons cheminé main dans la main. J'ai beaucoup appris, à la fois sur le développement de l'atelier, mais aussi sur les autres et sur moi-même. Je resterai en contact avec les collaborateurs qui m'ont accompagné et l'équipe permanente de la Fondation. »


Jérôme Dayot, ébéniste en Haute-Savoie.

Votre profil


• Vous disposez d'un savoir-faire manuel, technique ou artisanal et/ou vous menez une action dans le domaine de l'insertion par la formation et l'emploi
• Vous vous trouvez dans une situation de blocage (manque de compétences en gestion, absence de réseau, difficulté à changer d'échelle, nouveau départ professionnel...)
• Vous êtes situé en France métropolitaine, à proximité d'un bureau EY (pour faciliter votre accompagnement)
• Votre projet présente un caractère d'intérêt général ou d'utilité sociale et il a vocation à créer de l'emploi
• Vous êtes prêt(e)s à consacrer du temps aux collaborateurs de la Fondation EY qui s'impliqueront à vos côtés en apportant leurs compétences
Une attention particulière est portée aux projets créateurs d'emploi et amenés à essaimer ainsi qu'aux projets présentant un caractère innovant.
Candidatez à la Fondation EY pour un soutien en compétences


La Fondation EY pour les métiers manuels fonctionne par apport de compétences des collaborateurs d'EY (auditeurs, consultants, avocats, fonctions support) aux porteurs de projet sélectionnés. Elle n'apporte pas de soutien financier.


• 1 – Avant de remplir votre dossier de candidature, contactez l'équipe permanente de la Fondation d'entreprise EY pour les métiers manuels afin de vérifier l'éligibilité de votre projet. Vos contacts :
Lancelot Lefebvre, manager – 01 46 93 76 95 – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


Fabienne Marqueste, déléguée générale – 04 78 63 10 64 – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Luc Ferry et Nicolas Bouzou tentent, dans un livre, de répondre à cette propension qu'auraient les Français à cultiver cette "joie mauvaise" qu'est le pessimisme.

Pourquoi tant d'intellectuels se complaisent-ils dans cette joie mauvaise qu'est le pessimisme ?


Pourquoi ne voit-on plus les progrès considérables accomplis par nos sociétés en termes d'espérance de vie, de santé, de conditions de travail ?


Pourquoi avons-nous peur de la troisième révolution industrielle – cette convergence spectaculaire de l'intelligence artificielle, de l'informatique et de la robotique ?


Pourquoi nous laissons-nous envahir par les scénarios catastrophe, les théories complotistes, les fausses nouvelles ?


Pourquoi ne croit-on plus en l'Europe ?


Pourquoi un tel manque de confiance dans l'avenir ?


Dans ce livre événement, le philosophe Luc Ferry et l'économiste Nicolas Bouzou répondent à ces questions qui nous concernent tous, nous et nos enfants.
Ils unissent leurs voix pour appréhender le monde qui vient, et énoncer les conditions qui permettront à la sagesse de l'emporter sur la folie.
Ils nous exhortent à ne pas céder au pessimisme ambiant et à relever avec courage et lucidité les nouveaux défis du XXIe siècle
Un livre aussi limpide que puissant.

Avec Nicolas Bouzou, Luc Ferry


Atlantico : Votre livre, "Sagesse et folie du monde qui vient, comment s'y préparer, comment y préparer nos enfants ?" (XO éditions) tente de répondre à cette propension qu'auraient les Français à cultiver cette "joie mauvaise" qu'est le pessimisme. L'écrivain anglais G.K. Chesterton disait que "l'humanité ne produit des optimistes que lorsqu'elle a cessé de produire des heureux". D'une certaine façon, ce pessimisme contemporain n'est-il pas compréhensible, voire justifié, en ce qu'il permet de contrebalancer un optimisme qui se déclare rationnel et se veut opposé lui-même à un pessimisme rabaissé à son origine émotionnelle (pensons par exemple à la "nostalgie" défendue par Alain Finkielkraut) ?


Nicolas Bouzou : Nous ne défendons dans notre livre ni l'optimisme ni le pessimisme, qui sont des humeurs qui passent à côté du sujet. Nous proposons une analyse lucide et appelons une action politique courageuse. C'est tout à fait différent. Le pessimisme d'Alain Finkielkraut ou de Régis Debray me semble injustifié car il oublie les formidables progrès que l'économie de marché permet de réaliser dans la santé, les transports, la diffusion de la culture ou l'énergie. Et de ce point de vue, la troisième révolution industrielle est une promesse formidable de progrès. Nous vivons en moyenne de mieux en mieux c'est un fait et le pessimisme de certains est souvent l'avatar d'une haine du libéralisme qui n'est pas fondée intellectuellement. Mais d'un autre côté, l'optimisme de Johan Norberg ou Steven Pinker est insuffisant car le progrès créé ses propres maux comme la perte relative de revenu des classes moyennes ou la plongée dans une société de consommation qui devient addictive. Notre ouvrage veut au contraire donner un nouveau contenu, concret, à la notion de progrès, qui ne peut plus s'identifier au progrès du 19ème siècle par exemple. Nous insistons par exemple beaucoup sur la question du sens à donner à nos vies.
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Le pessimisme n'est-il pas d'une certaine façon un optimisme inversé ?

La décadence et le progressisme ne posent-ils pas le même problème à nos sociétés démocratiques en ce qu'ils enjambent trop rapidement le temps démocratique qu'est le présent pour se tourner vers un passé idéalisé ou un avenir déconnecté des réalités ?


Luc Ferry : Bernanos disait que si les optimistes sont des imbéciles heureux, les pessimistes ne sont en général que des imbéciles malheureux. Ce n'était pas très gentil, mais assez bien vu. Notre livre plaide pour qu'on échappe enfin à ces deux catégories de la bêtise humaine pour tenter d'abord et avant tout de comprendre le monde qui vient. Nous vivons une troisième révolution industrielle, celle qui fait converger l'intelligence artificielle (IA), la robotique et le digital, et cette révolution va changer le monde davantage dans les cinquante ans qui viennent que dans les cinq mille qui précèdent. Il est assez compréhensible qu'à défaut de comprendre ce qui est en train d'advenir, nombre de nos concitoyens soient pessimistes.

Notre livre vise donc d'abord à expliquer ce que nous vivons, il plaide pour la lucidité, car l'avenir sera ce que nous en ferons et si nous ne comprenons pas la révolution en cours, nous sommes très mal partis. Pour ne donner qu'un exemple, la voiture, le camion et le train autonomes, conduits par des robots d'IA, vont détruire des millions d'emplois partout dans le monde dans les décennies qui viennent et nos politiques semblent ne pas en prendre la mesure. La question cruciale que nous posons est au fond celle-ci : comment rendre nos concitoyens, à commencer par nos enfants, complémentaires et non victimes du monde qui vient, comment les y préparer et quelles compétences leur faire acquérir afin qu'ils n'en soient pas des exclus de l'avenir.


Votre livre se propose d'apporter "un regard neuf sur l'avenir face aux tropismes exclusivement passéistes" et s'interroge sur l'incapacité de nos époques à voir les "progrès considérables accomplis par nos sociétés en termes d'espérance de vie, de santé, de conditions de travail". Aujourd'hui la France est déchirée par la crise totale que représente le mouvement des Gilets jaunes. Cette crise n'est-elle pas d'une illustration de l'opposition entre une France qui a une confiance totale en l'avenir et une France qui n'y croit pas ou plus ?


Nicolas Bouzou : Bien sûr, et ce phénomène se retrouve aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, bien qu'il s'exprime de façon différente. La mondialisation et l'innovation sont une aubaine pour les plus aisés, les mieux formés, les "manipulateurs de symbole" qui savent jouer de ce contexte. Cela représente tout de même environ 30% des habitants des pays développés. Le couple mondialisation/innovation est aussi favorable aux plus fragiles, qui peuvent acheter des produits de moins en moins chers et dont les emplois ne sont pas menacés par la technologie. Un serveur de restaurant ne va pas perdre son travail. Les personnes les plus mal à l'aise, ce sont les "classes moyennes basses", dont beaucoup résident dans les villes moyennes et les territoires ruraux. Ce sont par exemple les descendants des hillbilies dans la rust belt américaine magnifiquement dépeints par JD Vance. Eux connaissent ou risquent de connaître un véritable déclassement. L'action politique doit prioritairement les cibler en améliorant les politiques d'éducation, de formation professionnelle, de logements... La crise du logement pour les classes moyennes par exemple, touche quasiment tous les pays développés.


Luc Ferry : Je crois que nous avons tous tendance à exagérer l'ampleur de ce mouvement. Au plus fort des manifestations, les GJ étaient 280 000, ils sont 35 000 aujourd'hui : nous sommes à des années-lumière des grandes manifestations que la France a connues dans les années 30, 60, ou même 80. Il y a un effet loupe largement dû aux réseaux sociaux auxquels s'ajoutent les chaînes d'info en continu. Le mouvement n'en est pas moins significatif des divisions que la mondialisation instaure entre ceux qui peuvent surfer sur la vague et ceux qui passent dessous. Plus profondément encore, il y a un décalage de moins en moins supportable entre les promesses de bonheur et les incitations à la consommation que nous font les sociétés libérales et le revenu réel de millions de gens qui travaillent, qui ont un emploi et qui ont pourtant du mal à vivre convenablement de leurs salaires. En imposant de manière absurde et uniforme la limitation de vitesse à 80km/h en même temps qu'une hausse des carburants, le gouvernement a mis le feu aux poudres et il ne sait plus comment s'y prendre pour apaiser la colère...


Vous proposez de "réinvestir la notion de progrès" par l'utilisation d'exemple concret. Si on remonte non pas un siècle mais 10 ou 20 ans auparavant, quels exemples concrets pouvez-vous nous donner de ce progrès ?


Nicolas Bouzou : Je travaille beaucoup sur l'économie de la cancérologie. Il y a trois ans, on mourrait d'un mélanome métastasique ou d'un cancer du poumon. Aujourd'hui, on soigne de nombreux patients. L'immunothérapie et la génétique sont des révolutions thérapeutiques qui permettent des progrès impensables en oncologie. C'est un formidable progrès, très concret. S'il faut réformer nos systèmes de soins, c'est pour que chacun puisse bénéficier de ce progrès. C'est ça le contrat social européen.


Vous indiquez qu'il "faut du courage pour gouverner, mais [le courage] ne suffit pas : il faut l'adhésion d'une majorité du peuple". La crise des Gilets jaunes ne montre pas en creux cette tendance censitaire qui existe au sein de nos élites, et qui consiste à porter le progrès, même si c'est contre le peuple ?


Luc Ferry : C'est à mes yeux le grand tort des libéraux : ils pensent en général qu'il suffit d'avoir raison sur le fond pour que les décisions passent. C'est une erreur. Quand je regarde ce qui sort du « grand débat », c'est peu dire que je ne suis pas enthousiaste. Qu'il s'agisse du rétablissement de l'ISF ou de la baisse de la TVA par exemple, ce sont des mesures profondément nuisibles. Dans un pays d'adultes, personne ne demanderait ça, de même que personne ne songerait à éviter éternellement l'allongement de la durée de cotisation pour la retraite. Le problème de tous les gouvernements depuis des décennies, à droite comme à gauche, c'est qu'on sait en gros ce qu'il faut faire, mais on ne sait pas comment s'y prendre pour ne pas mettre les gens dans la rue. Du coup on ne fait rien, ou pas grand-chose. Les déficits augmentent, la dette avec eux, les impôts forcément en conséquence, et le pays va de plus en plus mal parce qu'il a le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de l'OCDE. J'en reviens à notre livre : il faut expliquer, aligner inlassablement les arguments rationnels qui tentent de faire comprendre les enjeux de la troisième révolution industrielle afin que l'opinion publique soit assez éclairée pour accepter ou refuser en connaissance de cause les décisions politiques. Je sais bien que c'est une goutte d'eau dans l'océan, mais c'est en tout cas l'idée...  


Vous abordez notamment la question de la fin du travail, que vous réfutez. Pourquoi ne doit-on pas avoir peur d'un - excusez l'expression - grand remplacement par les robots ?

N'y a-t-il pas malgré tout un problème dans la façon dont logiciels et autres bras automatiques effectuant des tâches autrefois dévolues aux humains sont intégrés dans le monde du travail aujourd'hui ?


Nicolas Bouzou : Oui mais c'est formidable car ces robots vont effectuer des tâches qui sont pénibles pour les humains. Historiquement, la technologie a toujours détruit les emplois les plus difficiles. Au fond, tant que les humains seront complémentaires de la technologie et tant qu'il y aura des besoins à satisfaire, le travail sera infini. La question n'est donc pas du tout celle de la fin du travail et de l'instauration d'un revenu universel mais celle de la mutation des métiers, c'est-à-dire de la formation. Nos systèmes éducatifs et de formation continue doivent fortement monter en gamme. En dehors des pays scandinaves, de l'Autriche et de la Suisse, les pays développés sont encore loin du compte à ce sujet. C'est cette inadéquation entre l'offre et la demande de travail qui générera du chômage. On forme des moniteurs d'auto-écoles alors qu'on va avoir besoin de logisticiens.


Notre époque n'a jamais connu autant de burn-out et autres dépressions dans l'environnement professionnel. Évidemment, il y a moins de morts au travail aujourd'hui que sur le chantier des Pyramides, mais le malaise est très net. Quelle perspective peut-on attendre de l'avenir sur ce terrain ?


Luc Ferry : Là encore, le manque de prisme historique nous fait grossir les problèmes. Sans remonter aux pyramides, mon père a commencé à travailler à l'âge de 12 ans, il a connu deux guerres atroces sans tomber pour autant dans le burn-out. Et croyez-moi, il n'était pas le seul dans cette situation. Ce ne sont pas les conditions de travail qui sont plus dures aujourd'hui que dans les années 30, c'est l'exigence de bien être qui a augmenté de manière exponentielle. Pas de malentendu : c'est une bonne chose, mais qui, là encore, doit être mise en perspective. L'idée que défend notre livre, c'est qu'on doit tout faire pour éviter d'en venir à cette catastrophe intellectuelle, économique et morale que serait le revenu universel de base (RUB) qu'on confond souvent à tort avec le RSA. Il faut au contraire, « équiper » nos enfants de manière qu'ils soient complémentaires du monde qui vient, et non remisés à la maison à ne rien faire avec un revenu misérable. Les partisans du RUB disent que les gens au RUB auront des activités caritives d'utilité publiques, mais je ne suis pas sûr que le modèle des dames patronnesses du XIXème siècle soit enthousiasmant. Cette lutte pour la « complémentarité » homme/IA/Robots est l'un des thèmes essentiels de notre livre.


Vous reconnaissez que notre monde s'avance vers une phase "hypercapitalistique" et que les inégalités vont progresser. Quand bien même une redistribution serait mise en place par intéressement, une telle phase est-elle tenable socialement ?


Nicolas Bouzou : Oui si l'on pense en termes de justice. Évidemment, il y a un nouveau d'inégalités qui est socialement inacceptable dans un pays. Je me suis rendu récemment dans le quartier de Skid Row à Los Angeles et ce que j'y ai vu ne devrait pas exister sur notre planète, c'est aussi simple que ça. Mais en France et même en Europe, nous avons réussi à juguler les inégalités de revenus. L'enjeu, c'est la justice, c'est permettre de faire en sorte que chacun puisse construire sa vie ; que chacun puisse, comme le dit Amartya Sen, acquérir des "capabilités". C'est pourquoi la question de l'éducation est si importante. En France par exemple, on sort difficilement de la pauvreté. Pour un libéral comme moi, c'est inacceptable.


Vous proposez un "bon usage du Big Data". Quels sont les enjeux, et pourquoi cette question est centrale pour notre avenir ?


Luc Ferry : Le Big Data traité par l'IA est le nouveau pétrole de l'économie collaborative. Google a gagné des dizaines de milliards de dollars cette année juste en revendant à des entreprises nos data et nos historiques de navigations afin qu'elles puissent cibler leur publicité. Comme l'a montré Jean Tirole, notre prix Nobel d'économie, nous vivons dans le monde du faux gratuit : vous naviguez sur Google ou sur les réseaux, c'est gratuit pour vous, mais payant pour les entreprises qui vont acheter vos data, et lucratif au plus haut point pour ceux qui les récoltent et qui les vendent. Si nous voulons, nous, européens, non seulement protéger nos vies privées, mais profiter nous aussi de cette manne, ce n'est pas le RGPD qui nous y aidera, mais des investissements européens dans l'édification de GAFA européens. Ce devrait être un des enjeux fondamentaux de la prochaine élection européenne, mais je doute, hélas, que nos politiques soient assez lucides pour s'en saisir...


Luc Ferry et Nicolas Bouzou, "Sagesse et folie du monde qui vient, comment s'y préparer, comment y préparer nos enfants ?", publié chez XO éditions.
Margaux Lonnberg
FR.BAZARCHIC.COM

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