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Professeur Ousmane Kane de l'UGB du Sénégal à Yale-Haward : Un crack sénégalais à l'honneur encore : quand l'autre sait reconnaître les talents.

 

Professeur Ousmane Kane de l'UGB du Sénégal à Yale-Haward : Un crack sénégalais à l'honneur encore : quand l'autre sait reconnaître les talents.


Joel Pie William GbaguidiPROFESSEUR ASSOCIE at GROUPE INSTITUT AFRICAIN DE MANAGEMENT


L'Afrique des experts de pointe. Professeur Ousmane Kane, parcours d'un sénégalais, de l'université Gaston Berger de Saint Louis à celles de Yale, de Columbia et de Harvard Pionnier de l'Université Gaston Berger, Ousmane Kane a quitté le Sénégal pour les Etats Unis en 2002. Il est d'abord recruté pendant un an à Yale avant de rejoindre l'université de Columbia au sein de laquelle il enseigne durant 10 ans. Y ayant débuté à titre de Professeur associé, il y est finalement titularisé en 2008 comme professeur d'Etudes internationales à la School of International and Public Affairs. Cet africain émérite réussit ainsi la prouesse d'intégrer tour à tour Yale, Columbia et plus tard Harvard, faisant toutes trois parties des plus grandes universités mondiales. Il y bénéficie fort naturellement des toutes meilleures conditions. Pour l'exemple, la bibliothèque de Columbia avec ses 10 millions de livres, est l'une des plus riches au monde. C'est en 2011, alors qu'il est à Columbia, qu'Harvard le contacte afin qu'il accepte de se soumettre à son processus très sélectif de recrutement d'un Professeur titulaire de la Chaire Islam et sociétés musulmanes. En compétition avec les tous meilleurs de sa discipline, il y parvient finalement avec grand brio. JPWG


Le Professeur Ousmane Oumar Kane au Sommet de HARVARD.


Professeur titulaire de Chaire à Harvard, notre compatriote Ousmane Oumar Kane vient d'être primé par l'université Harvard pour l'excellence de son enseignement et la qualité de l'encadrement de ses étudiants. Il a reçu le 9 avril dernier le prestigieux « Prix Everett Mendelsohn Award of Excellence in Mentoring ».


C'est ce que nous apprend un communiqué que nous avons reçu hier à notre rédaction. Pr Kane a reçu une coupe en argent sur laquelle est gravé son nom lors de la cérémonie officielle de remise dudit prix. « Le professeur Ousmane Kane est le premier titulaire de la chaire Islam et Sociétés musulmanes Contemporaines dont le parrain est le Prince saoudien Alwaleed Bin Talal. Cette chaire constitue une des quatre chaires d'études de l'islam contemporain à Harvard financées par une dotation de 20 millions de dollars consentie par le Richissime Prince Alwaleed Bin Talal à Harvard University pour promouvoir l'étude de l'Islam contemporain », renseigne le texte.

Le professeur « Ousmane Kane est également professeur de Langues et Civilisations du Proche Orient à la faculté des lettres et des Sciences de Harvard », poursuit la même source. « Il a étudié les sciences islamiques auprès de sa propre mère Cheikha Marième Ibrahim Niasse qui enseigne depuis plus de 60 ans à Dakar et a construit de nombreuses écoles coraniques et islamiques », précise le communiqué. « Parallèlement aux études islamiques, Ousmane Kane a suivi le cycle primaire et secondaire à l'Ecole Clemenceau, au lycée Charles de Gaulle de Saint-Louis et au lycée Van Vollenhoven où il obtient son bac série A en juin 1976. Il a fait ses études supérieures en France où il a notamment obtenu un diplôme supérieur d'études islamiques à la Sorbonne Nouvelle et un doctorat en science politique à Sciences Po Paris », nous dit la source.

C'est à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis que le professeur Kane a débuté sa carrière d'enseignant entre 1993 et 2000. Il a servi à l'Université de Yale de 2000 à 2001. « Entre 2002 et 2012, il est professeur associé à l'Université de Columbia où il a été titularisé en 2009. Depuis juillet 2012, il enseigne à Harvard où il est le premier ressortissant de l'Afrique sub-saharienne à occuper une chaire », nous apprend l'édit.
Pr Ousmane Oumar Kane est auteur de nombreux livres et articles. Il est l'auteur de « Beyond Timbuktu. An intellectual History of Muslim Africa », une analyse de l'histoire de l'érudition musulmane publiée par les presses universitaires de Harvard.

Mais aussi de l'ouvrage "The Homeland is the Arena. Religion, Transnationalism and the Intégration of Senegalese Immigrants in America », publié aux Presses universitaires d'Oxford. Dans cet ouvrage sorti en 2011, il fait l'ethnographie historique de la migration sénégalaise aux Etats-Unis et le rôle que l'islam joue dans leur quotidien.

Il est également l'auteur de « Muslim Modernity in Postcolonial Nigeria. A study of the Society for the Removal of Innovation and the Reinstatement of tradition » publié par les presses Brill aux Pays-Bas. Une analyse de la montée en puissance des mouvements islamistes au Nigéria.

Sudonline

Qui est Homère ? Ce génial poète par Macky Sall n'a pas fait de faute (Malick Sonko, Inspecteur de français, latin, grec)

 

Qui est Homère ? Ce génial poète par Macky Sall n'a pas fait de faute (Malick Sonko, Inspecteur de français, latin, grec)

Je dédie ce texte à mon ami et frère Bakary Gueye in FB que je remercie en retour pour les mots aimables qu'il m'a adressés en me dédiant la semaine dernière le texte d'Andea Marcolongo intitulé " 9 bonnes raisons d'aimer le grec".

Au moyen âge, Byzance a été le foyer d'une activité intellectuelle intense et passionnée. Si à cette époque Byzance était politiquement issue de Rome, elle était demeurée profondément grecque par sa culture. D'ailleurs, le grec était alors la langue nationale de l'empire. C'est grace aux copistes et scholiastes byzantins que la majeure partie des œuvres antiques ont été retrouvées et classées.

Tous les grands noms de la pensée antique faisaient l'objet d'une spécialisation. Jean Tzetzès, un homme d'une prodigieuse érudition, après avoir lu toute la production antique, avait choisi de se spécialiser sur Homère. Au siècle des Comnènes, sa popularité était telle que la famille impériale elle-même s'adonne à son étude. C'est ainsi l'Impératrice Irène demande à Tzetzès de lui expliquer Homère.

On doit au compilateur Jean Tzetzès plusieurs traités grammaticaux, des études historiques et des commentaires littéraires au nombre desquels « Les allégories sur l'Iliade et l'Odyssée » dont la préface, longue de 1 114 vers politiques, est intitulée : Prolégomènes aux allégories d'Homère ».

J'ai eu l'honneur et le plaisir de traduire, pour la première fois dans une langue moderne, ce texte resté jusqu'ici méconnu et dont le contenu nous apporte des informations capitales, qui relancent « La question homérique ».

L'Iliade d'Homère ne relate en réalité que les événements qui se sont déroulés au cours de la dixième année de la Guerre de Troie. Dans les « Prolégomènes aux allégories d'Homère », Tzetzès reconstitue, après avoir lu tous les ouvrages qui traitent de la question et qui ont été ravagés par l'incendie de la Bibliothèque de Constantinople, un certain nombre de faits et d'événements dont la connaissance est indispensable pour mieux comprendre l'Iliade.

Cher Bakary GUEYE, vous allez être, dans les lignes qui suivent, la première personne à connaitre, par exemple, la présentation qu'il fait du personnage d'Homère qu'aucun éditeur ne nous a jamais assez présenté.

La vie d'Homère, osons le dire, est restée jusqu'ici mal connue. Les éditeurs les plus prolixes sont, sur cette question, d'un laconisme inquiétant, du fait de l'inexistence des sources.

Avec Tzetzès, nous découvrons enfin des aspects méconnus de la vie d'un des personnages sur lequel on a le plus écrit sans, paradoxalement jamais rien dire sur lui.

Du vers 50 au vers 132 des "Prolégomènes aux allégories d'Homère", Tzetzès nous raconte la vie d'Homère. Voici la traduction mot à mot du passage.

« Dès lors, sache avant tout l'origine du poète. On dit qu'Homère, l'omniscient, l'océan des discours (excepté qu'il est plein de nectar et non d'eau salée), a eu sept patries douteuses et sept pères tout aussi douteux. On raconte qu'il est originaire de Thèbes en Egypte. Pour d'autres, de Babylone, de Chios pensent certains. D'Iète, de Colophon, de Smyrne, d'Athènes. En ce qui te concerne, retiens qu'Homère est né à Smyrne. On prétend également que sept pères lui ont donné naissance. Les uns affirment que son père Ménémachos est un prêtre égyptien. D'autres encore disent que c'est Daemon, pour certains, c'est Massagora ; ces deux hommes étaient des commerçants. D'autres enfin prétendent qu'il est le fils de Maeon et a reçu le nom d'Eugène. Mais la plupart soutiennent qu'il est le fils de Méles et de Krétée. Pronapide est le précepteur d'Homère.

Kadmos, à son arrivée en grèce en provenance d'Egypte, forma Linos en phénicien. Linos, le disciple de Kadmos forma Orphée, Héraclès et surtout Pronapide. Héraclès tue Linos, son précepteur et devient maître de Musée. C'est ce Pronapide qui forme Homère. Homère ayant tout appris de Pronapide, éprouvant le besoin d'en apprendre davantage, se rendit en Egypte. C'est là qu'il récolta l'ultime fleur de toute sagesse. Devenu sage au degré le plus élevé, il écrivit treize traités mnémoniques sur la nature humaine. : le Margitès, la Chèvre, le Combat des rats, la bataille des Epigones. Il composa aussi la Thébaïde, l'Oekhalia, le Cécrops, des Hymnes en l'honneur des Dieux, un Poème marin en l'honneur des Sept, les grivesn de nombreux épigrammes, des chants nuptiaux et enfin, l'Odyssée et l'Iliade.

Mais, il faut que je te renseigne sur les débuts d'Homère et ses derniers moments. Ainsi, tu comprendras clairement la pensée fondamentale de l'Iliade tout entière. Les historiens menteurs prétendent qu'Homère est un contemporain d'Hésiode, les deux étant présents aux funérailles d'Amphidamas. Ils racontent qu'il y avait de nombreux « Homère » : Homère de Byzance, fils d'Andromaque, Homère le phocéen, fils d'Euphron. Quand bien même ils se seraient fourvoyés, on doit en être éprouvé autant que ceux qui prétendent que celui-ci serait postérieur à Hésiode. Ils affirment qu'homère et Hésiode ont vécu tous les deux au temps du royaume d'ArKsippos mais que l'un, Hésiode, était au service de la royauté, tandis que l'autre, Homère, était au service de l'autorité souveraine d'Arksippos qui a régné pendant presque trente-cinq ans sur le royaume d'Athènes. Ils ignorent, hélas, qu'Homère est antérieur à l'époque d'Arksippos.

Selon nous, Homère a vécu quatre cents ans avant Hésiode. Réfléchis avec moi et instruis-toi. Homère vécut pendant les deux expéditions, celle de Thèbes et celle de Troie. On le sait de Pronapide et Denys, le poète cyclique le confirme. D'un autre côté, retiens surtout bien cela. Le poète Stésichore était le fils d'Hésiode et était contemporain de Phalaris et de Pythagore. Ces derniers ont vécu quatre cents ans après Homère.

Du moment que tu situes bien l'époque d'Homère, sache de quelle manière sa mort est arrivée.

Pauvre à ses débuts, et, devenu aveugle durant sa vieillesse, il parcourut de toutes parts les contrées de la Grèce, récitant ses poèmes, accueilli avec déférence. Comme il arriva, chemin faisant, en Arcadie, là, il fut accueilli en hôte chez un certain Kreôphile chez lequel il resta amicalement pendant de très nombreux jours.

Au détour d'une promenade, il arrive près du littoral de la mer. Il y avait là des pêcheurs qui ne s'employaient pas à attraper leur proie mais seulement à s'épouiller et à attraper des poux.

Homère ayant entendu ces pêcheurs se plaindre leur demande :


« Messieurs les pêcheurs, ça mord ? »

Ils lui répondirent en parlant des poux : « Ceux que nous avons attrapés, nous ne les avons plus. En revanche, ceux que nous n'avons pas pris, nous les avons encore. »

Homère n'ayant pas compris cette réponse, immodérément affligé, serait retourné chez lui et y serait resté depuis ce temps.

Et comme le terrain était boueux, il glissa et tomba puis, après avoir heurté un rocher, il se brise la côte gauche et s'éteint au troisième jour. »


Dans une prochaine publication, je reviendrais volontiers sur la place de l'Afrique dans les « «Prolégomènes aux allégories d'Homère » du compilateur byzantin Jean tzetzès.

Je vous en souhaite une agréable lecture.
Malick Sonko, Inspecteur de français, latin, grec) ex Lycée Djignabo

Le deuxième mandat de Macky Sall, une obsession qui risque de laisser des séquelles lourdes de conséquences sur le Sénégal.

C’est un secret de polichinelle de dire que le président Macky Sall est prêt à tout pour obtenir son second mandat et si possible dès le premier tour. Il est dans son droit, mais cette obsession n’est-elle pas en train de saper les fondamentaux de notre société et d’accélérer la crise des valeurs qui ronge notre société comme un cancer ?

Au-delà de son statut de chef de parti, le président de la République est considéré comme le père de la Nation et ce qui est attendu d’un père c’est qu’il s’occupe de tous ces enfants en bon père de famille le mieux qu’il peut et sans aucune discrimination ou préférence. Il doit protéger sa famille de tous les périls, veiller à ce que l’unité et la paix règnent dans le foyer et faire tout ce qui est nécessaire afin que ses enfants soient dans l’abondance.

La construction du Sénégal post-colonial a été porté par des hommes comme Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop pour ne citer que ceux-là et leur première préoccupation était de créer une Nation sénégalaise unie dans ses diversités. La réussite de Senghor est de gommer cette appartenance à une ethnique ou un terroir pour faire du Sénégal, malgré quelques échecs, la Nation qu’elle est devenue aujourd’hui. Ce n’est pas rien si la Constitution du Sénégal en son Article I « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion ». Mais depuis l’avènement du président Macky Sall, l’ethnicité commence à refaire surface et l’histoire est là pour nous démontrer que laisser prospérer des discours ethniques pour conserver ou conquérir le pouvoir est très risqué.

Le président Abdou Diouf qui « a gouverné dans la douleur » comme il aime à le dire, nous a légué un Etat ou la stature d’homme d’Etat n’était pas un vain mot. Les ministres de Abdou Diouf étaient quand même de grands commis d’Etat, rompus à la tâche et formatés pour gérer une administration moderne. Mais maintenant, non seulement nous avons une pléthore de ministres, mais le seul mérite de certains c’est d’être membres de la mouvance présidentielle.

Si nous parlons de démocratie au Sénégal, il indéniable que le président Abdoulaye Wade y est pour quelque chose. Au moment où le parti unique était la norme en Afrique, il s’est bataillé avec le président Senghor pour le multipartisme et l’instauration de la démocratie dans le fonctionnement politique de notre pays. Avec cette majorité, des pans de notre démocratie s’effritent chaque jour et c’est comme si une dictature est en train de s’installer au Sénégal sans que les sentinelles qui y veillaient naguère, ne pipent un mot, parce que plusieurs parmi eux, collaborent avec le régime, qui pour préserver des intérêts personnels, d’autres pour gérer une fin de carrière pour ne pas dire une fin de vie.

Sur le plan économique, ce n’est pas mieux surtout par rapport au mode de financement de notre économie qui est essentiellement basé au surendettement sur le marché obligataire ou avec des prêts en provenance de pays qui nous imposent en suite, leurs entreprises pour exécuter les travaux à la place de notre privé national. La dette du Sénégal est aujourd’hui à 5100 milliards de FCFA, alors qu’elle était à 3076 milliard en 2012, lorsque le président Macky Sall accédait au pouvoir. Le développement économique du Sénégal passe par le développement de notre privé national malheureusement comme le disait Mansour Kama, « Le secteur privé national considère que très souvent, il est un peu laissé au bord du chemin lorsqu’il s’agit de grands projets. Parce qu’à priori l’Etat pense qu’il n’a pas la capacité…L’Etat devrait nous faire confiance comme challengers sur des grands projets pour savoir si nous sommes capables… ».

La façon de faire la politique qui rebute les meilleurs parmi nous qui seraient aptes à développer notre pays s’est empirée avec l’apologie de la transhumance, l’achat de conscience, l’insulte et la violence comme argument à la place de faire la promotion de la méritocratie et de débattre des sujets qui intéressent notre pays, dans le respect des uns et des autres, sachant que nous sommes tous animés par le même désir de développer le Sénégal, normalement !

La gestion de nos ressources naturelles, est souvent dans une opacité totale et c’est la première fois qu’un premier ministre ou un procureur de la République interdit le débat sur des questions d’ordre national en lien avec les ressources naturelles, ou font dans la menace pour préserver certains politiciens qui ont vite oublié que leur pouvoir temporaire découle de celui du Peuple qui a élu le président Macky Sall. La justice sénégalaise est malade aujourd’hui de son accointance, voire même de sa complicité avec un régime qui a renié sa promesse de mettre « la patrie avant le parti ».

Pour toutes ces raisons non exhaustives, il y a lieu de penser que notre pays aurait à réparer des années après, les séquelles de cette obsession présidentielle du second mandat, qui pourrait se résumer à « touche pas à mon second mandat ».

Ibrahima Wade, secrétaire général Un Autre AvenirC’est un secret de polichinelle de dire que le président Macky Sall est prêt à tout pour obtenir son second mandat et si possible dès le premier tour. Il est dans son droit, mais cette obsession n’est-elle pas en train de saper les fondamentaux de notre société et d’accélérer la crise des valeurs qui ronge notre société comme un cancer ? 

Au-delà de son statut de chef de parti, le président de la République est considéré comme le père de la Nation et ce qui est attendu d’un père c’est qu’il s’occupe de tous ces enfants en bon père de famille le mieux qu’il peut et sans aucune discrimination ou préférence. Il doit protéger sa famille de tous les périls, veiller à ce que l’unité et la paix règnent dans le foyer et faire tout ce qui est nécessaire afin que ses enfants soient dans l’abondance.

La construction du Sénégal post-colonial a été porté par des hommes comme Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop pour ne citer que ceux-là et leur première préoccupation était de créer une Nation sénégalaise unie dans ses diversités. La réussite de Senghor est de gommer cette appartenance à une ethnique ou un terroir pour faire du Sénégal, malgré quelques échecs, la Nation qu’elle est devenue aujourd’hui. Ce n’est pas rien si la Constitution du Sénégal en son Article I « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion ».  Mais depuis l’avènement du président Macky Sall, l’ethnicité commence à refaire surface et l’histoire est là pour nous démontrer que laisser prospérer des discours ethniques pour conserver ou conquérir le pouvoir est très risqué.

Le président Abdou Diouf qui « a gouverné dans la douleur » comme il aime à le dire, nous a légué un Etat ou la stature d’homme d’Etat n’était pas un vain mot. Les ministres de Abdou Diouf étaient quand même de grands commis d’Etat, rompus à la tâche et formatés pour gérer une administration moderne. Mais maintenant, non seulement nous avons une pléthore de ministres, mais le seul mérite de certains c’est d’être membres de la mouvance présidentielle.

Si nous parlons de démocratie au Sénégal, il indéniable que le président Abdoulaye Wade y est pour quelque chose. Au moment où le parti unique était la norme en Afrique, il s’est bataillé avec le président Senghor pour le multipartisme et l’instauration de la démocratie dans le fonctionnement politique de notre pays. Avec cette majorité, des pans de notre démocratie s’effritent chaque jour et c’est comme si une dictature est en train de s’installer au Sénégal sans que les sentinelles qui y veillaient naguère, ne pipent un mot, parce que plusieurs parmi eux, collaborent avec le régime, qui pour préserver des intérêts personnels, d’autres pour gérer une fin de carrière pour ne pas dire une fin de vie. 

Sur le plan économique, ce n’est pas mieux surtout par rapport au mode de financement de notre économie qui est essentiellement basé au surendettement sur le marché obligataire ou avec des prêts en provenance de pays qui nous imposent en suite, leurs entreprises pour exécuter les travaux à la place de notre privé national. La dette du Sénégal est aujourd’hui à 5100 milliards de FCFA, alors qu’elle était à 3076 milliard en 2012, lorsque le président Macky Sall accédait au pouvoir. Le développement économique du Sénégal passe par le développement de notre privé national malheureusement comme le disait Mansour Kama, « Le secteur privé national considère que très souvent, il est un peu laissé au bord du chemin lorsqu’il s’agit de grands projets. Parce qu’à priori l’Etat pense qu’il n’a pas la capacité…L’Etat devrait nous faire confiance comme challengers sur des grands projets pour savoir si nous sommes capables… ».

La façon de faire la politique qui rebute les meilleurs parmi nous qui seraient aptes à développer notre pays s’est empirée avec l’apologie de la transhumance, l’achat de conscience, l’insulte et la violence comme argument à la place de faire la promotion de la méritocratie et de débattre des sujets qui intéressent notre pays, dans le respect des uns et des autres, sachant que nous sommes tous animés par le même désir de développer le Sénégal, normalement !

La gestion de nos ressources naturelles, est souvent dans une opacité totale et c’est la première fois qu’un premier ministre ou un procureur de la République interdit le débat sur des questions d’ordre national en lien avec les ressources naturelles, ou font dans la menace pour préserver certains politiciens qui ont vite oublié que leur pouvoir temporaire découle de celui du Peuple qui a élu le président Macky Sall. La justice sénégalaise est malade aujourd’hui de son accointance, voire même de sa complicité avec un régime qui a renié sa promesse de mettre « la patrie avant le parti ».

Pour toutes ces raisons non exhaustives, il y a lieu de penser que notre pays aurait à réparer des années après, les séquelles de cette obsession présidentielle du second mandat, qui pourrait se résumer à « touche pas à mon second mandat ».

Ibrahima Wade, secrétaire général Un Autre Avenir

« Dites-nous, monsieur le président »

Quatre mois après son lancement officiel à Paris et quelques semaines après sa présentation en Italie le mouvement Autre Avenir poursuit avec succès son implantation à Dakar et dans les différents départements du Sénégal de même que dans la diaspora européenne. Avec son président Ibrahima Thiam la rédaction du site inaugure aujourd’hui une série d’entretiens au cours desquels celui-ci fera le point à un moment également où le site internet connaît un afflux très important de visiteurs témoignant de l’intérêt croissant pour ce jeune mouvement dans lequel la population sénégalaise veut voir un renouveau de la vie politique et une alternative au pouvoir en place.

En créant le mouvement « Autre avenir » quel était votre objectif ?

Nous sommes partis d’un constat très simple. Beaucoup d’entre nous sommes venus nous installer en Europe car nous n’avions pas de perspective d’avenir au pays et nous avons réalisé que durant toutes ces années les choses n’avaient pas changé sur place, la situation n’avait pas évolué. Or le Sénégal regorge de ressources humaines et naturelles importantes mais les dirigeants successifs n’ont pas su mettre en valeur et faire fructifier tout ce potentiel.

La nature ayant horreur du vide nous avons estimé que le moment était venu de réagir et nous avons décidé de combler ce vide en rendant au Sénégal ce qu’il nous a donné c’est-à-dire en lui apportant notre savoir acquis en France, en Italie, en Espagne, en Belgique et ailleurs. Bien évidemment tout n’est pas transposable, loin de là, mais peut en revanche nous inspirer pour mettre le Sénégal sur la voie du renouveau, lui communiquer un nouveau souffle. C’est pourquoi nous avons appelé notre mouvement, qui n’est pas un énième parti politique, Autre avenir.

Notre ambition est de tourner la page à une trop long période d’immobilisme, de redonner espoir à notre jeunesse notamment en créant des emplois et cela suppose de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs à qui l’on doit faire confiance, de redonner du pouvoir d’achat par une meilleure distribution des richesses et d’élever progressivement le niveau de vie des personnes les plus modestes.

Est-ce à dire que les politiques de ces dernières décennies ont échoué ?

On peut dire cela en effet car même si certains dirigeants étaient de bonne foi, ont fait des efforts, il n’y a pas eu de grand bond en avant pour améliorer la qualité de vie des sénégalais et mettre le pays sur les rails du 21e siècle. Les dirigeants successifs ont manqué d’ambition, si ce n’est pour eux-mêmes, du moins pour le pays car en effet trop souvent ils l’ont sacrifié pour leur intérêt personnel.

Le Sénégal a besoin de renouveler ses élites en même temps que ses moeurs politiques, d’accueillir une nouvelle génération de responsables épris de justice et soucieux d’impulser une volonté économique qui permette un véritable développement de notre pays et à celui-ci de s’émanciper de l’aide étrangère qu’elle provienne de l’Union européenne ou de la France sans pour autant renier nos liens d’amitiés avec ces régions du monde. Or aujourd’hui qu’est-ce qu’on voit ? Un président Macky Sall qui passe l’essentiel de son temps à inaugurer des axes routiers même si je ne nie pas l’intérêt en matière de transport et d’aménagement du territoire.

Couper les rubans et procéder à des allocutions semblent davantage répondre a des exigences électoralistes, voire clientélistes, qu’à de véritables objectifs économiques. Ce n’est pas ce genre d’initiatives qui booste une nation. Redonner un grand dessein économique qui seul peut répondre à des aspirations sociales, voilà où est l’essentiel.

On est tenté de poser une question, « Sénégal qu’as-tu fait de ton indépendance ? »

Contrairement aux chefs d’Etats qui se sont succédés notre engagement ne sera pas fait de promesses électorales dont on sait ce qu’elles valent une fois que les individus sont arrivés au pouvoir. Celles-ci, c’est bien connu, n’engagent seulement que ceux qui veulent y croire et non leurs auteurs. Au Sénégal, comme ailleurs, ces dernières décennies ont été le fait d’une accumulation de promesses non tenues.

Pour ma part je veux être à l’écoute de mes compatriotes vivant sur place au pays, entendre leurs revendications comme leurs propositions. Mon récent séjour à la fin de l’année durant deux semaines pendant lesquelles j’ai sillonné différentes régions, en dehors même de Dakar, a été de ce point de vue très instructif.

Avec mes amis nous avons entamé depuis des mois une profonde réflexion concernant des grands problèmes de l’heure comme l’éducation et la formation, la création d’entreprises notamment dans le domaine du numérique avec le développement des start-ups qui demain permettront aux endroits les plus reculés l’accès à une médecine connectée, la télémédecine.

Il y a également l’énergie durable, le traitement des déchets afin de réduire les immondices dans nos rues et les décharges comme celle de Meubeus qui représente à elle seule une véritable bombe humanitaire et environnementale aux portes de Dakar.

Autre dossier très important, l’agriculture car nous avons à faire face à un véritable défi pour nourrir la population en même temps que nous devons modifier certaines habitudes alimentaires. L’amélioration de la vie des femmes en les responsabilisant de plus en plus dans la société est également une de nos préoccupations essentielles.

Nous réfléchissons aussi aux problèmes d’urbanisation et par voie de conséquences à la pollution qui fait que Dakar, bien qu’étant une presqu’île mais sans ceinture verte, suffoque. Pourra-t-on longtemps encore supporter toutes ces vieilles carcasses de voitures dont les fumées chargées de micro particules émanant des pots d’échappement nous empoisonnent.

Il existe là un véritable problème de santé publique même s’il n’existe pas encore de données chiffrées tangibles en lien avec l’augmentation de certaines pathologies, je pense à certains cas de cancers. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 2020, donc demain, le monde comptera 20 millions de cas de cancer, dont 75% seront issus des pays en développement, notamment en Afrique.

Chez nous, comme dans d’autres pays voisins nous allons aussi devoir faire face dans les vingt ans à venir à un boom démographique sans précédent qui aura des enjeux sociaux et environnementaux de taille. Nous avons le devoir, et c’est ce à quoi nous nous employons, de penser dès maintenant à de nouveaux plans d’urbanisation et de nouveaux pôles urbains en y intégrant des concepts de « smart city » et de « sensitive city ». Après il sera trop tard.

Les conséquences climatiques liées au réchauffement de la planète sont également un problème majeur dont on mesure les conséquences en particulier à Saint-Louis-du-Sénégal auquel s’ajoute l’érosion côtière affectant des stations balnéaires prisées des touristes comme Sally. Comme vous le voyez on est loin d’un programme électoral habituel, souvent fallacieux, démagogique. Nous privilégions en ce qui nous concerne une réflexion importante sur tous ces sujets qui concernent l’avenir du Sénégal et de sa population à partir d’un constat critique et en émettant des propositions visant à améliorer le quotidien de nos compatriotes.

Comme partout ailleurs notre pays a besoin de réformes structurelles et nous préparons aujourd’hui les outils nécessaires à la transformation de demain. Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous fixerons notre jeunesse sur le sol sénégalais, la dissuadant de se lancer dans une entreprise périlleuse d’exil vers les pays européens qui à ses yeux représente, à tort, une sorte d’eldorado. Nos jeunes aiment leur pays et nous devons donner les moyens nécessaires à la jeune génération de vivre décemment dans les villes et les villages et d’envisager un avenir décent sur place.

Il y a quelque chose de terrible à penser que le Sénégal depuis 1960 n’a pas su profiter de son indépendance contrairement à d’autres pays qui entre-temps ont pris leur envol, alors même qu’aux yeux du monde nous apparaissons comme un modèle pour tout le continent. Or nous disposons des richesses nécessaires pour réussir, qu’il s’agisse de matière grise comme de matières premières, y compris le pétrole. C’est cette fatalité à laquelle je veux mettre un terme.

J’en profite pour lancer ici un appel aux universitaires sénégalais, exerçant pour certains des professions prestigieuses dans l’enseignement, la recherche, les instances internationales, la finance, etc., où qu’ils se trouvent, pour qu’ils nous rejoignent et apportent au Sénégal leur expérience et leurs talents. Notre nation à besoin de tous ses fils pour réussir son entrée dans le club des grandes nations du 21e siècle. Qu’ils ne se demandent pas ce que le pays peut leur apporter mais ce que, eux, peuvent donner au Sénégal.

Que dire à l’issue de ce premier entretien avec le président d’un Autre Avenir ? Qu’Ibrahima Thiam nous livre les pistes actuellement explorées par son mouvement afin de remettre le Sénégal debout et faire en sorte que chaque franc CFA investi rapporte à la collectivité et n’aille plus se perdre dans des puits sans fond aussi nombreux que mystérieux.

Il témoigne de la lucidité de ce jeune dirigeant décidé à s’investir totalement dans sa démarche face à l’urgence et à la complexité de certains problèmes que doit affronter son pays. Il révèle aussi une volonté incarnée par ce slogan « Un nouveau souffle » qui demain traversera le pays d’Est en Ouest et du Nord au Sud et qui balaiera sur son passage les résistances administratives, les vieilles habitudes comme les tabous.

Il affirme clairement son intention de tourner la page de ces dernières décennies où trop souvent le Sénégal a regardé les trains passer sans que ceux-ci ne s’arrêtent en gare. Puiser dans la force de la jeunesse sénégalaise, solliciter les nombreux intellectuels de haut niveau afin qu’ils se mettent au service de leur pays, exploiter intelligemment les ressources naturelles, mettre un frein à la corruption, changer radicalement les mœurs politiques seront autant de sujets qui seront développés au cours de nos prochains entretiens car nul doute qu’en nous présentant sa vision de l’avenir pour ses compatriotes Ibrahima Thiam n’a pas fini de nous surprendre.

La rédaction d'Un Autre Avenir

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