Contribution

Le deuxième mandat de Macky Sall, une obsession qui risque de laisser des séquelles lourdes de conséquences sur le Sénégal.

C’est un secret de polichinelle de dire que le président Macky Sall est prêt à tout pour obtenir son second mandat et si possible dès le premier tour. Il est dans son droit, mais cette obsession n’est-elle pas en train de saper les fondamentaux de notre société et d’accélérer la crise des valeurs qui ronge notre société comme un cancer ?

Au-delà de son statut de chef de parti, le président de la République est considéré comme le père de la Nation et ce qui est attendu d’un père c’est qu’il s’occupe de tous ces enfants en bon père de famille le mieux qu’il peut et sans aucune discrimination ou préférence. Il doit protéger sa famille de tous les périls, veiller à ce que l’unité et la paix règnent dans le foyer et faire tout ce qui est nécessaire afin que ses enfants soient dans l’abondance.

La construction du Sénégal post-colonial a été porté par des hommes comme Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop pour ne citer que ceux-là et leur première préoccupation était de créer une Nation sénégalaise unie dans ses diversités. La réussite de Senghor est de gommer cette appartenance à une ethnique ou un terroir pour faire du Sénégal, malgré quelques échecs, la Nation qu’elle est devenue aujourd’hui. Ce n’est pas rien si la Constitution du Sénégal en son Article I « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion ». Mais depuis l’avènement du président Macky Sall, l’ethnicité commence à refaire surface et l’histoire est là pour nous démontrer que laisser prospérer des discours ethniques pour conserver ou conquérir le pouvoir est très risqué.

Le président Abdou Diouf qui « a gouverné dans la douleur » comme il aime à le dire, nous a légué un Etat ou la stature d’homme d’Etat n’était pas un vain mot. Les ministres de Abdou Diouf étaient quand même de grands commis d’Etat, rompus à la tâche et formatés pour gérer une administration moderne. Mais maintenant, non seulement nous avons une pléthore de ministres, mais le seul mérite de certains c’est d’être membres de la mouvance présidentielle.

Si nous parlons de démocratie au Sénégal, il indéniable que le président Abdoulaye Wade y est pour quelque chose. Au moment où le parti unique était la norme en Afrique, il s’est bataillé avec le président Senghor pour le multipartisme et l’instauration de la démocratie dans le fonctionnement politique de notre pays. Avec cette majorité, des pans de notre démocratie s’effritent chaque jour et c’est comme si une dictature est en train de s’installer au Sénégal sans que les sentinelles qui y veillaient naguère, ne pipent un mot, parce que plusieurs parmi eux, collaborent avec le régime, qui pour préserver des intérêts personnels, d’autres pour gérer une fin de carrière pour ne pas dire une fin de vie.

Sur le plan économique, ce n’est pas mieux surtout par rapport au mode de financement de notre économie qui est essentiellement basé au surendettement sur le marché obligataire ou avec des prêts en provenance de pays qui nous imposent en suite, leurs entreprises pour exécuter les travaux à la place de notre privé national. La dette du Sénégal est aujourd’hui à 5100 milliards de FCFA, alors qu’elle était à 3076 milliard en 2012, lorsque le président Macky Sall accédait au pouvoir. Le développement économique du Sénégal passe par le développement de notre privé national malheureusement comme le disait Mansour Kama, « Le secteur privé national considère que très souvent, il est un peu laissé au bord du chemin lorsqu’il s’agit de grands projets. Parce qu’à priori l’Etat pense qu’il n’a pas la capacité…L’Etat devrait nous faire confiance comme challengers sur des grands projets pour savoir si nous sommes capables… ».

La façon de faire la politique qui rebute les meilleurs parmi nous qui seraient aptes à développer notre pays s’est empirée avec l’apologie de la transhumance, l’achat de conscience, l’insulte et la violence comme argument à la place de faire la promotion de la méritocratie et de débattre des sujets qui intéressent notre pays, dans le respect des uns et des autres, sachant que nous sommes tous animés par le même désir de développer le Sénégal, normalement !

La gestion de nos ressources naturelles, est souvent dans une opacité totale et c’est la première fois qu’un premier ministre ou un procureur de la République interdit le débat sur des questions d’ordre national en lien avec les ressources naturelles, ou font dans la menace pour préserver certains politiciens qui ont vite oublié que leur pouvoir temporaire découle de celui du Peuple qui a élu le président Macky Sall. La justice sénégalaise est malade aujourd’hui de son accointance, voire même de sa complicité avec un régime qui a renié sa promesse de mettre « la patrie avant le parti ».

Pour toutes ces raisons non exhaustives, il y a lieu de penser que notre pays aurait à réparer des années après, les séquelles de cette obsession présidentielle du second mandat, qui pourrait se résumer à « touche pas à mon second mandat ».

Ibrahima Wade, secrétaire général Un Autre AvenirC’est un secret de polichinelle de dire que le président Macky Sall est prêt à tout pour obtenir son second mandat et si possible dès le premier tour. Il est dans son droit, mais cette obsession n’est-elle pas en train de saper les fondamentaux de notre société et d’accélérer la crise des valeurs qui ronge notre société comme un cancer ? 

Au-delà de son statut de chef de parti, le président de la République est considéré comme le père de la Nation et ce qui est attendu d’un père c’est qu’il s’occupe de tous ces enfants en bon père de famille le mieux qu’il peut et sans aucune discrimination ou préférence. Il doit protéger sa famille de tous les périls, veiller à ce que l’unité et la paix règnent dans le foyer et faire tout ce qui est nécessaire afin que ses enfants soient dans l’abondance.

La construction du Sénégal post-colonial a été porté par des hommes comme Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop pour ne citer que ceux-là et leur première préoccupation était de créer une Nation sénégalaise unie dans ses diversités. La réussite de Senghor est de gommer cette appartenance à une ethnique ou un terroir pour faire du Sénégal, malgré quelques échecs, la Nation qu’elle est devenue aujourd’hui. Ce n’est pas rien si la Constitution du Sénégal en son Article I « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion ».  Mais depuis l’avènement du président Macky Sall, l’ethnicité commence à refaire surface et l’histoire est là pour nous démontrer que laisser prospérer des discours ethniques pour conserver ou conquérir le pouvoir est très risqué.

Le président Abdou Diouf qui « a gouverné dans la douleur » comme il aime à le dire, nous a légué un Etat ou la stature d’homme d’Etat n’était pas un vain mot. Les ministres de Abdou Diouf étaient quand même de grands commis d’Etat, rompus à la tâche et formatés pour gérer une administration moderne. Mais maintenant, non seulement nous avons une pléthore de ministres, mais le seul mérite de certains c’est d’être membres de la mouvance présidentielle.

Si nous parlons de démocratie au Sénégal, il indéniable que le président Abdoulaye Wade y est pour quelque chose. Au moment où le parti unique était la norme en Afrique, il s’est bataillé avec le président Senghor pour le multipartisme et l’instauration de la démocratie dans le fonctionnement politique de notre pays. Avec cette majorité, des pans de notre démocratie s’effritent chaque jour et c’est comme si une dictature est en train de s’installer au Sénégal sans que les sentinelles qui y veillaient naguère, ne pipent un mot, parce que plusieurs parmi eux, collaborent avec le régime, qui pour préserver des intérêts personnels, d’autres pour gérer une fin de carrière pour ne pas dire une fin de vie. 

Sur le plan économique, ce n’est pas mieux surtout par rapport au mode de financement de notre économie qui est essentiellement basé au surendettement sur le marché obligataire ou avec des prêts en provenance de pays qui nous imposent en suite, leurs entreprises pour exécuter les travaux à la place de notre privé national. La dette du Sénégal est aujourd’hui à 5100 milliards de FCFA, alors qu’elle était à 3076 milliard en 2012, lorsque le président Macky Sall accédait au pouvoir. Le développement économique du Sénégal passe par le développement de notre privé national malheureusement comme le disait Mansour Kama, « Le secteur privé national considère que très souvent, il est un peu laissé au bord du chemin lorsqu’il s’agit de grands projets. Parce qu’à priori l’Etat pense qu’il n’a pas la capacité…L’Etat devrait nous faire confiance comme challengers sur des grands projets pour savoir si nous sommes capables… ».

La façon de faire la politique qui rebute les meilleurs parmi nous qui seraient aptes à développer notre pays s’est empirée avec l’apologie de la transhumance, l’achat de conscience, l’insulte et la violence comme argument à la place de faire la promotion de la méritocratie et de débattre des sujets qui intéressent notre pays, dans le respect des uns et des autres, sachant que nous sommes tous animés par le même désir de développer le Sénégal, normalement !

La gestion de nos ressources naturelles, est souvent dans une opacité totale et c’est la première fois qu’un premier ministre ou un procureur de la République interdit le débat sur des questions d’ordre national en lien avec les ressources naturelles, ou font dans la menace pour préserver certains politiciens qui ont vite oublié que leur pouvoir temporaire découle de celui du Peuple qui a élu le président Macky Sall. La justice sénégalaise est malade aujourd’hui de son accointance, voire même de sa complicité avec un régime qui a renié sa promesse de mettre « la patrie avant le parti ».

Pour toutes ces raisons non exhaustives, il y a lieu de penser que notre pays aurait à réparer des années après, les séquelles de cette obsession présidentielle du second mandat, qui pourrait se résumer à « touche pas à mon second mandat ».

Ibrahima Wade, secrétaire général Un Autre Avenir

« Dites-nous, monsieur le président »

Quatre mois après son lancement officiel à Paris et quelques semaines après sa présentation en Italie le mouvement Autre Avenir poursuit avec succès son implantation à Dakar et dans les différents départements du Sénégal de même que dans la diaspora européenne. Avec son président Ibrahima Thiam la rédaction du site inaugure aujourd’hui une série d’entretiens au cours desquels celui-ci fera le point à un moment également où le site internet connaît un afflux très important de visiteurs témoignant de l’intérêt croissant pour ce jeune mouvement dans lequel la population sénégalaise veut voir un renouveau de la vie politique et une alternative au pouvoir en place.

En créant le mouvement « Autre avenir » quel était votre objectif ?

Nous sommes partis d’un constat très simple. Beaucoup d’entre nous sommes venus nous installer en Europe car nous n’avions pas de perspective d’avenir au pays et nous avons réalisé que durant toutes ces années les choses n’avaient pas changé sur place, la situation n’avait pas évolué. Or le Sénégal regorge de ressources humaines et naturelles importantes mais les dirigeants successifs n’ont pas su mettre en valeur et faire fructifier tout ce potentiel.

La nature ayant horreur du vide nous avons estimé que le moment était venu de réagir et nous avons décidé de combler ce vide en rendant au Sénégal ce qu’il nous a donné c’est-à-dire en lui apportant notre savoir acquis en France, en Italie, en Espagne, en Belgique et ailleurs. Bien évidemment tout n’est pas transposable, loin de là, mais peut en revanche nous inspirer pour mettre le Sénégal sur la voie du renouveau, lui communiquer un nouveau souffle. C’est pourquoi nous avons appelé notre mouvement, qui n’est pas un énième parti politique, Autre avenir.

Notre ambition est de tourner la page à une trop long période d’immobilisme, de redonner espoir à notre jeunesse notamment en créant des emplois et cela suppose de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs à qui l’on doit faire confiance, de redonner du pouvoir d’achat par une meilleure distribution des richesses et d’élever progressivement le niveau de vie des personnes les plus modestes.

Est-ce à dire que les politiques de ces dernières décennies ont échoué ?

On peut dire cela en effet car même si certains dirigeants étaient de bonne foi, ont fait des efforts, il n’y a pas eu de grand bond en avant pour améliorer la qualité de vie des sénégalais et mettre le pays sur les rails du 21e siècle. Les dirigeants successifs ont manqué d’ambition, si ce n’est pour eux-mêmes, du moins pour le pays car en effet trop souvent ils l’ont sacrifié pour leur intérêt personnel.

Le Sénégal a besoin de renouveler ses élites en même temps que ses moeurs politiques, d’accueillir une nouvelle génération de responsables épris de justice et soucieux d’impulser une volonté économique qui permette un véritable développement de notre pays et à celui-ci de s’émanciper de l’aide étrangère qu’elle provienne de l’Union européenne ou de la France sans pour autant renier nos liens d’amitiés avec ces régions du monde. Or aujourd’hui qu’est-ce qu’on voit ? Un président Macky Sall qui passe l’essentiel de son temps à inaugurer des axes routiers même si je ne nie pas l’intérêt en matière de transport et d’aménagement du territoire.

Couper les rubans et procéder à des allocutions semblent davantage répondre a des exigences électoralistes, voire clientélistes, qu’à de véritables objectifs économiques. Ce n’est pas ce genre d’initiatives qui booste une nation. Redonner un grand dessein économique qui seul peut répondre à des aspirations sociales, voilà où est l’essentiel.

On est tenté de poser une question, « Sénégal qu’as-tu fait de ton indépendance ? »

Contrairement aux chefs d’Etats qui se sont succédés notre engagement ne sera pas fait de promesses électorales dont on sait ce qu’elles valent une fois que les individus sont arrivés au pouvoir. Celles-ci, c’est bien connu, n’engagent seulement que ceux qui veulent y croire et non leurs auteurs. Au Sénégal, comme ailleurs, ces dernières décennies ont été le fait d’une accumulation de promesses non tenues.

Pour ma part je veux être à l’écoute de mes compatriotes vivant sur place au pays, entendre leurs revendications comme leurs propositions. Mon récent séjour à la fin de l’année durant deux semaines pendant lesquelles j’ai sillonné différentes régions, en dehors même de Dakar, a été de ce point de vue très instructif.

Avec mes amis nous avons entamé depuis des mois une profonde réflexion concernant des grands problèmes de l’heure comme l’éducation et la formation, la création d’entreprises notamment dans le domaine du numérique avec le développement des start-ups qui demain permettront aux endroits les plus reculés l’accès à une médecine connectée, la télémédecine.

Il y a également l’énergie durable, le traitement des déchets afin de réduire les immondices dans nos rues et les décharges comme celle de Meubeus qui représente à elle seule une véritable bombe humanitaire et environnementale aux portes de Dakar.

Autre dossier très important, l’agriculture car nous avons à faire face à un véritable défi pour nourrir la population en même temps que nous devons modifier certaines habitudes alimentaires. L’amélioration de la vie des femmes en les responsabilisant de plus en plus dans la société est également une de nos préoccupations essentielles.

Nous réfléchissons aussi aux problèmes d’urbanisation et par voie de conséquences à la pollution qui fait que Dakar, bien qu’étant une presqu’île mais sans ceinture verte, suffoque. Pourra-t-on longtemps encore supporter toutes ces vieilles carcasses de voitures dont les fumées chargées de micro particules émanant des pots d’échappement nous empoisonnent.

Il existe là un véritable problème de santé publique même s’il n’existe pas encore de données chiffrées tangibles en lien avec l’augmentation de certaines pathologies, je pense à certains cas de cancers. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 2020, donc demain, le monde comptera 20 millions de cas de cancer, dont 75% seront issus des pays en développement, notamment en Afrique.

Chez nous, comme dans d’autres pays voisins nous allons aussi devoir faire face dans les vingt ans à venir à un boom démographique sans précédent qui aura des enjeux sociaux et environnementaux de taille. Nous avons le devoir, et c’est ce à quoi nous nous employons, de penser dès maintenant à de nouveaux plans d’urbanisation et de nouveaux pôles urbains en y intégrant des concepts de « smart city » et de « sensitive city ». Après il sera trop tard.

Les conséquences climatiques liées au réchauffement de la planète sont également un problème majeur dont on mesure les conséquences en particulier à Saint-Louis-du-Sénégal auquel s’ajoute l’érosion côtière affectant des stations balnéaires prisées des touristes comme Sally. Comme vous le voyez on est loin d’un programme électoral habituel, souvent fallacieux, démagogique. Nous privilégions en ce qui nous concerne une réflexion importante sur tous ces sujets qui concernent l’avenir du Sénégal et de sa population à partir d’un constat critique et en émettant des propositions visant à améliorer le quotidien de nos compatriotes.

Comme partout ailleurs notre pays a besoin de réformes structurelles et nous préparons aujourd’hui les outils nécessaires à la transformation de demain. Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous fixerons notre jeunesse sur le sol sénégalais, la dissuadant de se lancer dans une entreprise périlleuse d’exil vers les pays européens qui à ses yeux représente, à tort, une sorte d’eldorado. Nos jeunes aiment leur pays et nous devons donner les moyens nécessaires à la jeune génération de vivre décemment dans les villes et les villages et d’envisager un avenir décent sur place.

Il y a quelque chose de terrible à penser que le Sénégal depuis 1960 n’a pas su profiter de son indépendance contrairement à d’autres pays qui entre-temps ont pris leur envol, alors même qu’aux yeux du monde nous apparaissons comme un modèle pour tout le continent. Or nous disposons des richesses nécessaires pour réussir, qu’il s’agisse de matière grise comme de matières premières, y compris le pétrole. C’est cette fatalité à laquelle je veux mettre un terme.

J’en profite pour lancer ici un appel aux universitaires sénégalais, exerçant pour certains des professions prestigieuses dans l’enseignement, la recherche, les instances internationales, la finance, etc., où qu’ils se trouvent, pour qu’ils nous rejoignent et apportent au Sénégal leur expérience et leurs talents. Notre nation à besoin de tous ses fils pour réussir son entrée dans le club des grandes nations du 21e siècle. Qu’ils ne se demandent pas ce que le pays peut leur apporter mais ce que, eux, peuvent donner au Sénégal.

Que dire à l’issue de ce premier entretien avec le président d’un Autre Avenir ? Qu’Ibrahima Thiam nous livre les pistes actuellement explorées par son mouvement afin de remettre le Sénégal debout et faire en sorte que chaque franc CFA investi rapporte à la collectivité et n’aille plus se perdre dans des puits sans fond aussi nombreux que mystérieux.

Il témoigne de la lucidité de ce jeune dirigeant décidé à s’investir totalement dans sa démarche face à l’urgence et à la complexité de certains problèmes que doit affronter son pays. Il révèle aussi une volonté incarnée par ce slogan « Un nouveau souffle » qui demain traversera le pays d’Est en Ouest et du Nord au Sud et qui balaiera sur son passage les résistances administratives, les vieilles habitudes comme les tabous.

Il affirme clairement son intention de tourner la page de ces dernières décennies où trop souvent le Sénégal a regardé les trains passer sans que ceux-ci ne s’arrêtent en gare. Puiser dans la force de la jeunesse sénégalaise, solliciter les nombreux intellectuels de haut niveau afin qu’ils se mettent au service de leur pays, exploiter intelligemment les ressources naturelles, mettre un frein à la corruption, changer radicalement les mœurs politiques seront autant de sujets qui seront développés au cours de nos prochains entretiens car nul doute qu’en nous présentant sa vision de l’avenir pour ses compatriotes Ibrahima Thiam n’a pas fini de nous surprendre.

La rédaction d'Un Autre Avenir

L'anthropologue à l'écoute de la prose du monde–Eric Chauvier

 

L'anthropologue à l'écoute de la prose du monde–Eric Chauvier
In https://www.nonfiction.fr/article-9227-
Merci à Patrica du Canada megadiversité.com

L'anthropologue peut-il vraiment donner la parole à celui qu'il observe et en entendre les mots ?

L'anthropologie peut-elle en somme se décoloniser ?
Maryse EMEL

Si dans Tristes Tropiques, Claude Lévi Strauss soulignait la difficulté pour l'ethnologue de se détacher de sa propre culture ou encore de sa subjectivité lorsqu'il doit présenter une autre culture, pour Eric Chauvier la question est plutôt d'examiner la place à attribuer à chaque interlocuteur lors d'un entretien anthropologique. La difficulté ne vient pas tant d'un excès de subjectivité du chercheur que du poids de l'académisme et de sa posture autoritaire. Retraçant dans un premier temps l'histoire académique de l'anthropologie, l'auteur cherche à mettre à jour les conditions qui ont conduit au mutisme de ceux qu'il nomme les « observés »
Le travail de l'ethnologue d'Evans-Pritchard lui sert de point de départ. Les travaux de ce dernier sur les Nuer (une population du Haut Nil) élaborent des catégories de pensée qui redoublent la domination coloniale alors exercée avec force par l'Empire britannique sur ces derniers, animés de fait d'un « vif ressentiment » qu'Evans-Pritchard traduira lors de son enquête sur le terrain par le terme de « mauvais esprit nuer » , justifiant ainsi surtout son incompréhension de la parole nuer .

S'il fait grief à Cuol, le Nuer qu'il interroge, de ne pas répondre à ses questions, notamment à propos du « lignage », il ne s'interroge pas davantage sur les obstacles propres à la langue, sur la distorsion entre une tradition orale et une tradition écrite ou encore sur sa conception de la temporalité qui le conduit à naturaliser le temps des Nuer. Il n'y a aucun espace commun mis en place entre la parole du chercheur et celle de Cuol. Or faisant appel aux travaux de Wittgenstein et ceux de Michel de Certeau, Eric Chauvier insiste sur le caractère irrecevable d'un discours scientifique qui ne sait que s'extraire brutalement du langage ordinaire et ne tient pas compte de la diversité des points de vue et contextes. Ignorer cela c'est construire un discours manipulatoire, prolongement ici du discours colonial. Eric Chauvier voit une des raisons essentielles à cette (re)production de la domination dans la pratique académique de l'anthropologie, qui renvoie dans une zone d'ombre ce qui échappe à ses théories.

Instruire le dossier : les aboiements du concept


Le travail d'Eric Chauvier inscrit sa réflexion dans le prolongement des analyses sur le langage ordinaire de Wittgenstein Pour ce dernier, le langage ordinaire nous surplombe, signifiant par là qu'aucun discours scientifique ne peut s'en « extraire, autrement que par la force, [...] pour l'observer et dire son sens » . Il y a difficulté pour le discours anthropologique à rencontrer le discours ordinaire, ce qui le conduit à éradiquer – terme employé par l'auteur, traduisant ainsi la violence du phénomène – l'interlocuteur afin de garantir une autorité épistémologique à ses propos.


Eric Chauvier examine cette « désinterlocution » du témoin au travers de quatre discours académiques d' anthropologues-ethnologues, sans pour autant se négliger lui-même dans sa pratique, montrant ainsi la force de l'héritage inconscient de ces discours. Il commence ainsi par analyser les procédés d'écriture de Claude Lévi Strauss et y relève une procédure frontale et guerrière d'éviction du témoin qu'il transforme en « témoin structurant ». Cette première figure consiste, si on en réfère aux analyses de Wittgenstein, à transformer les mots prononcés en des catégories classificatoires dans un appauvrissement de la variété des contextes de paroles, mais permettant d'établir une théorie structurante, productrice de sens. C'est ainsi que l'on peut se demander ce qui conduit Claude Lévi Strauss à qualifier de « prestige personnel » le comportement du chef des Nambikwara dans Tristes Tropiques. Il opère un glissement d'une pratique discursive à un concept qui manque sa justification, engendrant de fait un rapport d'autorité. On pourrait croire à l'inverse, qu'une restitution fidèle comme celle de H.C Conklin citée par Claude Lévi Strauss, est propre à nous faire accéder à la parole Hanunoo (dans les Philippines). Mais il n'en est rien. Le problème vient de la réduction de l'oralité au texte. Cette parole n'est pas citée et elle est recouverte par la voix de Conklin.


Si en outre le mythe ou le rite ont toujours figuré comme une entrée pour saisir les structures de pensée, faut-il pour autant accepter cette théorie ? Ne porterait-elle pas en elle le stade ultime de la « désinterlocution » ? Si le passage de l'oralité à l'écrit est une première réduction du mythe, la mise à jour de sa signification en est une autre comme le soulignait Quine cité par Eric Chauvier à propos de la deuxième figure de désinterlocution, qu'il nomme « témoin signifiant ». La vraie question à se poser dès lors est celle de l'usage et non du sens des mots.

A trop chercher le sens, on manque la véritable rencontre avec ce qui peut aussi échapper au sens. Du côté de Malinowski , cette fois, il s'agit de chercher la quintessence des mots, les ramener à la pure forme rationnelle, ce qui implique de mettre de côté les variétés de contextes, incluant les témoignages eux-mêmes. Le résultat en est la transposition dans les mots de la science du discours des Trobriandais... et par voie de conséquence leur disparition en tant que locuteurs. L'ethnologue Marcel Griaule connu pour ses travaux sur les dogons laisse quant à lui la parole à un locuteur privilégié, mais dès lors le lecteur ressaisit les Dogons par cette seule parole, et toute sage qu'elle soit, il manque la diversité de leurs points de vue sur le monde. En valorisant la culture dogon Marcel Griaule leur retire la possibilité de l'exprimer en commun. Il transforme le langage ordinaire en un ersatz de la culture, ce qui finalement détruit tout son discours sur la culture des Dogons.

Le trouble au fondement de la démarche anthropologique


Après avoir montré les conséquences d'un académisme privilégiant la connaissance scientifique, au détriment de ce qu'il nomme « les savoirs », Eric Chauvier insiste sur la nécessité d'une méthode fondée sur le scepticisme, un trouble comme il l'écrit, afin d'être vigilant dans les situations d'élocution. Dès ses débuts l'anthropologie postule une « intégrité virginale du primitif et voit dans sa propre démarche une science anhistorique. Si Malinowski présente une autre acception du temps en parlant de « temps neutre », dans tous les cas, il n'y a aucune conjonction du temps de l'observant et de celui de l'observé. Cette séparation des temps apparaît comme condition d'impossibilité d'un réel partage. A cette aporie du temps se greffe celle du langage.


Alors que se développait une nouvelle conception du langage en rupture avec le modèle analytique de Saussure, les anthropologues cités plus haut, du fait de leur parti-pris de la suffisance de la discipline en elle-même, n'ont nullement pris en compte les divers travaux qui leur étaient contemporains sur la linguistique ou encore la phénoménologie husserlienne. C'est en effet en interrogeant le langage qu'une nouvelle voie peut s'ouvrir à l'anthropologue. Mesurer l'approximation, les risques de confusion, les rapports de pouvoir, voilà ce qui doit fonder une nouvelle approche communicationnelle. Cela induit un ajustement qui introduit au scepticisme comme correctif de la tendance à asséner des discours scientifiques. Il s'agit de revenir à « l'ordinaire étrangeté du monde observé » . Seule cette réserve sceptique, ce trouble inquiet, au sens où il questionne peut requalifier la voix des observés, faire entendre la dissonance. Nulle méthode ne saurait être mise en place : seule importe la conversion du regard. Au clair-obscur du lien interactionnel de deux consciences qui ne peuvent « se sonder au-delà d'une surface visible des mots prononcés » , il faut opposer le scepticisme et le retour au choses elles-mêmes. Et ainsi laisser parler la prose du monde... « Le monde n'est pas ce que je pense mais ce que je vis ». Cette phrase de Merleau Ponty, Eric Chauvier l'a placée en tête de son ouvrage

Une communication vacillante


Il semble très difficile d'échapper à la tentation de classer, de ramener la pluralité à des catégories. Pour Eric Chauvier, il revient à l'anthropologue d'en faire le matériau de ce qu'il appelle une « anthropologie de l'ordinaire ». Partager avec les observés ces pratiques de classement, observer comment ils ordonnent ainsi le monde, tel est le pari de cette nouvelle anthropologie. Citant les travaux de Jeanne Favret-Saada sur la sorcellerie, Les mots, la mort, les sorts , l'auteur montre comment certaines catégories fixées par l'académisme, sont étrangères au vécu des observés. Jeanne Favret-Saada l'expérimente sur la question de la sorcellerie. En discutant avec les paysans elle découvre que ceux-ci ont d'autres catégories d'appréhension du monde et ne se reconnaissent pas dans celle de « sorcellerie », « réalité culturelle » purement académique.


L'anthropologie de l'ordinaire n'a rien à voir avec le quotidien. L'ordinaire nous renvoie à une communication toujours vacillante, ce que la littérature ne cesse d'évoquer.
En plus du souci de méthode, il apparaît essentiel de réfléchir le mode littéraire d'exposition de l'enquête. Tout texte anthropologique doit porter en lui une dimension inventive explique Eric Chauvier. De même en effet que l'observé et l'observateur ne doivent pas être séparés, de même l'écriture doit ouvrir un espace de rencontre au lecteur. Rien ne saurait être fixé a priori. C'est pourquoi il s'agit de permettre au lecteur de trouver « un vivre dans le flux de l'expérience vivante »

https://www.nonfiction.fr/article-9227-

Du bon vin français pour le président Macron !

C’est l’ancien ministre Habjb Sy qui m’inspire le titre de ma contribution. Dans au moins deux quotidiens, il en a publié une avec pour titre : ‘’Une calebasse de noix de cola pour le Président Macron’’. C’est ce titre, qu’il justifie par la tradition africaine,  qui m’a inspiré le mien. Par respect pour la tradition française donc, nous accueillerons le président Macron avec du bon vin français. Je rassure tout de suite notre M. SY : cette inspiration ne saurait signifier, ni de près, ni de loin, une appréciation (positive ou négative) de sa contribution ou de son titre. Je suis animé par d’autres préoccupations et il le comprendra en me lisant, si toutefois il prendra le temps de me lire.

Ce qui me préoccupe, c’est le ridicule qui tue dans notre pays, le ridicule qui ne tue malheureusement pas nos gouvernants, ni notre président-politicien. Il voyage, voyage beaucoup, en particulier en France, notre ‘’mère-patrie’’. Il y va, son avion bourré d’une forte délégation dont l’écrasante majorité des membres qui n’ont vraiment rien à faire dans une visite d’Etat, pas même dans une visite simple. Le ridicule, qui nous fait honte, c’est que chaque fois qu’il va en visite officielle au pays de ‘’nos ancêtres les Gaulois’’, il n’est jamais accueilli par le Président de la République, mais plutôt par des ministres au bas fond de l’ordre protocolaire du Gouvernement. Lors de son voyage d’Etat du 19 décembre 2016, il est accueilli à Orly par Mme Annick Girardin, Ministre de la Fonction publique (15ème dans l’ordre protocolaire du Gouvernement français). Ce manque de respect notoire vis-à-vis du président-politicien, et malheureusement aussi du Sénégal, dérange nombre de nos compatriotes. L’un d’entre eux, Tahirou Sarr (conseiller et analyste politique), lui aussi vraiment outré par l’indifférence notoire dans laquelle les autorités françaises tiennent notre président-politicien publiait, le 3 janvier 2018, une contribution ayant pout titre : ‘’Le Président Macky Sall en France : l’accueil de la honte’’. Dans cette contribution, il rappelle que ‘’Thomas Sankara avait refusé d’être reçu par un ministre et le Président Mitterrand s’était déplacé lui-même pour l’accueillir’’. Ce n’est pas tout : il précise encore que lors de la COP 21, le Roi Mohamed VI a refusé de sortir de sa voiture ‘’tant que le Président Hollande  (ne venait pas) pour le recevoir’’.

Notre président-politicien n’a malheureusement pas cette force de caractère : il se contente de très peu, convaincu qu’il est qu’il se rattrapera largement avec ‘’l’accueil chaleureux’’ que ses nombreux militants  lui réserveront. Il convient de signaler quand même que lors de ses nombreux voyages en France comme dans d’autres pays, les ambassades et les consulats deviennent, pendant tout son séjour, le siège du parti-Etat l’APR. S’y ajoute que les Français ne sont même pas au courant de ses nombreuses visites, même d’Etat. Les principales chaînes de télévision française (France 2, TF1, France 5, etc.,) ne rendent compte de ses visites que le temps d’une rose : rarement plus de 30 secondes.

C’est alors tout le contraire quand le Président français est en visite au Sénégal. Une semaine avant la visite, le pays, tout le pays ne vit que pour l’événement. Le jour de l’arrivée à Dakar, les embouteillages sont multipliés par deux ou trois. Les grandes artères sont formellement interdites au public. Toutes les institutions de la République rivalisent d’ardeur à être parmi les premières arrivées à l’aéroport qui grouille de monde. Des cars transportent des militants des quatre coins du pays, parfois par temps de très grande chaleur. Tous les instruments de musique sont de la fête. Quand l’avion de notre très respecté Président s’arrête sur le tarmac, notre couple présidentiel l’accueille à la descente. Peut-être qu’un jour, par respect pour son statut et non par notre tradition, leur premier geste sera de lui offrir du bon vin français. Rien ne serait de trop pour faire plaisir à notre illustre hôte, fût-il contraire à nos traditions culturelles et même religieuses. C’est quand même le Président du pays de ‘’nos ancêtres les Gaulois’’.  

Le cérémonial commence alors, par des salutations notamment. Le pauvre Président et son épouse passent une épreuve très dure, et dont ils se seraient volontiers passés : serrer toutes les mains. Après, c’est le départ vers Dakar avec les deux présidents debout sur un véhicule décapotable, qui saluent de la main les pauvres populations mobilisées pour la circonstance. En un clin d’œil, le cortège disparaît de leur vue et c’est le retour parfois chaotique. De l’aéroport au palais présidentiel, ce sont les mêmes longues files de ‘’militants’’ applaudissant à tout rompre et criant à tue-tête, parfois sous un soleil de plomb.

Quand il visite la ville ou le pays, c’est le même ridicule et fatigant cérémonial. Ainsi, notre Macron et son épouse vont se rendre samedi à Saint-Louis. Depuis plusieurs jours déjà, le cœur de la ville ne bat que pour la visite de nos distingués hôtes. Le couple n’est pas encore arrivé que c’est déjà la guéguerre entre factions du PDS, les unes ayant choisi de prendre part à l’accueil du couple présidentiel, les autres pas du tout. C’est aussi la guéguerre entre le PDS (hostile à la visite), l’APR et son gouvernement, des militants libéraux ayant décidé d’accueillir le Président Macron avec des brassards rouges. Ne sommes-nous plus en pays démocratique ? Le port de brassards rouges est quand même un moyen, pour les Libéraux, d’accueillir à leur façon le couple présidentiel ! Les manifestations d’hostilités sont choses banales dans les grandes démocraties. Ne serions-nous qu’une démocratie tropicale, une démocratie formelle, une démocratie de façade ? Certains de nos compatriotes qui se distinguent par leur certitude que nous sommes une grande démocratie répondront à cette question.

Pour revenir à l’accueil de nos illustres hôtes par les Saint-Louisiens, ces derniers s’imaginent-ils un seul instant le président-politicien en visite d’Etat en France, visitant avec son épouse Bordeaux, Montpellier, Lille, Rouen, Caen ou Strasbourg ? Les habitants de ces différentes villes ne se rendraient même pas compte de leur existence. N’est-il quand même pas temps que nous devenions un pays adulte ? Cela va faire 58 ans que nous sommes indépendants, même de façon seulement formelle. Nous en avons vraiment assez de ces accueils folkloriques qui nous dérangent, nous prennent tout notre temps pour rien, ou presque. Ils n’existent dans aucune grande démocratie, dans aucun pays sérieux, les Angela Merkel, Emmanuel Macron et autres chefs d’Etat ou de Gouvernement ont vraiment d’autres chats à fouetter que d’organiser des accueils ridiculement folkloriques pour leurs pairs d’autres pays, fussent-ils de très grands pays. Ils consacrent plutôt une partie de leur temps précieux à lutter contre le chômage,  l’inflation, etc., et l’autre partie à faire baisser les différents déficits publics.

Pour terminer, je me demande si le Président Macron, son épouse et sa délégation nous prendront vraiment au sérieux avec nos ‘’thiakhaaneries’’. Je me demande s’ils ne se moqueront pas finalement de nous et peut-être même, s’ils ne seront pas tentés de nous considérer comme ‘’un pays de merde’’. Ne l’aurions-nous pas mérité d’ailleurs, par la faute de l’attachement morbide de nos gouvernants, et du premier d’entre eux, à ces accueils  folkloriques et tonitruants pour rien, qui peut-être même, incommodent  nos hôtes ?

Dakar, le 30 janvier 2018.

Mody Niang

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