UCAD : Les conditions ne sont pas réunies pour une reprise des cours à l’université

Les conditions ne sont pas réunies pour une reprise des cours à l’université, alors que les autorités ont décidé de la suspension des amicales des étudiants. Le Saes de l’Ucad plaide pour la levée de la suspension de ces amicales, ainsi que la libération des étudiants arrêtés et la mise en place d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur les causes de la tragédie.

La Coordination Saes de Dakar a réagi à la décision prise par le Conseil académique de l’Ucad de suspendre les amicales des étudiants et d’exiger la reprise des cours. Cette structure, qui regrette cette décision, estime qu’elle «crée un vide institutionnel qui affaiblit les mécanismes de représentation étudiante». Dans un communiqué, elle soutient qu’un «dialogue structuré suppose des interlocuteurs identifiés, légitimes et reconnus». Ces enseignants de l’Ucad demandent ainsi «la levée de la suspension».

Se prononçant sur l’annonce de la mise en place d’un comité ad hoc, ils pensent qu’il «doit fonctionner de manière inclusive et transparente, avec la participation du Saes». Et de prévenir : «Toute réforme de la représentation étudiante doit viser la consolidation institutionnelle et non la gestion ponctuelle d’une crise.»

«Les conditions d’une reprise académique normale ne sont pas réunies»

S’agissant de la reprise des cours, les syndicalistes estiment que la «sauvegarde du calendrier universitaire de­meure un objectif central et légitime», parce qu’elle «engage l’avenir des étudiants et la crédibilité de l’institution». Toutefois, précisent-ils, «elle ne peut reposer sur une normalisation de façade, ni sur une reprise strictement administrative des enseignements». Et d’expliquer : «Le campus pédagogique et le campus social constituent une unité fonctionnelle indissociable. Sans restauration, sans hébergement, sans fonctionnement effectif des services sociaux, toute reprise des cours demeure structurellement fragile. Sans étudiants présents dans des conditions matérielles et psychologiques adéquates, il ne peut y avoir d’enseignement effectif.»

De ce fait, «la Coordination du campus de Dakar estime que la décision d’assurer la continuité des activités pédagogiques et scientifiques, alors même que le campus social reste fermé et que les conditions de vie des étudiants ne sont pas rétablies, pose un problème majeur de cohérence institutionnelle, d’équité et de sérénité académique». Le Saes fait savoir qu’il «ne peut y avoir de normalisation du calendrier universitaire sans normalisation préalable de l’espace universitaire dans toutes ses dimensions». Et d’avertir : «On ne peut exiger la sérénité tout en maintenant un climat de tension. Les enseignants consentent des efforts considérables pour préserver l’année universitaire ; ils ne peuvent compenser indéfiniment des défaillances structurelles.»

Le Saes/Dakar indique donc qu’«en l’état actuel, les conditions d’une reprise académique normale ne sont pas réunies… En conséquence, la coordination appelle à la réouverture immédiate du campus social, au respect des franchises universitaires et à la sortie des Forces de défense et de sécurité de l’enceinte universitaire».

Vérité et justice

Dans son communiqué, la section Saes de l’Ucad relève que «la tragédie survenue impose une exigence non négociable : la vérité complète». D’après les enseignants, «la recherche de la vérité ne peut être ni sélective ni orientée ; elle doit concerner l’ensemble des responsabilités, quelles qu’elles soient». Pour eux, «les résultats de l’autopsie appellent à une clarification rigoureuse des faits et à l’établissement des responsabilités, dans le strict respect de l’Etat de Droit». La coordination, qui condamne ainsi la violence et la brutalité, soutient qu’il «ne peut y avoir d’apaisement durable sans justice».

Dans la même veine, elle estime que «les étudiants blessés doivent bénéficier d’une prise en charge intégrale et immédiate… Soins médicaux, suivi psychologique, accompagnement social et aménagements académiques doivent être assurés sans délai. Aucune famille ne doit porter seule le poids humain et financier d’une crise collective. L’au­torité publique a l’obligation d’assumer pleinement cette responsabilité. Rendre justice, c’est aussi réparer», a-t-elle déclaré.

Saes-Ucad demande également la libération des étudiants détenus et la préservation des canaux de représentation. Et d’alerter : «La détention prolongée d’étudiants dans un contexte de crise universitaire entretient la crispation au lieu de la résorber.» Dans une logique d’apaisement et de responsabilité, la coordination plaide pour la «libération sans condition des étudiants encore détenus. La désescalade ne fragilise pas l’autorité ; elle la crédibilise. Un geste d’ouverture est aujourd’hui indispensable pour restaurer un climat propice au dialogue», a-t-elle conseillé.