UCAD : Les affrontements entre policiers et étudiants ont fait un mort

Des images choc d’étudiants gazés dans leurs chambres, des blessés évacués en urgence, et un campus transformé en zone de conflit ! La journée d’hier à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) interroge sur les limites de la répression face à la contestation étudiante.

Les scènes qui se sont déroulées hier lundi à l’Ucad ont marqué les esprits par leur intensité brutale. Des grenades lacrymogènes lancées jusque dans les résidences des étudiants, des Fds pénétrant dans les chambres et forçant l’évacuation des personnes présentes sur les lieux, ont semé la panique et la désolation. Un étudiant, interpellé violemment par les Forces de l’ordre, a été étendu au sol, pour recevoir des soins d’urgence, tandis qu’une autre vidéo montre un jeune roué de coups de pied devant ses pairs, suscitant une vague d’indignations. Difficile de ne pas croire aux témoignages qui parlent d’un étudiant ayant perdu un œil, un autre s’évanouissant après une perte de sang importante, et plusieurs arrestations accompagnées de traitements qui interrogent sur les méthodes employées. Sur les réseaux sociaux, circulaient même des images d’un immeuble, probablement le Pavillon B ou D, d’où des flammes s’échappaient d’une fenêtre probablement du 3ème ou du 4ème étage, alors que des étudiants perchés sur la terrasse semblaient narguer ceux qui tentaient de les déloger. Et dans le même temps, sur le même immeuble, on voyait des personnes sauter dans le vide à partir de ce niveau d’où sortaient les flammes. On saura dans les jours à venir ce qu’il est advenu de ces personnes.

Le campus universitaire, lieu habituel de repos et de concentration, temple dédié à l’apprentissage et la formation, s’est transformé en un théâtre de confrontations où les gaz lacrymogènes et les interventions musclées des hommes en tenue s’opposent à des jeunes gens qui s’appliquent à exercer leur dextérité au lance-pierres.

Ces événements ne sortent pas du néant. Ils trouvent leurs racines dans une crise persistante autour des conditions de vie des étudiants. Des bourses impayées depuis plus de treize mois, la fermeture des restaurants universitaires et du service médical, ont exacerbé les frustrations. Les étudiants, privés de ces soutiens essentiels, ont multiplié les actions pour réclamer leurs droits, auxquels se sont ajoutées les informations selon lesquelles le gouvernement avait décidé de supprimer le «rappel» des bourses, habituellement payé en début d’année. Une situation dont la somme a transformé des revendications légitimes en affrontements physiques avec la décision de fermeture des restaurants universitaires. Cette escalade rappelle comment des problèmes structurels non résolus peuvent dégénérer en chaos, surtout dans un contexte où le dialogue semble avoir cédé la place à la confrontation.

Au milieu de ce tumulte, le silence du Président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre apparaît particulièrement pesant. Alors que les images circulent en boucle et que les appels à la modération se multiplient, aucune déclaration officielle n’est venue apaiser les craintes ou condamner les excès observés. Ce mutisme, dans un moment où la Nation attend des réponses claires, pourrait amplifier le sentiment d’abandon chez une jeunesse déjà fragilisée.

Il est tentant de se remémorer les critiques passées formulées par le régime actuel, alors dans l’opposition, contre les intrusions policières sur les campus sous le régime précédent. Ces dénonciations mettaient en avant le caractère sacré de l’espace universitaire, qui devait être hors d’atteinte de toute présence policière répressive. Aujourd’hui, face à des interventions qui semblent aller plus loin, avec des gaz lacrymogènes et/ou assourdissants lancés directement dans les chambres, il faut s’interroger sur la cohérence entre les promesses de rupture et la réalité du terrain, sans pour autant conclure hâtivement à une contradiction flagrante. Ces événements invitent simplement à une réflexion sur la manière dont les engagements d’hier influencent les actions d’aujourd’hui, dans un pays où la jeunesse aspire à un avenir plus serein.