La Confédération africaine de football (Caf) a annoncé la suppression du Championnat d’Afrique des nations (Chan), compétition réservée aux joueurs évoluant dans les championnats locaux. Son président, Patrice Motsepe, a justifié cette décision par des raisons économiques et stratégiques, estimant que le Chan ne correspondait plus aux orientations actuelles de l’instance, et qu’il générait des pertes financières.
Serigne Saliou Dia, sélectionneur national U20, ancien coach de l’équipe locale et des U17, n’a pas caché son amertume. Pour lui, cette suppression est lourde de conséquences. «Il faut d’abord regretter cette décision», lâche-t-il d’emblée. «Je pense que ça va être un coup fatal pour les joueurs évoluant dans les différents championnats locaux.»
Créé en 2007, le Championnat d’Afrique des nations (Chan) a connu sa première édition en 2009 en Côte d’Ivoire, remportée par la Rd Congo. Depuis, huit éditions se sont succédé avant la récente décision de suppression de la compétition par la Caf.
Le technicien sénégalais rappelle l’essence même de la compétition. «Dès sa création, son objectif était de donner de la visibilité aux joueurs locaux et aux championnats africains, notamment ceux des pays moins représentés en Ligue des Champions africaine ou en Coupe de la Confédération. Cette compétition a rendu les championnats plus attractifs. Les joueurs se battaient pour mériter une place en sélection locale. C’était une vitrine», se désole-t-il. Témoin direct de nombreuses trajectoires réussies, il insiste sur la portée révélatrice du tournoi. «Le Chan n’était pas qu’un tournoi. C’était une plateforme de révélation. On a vu des joueurs comme Ayoub El Kaabi, Lamine Camara et d’autres être révélés grâce à cette compétition. Cela montre encore son importance», estime-t-il.
Depuis la création du Chan, le Sénégal a participé à quatre reprises à la phase finale. En 2009 en Côte d’Ivoire, les Lions locaux ont terminé à la quatrième place. En 2011 au Soudan, ils ont été éliminés en phase de groupe. En 2022 en Algérie, le Sénégal a remporté le titre de champion d’Afrique. Lors de la dernière édition disputée en 2024/2025 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, la sélection locale a terminé à la troisième place.
Le sacre de 2022 en Algérie reste un moment fondateur. Premier titre continental dans cette compétition, il a servi de tremplin à toute une génération. Sous la conduite de l’actuel sélectionneur national A, plusieurs joueurs ont explosé, notamment Lamine Camara, élu meilleur jeune du tournoi, ainsi que Pape Amadou Diallo, Malick Mbaye et Marouf Kane, qui ont fini par signer en Europe. D’autres se sont exportés rapidement, comme Ousmane Diouf, parti à Al Hilal au Soudan en pleine compétition.
Pour Serigne Saliou Dia, la portée du Chan dépassait largement le cadre d’un simple trophée. «Le Chan servait de laboratoire pour intégrer des joueurs en équipe A. Avec sa suppression, cela va rendre nos championnats moins visibles. Beaucoup comptaient sur cette compétition pour se faire remarquer par des recruteurs», insiste-t-il. «Ce n’est pas seulement le Sénégal. Supprimer cette compétition, c’est priver des milliers de jeunes d’une opportunité de visibilité. Il y a un risque d’ouvrir encore plus la porte aux joueurs évoluant à l’étranger au détriment des locaux.»
Il rappelle aussi l’importance des compétitions réservées aux joueurs locaux, notamment celle organisée par l’Union des fédérations ouest-africaines de football (Wafu), qui regroupe les zones A et B, que le Sénégal avait remportée à Dakar avec une équipe composée de joueurs révélés par le championnat local, comme Pape Seydou, Moustapha Name ou encore Philippe Kenny. «Ce sont ces compétitions qui permettent aux jeunes de s’ouvrir une fenêtre pour être vus», a-t-il ajouté. Face à cette nouvelle donne, le sélectionneur des U20 appelle à l’adaptation. «Il va falloir trouver des solutions, des alternatives. Mettre en place d’autres compétitions régionales ou sous-régionales. Valoriser davantage nos championnats. Au Sénégal, des efforts ont déjà été faits, notamment avec l’augmentation des primes du champion. Cela peut donner un nouvel élan aux compétitions locales. Il faut permettre aux joueurs de vivre leur rêve, de se préparer, de progresser.»
Dans ce contexte, le directeur exécutif de l’Ufoa zone A, Mapathé Gaye, a annoncé la relance prochaine de la Coupe Amílcar Cabral, comme alternative régionale au Chan. Cette compétition, qui regroupait des pays de la sous-région ouest-africaine, n’aura pas l’envergure continentale du Chan, mais elle pourrait offrir une nouvelle vitrine aux joueurs locaux, notamment ceux du Sénégal. La suppression du Chan laisse un vide immense dans l’écosystème du football africain local. Reste à savoir si les alternatives régionales sauront préserver l’espoir et la visibilité de ces milliers de joueurs qui ne demandent qu’une chose, être vus et avoir leur chance.

