Près de deux ans après son départ du pouvoir, l’ancien Président Macky Sall rompt le silence politique. Par un arrêté daté du 20 janvier 2026, le leader de l’Alliance pour la République (Apr) a procédé à une restructuration profonde de son état-major. En nommant un commando de fidèles aux postes-clés, il affiche une ambition claire : sortir le parti de sa léthargie pour engager le combat de l’opposition et préparer les futures échéances électorales.
Le document, tombé comme un couperet dans l’espace politique sénégalais, marque la fin de la période d’observation de l’ancien chef de l’État. Depuis sa résidence au Maroc, Macky Sall continue de tenir les commandes de sa formation politique, l’Apr-Yaakaar, en signant une série de nominations qui redessinent le visage du parti : Un état-major de «fidèles parmi les fidèles». Cette restructuration ne laisse rien au hasard : l’ancien Président a choisi de s’entourer de cadres d’expérience, capables de porter la réplique au nouveau régime, marquant ainsi une volonté claire de reprise en main de ses troupes.
Le nouvel organigramme voit le retour et la confirmation de plusieurs figures de proue de l’ancien régime. Parmi les nominations notables : Moussa Bocar Thiam est propulsé coordonnateur du pôle porte-parolat, Néné Fatoumata Tall prend la tête du Mouvement national des femmes, Seydou Guèye est confirmé comme Secrétaire national aux alliances, Pape Mahawa Diouf et Abdoulaye Diagne (Cojer) restent aux avant-postes de la communication et de la jeunesse.
Cette restructuration intervient dans un contexte de remous internes et de doutes sur l’avenir de l’Apr face au nouveau régime en place à Dakar, après que le parti a lancé une série de nominations au niveau des secrétariats exécutifs régionaux pour renforcer le Sen.
Les 3 enjeux de la restructuration
Est-ce la fin de «l’hibernation» politique ? Depuis son départ du pouvoir en avril 2024, Macky Sall était resté dans une posture de réserve diplomatique (notamment via son rôle pour le Pacte de Paris). En signant cet arrêté, il réaffirme son statut de chef de parti actif. C’est un signal envoyé tant à ses militants qu’à ses adversaires : l’Apr n’est pas un parti «mort» après le pouvoir, mais une machine de guerre électorale en cours de réamorçage.
Le nombre impressionnant de porte-parole (8 nominations dont Mame Marième Thiam Babou, Mamadou Dièye et Saourou Sène) démontre une volonté d’occuper l’espace médiatique de manière agressive. L’objectif est double : contrer la communication du gouvernement actuel, remobiliser la base militante qui se sentait délaissée depuis l’alternance.
Préparer les prochaines échéances
Le choix de profils expérimentés (Mamadou Talla à la diaspora, Birame Faye aux structures) suggère que Macky Sall prépare le terrain pour les futures joutes électorales. En restructurant les mouvements de femmes, de jeunes (Cojer) et d’élèves/étudiants (Meer), le parti cherche à regagner le terrain perdu auprès de la jeunesse, segment électoral qui avait largement basculé lors du dernier scrutin présidentiel. L’un des porte-parole explique : «Le Président Macky Sall reste le seul maître à bord et le garant de l’unité de notre famille politique. Cet arrêté montre que, même loin des yeux, il est très proche des préoccupations des Sénégalais. Sa vision pour le parti est intacte : transformer l’Apr en une force d’opposition constructive, capable de proposer une alternative crédible à l’amateurisme que nous observons aujourd’hui.» Il ajoute : «Ma mission, avec mes collègues porte-parole, est de rétablir la vérité des faits.
On ne peut plus laisser le régime actuel rejeter la responsabilité de ses échecs économiques et sociaux sur le bilan de Macky Sall. Nous allons occuper le terrain, média après média, pour porter la voix des millions de militants qui refusent de voir l’œuvre de construction nationale être déconstruite. Nous ne sommes pas dans une opposition de rancœur, mais dans une opposition de survie démocratique. Le Sénégal traverse une zone de turbulences (vie chère, tensions judiciaires, gestion de la dette). L’Apr est désormais réorganisée, rajeunie et prête pour le combat des idées. Que personne ne s’y trompe : le match retour ne fait que commencer.» Pour lui, «chaque nomination a été pensée pour répondre à une expertise sectorielle. Nous avons un gouvernement de l’ombre prêt à répondre dossier par dossier».

