Le porte-avions USS Abraham Lincoln se trouve au large de l’Iran, escorté d’une « armada plus grande que celle déployée au Venezuela », selon les mots de Donald Trump. Les bâtiments de guerre vont être rejoints d’une deuxième « belle armada », a affirmé le président américain, qui a déclaré ce mercredi 28 janvier que le temps était « compté ». Téhéran a déclaré avoir « confiance en ses propres capacités ». Quelles sont-elles vraiment?
Doit-on s’attendre à un scénario à la Maduro contre le régime des mollahs? « Le temps est compté » a, en tout cas, affirmé le président américain Donald Trump, ce mercredi 28 janvier, à l’attention de Téhéran, qu’il presse de conclure un accord sur le nucléaire. « Espérons que l’Iran acceptera rapidement de s’asseoir à la table et de négocier un accord juste et équitable – PAS D’ARMES NUCLÉAIRES », a-t-il posté sur son réseau Truth social.
« Près de l’Iran », une « grande armada » se masse, a-t-il déclaré ce lundi 26 janvier au média Axios. Elle sera rejointe par une « deuxième armada qui avance rapidement, avec une grande puissance, un grand enthousiasme et une détermination sans faille vers l’Iran en ce moment », s’est targué Donald Trump. Le président américain menace le régime iranien depuis le début de la révolte populaire, le 28 décembre, réprimée dans un bain de sang.
Le « CVN-72 », nom officiel du porte-avions USS Abraham Lincoln, est arrivé dans le Golfe persique ce lundi. Le porte-avions est « actuellement déployé au Moyen-Orient pour promouvoir la sécurité et la stabilité régionales », a affirmé sur X le United States Central Command (CENTCOM), responsable des opérations militaires au Moyen-Orient.
Sous-marin d’attaque rapide, missiles Tomahawk…
Il est probable que l’avion de guet aérien, le E-2 Hawkeye, habituellement à bord de l’USS Abraham Lincoln, fasse partie de la flotte. Il permet la surveillance de l’espace aérien et maritime sur 360°, grâce à un radar embarqué et au travail de plusieurs opérateurs à bord. Un EA-18 Growler, permettant de brouiller les défenses ennemies, est également à bord, selon le journal américain The Wall street journal.
Le porte-avions, propulsé par deux réacteurs nucléaires, dispose notamment de lanceurs de missiles de défense Sea Sparrow ainsi que du système RAM RIM-116 permettant d’abattre les missiles de croisière anti-navires, mais il n’est pas prévu pour l’attaque. Il est en revanche escorté de trois destroyers de la Marine « capables de tirer des missiles de croisière Tomahawk », toujours selon le quotidien économique, qui a interrogé un responsable de la défense américaine.
Les missiles Tomahawk sont tirés depuis des sous-marins ou des navires de surface et peuvent atteindre une cible à 2.500 kilomètres, à une allure de 880 km/h, tout en restant proche du sol. Grâce à cette dernière caractéristique, ils sont difficilement détectables par les radars et donc durs à intercepter.
Les porte-avions américains sont habituellement escortés d’une flottille composée de navires de guerre anti-aériens, de croiseurs lance-missiles et de destroyers, rappelle la chaîne américaine CNN. Un sous-marin d’attaque rapide ferait également partie du groupe aéronaval, selon la chaîne Euronews, qui indique toutefois que sa présence n’est pas confirmée.
« Le pouvoir est à son point le plus faible depuis le reversement du Shah »
En plus de ces différents bâtiments, des chasseurs bombardiers F-15E ont été déployés dans une base en Jordanie, ainsi que des avions transporteurs de matériel lourd, des C-17, selon Fox News. Des systèmes anti-missiles terrestres Patriot et Thaad ont également été envoyés dans la région, « pour aider à défendre les installations américaines et les partenaires américains contre les contre-attaques iraniennes », affirme le Wall street journal qui a interrogé deux responsables américains.
En mobilisant ce genre de moyens, Washington laisse planer le doute sur une intervention américaine imminente. Plusieurs rapports des services de renseignement américains fournis au président américain ont par ailleurs affirmés que « l’emprise du gouvernement iranien sur le pouvoir est à son point le plus faible depuis le reversement du Shah, lors de la révolution de 1979″, affirme le journal américain The New York times dans un article, citant des sources au fait de l’information. Des analystes, interrogés par Axios, parlent de « bombardements de sites militaires ou de frappes ciblées contre des dirigeants ».
« Une menace asymétrique efficace »
La « concentration et l’accumulation de forces » étrangères « accroîtraient plutôt leur vulnérabilité et en feraient des cibles faciles d’accès », a menacé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaï, cité par l’AFP. Téhéran a également affirmé que les pays voisins seraient vus comme « hostiles » par le régime si leur territoire était utilisé pour frapper l’Iran.
« En associant des ogives à faible coût à des plates-formes de lancement peu coûteuses, essentiellement des avions télépilotés, l’Iran a développé une menace asymétrique efficace contre des systèmes militaires hautement sophistiqués », confirme auprès de Fox News Cameron Chell, à la tête d’une entreprise canadienne de fabrication de drones, Draganfly.
Face au déploiement de l’armada américaine, les missiles iraniens pourraient représenter une menace certaine pour les bâtiments déployés. « Si des centaines de missiles sont lancés dans un court laps de temps, certains seront presque assurés de réussir », affirme Cameron Chell.
« Les systèmes de défense modernes n’ont pas été conçus à l’origine pour contrer ce type d’attaque par saturation. Les navires de surface américains opérant près de l’Iran sont des cibles privilégiées », déclare le constructeur de drones. Il pointe la lenteur des actifs américains dans la région, « facilement identifiables au radar, ce qui les rend ciblables ».
« Les missiles iraniens sont capables de toucher une cible à 2.500 km »
L’industrie iranienne a enregistré des « succès remarquables », affirme auprès de TV5MONDE Bernard Hourcade, géographe et spécialiste de l’Iran. « Actuellement les missiles iraniens sont capables de toucher une cible à 2.500 km avec une très grande précision ». La télévision iranienne diffuse régulièrement des images de systèmes de missiles mobiles transportés par des camions stationnés dans de grands tunnels non identifiés.
Ce sont en revanche les « seules armes dont ils disposent, leur seul moyen de défense », nuance le géographe, qui pointe la faiblesse des systèmes de défense aérienne et anti-missile, encore plus affaiblis après la guerre de douze jours menée par Israël et les États-Unis en juin 2025.
« En l’espace de six mois, l’Iran a été intensément aidé par la Chine, qui leur a fourni des missiles, des systèmes de défense antimissile et aérienne, etc. Malgré cela, l’Iran n’a pas les radars qu’il faut ni des systèmes de défense aérienne suffisamment développés pour protéger un territoire qui fait deux fois et demi la France », détaille Bernard Hourcade.
Aux côtés des missiles, les drones iraniens pourraient aussi représenter une menace pour les actifs américains en cours de déploiement au large de l’Iran et notamment pour l’USS Abraham Lincoln. Parmi ceux-ci figurent les drones Shahed dit « kamikazes », des drones d’attaque longue portée et à usage unique, dotés d’une ogive. « Ces drones donnent à l’Iran un moyen très crédible de menacer les navires de surface », affirme auprès de Fox News Cameron Chell.
« La force de l’Iran réside plutôt dans ces systèmes de drones à faible coût et à volume élevé, en particulier les drones à frappe unidirectionnelle conçus pour voler vers une cible et exploser », ajoute le constructeur, sélectionné par l’armée américaine pour la fournir en drones.
Les sous-marins iraniens, botte secrète de Téhéran?
La Marine iranienne, peu développée, pourrait également tirer partie de ses submersibles dans le cas d’une attaque américaine. Téhéran dispose de 28 à 30 sous-marins. Parmi ceux-ci, aucun ne sont à propulsion nucléaire navale. Le pays a tenté d’« élargir et de moderniser sa flotte sous-marine mais (le projet) a été sapé par des problèmes et des retards », affirme l’ONG The nuclear threat initiative (NTI).
En revanche, Téhéran en possède trois de classe Kilo, construits en Russie, longs de 74 mètres, pouvant lancer des missiles de croisières anti-navires et des torpilles. « L’Iran a réaménagé les trois sous-marins en 2012 mais a du mal à les maintenir en service depuis », tempère l’ONG dans un rapport de septembre 2025. L’Iran dispose également d’une flotte de 23 mini sous-marins de classe Ghadir, équipés de torpilles et de missiles. Ils pourraient dissuader le porte-avions de s’approcher trop près des côtes iraniennes.
L’Iran, qui a menacé de bloquer le passage clé du détroit d’Ormuz, où transite 1/5e du pétrole et du gaz mondial, pourrait utiliser ses sous-marins et ses navires pour miner le détroit. En juillet 2025, l’armée du pays avait chargé à bord de navires des mines navales, quelques jours après la guerre de douze jours menée par Israël sur plusieurs sites du pays. Les mines navales n’avaient toutefois pas été installées.
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